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Full text of "Opuscules posthumes...contenant des discours & des lettres sur sivers sujets, tant de physique & de médecine,..."

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OPUSCULES 
POSTHUMES 
de M\ menjot 


a- de Meàectne y que de Religion. ^ ^ 



A A M ST B R B A M, 
ehe^ HENRI desbordes 
ver ftraat, prés le Dam. * 

MTHâxcŸÎD 


dans le Kaîv 









1 - 

I: 


g-i 


?Ha-îîri?afp- 

.i'KMJTHT&O'I, 





LE LIBRAIRE 

AU LECTEUR. 

I L n’.y'a guère de gens de quelque diftin- 
dion parmi les Savans & les beaux elprits 
de notre Siecle, qui n’ayent connu feu M. 
Menjot, Ibit parla réputation qu’il s’étoit 
aquilè dans la Medecine dont il a exercé la 
Profeffion à Paris d’une maniéré fort hono¬ 
rable , pendant tout le cours de la vie j Ibit par 
plulîeurs Ouvrages & Traitezen Latin qu’il a 
donnez au Public en divers temps, lous le ti¬ 
tre de Differtationes Pathologie ad , dans lelquel- 
les il a fait paroître non feulement une grande 
pénétration dans les lècrets de l'on Art, mais 
en general beaucoup de littérature & d’éru¬ 
dition. Qpoy qu’il ne fût Médecin que de 
la Faculté de Montpellier, il s’étoit tellement 
diftingué parmi lès Confrères,que Mellîeurs 
de la Faculté de Paris luy failbiént l’honneur 
de l’admettre dans leurs Conlultations, privL 
jege qui luy étoit particulier, & qu’ils n’accor- 
doient à aucun autre. Il étoit également elli- 
mé à la Fille & à la Cpur, où il a toujours eu 
d’étroites liaifons avec les premiers Médecins 


LE LIBRAIRE 

du Roy, au rang & à la dignité desquels ü au- 
roit pû lui-même parvenir, fi fa Religion, qu’il 
fâvoit parfaitement, & dans laquelle il étoit 
ferme, n’y eût été un obftacle invincible.il s’eft 
contenté de l’honneur qu’il a eu d’être l’un 
des Médecins Ordinaires de Sa Majefté, dont 
il avoit des Lettres expédiées avec éloge. En¬ 
nemi déclaré de la fèrvitude, & préférant la 
liberté à tous les autres biens, il avoit renoncé 
au Mariage & a toujours vécu dans le Célibat. 
Sa Phyfionomie étoit heureufè & fpirituelle, 
fbn humeur gaye, & fbn air riant. La vivacité 
de fbn efprit, qui dans l’entretien le rendoit fî 
agréable, brille par tout dans fès Ecrits. On y 
voit un genie plein de feu, & des traits fi vifs , 
quelque matière qu’il traite, qu’il n’en efl au¬ 
cune où fà plume ne divertiffe le Leéleur en 
l’inftruifant. Le grand âge où il étoit parvenu 
n’avoit point affaibli cette vivacité qui lut étoit 
fî naturelle. Onia reconnoît encore dans lès 
dernieres productions. Il avoit mis à part plu- 
lîeurs Manufcrits originaux, qu’il avoit revus 
& corrigez luy-même de la main, & qu’il a eu 
la précaution d’envoyer de Ibn vivant en Hol¬ 
lande pour y être imprimez un an, ou i8. mois 
après là mort, par les foins d’un ami, à qui il les 
avoit addrelfez ôc qui me les a mis en main i 


AU L E C T E U R. 
cet effet. On en a coinpofè ce petit volume, 
auquel,luivantl’intention de l’Auteur, on a 
tkxt à’Opufcules Poflhimes^ &c. Il 
ell: divile en deux parties. . La première con¬ 
tient des Dilcours & des Lettres lîir des lujets 
de Phylique & de Medecine, où l’on peut voir, 
comme dans Tes precedens Ouvrages, Ion la¬ 
voir ,1e brillant de Ibn elprit, & de plus, le 
commerce qu’il avoit avec les gens de lettres, 
les beaux elprits & plufieurs perlbnnes de qua¬ 
lité de l’un & de l’autre Sexe. On y peut re¬ 
marquer auffî l’eftime qu’on failbit de la per- 
Ibnne, de fes lumières, & en general de Ibn 
mérité. La lèconde contient divers Ecrits fur 
les matières de Religion, où l’Auteur ne pa- 
roît pas moins lavant que lur les autres qui ont 
exercé là plume. On y voit lès véritables lèn- 
timens, de la force qu’il combat ceux de la 
Communion Romaine, il ell ailé de juger 
qu’il les condamnoit, & qu’il ell mort dans la 
jR.eligion Proteftante où il étoit né, &dont il 
avoit toujours fait profefïion ouverte, julqu’à 
la perlècution de i<58j. Alors le malheur des 
temps l’obligea, comme beaucoup d’autres, à 
renfermer dans Ibn cœur le précieux trelbr de 
la foy & de la vraye connoiflance de Dieu, au¬ 
quel il a remis Ibn ame pailîblement au bout 



LE LIBRAIRE AU LECTEUR, 
d’une des plus longues carrières de la vie, 
n’ayant fait aucun ââ:e en mourant, qui ait pû 
faire Ibubçonner du changement dans lès feri-. 
timens, & de l’alteration en la foy, qu’il a con- 
lèrvée pure Ôc en Ibn entier julqu’à la fin. 



1 




TABLE 

DES MATIERES. 


PREMIERE T A RT lE. 


D l[cours du Déliré en general. Page i 

Dïfcours de la Voix & de la Varole. i j 

ÎSouveau Syjleme d'un Médecin, célébré touchant 
l'EpilepJte y contenu dans la Lettre par luy é- 
critedunde fesamis. 30 

Réfutation de ce nouveau Syjleme. 39 

Défenfe de ce nouveau Syjleîne par Jbn ^Auteur. 
44 ^ 

Répliqué d la Défenfe du nouveau Syfieme. 60 
Iraité de la Génération duLaiâ. 7^ 

Quelques Remarques fur un Livret intitulé, EU 
lâis Anatomiques, par N.... Doéleur en 
Medecine. 

Lettre d Madame la JMarechale de Schomberg. 
93 

Lettre dMonfeigneur le Maréchal de SchonU 




A B L E 


berg. P J 

Lettre de Madame ta Maréchale de Schomberg 
à M. Menjot ,du 17. luilkt 16Z6. écrite de 
Lisbonne. 

Réponfè a la Lettre de Madame la Maréchale 
de Schomberg. 97 

Lettre d 3 iadame N,.... touchant Madame 
t^bbeffe de N..'.. 100 

Lettre d une Dame d la Haye. ‘ 103 

Lettre d un de(ès amis fur la medecine & fur les 
Médecins modernes. 107 

LettredM. Puerari[ur les opinions en general 
de M. Defcartes. 11 j 

Lettre au même fur quelques opinionsparticuhe- 
res de M. Defcartes. 118 

Lettre d M. Gombaud. 114 

Lettre d M. Emery Doêteur en 'Medecine d Bor¬ 
deaux. ïi6 

Lettre d M. de Lorme Médecin ordinaire du 
Roy. 127 

Lettre latine d M. Bohereau Doêleur en Mede¬ 
cine. 130 

Lettre d une Demoifelle d'ejprit & d'érudition. 

.134 

Lettre d M. Bazin fur unPanegirique du Roy en 
latin. 1^6 

Lettre d M. Mbbé Huet , nommé par Sa Maje- 


DES MATIERES. 

. flè'à l'Evêché d'tAvrancbe ^ far fa cenjùre 
delaPhilofophkCarteJienne. 139 

Lettre dM.adame,... 147 

Lettred un de fes amhouUefl parlé des Mede^ 
cins Alkalijies. 149 

Lettre à M. Bachot fur l'ufàge d'une plume pour 
fe piquoter journellemeM les narines & la 
luette. IJ2 

Leurea un de fes amis concernant la Thyjtqué 
deyi.Defcartes. 154 

Quelques ohfervations fur la vie de 3 tarc-Au^ 
rele Antonin nouvellement imprimée. 16^ 
Lettre a Madame la Marquife de S. Agnan. 

174 

Lettre de M. le Curé de S. Michel d DeniSy 
d M. dUenjot fiir fa maladpe. 17 

Réponjè de'isi.Menjot. 17^ 


SECONDE PARTIE. 

D If cour s concernant les misons de diferner 
les veritez de la Religion. 181 

Lettre d Madame la Marquife de Sablé tou- 
chant le premier Livre de Mejfteurs de TovU 
Royal fur l'Euchariflie. 187 

lAutre Lettre d Madame la Marquife de Sa^ 

tt 




TABLE 

hîé , en îuy envoyant la Réponfe de 3 f. Ohiu 
de. 194 

i^ettre a ^Madame ... ./ur le Livre de 3 lmjteur 
l'tAbhédelaTrapc. loo 

hettre d M. l'^bbé Huvet d Rome. 2oi 
Lettre d'M. le Blanc de Beaulieu d Sedan , tou^ 
chantfesTbefèsdeTbeologie. %o7 

Lettre d 3 f. du Moulin DoBeur en dMedecine d 
Londres , fur fonprojet de définir les Princes 
Catholiques Romains d’avec le Pape. 210 
AutreLettre aumême. 218 

Lettre d Monjieur P.... iii 

Difcours fur la Grâce univerfelle^ àr fur h Gra^ 
ce médiate. 216 

Syjleme de la DoBrine de la Grâce médiate. 237 
Difjîcultezfir ce Syjïeme de la Grâce médiate, 

241 

Di foursfir l'éleBion des Pajîeurs. 248 

Deux maniérés de s’expliquer fur les paroles Sar 
crament aies , Cecy eft mon corps. idp 
Confiderationfirl’aBionde S. Pierre qui coupa 
foreille d Malchus. , 27I 

Addition d la confideration precedente. 176 
Briéves Remarques fltr la Bref ace de M. de 
Meaux inijed la tête de fin Explication de 
l'^pocalypfe. 279 

Lettre d Monfeur iV,,. Syfieme de l'Eglife tiré 


D E s M A T TE R E S. 

■ du Symbole des Apôtres. 284 

Autre Lettre au même fim le même fujet. 288 

\jetire a MonfèigncuŸ f Evêque. d^Lévranchefor 
fon Livré hmtulé, Alnetanæ quæftionesde 
Goncordià rationis 8 c Fidei. 29^ 

Extrait Aum Lettre laMé de Çafauhon au Re¬ 
faite Dueê. Èt de deux autrés du même Ca- 
faubona Grotms yfur h réunion des CatbolL 
ques ér des Eitotefians. 29 y 

Répmfe de Monjeigneur lEvêque- d'Avranche. 
299 

Remarques [ùr la première partie i un Livré in^ 
titulê , Réflexions furies differens de la Re¬ 
ligion. A 305. IL.'Remar¬ 

que^ 309. Ilh. Remarque ^ 311. ' IV^. 
‘Remarque-i 312. Vc. Remarque-, 

VL. Remarque, 321. VIL. Remarque, 
32(5. VIIL. Remarque, 331. IX^. Re- 
marque, 33 3. -X^. Remarque, 338. XL. 
Remeerque, -341. XIL. Remarque , 343. 
Remarques fur la féconde partie des Réflexions 
lùr les differens de Religion. 35:^ 

T. Remarque fur l'ékêlïoîi des. fidèles de lE- 

„.?P- ', ■■ ' 35* 

II. Remarque ^ touchafit la Gracé dentendre. le 
fens de l'Ecriture accordée aux Élus déniée 

aux Reprouvez. 3(53 



TABLE DES MATIERES. 

III. Kemarque fur le texte de S. Matthieu 

chapitré dernier verjeti^ &io. 368 

IV. Remarque , Jur un texte de S. ^Matthieu 

chapitre verfètif^&Jiiivans. 370 

V. Kemarque far un texte de la première d 
Timothée chapitre 3, verfet 14, é" i y, .371 

Vî. Remarque , far un texte de ÏEpître d Tite, 
chapitre verfet, iQ. 373 

VIL Kemarque far un texte de S. Matthieu^ 

, chapitre 16y verfet 1%. 374 

VII 1 . Kemarque , fur les fept mille ho7nmes ca^ 
chez en Ifeaély quiti avoientpas fléchi les ge^ 
noux devafit Bahal. 373 

IX. Kemarque y fiir l'exemple de ceux de Bé^ 

380 

X. Kemarque, fur l'étendue & le grand nom¬ 

bre que l'Auteur reconnoît comme les caraâe- 
res naturels de la vraye Eglife. 38^ 

Tlufleurs Kemarques fur quelques matières con* 
tenues dans la Seâion 18,. & derniere du Li¬ 
vre des Kéfléxions. 388 

Difeours fur la maniéré de rémir d l'Eglife R(?- 
andine lesTroteflansde France. 399 

Formulaire d'abjurationpour les F retendus R^- 
formez qui voudront embrajfer la Keligioit 
Romainey &c, 417 

OPUSCULES 


Z 


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OPUSCULES 


POSTHUMES 

DE M'. MENJOT. 

CONTENANT 

Des Dijfcours & Lettres fîir plufieurs {iijetSj 
tant de Phyfique & de Medecine, que 
de Religion. 


PREJMIERE PARTIE, 

Qui traite de la Phyfique & de la Medecincr 


DISCOURS DU DELIRE EN 

general. 

IggTggf ] L y a dans l’homme trois facul- 
i^^^^||tez principales, l’imagination, 
I i’^^^^-^i^dement, & la mémoire : 

L’imagination fait l’office de 
J^gg fiibalterne, l’entendement 
prononce en dernier relTort, & la mémoire eft 







% Opufcuîes Vofthuînes 

comme le greffe où les eholès font eni'egù 
ftrées, pour y avoir recours au befoin. La 
première & la derniere de ces facultez font 
communes aux hommes & aux bêtes, la fé¬ 
conde eft propre à l’homme, & conftituë là 
différence fpecifique. L’entendement, au¬ 
trement la raifon, s’abrutit dans la démence, 
mais il le corrompt, & comme parlent les 
Médecins, le déprave dans le déliré. 

Ayant à traiter du déliré, il fe prelènte d’a¬ 
bord une difficulté confiderable , fçavoir 
comment la railbn peut être bleffée , puif. 
qu’elle eft d’elle-même invulnérable, & qu’é¬ 
tant hors de. prife à toutes les caufes naturel¬ 
les , l’ignorance fait toute Ibn imperfeétion. 
Car dans les délires,la plus noble fonétion 
de l’ame humaine eft à la vérité détraquée, 
mais la faculté railbnnable, non plus que la 
lubftance de l’ame, n’y reçoit aucune attein-- 
tej tout de même qu’on ne dira jamais d’un, 
excellent joüeur de luth, qu’il ignore Ibn 
métier, fous ombre qu’il touche un luth qui 
n’eft pas bien d’accord. A ce lu]et Hipo- 
crate tout Payen qu’il étoit, remarque fort 
bien que i’elprit dépend du corps pour lès 
operations, & que le corps peut être chan¬ 
gé par le régime de vivre, mais que la natu¬ 
re invifible de i’ame n eft fufceptible d’au- 


àe 3 ionJteur iMenjof. I. Part. 3 
cune alteration. 

Gette doctrine quoy que tres-veritable, 
Sc digne de ce grand homme, ne relout pour* 
tant pas pleinement la quellion : Car fi l’en¬ 
tendement , comme nous en devons être per- 
fiiadez, eft une faculté Ipirituelle, & par con- 
ièquent inorganique, il relie de fç avoir com¬ 
ment Ibn adion ell dépravée parl’indilpofi* 
tion du cerveau. 

Dilbns donc que la railon n’ell blelTée que 
par accident, & par le defaut de l’objet qui 
lui ell prelènté ; Car il faut luppolèr avec A- 
l'illote, que naturellement l’entendement ell 
comme un papier blanc, liir lequel il n’y a 
rien d’écrit, & que pour agir , il ell oblige 
de contempler les elpeces de l’imagination 
que nous appellerons, avec l’Ecole, des fan¬ 
tômes. Or ces images Ibnt materielles, com¬ 
me étant Ibrties des objets corporels, & en¬ 
trées par les lèns externes dans l’imagination; 
par conlèquent elles ne font pas capables de 
contribuer immédiatement àî’adion del’eH 
prit, & ne lui; peuvenit lèrvir que comme de 
modèles, lur Idquels l’enterKÜ^ent qui ell 
d^iritucl, le- forme des e^eces proportion- 
iiées à là nature, c ell à dire immaterielles, 
•que l’Ecole nomme intdligibles,par le moyen 
aîelquelles il exerce lès fondions. 

A ij 


4 Opujcules Vojihumes 

Il eft donc de neceflîté que les elpe- 
ces intelligibles lùivent la condition des 
fantômes, & que les copies foient vicieu- 
lès, qui lônt tirées lui* de mauvais origi¬ 
naux, tout de même qu’un lage Capitaine ne 
peut donner de bons ordres , s’il reçoit de 
faux avisj Ainfî la raifon eft lèduite par l’i¬ 
magination qui lui fournit des elpeces erro¬ 
nées , de Ibrte que l’on peut comparer les é- 
cliplès de la raifon, non à celles de la Lune 
qui font effeélives, mais bien à celles du So¬ 
leil qui ne font qu’apparentes ; car c’eft la 
Terre proprement & non le Soleil qui eft é- 
cliplé. 

Il y en a qui nient que l’entendement iê 
forge des elpeces intelligibles, mais qui pré¬ 
tendent que comme les Anges connoilient 
les objets corporels, en épurant, & par ma¬ 
niéré de dire, en Ipiritualifant les images qui 
en lôrtent j aulîî l’entendement humain par là 
lumière naturelle purifie les fantômes des 
qualitez terreftres de la matière dont ils ont 
pris leur origine , en forte que de lènfibles 
qu’ils étoient ils deviennent intelligibles. 

Il n’eft pas necelfaire pour nôtre lujet 
d’examiner laquelle eft la plus probable de 
ces deux opinions , puilqu il s’enliiit égale¬ 
ment de lune & de l’autre, que rentendemem 


de Stohjîeur ^enjot. I; Part, 5 
n’eft jamais dépravé de luy-même, mais feu¬ 
lement par la maladie precedente, & s’il faut 
ainfi dire, par la contagion de l’imagination. 

Quelques-uns avoüent bien avec Ariftote, 
qu’il n’y a rien dans l’entendement qui n’ait 
auparavant été dans les fêns, & qu’ainfi l’en¬ 
tendement ne Içauroit le palTer Jii miniftere 
de l’imagination pour la première apprehen- 
fion des objets, mais qu’aprés avoir emprunté 
d’elle lès fantômes, il peut enfuite agir fans 
Ibn entremifè. 

Cette opinion eft refiitée par l’experience, 
qui nous montre clairement que tant que fa¬ 
mé eft enfermée dans la prifbn du corps, il 
y a une dépendance mutuelle de l’entende¬ 
ment & de l’imagination , de maniéré que 
l’un n’agit jamais fans l’autre, encore même 
que l’entendement contemple des objets qui 
font hors de la portée de l’imagination. Par 
exemple, lî l’entendement penfè à quelque 
objet univerfèl, l’imagination confiderera le 
même objet comme particulier , celuy-cy 
ayant donné à l’entendement le moyen de 
concevoir l’univerfalité, puifque l’idée d’üne 
chofè univerfèlle eft abftraite de plufieurs 
choies fingulieres connues auparavant par les 
lèns : Ainfi l’elprit ne le rejyelèntera jamais 
un Ange, que l’imagination ne fe le figure 


6 Opujèules Vofthumes 

.comme corporel. De la liaifon mutuelle de 
ces deux facultez, nous inférons que les abus 
de l’imagination palTent inévitablement à 
rentendement j & d’autre paît que l’enten^ 
dement ne peut errer lî l’imagination h’a e'té 
trompée la première, de maniéré que nôtre 
elprit, quoy qu’immateriel & immortel, par¬ 
ticipe necelTairement aux infirmitez du corps 
auquel il eft attaché. 

On nous oppolèra peut-être l’hiftoire, re- 
ÆtiBs. citée par un ancien Médecin Grec , d’un 
Philolbphe mordu d’un chien enragé, lequel 
par la force de fon raifonnement, liirmonta 
l’erreur de Ibn imagination qui lui failbit 
cmindre l’eau , de laquelle ayant bû nonob- 
ftant là peur, il fut aulli-tôt guéri. A quoy 
nous répondons que l’imagination, & la rai- 
lon de ce Philolbphe étoient toutes deux dé¬ 
pravées , mais li legerement, que par le moyen 
d’autres elpeces laines & fideles , refervées 
dans la mémoire, elles ont reconnu & corrigé 
leur faute : Il le peut faire aulîi que le déliré 
n’étoit pas continu, & que dans les bons in- 
tervales, le malade le Ibit relblu de boire. 

Selon ces principes, il eft évident que les 
Arabes, & leurs Seétateurs ont tort de loger 
l’entendement dans la région moyene du cer¬ 
veau, l’imaginationdans là partie anterieures, 


de Jiionfieur Menjot. I. Part. 7 
& la mémoire dans la pofterieure ; Car de là 
il s enluivroit que l’entendement dépend de 
l’organe pour là fondion. De jplus, li l’en¬ 
tendement doit regarder les fantômes comme 
veut Ariftote, il eft manifefte qu’il faut alïî- 
gner une même demeure à l’imagination & à 
l’entendement. 

Pour comprendre mieux encore la nature 
du déliré, faifons ici deux oblèrvations. La 
première, que l’elprit humain ayant trois ope- ' 
rations, la limple apprehenlion, la compofi- 
tion, & le difcours ou le railbnnement, il luy 
arrive Ibuvent de le tromper dans la limple 
apprehenlion des objets, lans que la compo- 
lition Sc le difcours Ibient en quelque façon 
altérez. Ainli Galien fait mention d’un cer¬ 
tain Théophile qui croyôit faulîement que 
des Muficiens chantoient jour & nuit dans là 
chambre, mais qui railbnnoit julle en voulant 
qu’on les congédiât. Quelquefois aulîi la 
compolition lèule eft aliénée, comme dans ces 
mêlancholiques qui le perliiadent d’être Rois. 
Mais je n’ay jamais remarqué,dans le difcours, 
qui eft la troifiéme operation de l’elprit, au¬ 
cune dépravation. Par exemple, un fou s’i¬ 
maginant d’être Roy, & entreprenant de com¬ 
mander aux autres, railbnne ainli en luy-mê- 
me : Un Roy a droit de commander 5 Je luis 


8 Ùpîfjcules VoflhufHes 

Roy ; Donc j’ay droit de commander. La 
faulTeté de cette conclufion vient de la faulTe- 
té de la deuxieme propofition, mais au fonds 
la conclufion eft bien tirée & ne peche nulle¬ 
ment dans la forme : Que fi le raifbnnement, 
qui eft l’operation de l’entendement la plus 
relevée, n’eft pas capable d’être peiTerti, il 
s’etifiiit, pour le dire en paflànt, que cette fa¬ 
culté eft au defllis de la matière, & par conlè- 
quent immortelle. 

Secondement il faut exaélement diftinguer 
les véritables délires provenons de maladies, 
& les égaremens d’elprit qui viennent des 
paffions excitées dans l’appetit lènfitif, qui 
eft la partie inferieure de î’ame. Ainfilapeur, 
la colere, la joye , & l’amour renverlènt la 
railon, lans toutefois qu’il y ait du déliré par¬ 
ce que le cerveau n’eft pas malade, & que la 
railon n’eft emportée que par la violence d’un 
objet qui eft hors d’elle j Car dans tous les 
délires c’eft la railon dépravée qui pouflè l’a- 
petit aux excès, & la colere furieulè des ma¬ 
niaques provient de la corruption de leur rai- 
Ibn, au lieu que dans les paffions, l’apetit 
entraîne avec Iby la railon. C’eft pourquoy 
les efprits les mieux faits ne làuroient éviter 
le déliré , puifque la difpofition du cerveau 
n’eft pas Ibûmile à leur puilTance , & qu’il 

n’ap- 


de 3 !onJîeuv Menjot. î. Part. ÿ 
n appartient qu’à laMedecine de la guérir,lorfl 
quelle eft dépravée j mais l’homme lage ell 
toujours le maître de lès palïïoiis, & c’ell k. 
devoir de la morale de les reprimer. De là 
vient aülïî que le fous ignorent qu’ils font 
mal, & partant qu’il ne lont pas punilfables 
par les loix, Ibit divines, lôit humaines ; vu 
qu’au contraire ceux dont l’elprit eft tranlpor- 
té par des paflîons effrenées, lentent leur faute 
encore qu’ils n’y faftènt pas toiuours réfle¬ 
xion, & ne Ibnt nullement exculables. 

Ces choies ainfi polées, il eft aile de défi¬ 
nir le déliré, en dilânt que c’eft me déprava¬ 
tion conjîderable de rentendement, cau/ée par 
l'erreur de l'imagination. La première partie 
de cette définition , lavoir j une dépravation 
conjîderable de l'entendement , exclut du déli¬ 
ré les legeres extravagances des étourdis, & 
de ceux que nous appelons fantafques. L’au¬ 
tre partie, lavoir, caujéepar l'erreur de l'ima¬ 
gination y diftingue le vray & légitimé déliré, 
du naulfrage de la raifon par l’orage des paf- 
fions. 

Les caulès donc qui dépravent l’imagina¬ 
tion , lônt les mêmes que celles qui corrom¬ 
pent l’entendement. Ces caiilès-là lônt les 
maladies de l’organe deftiné à l’imagination» 
B 


10 Opujcuîes 'Pofihumes 

Oi' cet organe eft double, le cerveau, 8c les 
efprits animaux qu’il contient. 

L’iiitemperie du cerveau eft ou froide, ou 
chaude, & de meme que le froid eft l’enne¬ 
mi de la vie , àuftî detruit-il les adions J&ns 
les deh^raver. C’eft pourquoy il hébété & 
ftupene l’elprit comme dans les idiots, mais 

11 ne làuroit provoquer le déliré. Cet effet 
eft refèrvé à l’adivité d’une chaleur exceffi- 
ve; & fin* cela Ariftote a remarqué, que les 
hommes font plus prudens dans les Pays 
chauds, que dans les Pays froids ; parceque 
dans les Pays froids, la chaleur le concentre 
dans le cerveau, & devient immodérée, & 
nous voyons par la même raifbn , que les 
malades rêvent plus de nuit que de jour. 
Hypocrate enfeigne que l’ame fage eft corn- 
pofce également de feu & d’eau, & que fî 
l’eau domine par trop, les hommes tombent 
en démence ; fi le feu prévaut de beaucoup, 
il caufè des délires. 

Les efprits animaux étant les véhiculés 
des images, s’ils font agitez de divers mou- 
vemens déréglez , comme la furface d’une 
eau dans laquelle on jetteroit plufieurs pier¬ 
res , il faut de necefiîté que ces images fê 
brouillent 8c fe confondent, 8c que les unes 


de 3 ionfieuY Menjot. I. Part. 1 1 
fe iêparent, qui devroient être jointes, pen¬ 
dant que d’autres fè joignent, qui devroient 
être i^arées. De maniéré que dans cette 
confunon de fantômes l’imagination ne con¬ 
çoit que des monftres, tout de même que 
le vilage paroît difforme lorfque l’on le re¬ 
garde dans de l’eau qui n’eft pas calme. Que 
fl de plus les vapeurs qui brouillent les ef. 
prits animaux font fort ëpaiffes, elles font 
paroître à l’imagination les objets plus grands 
qu’ils ne font, comme il arrive à la vue lorf* 
qu’il fait broüillard. En un mot les délires 
relTemblent parfaitement aux fonges, & on 
a dit fort à propos, que les délires étoient 
les longes des veiÜans, & que les fonges é- 
toient les délires des dormans. 

Or dans ce mélange confus, &, par ma- 
, niere de dire, ce cahos de fantômes, les uns 
le prelèntent à l’imagination plutôt que les 
autres, Ibit par hazard, Ibit qu’il y ait des 
elpeces plus vigoureufes & qui reprelèntent 
plus vivement les objets, comme celles qui 
ont frapé plus fortement & plus Ibuvent la 
fantailie, ou bien qui font plus recentes ; 8c 
c’eft pour cette rnéme railbn que les penfëes 
du jour reviennent dans les longes de la nuit, 
Sc qu’au contraire, comme on longe rarement 
Bij 


Il Opufeules Pofihumes 

des odeurs, aufïi ii’èn rêve-t’on que rarement, 
parce que l’odorat étant foible en l’homme, 
à caulè de l’humidité de Ion cerveau, anilî 
les images des odeurs qui s’y impriment font 
fiiperficielles & déliées. Lucien rapporte, 
que le Comédien Archelaüs reprelenta dans 
la Ville d’Abdere , durant les chaleurs de 
l’Eté , rAndromède d’Euripide avec grand 
applaudilTement des Spectateurs , & qu’en 
même lemps il y eut une fièvre chaude épi¬ 
démique , accompagnée de déliré, dans le¬ 
quel tous les malades recitoient gravement 
les vers, de cette excellente Tragédie. 

Quelqu’un demandera par quel moyen ces 
efpeces dérangéés Ibnt tout d’un coup remi- 
fes en leur lieu naturel, auflî-tôt que la caule 
du déliré celle. Il faut lavoir qu’il y a deux 
fortes d’images de chaque objet, l’une mo¬ 
bile & refidente dans les elprits animaux , 
laquelle obéit de necelîîté à leur mouvementj 
l’autre immobile, qui eft gravée dans la lùb- 
ftance du cerveau , & de laquelle ell ilTuë 
l’image mobile, qui a fon fîege dans les ef. 
prits. Cela fuppofé , nous difons que les 
images mobiles des elprits, qui avoient été 
déplacées durant le déliré, lont en un mo¬ 
ment rangées, chacune dans leur ordre, par 


de dMonfieur dMenjot. I. Part. 13 
, les eipeces fixes & immobiles imprimées dans 
le cerveau, lefquelles nonobftant le trouble 
des elprits animaux, gardent conftamment 
leur rang 8 c leur fituation. 

Le déliré ne vient pas feulement de eau- 
fes manifeftes, mais quelquefois aufiî de pro- 
prietez occultes. On lit dans Plutarque un 
exemple mémorable des Soldats de Marc- 
Antoine , qui à leur retour de laguerre con¬ 
tre les Parthes, furent contraints par la di- 
lètte de vivres, de fe nourrir d’herbes ôc de 
racines inconnues , entre lelquelles il s’en 
rencontra une qui les mit hors du fens, de 
maniéré qu’ils travailloient incelfamment à 
tranljiorter des pierres d’un lieu en un aUtre, 
avec autant d’emprelfement que s’ils eulfent 
été employez à quelque affaire de grande im¬ 
portance. 

Il arrive par fois à ceux qui font en déliré, 
lorfqu’ils approchent dé la mort, non feu¬ 
lement de. retourner en leur bon fêns, mais 
d’étre fans comparaifon plus éclairez qu’ils 
a’avoient été pendant leur vie , de maniéré 
qu’ils difeourent admirablement bien de tou** 
tes chofes. 

Quelques-uns ont voulu conclurre de là 
l’immortalité de l’ame, laquelle commençant 
B iij 


14 Opujcuks 'Pojlhumes 

à iê dëvelof^er de" liens corporels, reprend 
fa force & la liberté. 

Mais il eft dangereux de vouloir prouver 
une vérité de la derniere confèquénce par de 
faulfes raifbn". Car pour ne pas dire que ce 
lèntiment tient du Platonillne, il eft certain 
qu’un tel événement eft commun à l’efprit, 
& aux facultez corporelles, s’étant vû des 
lourds recouvrer l’ouye , & des aveugles la 
vue peu de temps avant que d’expirer. Les 
Médecins oblèrvent tous les jours la même 
choie dans le pouls,& Hypocrate parle de 
quelques malades , qui paroilTant le mieux 
porter meurent tout à coup. C ’eft pourquoy 
il nous avertit de nous défier des Ibulagemens 
qui llirviennent làns railbn. 

Ce changement donc qui le fait d’une ex¬ 
trémité à l’autre , c’eft à dire du déliré à la 
prudence , dans l’elprit des perlbnnes mou¬ 
rantes , vient de trois caulès j la première, 
que la chaleur de la fièvre étant diminuée , 
il n’y a plus d’émotion dans les elprits ani¬ 
maux , & par conlèquent plus de delordre 
dans les eljreces de l’imagination. La fécon¬ 
de , que par la chaleur de la fièvre les va¬ 
peurs qui offulquoient l’elprit ont été dilïi- 
pées, & le cerveau deJTecné j Or l’ame la 


de 3 ^(mjteuv Menjot. I. Part. ïj 
plus feche, dit Platon, eft la plus prudente: 
Et enfin parce que la nature étant fiir le point 
de fiiccomber fait lès derniers efforts , de 
meme qu’un flambeau redouble 1^ lumiè¬ 
re lors qu’il efl: prêt de s’éteindre ; Ainlî 
Jacob, & Moylè ont prophetilé proche de 
la mort, non pas que Dieu eût belbin de 
prendre ce temps-là pour les inlpirer, mais 
parce que la nature , comme dit tres-bien 
Scaliger, étant lapuiffance ordinaire de Dieu., 
il le ïert tant qu’il peut des caulès fécondes, 
puis ajoute, par là puiffance fiirnaturelle, ce 
qui manque à leur vertu. Ainlî parce que 
la Mufîque éleve & ravit en quelque façon 
l’efj^rit, Elilee, & avant luy une troupe de 
Prophètes, le dilpolbient à la divination au 
Ibn des Inftrumens de Mufique, & l’Ecritu¬ 
re Sainte efl: pleine de miracles commencez 
par les caulès naturelles, & achevez par la 
Toute-Puiffance de Dieu. 


Opujcùîes Vofihmnei 


tS 


DISCOURS DE VOIX ET DE 

la Parole. 

L a Nature efl une fi merveilleufe œco, 
nome, qu elle tire de très-grands ulàges 
des choies qui d’ailleurs nous paroilTent les 
plus viles. La lalive, par exemple, que nous 
rejettons à toute heure, & qui nous lèrt par 
fois à témoigner du mépris , efl: neanmoins 
le véhiculé des laveurs, & & làns elle la lan¬ 
gue n’auroit point de goût. Ce n’efl: pas 
aufli làn^ railbn que l’on dit des friands, que 
l’eau leur vient à la bouche, comune fi lafa- 
live alloit au devant dés choies que leur ape- 
tit Ibuhaite. De plus en arrofant la bouche 
& la gorge, elle contribue à mâcher, & à 
avaler les viandes , tant qu enfin le coulant 
inlènfiblement dans l’ellomach, elle aide en¬ 
core à leur digeftion, qu Ariftote appelle , 
une élixatiouj & les autres mit fermentation^ 
qui n’efl: prefque qu’une, dilpute de mots. 
Mais le bon ménage de la Nature paroït lùr 
tout, dans le profit qu elle lait faire de l’air 
impur dont le cœur le décharge par l’expi¬ 
ration. Qu’y a-t’il en apparence de plus in- 



de Mmfieur Menjot. Part. î. 17 
utile que cet excrement ? Cependant il ell 
employé; adroitement à deux operations ad¬ 
mirables , lavoir à la voix & à la parole. 

Or voici l’artifice avec lequel cette inge- 
nieulè ouvrière produit la voix. Les mul- 
cles ® intercoftauxjen lèrrant fortement la poi- a Ainfi, 
trine, poulTent avec violence parles canaux mezà 
du poulmon, dans le tronc de la trachée arte- 
re où ils aboutilTent, & enfuite au larynx qui 
en eft comme la tête, cet air fuligineux que 
le cœur après Ibn raffraichilTement a renvoyé gairV“ 
aux poulmons, tout de même qu’en prelTant 
du bras une mulètte, on en chalTe l’air dont 
elle eft enflée. Cet air Ibrtant avec force 
par une petite fente fituée au Ibmmet du la-Les a-' 
rynx,formenecellairemeiitun Ion, nonleu-ft«ap-- 
lement parce que le paflfage eft étroit, mais 
auflî parce qu’étant Ibrti dehors, il heurte auf. \ 
fi-tdt contre un ‘'cartilage fait en forme d’une 
feüille de lierre, qui couvre cette fente , de buLeà 
même que le vent fait du bruit dans un lieu te”hn!.“* 
ièrré, & à la rencontre de quelque obfta-|^;j^ 

•Cle. nomme 

Mais d’autant que ce lôn eft informe , ou 
du moins n’a qu’une lèule & groffiere figure, 
comme il le voit en ceux qui toulTent & qui 
mrmurent , le Sage Architecte de nôtre 


OpuJcuk$ Vofihmms 

corps a muni le larynx de plufieurs petits müJC. 
des, par le moyen delquels cette fente étant 
diverlement dilatée & relferreé, l’air qui y 
paffe eft, par maniéré de dire, tourné en pla¬ 
neurs differentes figures , de même que les 
levres, lèlon l’ouverture & la forme que nous 
leur donnons , rendent un fixement harmo¬ 
nieux. En effet , fi l’eau dé nos fontaines 
prend la figure des tuyaux qui la jettent en 
haut, combien plus l’air , lans ccmparailbn 
plus lùbtil & plus liquide que l’eau, emprun- 
tera-t’il la forme des conduits par où il paffe i 
C’eft pourquoy Ariftote a défini la voix, m 
air figuré ér pouffé dehors. Je Ibuhaitei'ois 
que ce grand homme, pour rendre là défini¬ 
tion complette, y eût ajouté un mot, & eût 
dit, un air refinant , figuré & pouffé de^ 
hors. 

De là eft venue une diftindiondela voix, 
en grave & en aiguë 5 & comme celle-cy elî 
pointue & défiée, & qu’elle pique plus lènfi- 
blement le tambour de l’oreille , auflî eft-elle 
beaucoup plus incommode àl’oüye. De là 
vient encore que les voix ne s’entendent pas 
fort diftindenient de loin , mais quelles fi: 
changent en un fimple fi>n, à caule que leur 
%ure s’émouffe & lè peid par le chemin -, tout 


de Monjiemr Menjot. î. Part. 
même que les Tours quarrées paroilTent 
rondes à ceux qui en font éloignez. 

Comme l’art eft lefîngedelaNature,aüP 
lî l’a-t’il en quelque façon copie'e dans l’in¬ 
vention des orgues. Car celui qui fait joüer 
les foufflets, répond à la poitrine & à lès muf. 
des qui prelTent le poulmon j les foufflets imi¬ 
tent les poulmbns j les tuyaux de l’orgue re- 
prefontent les conduits des poulmons , & la 
trachée-artere où ils finilTent j le relie de la 
machine ne relTemble pas mal au larynx, & 
à fon petit orifice, & l’on peut dire que les 
doigts de l’Organifle font l’office des mufoles 
qui ouvrent & ferment le larynx, félon l’in¬ 
tention de l’animal. 

L’air étant devenu voix à la fortie du la¬ 
rynx , s’en va frapper la luette, que Galien 
compare à l’archet d’un inflrument de Mufî- 
que ; de là il parvient à la voûte du palais, où 
il retentit comme dans la cavité d’un luth, en¬ 
fin il efl porté dans les narines pour y aquerir 
encore du refonement,&ainfila voix aquieit 
làderniere perfeétion. 

Si donc le palais eft trop caverneux, foitpar 
une erreur de conformation, foit par l’erofion 
des os, comme il arrive fouvent dans la maladie 
venerienncj la voix le perd dans un fi grand 
C ij 



lo Opufcules Tofihumeî 

vuide, & devient creufè j & pareillement fi 
les narines font bouchées, ou par un polype, 
ou par quelqu’autre caulè, la voix eft fourde 
& obfoure 5 comme au rebours ceux qui n’ou¬ 
vrent pas aflfez la bouche, ou qui ont natu¬ 
rellement les trous du palais aux narines trop 
larges, ont le ton de voix delàgreable, d’autant 
qu’elle a fon ifiuë prelque entière par le nez. ' 

, Ainlî nous concluons que la voix fe fait 
par le moyen de cinq fortes d’organes. Pre¬ 
mièrement les mufoles intercoftaux font les 
miniftres du foulHe , & par conlèquent les * 
premiers moteurs de la'voix. Les poulinons 
qui font les foconds organes, reçoivent l’air 
qui en eft la matière ; & Ariftote a tres-bien 
remarqué , que les animaux qui n’ont point 
de poulmon, n’ont point aulîi de voix. Les 
troifiémes, comme la trachée-artere, condui- 
lènt l’air. Les quatrièmes le figurent, lavoir 
le larynx avec lès mufcles, qu’on peut com¬ 
parer au flageolet d’un oifoleur. Les cin¬ 
quièmes & les dernieres qui perfectionnent la 
voix, font la luette, le piais, & les narines. 
Ces choies ainlî pofées, il n’eft pas malaifé de 
découvrir les principales caulès de la perte de 
la voix. 

Premièrement les mufçles intercoftaux re- 



de Monfieur Menjot. I. Paît. 21 
cevaiit des vertébrés du dos les nerfs qui 
leur portent l’elprit animal neceflaire à leur 
mouvement , s’ils font privez de cette in¬ 
fluence , par la relblution de ces nerfs-là, il 
ne fe fait plus de Ibufilement , ôc ainfi le la¬ 
rynx ne. lâuroit plus former la voix manque 
de matière, laquelle, comme nous difions , 
n’eft pas Amplement l’air , mais un air qui 
fort avec impetuofité. Galien à ce lujet, 
rapporte l’exemple d’un enfant qui perdit la 
voix pour être tombé flir le dos. 

Secondement la voix le perd ou par l’é- 
levation des vapeurs du bas ventre, qui com¬ 
priment les parties de la poitrine & dtent la 
liberté des conduits, ou par la chute pré¬ 
cipitée d’un catherre , qui s’oppolant à l’air 
pouflfé au dehors, en interrompt le cours, à 
peu prés de la même maniéré que la pluye 
abbat le vent. 

En troifiéme lieu le larynx étant bouché 
dans la Iquenancie , il ne le peut faire de 
voix. 

Finalement les mufcles du larynx tenant 
leur faculté motrice de certains nerfs de la 
fixiéme conjugaifon, appeliez recurrens, lï 
ces nerfs tombent en paralyfîe, de maniéré 
jac l’elprit animal ne puiflTe pafler, il faut 


it Opujcules ?ofthumei 

de necelïité que ces mufcles-là demeurent 
^ns adion, & quainfî la voix fbit détruite, 
non par le défaut de la liiatiere ou des con¬ 
duits , mais d’autant que l’air ne reçoit plus 
de figure au larynx. On lit dans Galien , 
l’hiftoire d’un Chirurgien ignorant ou mal 
adroit, qui en extirpant les écroüelles à un 
enfant, îuy dta la voix pour avoir blefféles 
nerfs recurrens. 

Outre la privation & raffoibliflTement, la 
voix louffre de plus une dépravation par l’in- ' 
égalité des lieux par oùellepalTe* Car afin 
de l’adoucir, la nature prévoyante a enduit, 
la membrane intérieure de la trachée-artere 
d’une humeur vilqueulè, qui la rend unie ; 
Si donc cette membrane perd Ion égalité na¬ 
turelle, la voix devient âpre & rude, à peu 
prés comme le Ibn d’une lime frotée contre 
Je fer. 

Ce Ion âpre, qui nous lèmble unique & 
continu, eft toutefois compole de quantité de 
petits Ions diftinguez entr’eux, par la divi- 
fion de l’air en plufieurs particules , félon 
Ghaquy)etite partie du corps contre lequel 

C’eft pourquoy il eft beaucoup plus f⬠
cheux à l’oüÿe , qu’un plus grand Ion non 


de JMonjleur Menjot. I, Part. >23 
entrecoupé , tout de même que la peau eft 
plus lènhble aux piqueures d’une ortie, qu’à 
une légère contunon. 

Or il ne faut pas s’étonner fi l’oreille le 
trompe en jugeant que tant de petits ions n’en 
font qu’un lèul j car les lèns ne Ibnt juges 
certains que des objets médiocres & propor¬ 
tionnez*. Par exemple, fi on mêle enfemble 
exadement une poudre blanche & une noire, 
elle paroîtra grile à nos yeux, quoy que les 
deux couleurs contraires ne Ibient nullement 
confondues, mais lèulement voifines par l’at- 
toùchement de chaque atome de poudre. 

Les enfans, aufli bien que les femmes, ont 
une voix douce à caulè de leur humidité qui 
polit davantage les parois de la trachée-ar- 
tere; mais à l’âge de puberté, la chaleur na¬ 
turelle commençant à reluire, & à conlûmer 
les humiditez, la trachée-artere, & par con- 
lèquent la voix devient plus rude, ce que les 
Mufîciens appellent muer , & cela d’autant 
plus, que, lèlôn l’oblèrvation d’Hypocrate , 
il y a une correlpondance tres-particuliere de, 
la poitrine & de la voix, avec la lèmence & 
les parties génitales. 

Ce changement étant naturel & attaché à 
un certain âge , parlons de l’inégalité de la 



24 Opujcules Vofthumes 

voix qui procédé de maladie , & qui arrive 
en tout temps. Celle-cy eft de deux elpe^ 
ces 5 car ou la voix eft bafte, ou elle eft clai¬ 
re : La première le nomme enrouement , à 
caulè, peut-être, de là reflemblance à une 
roue mal graiirêe : La leconde nous l’appel¬ 
lerons voix aigre -, faute d’un nom ^propre.' 
Dans l’enrouêment il faut conliderer deux 
choies, la balfelTe, & la rudelTe de la voix. 
La balfelTe eft caufée par la trop grande hu¬ 
midité des organes, lelquels même peuvent 
être fi excelfivement humeélez, qu’ils ne ren¬ 
dront point du tout de Ibn 5 auquel cas il 
s’enfiiivra au lieu d’enrouement, une parfai¬ 
te privation de la voix. La rudelTe vient de 

la relaxation & des plis de la tunique inté¬ 
rieure de la trachée-artere, de même que la 
peau le ride lorlqu’elle eft trop moüillée. 
Ainfi l’huile qui de Iby a la vertu d’adoucir, 
gâte la voix & la rend âpre, en fronçant cette 
membrane par Ibn extrême humedation. 

La voix aigre lèmblable au cri des Grues, 
des Oyes, & des Aigles eft claire , & âpre 
toute enlêmble. Sa clarté vient de la lèche- 
refle de l’organe, car les corps lècs'lbnt plus 
relbnans j lôn âpreté provient ou de l’exco¬ 
riation de la trachée-artere, comme dans la 

phtifie. 


àe Mnjteur Menjot. I. Pare? iy 
phtifîe, ou d’une chaleur extraordinairement 
ardente: Ainfî nous remarquons que la peau 
&: la langue deviennent inégales , julqu’à le 
fendre par l’adivité d’une chaleur delTei- 
chante j Et c’eft pour cette railon que dans 
les fièvres chaudes, la voix claire, & âpre eft 
fbuvent le preiàge des convulfions & de la 
mort. 

Apres avoir difcouru de la voix, dilons 
quelque choie de la parole. Celle-là eft 
commune aux hommes & aux bêtes, celle- 
cy eft propre à l’homme. Il eft vray qu’on 
enlèigne à parler à quelques oilèaux qui ont 
la langue platte comme l’homme, ou peut- 
être qui ont dans la langue qUelqu’autre dift 
pofition particulière qui nous eft inconnue. 

Mais quoy qu’il en Ibit, le langage des Per¬ 
roquets & des Pies n’eft pas fignificatif, au 
lieu que la parole humaine eft la meflagerc 
& l’interprete des penfées. Et c’eft à bon 
droit que chez les Grecs, un même mot fi-Logos: 
gnifie & parole. & railon, & un autre dérivé 
de celuy-cy , le prend indifféremment pour 
muet & pour dérailbnnable. 

C’eft aulfi pour cette confîderation qu’un 
ancien Poète Grec décrivant l’origine de Pan- Heiîode 
îdore, raconte que Jupiter commanda à Vul- 


i6: Opüfcules Pofihumes 

cain de broyer de la terre & de l’eau, & puis 
d’y mettre la parole, comme la partie eiren^ 
tielle de l’homme ,& s il faut ainli dire, fou 
appaiiage. Il eft vray que l’Anelfe de Ba- 
laam a parlé,mais miraculeulêment,la lan¬ 
gue de cet animal, nonobftant fbn inhabileté, 
étant remuée & fléchie par la Toute-PuiC 
fance .de Dieu , de la maniéré requife pour 
prononcer des paroles articulées, lans le con¬ 
cours de Ion imagination , & fans aucune 
Gonnoilfance des chofesquelle proferoit. 

La voix eft naturelle à l’homme aufli bien 
qu’aux bêtes, car les enfans commencent la 
vie par des cris inarticulez : Mais la parole 
vient de l’imitation , & fi Dieu après avoir 
creé 'Adamiy ne luy eut point infus avec les 
autres dons, celuy de parler, quoy qu’il ne 
luy manquât aucune partie necelfaire à l’ar¬ 
ticulation , il fut demeuré muet toute là vie, 
& là pofterité après luy. Cette vérité fe 
prouve clairement par deux exemples j le 
premier eft celuy des enfans expolèz , & 
nourris par des bêtes dans les delèrts , lel- 
quels ne parlent point jufqu’à ce qu’étant en¬ 
trez dans le commerce des hommes, ils loient 
inftruits à parler : L’autre exemple eft celuy 
des lourds naturels, qui ne manquent jamais 


de MmfteuY Sîenjot. I. Part. 17 
4’êtfe muets , d’autant que la parole étant 
l’objet de l’ouye, ce fens eft le lèul par le¬ 
quel ils font capables d’appi'endre l’art dulan- 

Voyons mamtenant comment le forme 
cette parole. La langue recevant la voix 
née dans le larynx, & pxu'lès diversmouve- 
mens la failànt refl-çchir contre le palais, que 
Lucrèce appelle élégamment le Temple de la 
langue elle le rompt en plufieurs petites 
pièces, que nous nommons des'lyllabes. Cet¬ 
te fraétion de la voix eft aidée par les rago- 
litez naturelles du palais , qui en font une 
réverbération inégale, puis la langue rejoint 
à l’inftanten mille maniérés ces lÿllabes le- 
parées, & cette conjonétion s’appelle articu¬ 
lation , par métaphore, des jointures des os. 
D’où vient qu’Ariftote a défini le parler, /’^r- 
■ticulation de la voix par le minifiere de la langue^ 
en Ibrte qu’étant diftinde, elle peut être ré¬ 
duite par écrit. De même donc qu’un dif- 
cours eft compole de périodes , & les pério¬ 
des de mots , aulfi les mots lont conftruits 
de lÿllabes liées enlèmble. Et Ariftote en 
un autre endroit, compare le langage à plu¬ 
fieurs pierres precieulès bien taillées , puis 
artiftement arrangées enlèmble & mifes en 


2^ Opufcuks Voflhume^ 

œuvre. Or cette divifion de la voix en pe« 
tites portions, appellées lÿllabes, dépend des 
conlbnes que la langue entremêle parmi les 
voyelles. Car tout de meme, dit Ariftote, 
que les voyelles viennent du larynx , aufli 
les confones font les produdions de la langue, 
à laquelle il alTocie aulïî les levres comme ’ 
ayant part à cette adion j c’eft pourquoy en 
une infinité de lieux de la Bible , la parole 
eft attribuée aux lèvres, ainfi au Pf. 6 i. mes 
lèvres te loueront , & aux Proverbes de Salo¬ 
mon, ch. 12. les lèvres menjongeres , & au 
premier verlèt du ch. 12. de la Genelè, Terra 
erat unius labii: Toute la terre parloit le même 
langage. 

Enfin les dents, principalement les ante¬ 
rieures , que les Médecins appellent incilbi- 
res, ne font pas oifives icy, mais contribuent 
quelque choie à cet ouvrage admirable? Pre¬ 
mièrement elles arrêtent la voix , laquelle 
autrement s echaperoit trop promptement 
hors de la bouche : De plus elles reçoivent 
le coim & l’élancement de la langue, & af- 
fermillent Ibn mouvement. C’eft pourquoy 
les enfans ne commencent à parler que lors 
que les premières dents leur ont percé, non 
leulement parce que la langue julqu alors a 


de Monjîeur Menjot. Part. I. 29 
été trop humide, & partant peu agile, & mal 
propre à tant de differentes inflexions j mais 
aufîi à caufè que les dents qui manquent aux 
enfans les premiers mois de leur vie, ne leur 
facilitent pas le parler. 

Finiflfons ce difcours par une oblèrvation 
qui s’enfuit de tout ce que nous avons dit cy- 
deflus ; lavoir, que la voix forme'e dans le la¬ 
rynx étant la matière de la parole, qui s’ar¬ 
ticule enfrfîte par la langue dans la concavi¬ 
té du palais, il ell impoflible que celle-là le 
perde, fans caufèr la perte de l’autre, & qu’au 
contraire la voix furvit tres-fouvent à la pa- 

vr>îe. 



P hj 


Opufcuks Tofthmies 




NOUVEAU SYSTEME HUN 
Médecin célébré tduchant l'EpilepJte^ contenu 
dans la Lettre par luy écrite a m de Jes 
umis* 

V Ous m avez fait un extrême plaifir de 
m’apprendre que Monfieur Menjot a 
donné au public une troiliéme partie de fes 
DilTertations Pathologiques, parce qu’ayant 
les deux autres je ferai bien aile d’y joindre 
celle-là, & de voir liir tout, comment luy 
qui écrit fi agréablement & fi dodement de 
toutes choies, le démêle de l’Epilepfie, dont 
la nature eft fi cachée aux plus Savans. 

Pour moy qui n’ay pas, comme vous pou¬ 
vez penlèr, la vanité de croire que j’aye lur 
cette maladie des vues que tout autre n’ait 
pas, je ne lày pas fi je me dois hazarderde 
vous en dire ma penlee: Toutefois, à caufe 
que vous me témoignez le defirer, je -le fe¬ 
rai tout fimplement, pour vous faire voir de 
quelle Ibûmifiîon d’elprit je luis à vôtre é- 
gard. 

Je remaque donc en premier lieu , que 
l’Epileplie eft une maladie du Syfteme des 



de Monfieur Medjoi. I. Paît. 31 
nerfs ; car il ell évident que là caulè prochai¬ 
ne n’eft ny dans le làng, ny dans les parties 
lànguines, mais uniquement dans lesnerveu- 
lèsjdi qu’il n’y a d’autre différence entre l’E- 
pilepfie Idiopathique, & la Simpathique , 
qu’en ce que la caufè de la première eft dans 
le voifinage de la lource des nerfs , où elle 
porte plus promptement le delordre, & que 
celle de l’autre en eft plus ou moins éloi¬ 
gnée. 

Secondement, je confîdere que cette ma¬ 
ladie a lès retours, & qu’elle a par conlèquent 
' là minière, qui à la façon des fermens, a la 
vertu de le grollîr, & d’où elle tire de tems 
en tems la vertu de lès paroxilmes. 

En troilîéme lieu je conjeâ:ure que cette 
minière‘eft tres-petite en volume, puilqu^elle 
relide par fois dans le bout d’un doigt làns y 
fair^de tumeur, ny de douleur; mais tres- 
graade en vertu, puilqu’elle eft capable d’ex- 
, citer de fi grands orages. 

Enfin je remarque que ces effets font prin¬ 
cipalement de porter le delordre aux elprits 
animaux julques dans leur lource, & d’exci¬ 
ter enfuite dans tous ou plufieurs menibres, 
des mouvemens violens & irréguliers. De 
maniéré que pour bien comprendre la caufè 


Opujcules Vofthumes 

de ces mouvemens forcez & déréglez , je 
penlê qu’il eft necelîaire de lavoir comment 
fe font les volontaires & les réguliers. 

Lorlque les elprits animaux font dillribuez 
également dans tous les membres , & que 
leur cours eft doux & naturel , cela fait le 
mouvement que l’on appelle tonique, ou plu-' 
tôt il ne le fait aucun mouvement particu- 
lierj mais lorlque la volonté les poulTé en quel¬ 
ques mufcles plus abondamment qu’en quel¬ 
ques autres, cela fait que ces mufcles qui le 
remplilTent d’elprits, deviennent plus gros & 
conlequemment plus courts ; d’où il arrive 
que les membres aulquels les mufcles Ibnt 
attachez, font tirez vers quelque côté, & ce¬ 
la fait tous les divers mouvemens que nous 
voyons. 

C’eft donc l’elprit animal qui eft la caulê 
de tout mouvement, lavoir du naturel, lorP 
qu’il eft diftribué avec ordre & melùre,., & 
du violent, lorlqu’il eft poulTé tumultuaire- 
ment. Il ne refte donc plus à lavoir, linon 
ce qui poulfe ainfi impetueulêment l’elprit 
dans l’Epileplie ; car il n’eft pas probable, 
comme fomble l’enfeigner Helmont, qu’il le 
puilTe de luy-même irriter au point , qu’il 
entre de fon propre mouvement dans cet¬ 
te 


te efpece de fureur. 

. A voir de quelle maniéré commence l’in- 
Jdilte Epileptique, il eft vilîble que là matière 
le raréfié, & prend feu quafi toutd un coup, 
ce qui*me fait juger quelle eft à peu prés de 
la nature de la poudre, finon de la commu¬ 
ne , du moins de celle qu’on appelé fulmi¬ 
nante, qui le fait avec le nitre,lelbufFre,& 
le lèl de tartre, laquelle fait fon effet non pas 
avec du feu comme l’autre, mais en l’expo- 
lànt à un certain degré de chaleur, coinme 
l’on fait l’or fulminant j car en fiippo&nt que 
cette matière compolee de ces trois differen¬ 
tes liibftances vienne à être agitée, par quel¬ 
que caule que ce Ibit, dans quelqu’une des 
branches des nerfs , il eft d’une liiite necef- 
faire qu’en le raréfiant, elle eft poulfée le long 
des tuyaux julqu’à l’origine des elprits, au£ 
quels il n’eft pas polfible qu’elle ne donne la 
chalfe, c’eft à dire qu’elle ne les poulTe vio¬ 
lemment & irrégulièrement dans les membres 
> où ils font tous ces prodigieux & terribles 
mouvemens, lelquels durent julques à ce que 
cette matière Ipalmodique vienne à être dilfi- 
pée, ou à perdre lès qualitez ennemies , c’eft 
à dire à changer de grolfeur, de figure & de 
mouvement, ce qui lùffit pour redonner le 


34 Opujcules Vofihmnes 

calme aux efprits. Et l’on ne peut pas diC. 
convenir que cette matière ne foit d’une na¬ 
ture nitrouilphurée, parce que les elprits, 
dont elle eft comme la luye, le font. Mais 
afin de pouvoir bien rendre railon de fous ces, 
phenomenes, il Faut aulïî y alTocier un fèl fixe 
alkalife , qui foit parfaitement mêlé aux deux 
autres fùbltances 3 parce que par un fembla- 
ble mélange, on conçoit alTez comment toute 
cette matière venant à être fortement agitée, 
les particules nitreufès & fiilphurées, qui de 
leur nature font alfez volatiles, tendent au¬ 
tant quelles peuvent à s’échaper , à même 
temps que celles du fèl fixe , aufquelles les 
autres fcnt étroitement affociées, s’efforcent 
tout au contraire de les retenir : Mais parce 
que l’agitation des deux premières fubftan- , 
ces, devient enfin fi forte que le fèl fixe n’eft 
plus capable de les arrêter, cela fait que le 
tout s’envole avec violence, & qu’ayant des 
mouvemens, des grofîèurs & des figures dif¬ 
ferentes de celles des efprits animaux avec 
lefquels cette matière fè mêle , ils en font 
facilement difperfèz. 

Outre ces trois differentes fùbflances, dont 
je conjeélure que la matière Epileptique eft 
compofée, il faut* fans doute y joindre, pour 



de ^onjteur Menjot. I. Part. 
faire la minière , une matière purement ter- 
relire, qui demeure après la détonation com¬ 
me une tête morte, ou dans l’endroit où elle 
s’ell formée, ou dans les environs, afin qu’el- 
le y ferve comme de matrice pour s’impré¬ 
gner de nouveau des mêmes particules nitreu- 
les , falines & *lùlphurées qui produifent ën 
leur temps les mêmes effets. Et il ell aifé 
de concevoir que toutes ces diverfes liibllan- 
ces le- peuvent trouver mêlées avec des elprits 
animaux dans les temperamens brûlez, com¬ 
me font les Epileptiques , parce que les el¬ 
prits n’étans naturellement que la fleur du 
làng , qui dans cette conjonélure ne peut 
manquer d’être chargé , tant de fouphre im¬ 
pur , que de toutes elpeces de fols, qui ne 
font auflî jamais làns quelque mélange de ter¬ 
re volatililée , il faut de neceflîté que les 
elprits qui en font tirez, en participent : De 
maniéré que toutes les fois que ces divers 
atomes de matière minérale viennent à s’en¬ 
gager ou dans l’origine , ou dans les bran¬ 
ches des nerfs , ils y doivent produire une 
elpece de cralfo, qui fort de minière à l’E- 
pilepfîe. 

Et l’on n’aura pas de peine à comprendre 
quelle s’y puilfo en effet former lans y faire 
E ij 


3 ^ Opufcules Vojlhumes 

d’obftmdion lènuble , parce quelle ne s’y. 
amaffe que peu à peu, & que cependant les 
elprits animaux s y conlèrvent toujours leur 
palïage libre, julques à ce quenfin lamelii- 
re vienne, comme l’on dit, à le combler,& 
que les elprits qui trouvent de la peine à pafi. 
lerparmi les pores de cette matière grolïîe , 
falïent effort pour s’ouvrir le palTage, étant 
évident qu’ils doivent faire à peu prés ce que 
fait le vent quand il eft relTerré entre des por¬ 
tes , c’eft à dire y foufiler avec plus d’impe- 
tuofité que de coutume , ce qui lulfit pour 
raréfier le plus lubtil de cette minière , & 
pour produire enfin rinlulte Epileptique. . 

Je conjecture que cela le fait à peu prés 
de cette forte, parce que je voy que tout ce 
qui agite extraordinairement les efprits ani¬ 
maux , comme font la joye, la peur, le vin, 
le commerce des femmes, &c. réveille l’E- 
pilepfie, ce qui ne peut arriver qu’à caulè 
que ce font les elprits agitez qui mettent le feu 
aux poudres. 

Sur cette hypothelè l’on peut facilement 
donner railbn pourquoy les Epilepfies noCtur-' 
nés, ou les Incubes Epileptiques ne fo réveib 
lent que la nuitj car ne le failànt pendant le 
Ibmmeil ny mouvement volontaire, ny aucun 


de Monfieur Menjot. I. Part. 37 
ufage des lèns, & les elprits n’étans par con- 
lèquent plus employez à leurs organes, il en 
doit necelTàirement couler davantage dans les 
nerfs qui vont aux parties nouii'icieres , qui 
n’ont apparemment point de valvules comme 
les autres mais qui pour le belbin qu’ont 
ces parties de joüirlàns interruption du com¬ 
merce des elprits , demeurent toujours ou¬ 
verts 5 de façon que fi la minière Epileptique 
le trouve dans quelqu’une des branches de 
ces lallîs de nerfs qui Ibnt dans l’abdomen , 
ou dans qiîelque Icion du nerf récurrent, com¬ 
me elle ell toujours dans les Epile plies no- 
( 5 turnes, il ell certain que le feu y doit pren¬ 
dre plutôt la nuit que le jour, parce que c’ell 
le temps que les elprits iront avec plus d’af¬ 
fluence. 

On peut encore par là donner plus plau- 
fiblement la railbn, pourquoy l’EpilepAeell 
d’une guerilôn li diflicile j car foit que l’on 
regarde le lieu de - fa minière, qui ell la moel¬ 
le des nerfs , où les • remedes ne vont que 
tres-difficilement, Ibit que l’on conlidere la 
nature de cette minière , on voit aflez la 
difiiculté qu’il y a de l’ôter. 

Enfin par cette hypothelè on comprend 
encore plus lènfiblement , ce me lèmble , 
E iij . 


3 ? Opufcules Pojihumes 

comment les mélancoliques, c’ell à dire les 
brûlez, deviennent facilement Epileptiques, 
parce que ces gens-là ont le làng compofé 
de parties plus folides & plus embaraifantes, 
qu’ils l’ont chargé de plus, de toutes fortes 
de lèls,& déplus de louphre inîpurqueles * 
autres, & par confequent plus propre à for- ’ 
mer cette liiye que j’ay dit compofer les pe¬ 
tites minières Epileptiques. 

Voila, Monfieur, l’idée en gros que j’ay 
de cette^ maladie : Vous y trouverez , fans 
doute, bien des chofes à redire ,aufIinevous 
la donnay-je pas pour être entièrement redi- 
fiée, mais lèulement comme une conjedure 
qui a belbin d’un plus grand examen. Vous 
me ferez toujours un fort grand plaifir,non 
pas de la faire voir à Monfieur Menjot, com¬ 
me vous me le mandez, parc,e qu’il n’y a pas 
de plaifir d’expolèr lès rêveries à toutes for¬ 
tes de perfbnnes, fiir tout à, celles qui ont 
l’efprit délicat comme l’a M. Menjot, mais de 
m’en dire vous-même*vôtre fèntiment. 


de Monjieur Menjot. I. Part. 


19 


REFUTATION DE CE NOUVEAU 
Syjleme. 

C Ette opinion touchant l’Epilepfie eft aC 
(ùrement fort ingenieufè , & part d’un 
eiprit net & éclairé ; elle ne différé guere 
du fèntiment de Monfieur Willis, dont j’ay 
parlé dans le dernier volume de mes Dilfer- 
tations Pathologiques , ainfî je ne répéterai 
pas ce que j’en ay écrit J j’ajouterai feulement 
icy quelques réflexions particulières. 

Tout le monde convient que l’efprit ani¬ 
mal efl: abfolument iieceflfaire pour le mou¬ 
vement volontaire des mufcles , mais auflî 
l’experience nous montre évidemment qu’une 
forte & fubite irritation des parties nerveii- 
lès, liiflit pour exciter dans les mufcles des 
contrariions involontaires & violentes, ou du 
moins, félon quelques-uns, il ne faut pour 
cela qu’une matière vaporeufè, qui fe diftri- 
buë tout d’un coup dans les mufcles, & les 
enfle comme un voile, ou un balon, fans que 
l’intervention des efprits animaux y fbit re- 
quife. 

L’Auteur compofe la matière Epileptique 



40 Opufcules Toflhumes 

de quatre Elemens, fâvoir de ibuphrc, de 
nitre , de fèl fixe alkalifé , & de fiibftancé 
terreftre, & prétend que la matière nitrofiil- 
phurée eft comme la liiye des elprits. Cette 
penfée ell hardie & pleine d’invention, elle 
ne manque que de bonnes raifons pour le 
faire approuver': On pourroit ce me lèmble, 
enrichir ce mélange d’une dolè d’or dilTous 
dans l’eau regale & précipité, afin d’en ren¬ 
dre plus fulminant le mixte qui en relulte- 
roit. Cette fiiye des elprits animaux eft dif¬ 
ficile à comprendre j car ils font làns com- 
parailbn plus fiibtils que l’elprit ætheré du 
vin le mieux reélifié , & toutefois celuy-cy 
n’amalTe point de fiiye j Comment donc çeux- 
là en amaftent-ils ?. 

On veut qu’aprés l’accès Epileptique, Sc 
la diflmation du nitre , du Ibuphre & du fel 
alkalifë, il refte la fiibftancé terreftre de ce 
compole , laquelle étant imprégnée petit à 
petit, & comme animée de nouvelles parti¬ 
cules fiilphurées & falines, lôit la caule du 
retour des paroxifines. Je m’étonne qu’on 
ait oublié d’alleguer pour preuve , l’exem¬ 
ple de la terre damnée des Chiiniftes , la- 
quelle fi on l’expolè à l’air, s’imbibe avec le 
temps d’un làlpêtre qui luyjrend fa premie- 


de S^onJîeuY JHenjot. I. Part." 
ÿe fécondité. Mais comment la matière É- 
pileptique ainfi préparée , venant à prendre 
feu, nenflàme-t’elle pas en même tenipsces 
clprits animaux avec lelquels elle le mêle , 
puilque leur nature eft liilphurée, & par con- 
feqiient pour le moins autant inflâmable que 
le plus excellent elprit de vin? Et celaliip- 
polé, d’où vient que l’extinétion , s’il faut 
ainfi dire, de cet éclair, ne fait pas envoler 
tous les elprits animaux aulfi bien que la ma¬ 
tière Epileptique ? 

On loge dans l’origine des nerfs, ou dans 
quelqu’une de leurs branches, cette fiibftan- 
ce terreftre qui demeure après l’accès, fans 
que le lèntimeht des parties en Ibit aucune¬ 
ment afFoibli , non pas même leur mouve¬ 
ment , encore qu’il demande une plus gran¬ 
de affluence d’efprits ; cependant il eft 'in¬ 
concevable que cette fiibftance terreftre,quel¬ 
que déliée qu elle fbit, & en quelque petite 
quantité qu’on le l’imagine , ne bouche par 
Ion opacité quelques-uns des pores étroits & 
invifibles des nerfs, qui doivent donner paf. 
fage aux elprits. Que fi les eft>rits par l’iin- 
petuofité de leur mouvement lurmontent la 
réfiftance de ces corpufcules terreftres, ceTne 
peut être qu’en les entraînant avec foy , dç ' 


ée par* le 

vent, en forte que les nerfs devroient être 
nettoyez de eette elpece de crafTe. 

On rend raifbn de ce que les tempera* 
mens brûlez font expofez à l’Epileplie , par¬ 
ce qu’ils abondent en matières làlines & fui- 
phurées : Mais que dira-t’on des enfans qui 
y font beaucoup plus lujets, quoy que telle¬ 
ment éloignez d’une eonftitution adufte, que 
ceux qui par curiofité ont goûté de leurs ex- 
cremens, n’y ont prelque point apperçu-d’a¬ 
mertume ; Et ce qui eft de remarquable, 
l’âge de puberté dans laquelle les humeurs» 
commencent à fè fàler, ell neanmoins la gue- 
rifbn ordinaire de l’Epilepfie des enfans? 

A l’égard des Incubes ils n’ont d’eux-me- 
mes rien de convulfîf, encore qu’il ait, plû k 
Avicenne & après luy à pluneurs Moder¬ 
nes , d’appeler l’Incube une petite Ejpilepfie; 
.car il eft conftant que cette fuffocation no- 
élurne participe plus de l’apoplexie que du 
mal caduc. De plus le fbmmeil étant caufe 
par l’interception des efprits animaux dans le 
cerveau qui en eft la fburce, toutes les par¬ 
ties du corps, tant les fenfitives que les mo¬ 
biles, enfbnt également privées, & je ne voy 
pas que les parties nourricières pendant le 


4^ 

même que la pouflîere eft empo 


de MonJieuY Menjot. I. Part. , '45 

fommeil, doivent avoir le privilège d’en re¬ 
cevoir une plus grande quantité que durant 
les veilles, ny meme quils en ayentbelbin, 
les efprits animaux ne contribuàns rien du 
tout auxjcodions desalimens. 

Enfin lorlque la fraéture du talon -, ou 
qu’une piqueure, quoy qu’imperceptible, de' 
quelque tendon & principalement des nerfs, 
ou que la moindre goûte lôit de fànie, Ibit 
de lerofité extrêmement acre , qui bleirel’o-. 
rigine des nerfs, produifènt inopinément des 
convulfions generales de tout le corps , où. 
eft alors cette matière fpafinodique, mélangée 
jfi artiftement de principes choifis à plaifiri 





44 


Opufcules Pofthmes 


DE FENSE DE CE NOUVEAU 
Syjleme par Jon tuteur, 

J E fois très-obligé à l’Auteur des Réfle¬ 
xions , que vous avez eu la bonté de m’en¬ 
voyer , for l’opinion que j’ay de l’Epilepfie : 
mais lî elle n’eft qu’ingenieufo, comme il dit,' 
ce n’eft pas aflez pour me la faire embrafferj 
il faudroit aufli quelle fût véritable, ou du 
moins quelle eût plus de probabilité que cel¬ 
le qui eft reçûë dans l’Ecole. 

Javois crû trouver à peu prés cette pro¬ 
babilité dans le Syfteme que je m’étois pro- 
pofë , mais il me fait comprendre par des 
objeélions fblides qu’il luy oppofo , que je 
puis m’être trompé ; toutefois à caufo qu’el¬ 
les ne me fomblent pas entièrement convain¬ 
quantes , je ne lailierai pas de vous mettre 
icy ce que je m’imagine qu’on pourroit ré- 
. pondre en faveur de mon opinion. 

L’Auteur convient que l’elprit animal eft 
ablblument neceffaire pour le mouvement vo¬ 
lontaire des mufcles , mais aujfïî il dit que 
l’experience montre alTez , qu’une forte & 
fobite irritation des parties, foffit pour ex- 



de Mmfieur Menjot. Part. I. 45 
citer dans les muJfcles des contrarions vio¬ 
lentes & involontaires : ce que j avoue avec 
luy. Mais il ne prouvera pas pour cela,que 
ces contrarions violentes ne le falTent pas 
‘immédiatement par les elprits irritez j parce 
qu’il eft vifible, tout au contraire, que cette 
forte irritation des* parties nerveulès dont il 
parlé, doit necelTairement changer le cours 
des elprits, fait en ébranlant quelques filets 
de ces nerfs, qui ouvrent par ce moyen dans 
le cerveau où ils aboutilfent, certains pores 
par lelquels les elprits Ibnt déterminez à cou- 
. Ier d’une certaine maniéré,Ibit en fefailànt, 
dans l’endroit même de ces nerfs où le fait 
cette forte irritation , quelque Iblution de 
continuité imperceptible par laquelle les ef- 
^ prits s’épanchent , ce qui liiffit pour câulèr 
de l’irrégularité dan§ leur mouvement. Et 
il ne fert de rien de dire, qu’il ne faut qu’u¬ 
ne matière vaporeulè qui lè dillribuë tout 
d’un coup dans les mulcles, & les enfle com¬ 
me un balon ou comme un voile, làns que 
l’intervention des elprits animaux y Ibit re- 
quilè. Car s’il eft vray qu’on n’ait jamais 
vu arriver de convulfion clans les parties vé¬ 
ritablement paralitiques, c’eft une preuve tout 
.à fait claire qu’il eft impolfible quelle lè falTe 


4^ “Opujcules Pofthumes 

lans rintervention des efprits animaux ; tout 
ce que peut faire cette matière vaporeufè , 
c’eft de pouffer tumukuairement les efprits, 
mais ce font toujours les efprits pouffez qui 
font ces mouvemens viôlens. En effet c’efl 
une maxime qui me fèmble être reçue in- 
conteflablement dans la Medecine, que les. 
adions malades dépendent des mêmes facub 
tez que les faines ; Car fi c’eft avec une bon-* 
ne jambe que je marche bien , c’eft auffi, 
fans contradiction, avec unemauvaifèjambe 
que je marche mal: Tout de même ft c’eft 
avec un certain cours réglé des efprits ani¬ 
maux , que je fais certains mouvemens régu¬ 
liers , c’efl: auflî fans doute avec un autre 
cours irrégulier des mêmes çfprits , que je 
fais certains mouvemens irréguliers. 

Je compofè la matiei-e Epileptique de qua¬ 
tre Elemens , fàvoir defbrmhre, denitre, de 
fel fixe alkalifé, & de fubftance terreftre j & 
je pretens que cette matière nitrofûlphurée 
eft comme la fiiye des efprits. L’Auteur des 
Réflexions trouve cette penfée hardie & plei¬ 
ne d’invention, dit plaifàmment, quelle 
ne manque que^de bonnes raifbns pour fè 
faire approuver j cependant il eft étonnant 
qu’il n’en apporte luy aucune.pour ladétrUi- 


deMonfieufNknjoî. I.. Part. 4^ 
re, que la difficulté qu’il y a que les elprits 
animaux puiffient faire quelque- luye dans les 
nerfs, • puilque l’elprit ætheré du vin le mieux 
redifié, qui n’eft pas à beaucoup prés fi lub- 
til que l’elprit animal , n’en amalTe point. 
Mais eft-il bien lui* que l’elprit ætheré de 
■ vin n’amalfe jamais deliiye, & oferoit-il bien 
alfurer d’en pouvoir redifier pendant lon¬ 
gues années dans un vailTeau de ciiftal ou de 
quelqu’autre matière que ce loit, Jusqu’il 
vint enfin à s’en former ? La matière qui 
compolè le corps du Soleil eft fans doute in¬ 
comparablement plus fiibtile que ne font les 
elprits animaux, toutefois on ne doute plus 
qu’il ne s’en forme des taches, parce que l’on 
lait que la matière fî*lubtile quelle puilfeê- 
tre, peut en perdant de Ibn mouvement, & 
demeurant de cette maniéré en repos l’une 
auprès de l’autre, devenir matière groffiere : 
Or fi cela le peut & le fait en effet dans la 
matière la plus lubtile de l’Univers , pour- 
quqy cela ne le fera-t’il point dans la matiè¬ 
re lubtile de l’animal? Mais il ne s’agit pas 
icy d’elprits animaux purs & redifiez , & 
j’entens feulement parler de ceux qui fe tirent 
d’un làng mélancolique & brûlé, qui ne font 
jamais fi purs. Pour concevoir cela, il faut 


4^ Opufcukî Toflhunm 

penlèr que l’elprit animal n’efl proprement 
que la fleur du làng qui le tarene dans le 
coeur,& qu’il ne fe fait pas dans la têté, mais 
s’y répare feulement par le moyen du filtre’ 
de la propre lubftance du cerveau j de ma¬ 
niéré que fi le plus fiibtil d’un £ng brûlé, ne 
lailTe pas d’avoir des particules aflez groffie- ' 
res, n ces filtres font trop ouverts, fi le fang 
qui aborde le cerveau y eft pouffé fi impe- 
tueufoment qu’il puiffe forcer les filières par 
lefquelles il doit paflfer : je ne voy pas qu’il 
foit trop difficile de comprendre que les par¬ 
ticules les plus groffieres , ou d’une figure 
irreguliere, comme font les fâlines, les fou- 
phreufos, & les terreftres puiffent s’engager 
dans la propre fiibflance du cerveau, ou bien 
s’arrêter,en chemin faifânt, entre les petits 
filets de quelques nerfs pour y faire ces pe¬ 
tites minières Epileptiques que j’ày imagi¬ 
nées. Et je trouve tout au contraire, très-. 
difficile de. concevoir que ces petites parties 
longues comme font les fâlines, ou branchuës 
comme font les fouphreufès, ou d’autres figu¬ 
res irregulieres comme font des terreftres , 
puiffent aller bien loin fans perdre de leur 
mouvement, & fans s’arrêter enfin quelque 
p’art. On appellera cette craffe, tartre, ou 


de Mnjteuv Menjot. I. Paît. 45) 
fiiye, ou comme l’on voudra , pourvu que 
l’on la conçoive de 4 a nature que je la con¬ 
çois , parce que cela liiffit pour produire l’efl 
itt que j’en tire , làns qu’il Toit beldin pour 
rendre ce mélange plus fulminant , de l’en- 
richir d’une dolè d’or dilTous dans l’eau re¬ 
gale & précipité, comme raille agréablement 
l’Auteur, parce que cet or y lèroit inutile, 
& que les artiftes lavent que ce font lèule- 
ment les dilferens lêls qui font cette explo- 
fion. 

Je conçois qu’aprés l’accès épileptique Sc 
la dilïîpation du nitre, du Idupnre, & du lèl 
alkalilé il relie la tête morte de ce compofé, 
laquelle le chargeant peu à peu de nouvelles 
particules lùlphurées & làlines, èll caulè^ du 
retour des paroxyfines. Et l’Auteur des Ré- 
fléxions me fait appercevoir que j’ay oublié 
d’alleguer pour preuve l’exemple de la terre 
damnée des Chimilles , laquelle étant e^o- 
fée à l’air, s’imbibe avec le temps d’un elprit 
làlin qui luy rend la première fécondité. Mais 
ne fiifiît-il pas de luy en avoir inlpirélapen- 
■fée, & cela même n’eft-il pas une preuve cer¬ 
taine que la mienne eft allez julle, puifqu’il 
en fait fiailèment l’application. 

Mais comment la matière Epileptique ainlî 


JO Opûfcuks Voflhumes 

préparée, pourlîiit-il, venant à prendre feu 
n’enflâme-t’elle les elprits animaux avec leC. 
quels elle le mêle , puilque leur nature efl: 
mlphurée , & par confequent aulTi inflâma- 
ble que le plus excellent elfuit de vin ? 

L’elprit animal, comrpe j ay déjà dit, n’eft 
que la fleur du làng, qui efl: un mixte corn- 

Ï )ofé de plufieurs diflèrentes lùbftances rDans 
a plupart- des hommes il efl: nitrolùlphuré, 
mais dans les temperamens brûlez comme 
font les Epileptiques , il efl toujours beau¬ 
coup plus fàlin que lùlphureux ; encore bien ■ 
Ibuvent, comme dans les feorbutiques, cet 
elprit falin efl:-il de la nature des acides qui 
réliftent à l’inflâmation. Mais làns parler de 
tout cela, peut-on s’imaginer que le feu qui 
prend à la matière Epileptique, foit un vé¬ 
ritable feu de cuifine qui falfe precilèment le 
même effet ? C’eft une matière tres-agitée , 
qui agite conlèquemment les elprits avec left 
quels elle le trouve mêlée ; que lî Ibn agita¬ 
tion eft fi forte qu elle les puifle entièrement 
dilïîper, les malades meurent dans le paro- 
xylme , & lors on n’a plus de lujet de s’é¬ 
tonner que la matière Epileptique enflâmée 
ne falfe pas envoler tous les elprits , parce 
qu’ils s’envolent en effet, & que le mala-^ 


de Monjîeuv ^Menjot. I. Part.' yî 
(3e en meurt. 

On s’étonne que je loge cette minière E- 
•pileptique 4ans l’origine, ou dans quelqu’une 
des branches des nerfs fans que le lèntiment 
des parties en (bit aucunement affoibli, non 
pas même leur mouvement qui demande une 
plus grande affluence d’elprits. Mais on ne 
s’étonne point dans la Philolbphie dé ce que 
la matière terreftre dont le criftal-eft com- 
pofé, n’empêche pas qu’il ne foit tranfpa- 
rent. C’eft, me dira-t’on , parce'que les 
parties opaques du criftal font rangées d’une 
maniéré quelles n’empêchent pas la lumière 
de palfer en tout lêns. * C’eft aufli , répon- 
dray-je , que cette matière Epileptique eft 
rangée dans les nerfs d’une certaine maniéré 
que les efprits animaux y peuvent conforver 
leur paftage. Toutefois il heft pas toujours 
vray quelle n’empêche jamais le fontiment, 
parce qu’il eft certain que les malades lêntent 
aftez fouvent une ftupeur aflez confiderable 
dans la partie d’où la vapeur Epileptique a 
coutume de s’élever. 

Mais fî les elprits , dît-on , par l’impe- 
tuofité de leur mouvement formontent laré- 
ftftance des corpufoules terreftres, ce ne peut 
^tre qu’ehles entraînant avec foy, de même 
G ij 


5*1 Opufades "Pofthumes 

que la pouffiere eft emportée par le vent, eü 
jforte que les nerfs devroient être nettoyez 
de cette efpece de craflfe. Tout cela eft vray 

fl cette matière Epileptique agitée , peut en 
lùivant le torrent des efprits continuer aufli 
facilement fon agitation, qu’en remontant à 
la fource des nerfs : Mais parce qu’on lîip- 
polê que cette’matière agitée fe raréfié con- 
flderablement , & qu’il eft vifible qu’étant 
ainfî raréfiée , elle peut plus facilement 
continuer Ion mouvement du côté du cer¬ 
veau où les nerfs vont toujours en le groP 
filfant, que du côté de leurs bouts où ils 
vont toujours en lè diminuant, il eft évident 
quelle doit lè réfléchir contre le cours des 
elprits, comme la poulfiere qui eft enlevée 
par un vent impétueux qui donne entre des 
‘ portes , lè réfléchit contre le vent même 
quand elle trouve quelque corps Iblide qui 
l’empêche de lùivre Ion cours. 

- J’ay prétendu rendre railbn de ce que les 
temperamens brûlez Ibnt expolèz à l’Epile;. 
plie, parce qu’ils abondent en matière lalines 
.& lùlphureulès ; Et on m’objeéte fort à pro¬ 
pos , que les enfans quoy que très-éloignez 
d’une conftitution adulte , y Ibnt pourtant 
jes plus lùjets, & que l’âge mêmedepubejfe 


de 3 ^onfmir Menjot. I. Part. 

.té dans laquelle les humeurs commencent à 
fe fâïer, eR la guerilbn ordinaire de l’Epilep- 
fie des enfans. 

. Il eft certain qu’en general les enfans font 
moins brûlez que les aauftes , mais. on ne 
doit pas pour cela conclurre que quelques 
enfans ne le Ibient pas confiderablement. Ils 
font liijets aux érefipelles, au Icorbut , aux 
gangrenés, aux mortifications, dans toutes 
lelqaelles maladies on ne peut pas dire que 
le lang ne Ibit pas brûlé »,• puis qu’en quel¬ 
ques-unes il l’eft à ce point, que leslèlsen 
deviennent caüftiques & rongeans. 

‘ Mais cependant, dites-vous, l’âge de pu¬ 
berté qui devroit augmenter leur mal com¬ 
me il augmente leur chaleur, les guérit. Ce¬ 
la vient de ce que les enfans qui font natu¬ 
rellement d’un lang trop chaud, ont une* 
chaleur centrale plus forte dans cet âge ten¬ 
dre , que lorfqu’ils font dans un âge plus a- 
vancé, par la railbn que l’humidité excre- 
menteule dont ils abondent , occupe les 
pores de la peau du corps , Sc en empêche 
ainfi la tranqiiration, ce qui produit un cer¬ 
tain feu de reverbere clos , • qui calcine en 
quelque maniéré le làng ; au lieu que lors 
qu’ils lont devenus plus grands, Sc que leur 


5*4 Opufcules Voflhumei 

chaleur en le dilatant a dû enfin vaincre Thm 
midi té de la peau , les humeurs le radou- 
cilTent j joint à cela que la lèmence qui com¬ 
mence à fe former dans les tefticules, & qui 
de là rayonne & fe réfléchit dans tout le refte 
du corps , communique au làng un certain 
ferment tres-propre à le Ipiritualilèr, ce qui 
change & perfedionne le tempérament, & 
conlèquemment guérit les maladies qui en 
dépendoient. Toutefois fi quelques enfans 
Epileptiques guefifient de ce mal lorlqûils ■ 
deviennent adultes, il eft certain qu’il y en 
a en revange quelques autres qui n’étant point 
Epileptiques dans leur enfance , le deviem 
nent precilèment dans l’âge de puberté. . 

A l’égard des Incubes j’avoue que lorlque > 
ce font de vrais Incubes ils n’ont rien de 
' convulfif j auflî ne l’ay-je pas dit , car j’ay 
parlé feulement des Incubes Epileptiques, 
qui font de véritables EpilepfieS nodurnes, 
ayant remarqué dans la pratique qu’il y a 
quelques Epilepfîes qui n’infiiltent jamais les 
malades que de nuit , encore faut-il qu’ils 
fbient dans le Ibmmeil : Et parce que ces 
Epilepfies tiennent de l’Incube par les fan^ 
tomes & la fiiffocation qu’elles caulês, & de 
i’Epilepfie aufli par fes convulfions periodi^ 


de Monfieur Menjot. I. Paît. y y 

«|ues, j’ay cm que je pouvois leur donner ce 
nom apres quelques Auteurs. 

Le Ibmmeil fe fait véritablement par l’in¬ 
terception des elprits animaux dans le cer¬ 
veau, qui en eft la lôurce j mais cette in¬ 
terception n’eft jamais parfaite, & par con- 
fèquent il n’eft pas abfblument vray que ton¬ 
tes les parties du corps , tant les fenfitives 
que les mobiles en Ibient également privéesj 
car lâns parler des parties nourricières qui 
font icy le principal fujet de la quellion, n’eft- 
il pas- vray que le cœur & les mufcles de la 
poitrine reçoivent des efprits animaux en tout 
•temps ? Mais puiJq^u’il s’agit icy particuliè¬ 
rement des parties nourricières qu’on ne croit 
pas pouvoir recevoir une plus grande abon¬ 
dance d’efprits pendant le Ibmmeil que pen¬ 
dant la veille , il me fèmble que cela fe dé- 
monftre de Iby alfez manifeftement, fi l’on 
convient , comme on ne ne peut pas fans 
doute fè difpenfèr de faire , que l’expulfion 
de§ alimens diffous dans l’eflomach , & le 
mouvement periftaltique des inteftins ne fè 
peuvent faire que par le miniflere des efprits 
animaux. Car il fuit de là, ce me fèmble, 
^üe puifque ces parties travaillent en tout 
■temps, elles doivent-auffi en tout temps re- 


^6 , Opujcules Pojlhumes 

cevoir des elprits animaux, & par confègueiit 
que l’emboucheure de leurs nerfs ne le renne 
jamais. Mais fi ces nerfs ne font jamais fer¬ 
mez , & qu’il foit leur que ceux qui font de- 
ftinez aux fonctions le foient, du moins en 
partie , il eft vifible que s’il n’y a qu’une 
foule fource des elprits , il en doit couler 
davantage dans les nerfs des parties nourri¬ 
cières , lorlqu’il en va moins aux nerfs mo¬ 
teurs & fonfitifs. Or on ne peut pas dif. 
convenir qu’il n’en coule moins dans les nerfs 
moteurs & fonfitifs dans le fommeil que dans 
la veille, parce que le fommeil ne vient qu’à 
caufo que les cordes de la machine font dé¬ 
tendues , c’eft à dire à caufo que les nerfs 
qui forvent aux fonlations & aux mouvemens 
volontaires font lâchez , & ils ne font tels 
que parce que les elprits ne les enflent plus: 
d’où je conclus qu’il en coule moins en ce 
temps-là ; ce que je croy arriver à caufo que 
duriuit les veilles les elprits fo dilfipent dans 
le travail, & que n’étant plus en alfez grande 
abondance pour tenir les parois des ventre 
cules du cerueau tendues, elles viennent en¬ 
fin par le poids de là propre fubftance, à fe 
rider, & à boucher ainfi en partie les trôus 
par lefquels les elprits ont coûtujne de cou* 


de Mnfieuv 3 fenjot. I. Part. 5-7 
fer dans la plupart des nerfs, dans lelquels la 
volonté peut pouffer plus ou moins d’efprits 
animaux, & qui par confèquent peuvent a^ 
voir quelques valvules, qui s’ouvrent plus ou 
moins fùivant le cours lent ou rapide des el- 
prits qui fe prefêntent pour y entrer j & qu’il 
y en a d’autres où la volonté n’en peut pas 
pouffer davant^e, ou parce que ces nerfs n’ont 
pas dç valvules, ou parce qu’ils ne prennent 
pas leur origine du cerveau comme les autres, 
mais du cervelet. Toutefois on ne doit pas 
penfèr pour cela qu’ils ne fbient pas capables 
de recevoir plus d’elprits une fois qu’autre j 
car encore qu’on fùppofè que leurs ouvertu¬ 
res fbient à peu prés toujours égales, ils peu¬ 
vent pourtant y couler avec plus de rapidité 
dans un temps que dans l’autre, & cela fùffit 
pour croire qu’il en coiile davantage en ce 
temps-là. Or je fbûtiens que cela doit ar¬ 
river , par la feule difpofltion de la machine 
de l’homme, dans les nerfs des^parties nour¬ 
ricières pendant le'fbmmeil , & par confèquent 
que c’en dans ce temps-là que le cours des 
efprits doit agiter les particules de la matière 
Epileptique, fi la minière fè rencontre dans ces 
nerfs-là. 

Enfin lorfque la fradure du talon, ou qu u- 


58 Opufeules Toflhumes 

ne piqûeure, quoy qu’imperceptible, de quel** 
que tendon & principalement des nerfs, ou 
que la moindre goutte Ibit de lànie, foit de 
l'erolîté extrêmement acre qui blelTe l’origine 
des nerfs, produilènt . inopinément des coru 
vulfions generales, 011 demande où eft alors 
cette matière Ipafinodique mélangée fi artû 
ftement de principes faits à plaÿr. 

Je répons que pour faire des coiivulfioiis 
generales, qui ne Ibient que des convulfions, 
il n’eft pas toujours belbin de cette matière 
Ipafinodique,parce quelles peuvent en effet 
être caufees par toutes les choies que rappor¬ 
te l’Auteur des Réfléxions j mais qu’il y a 
bien loin de ces convulfions generales à l’E- 
pilepfie. Car pour faire l’Epilepfie il efi: ne^ 
cefïaire que les eiprits animaux ibient diiper- 
ièz dans leur propre iburce, & de là pouffez 
tumultuairement dans les membres, que le 
malade ibit iàns connoiffance & fans fentiment,. 
au lieu que dans les convulfions ordinaires 
cela n’eft pas toujours necefiàire. De ma¬ 
niéré que tout ce qui peut piquoter les mem¬ 
branes du cerveau ou les nerfs qui en dépen¬ 
dent , peut en déréglant le cours des eiprits, 
porter du déreglement dans le mouvement 
des mufcles, mais nepeut pas pour cela produi- 


de Monfteur Menjot. Part. I. 59 
re TEpilepfie, du moins la périodique, qui eft 
la véritable & celle dont la caulè eft recherchée 
avec tant d’efforts d’elprit de tous les Méde¬ 
cins. 

A l’égard du reproche qui m’eft fait d’avoir 
compofé une matière Ipafmodique à plaifir, je 
fùpplie icy lèrieufèment l’Auteur des Réfle¬ 
xions, de m’en enfêigner quelqu’autre qui 
puiflè s’accommoder plus jufte à tous les phé¬ 
nomènes de l’Epilepfie, aux principes confti- 
tuans du fang, & à la droite raifbn 5 avec pro- 
teftation que fi elle s’ajufte mieux à toutes ces 
choies que la mienne, je fiiivrai avec joye Ibn 
fentiment, & j’ajouterai à l’eftime tres-parti- 
culierequej’ayd^apour luy, parla connoif. 
lance quej’ay de Ion mérité &de là capacité, 
line parfaite reconnoilTance pour m’avoir en- 
lèigné une choie qu’on ne doit pas moins efti- 
mer que la caulè du débordement du Nil. 





6o 


Opujcüks Pojîhumes 


REPLIQUE A DEFENSE 
du nouveau Syjieme. 

P Uifque vous fbuhaitez, Monfieur, que 
je répliqué à la Défenlè que vous m’avez 
communiqué, je tâcherai de m’en aquiter le 
plus brièvement qu’il me lèra poflîble. . 

Il me lèmble que le hoquet prouve mani- 
feftement que quelques parties de nôtre corps 
peuvent dans les urgentes neceflitez s’agiter 
d’elles-mêmes lans le lècours des efprits ani¬ 
maux. Cela étant, je ne voy pas pourquoy 
la Nature fi làge & fi prévoyante, n’auroit 
pas accordé au cerveau & à lès branches ner- 
veufes, cette même vertu de s’élancer contre 
les inlùltes des caulès étrangères, comme en 
effet l’éternuement n’eft rien autre choie qu’un 
ébranlement du cerveau analogue aux lècoul- 
lès de l’eftomach dans le hoquet. Il eh: bien 
vray qu’un membre paralytique ell incapable 
de cette agitation, mais ce n’eft paspropre^ 
ment faute d’elprits animaux , c’eft plutôt 
qu’étant perclus de lèntiment il ne peut plus 
être irrité, & que lès fibres étant amollis, ou, 
comme parle Hypocrate, fes chairs étant ef- 



de 3tonfieur Menjot. I. Paît. 6ï 
ferainées, il eft hors d’état de faire aucun ef¬ 
fort , de même qu’un eftomach lienterique & 
entièrement relâché eft incapable de concuf- 
fions fingultueulès. 

J’avoue que les aélions malades dépendent 
des mêmes îacultez que les laines, & li c’eft 
avec une bonne jambe qu’une perlbnne mar¬ 
che .bien, que c’eft aufti avec une mauvailè 
jambe qu elle marche mal, mais de ce rai- 
Ibnnement on n’en làuroit inferer autre choie 
linon que les mouvemens reglez d’un homme 
làin d’elprit, procèdent d’un même principe 
que les mouvemens déréglez d’un phreneti- 
que’,. parce que l’un Sc l’autre de ces deux 
mouvemens loht volontaires & animaux, Sc 
ne different’ pas en elpece j ainli un même 
eftomach digéré tantôt bien Sc tantôt mal. 
Or il s’agit dans la convulfion d’un mouve¬ 
ment expullif, lequel eft involontaire Sc pu¬ 
rement naturel, Sc d’uii autre genre que le 
mouvement arbitraire & naturel, encore que 
cesdeuxlbrtesde mouvemens le rencontrent 
dans les mêmes parties. 

L’auteur de la Défenlè s’efforce de prou¬ 
ver que les elprits animaux laiffent après eux 
de la liiye dans les nerfs, par l’exemple des ta¬ 
ches du Soleil compolé d’une matière incom~ 
H iij 


6i Opufcukî Pofthumes 

parablement plus déliée & plus rapide , la. 
quelle en perdant fon mouvement devient 
matière grpfïiere. Cette raildn venue d’un 
Pays fi éloigné & fi inconnu efl alTez étran¬ 
ge 5 car la dodrine Cartefienne concernant 
le corps du Soleil & l’encroûtement de fa 
matière fiibtile, efl afTurement une des plus 
temeraires imaginations qni fût jamais : aufli 
les Naturalifles libres & qui ne font point 
enrôlez ny par complaifance, ny par raifons 
politiques dans le parti Cartefien s’en font- 
ils prelêntement détrompez, pour fiiivre là- 
defîûs les conjedures judicieulès de l’incom¬ 
parable Monfieur Galîendi. Pour mon par¬ 
ticulier on me permettra de mettre cette dér 
cifipn fi abfbluë touchant le Soleil & fes ta¬ 
ches, au rang de l’opinion d’un Auteur ano¬ 
nyme , lequel écrivant depuis peu de l’influen¬ 
ce des Aftres par les Principes de Monfieur 
Defcartes, aflure pofitivement que les. pleur 
refies, les dyfènteries, les petites veroles, & 
les rougeoles affez ordinaires dans les jours 
caniculaires, proviennent d’une certaine ma¬ 
tière Aftrale, que la Canicule lance dans 
nos coijs en ligne tangeante. 

Il eft beaucoup plus probable que les ef- 
prits animaux s’engendrent dans le cerveau 


de Mnfieuv Menjot. F. Part. 
par une nouvelle mixtion du fàng artériel qui 
y aborde, que non pas qu’ils s’y îeparent lèu- 
lement du làng artériel par la filtration. Caf 
lèlon ce dernier lèntiment, il lèroit difficile 
d’expliquer pourquoy cet elprit prend la rou¬ 
te des nerfs, au lieu de s’en retourner au 
cœur en continuant la circulation commen¬ 
cée & de laquelle il ne paroît pas qu’il foit 
détourné par aucun obftacle, puilqu’auffi bien 
le fang vénal qui s’en reva duncerveau au cœur 
eft animé de beaucoup d’elprits. Ajoutez à 
cela que l’elprit animal le lèpareroit auffi bien 
du làng artériel en palTant au travers des po- 
rofitez des chairs par la circulation, qu’en 
étant filtrée par la lubftance fpongieule du 
cerveau , ce qui lèroit ablurde à imagi¬ 
ner. On tâchera j&ns doute à lâuver cette 
difficulté par les differentes figures des po¬ 
res des chairs & du cerveau, c’eft à dire qu’on 
devinera hardiment une choie incertaine , 
pour défendre une opinion des plus douteu- 
lès & de laquelle on lè peut ailèment paP 
fer. 

j’avois objeéfé que la matière nitrolulphu- 
rée venant à prendre feu dans les accès Epi¬ 
leptiques, elle devoit en même temps en- 
flâmer & faire envoler avec elle tous les elprits 


^4 Opujcules Pofthumes 

animaux, 'comme étant de leur nature très- 
inflâmables. On répond deux cholè^ à cet¬ 
te objedion; Premièrement que dans les me- 
lancholiques brûlez, l’elprit animal eft plus 
lalin que Ibuphreux , & même que dans les 
fcorbutiques il devient acide & réfifte par 
confequent à l’inflâmabilité. Secondement 
qu’il ne faut pas concevoir cette inflâmatiou 
de la matière nitrolùlphurée comme un véri¬ 
table feu de cuÜine, & qui falTe precifement 
les mêmes effets. La première réponlè eft 
infbûtenable, car ü l’elprit animal devenoit a- 
cide, il piqueroit inceflamment les nerfs, l’a¬ 
cidité étant leur plus capitale ennemie , en 
forte que dans les Icorbuts il s’éleveroit, s’il 
faut ainfî dire, des tempêtes perpétuelles de 
convulfîons. Que Ci les efprits animaux ne 
font pas acides, mais feulement plus nitreux 
que fouphreux , tant s’en faut que ce nitre 
mêlé avec le fbuphre en diminue finflâma^ 
bilité, qu’au contraire elle la favorifècomme 
il fe voit dans la poudre à canon. 

La féconde réponlè ne s’ajufte pas trop 
bien avec les principes Cartenens, qui lùp- 
pofènt que le fèu n’eft autre chofè qu’une 
matière tres-agitée j mais qu’iipporte que cet-" 
te matière nitrofulphurée foit un véritable 

éclair 


àe Mnfteur Menjot. I. Part.' 6^ 
éclair ou non, tant y a qu’il eft inconcevable 
que le même mouvement ne Ibit pas com¬ 
muniqué aux elprits animaux avec lelquels 
cette matière eft mélangée, & qu’ils n’en 
foient point emportez & dilfipez. 

L’exemple de la tranlparence du criftal 
renverft l’opinion de l’Auteur, bien loin de 
l’appuyer ; car fi des corpulcules terreftres 
& opaques bouchoient quelques-uns des po¬ 
res du criftal, comme on veut qu’ils bouchent 
quelques-uns des pores des nerfs, il eft indu¬ 
bitable que la tranlparence du criftal en lè- 
roit diminuée. Et par la même railôn il s’en- 
iiiit que pour peu que les nerfs Ibient bou- 
çhez par une lèmblable matière, il y palTe 
aulïi moins d’elprits, & qu’ainfi le lêntiment 
des lieux où s’inlêrent ces nerfs-là, doit être 
necelTairement affoibli durant le temps de 
l’intermiflion des paroxylmes, neanmoins ce¬ 
la n’arrive pas, car la ftupeur de la partie 
d’où s’élève quelquefois la vapeur Epilepti¬ 
que , lùrvient tout d’un coup & au moment 
leulement que l’accès va commencer. 

L’Auteur dit que cette matière terreftre 
qui opile quelques pores des nerfs, au lieu 
aêtre entraînée par le cours des elprits, re¬ 
tourne plutôt vers le cerveau, comme la poul- 


0 .• VpufiüleïPefihumes' 

fîei*e ponfrée par le vêtit j lè réfléchit conh^ 
le vent même à la rencontre d’un corps folh 
de : Mais où eft je Vôtfô prie le Corps folide 
dans les nerfs qui falTé rebrouffer ces corpuh 
cules terreftres emporter par le torrent des 
elprits ? Êt s’il s en troïivoit quelqu’un, les 
elprits eux-mêmeS rejallirôient-ils pàs âülfi 
bien que les corpufcules terreftres ? Il nefert 
de rien d’âlleguer que les nerfs vont toujours 
en fe rétreciflant, car il ne lailTè pas d’y re* 
fter alTez de palTage tant pour les elprits, que 
pour une matière auflî lubtilè que celle qui 
compolè le corps du Soleil, joint que les 
nerfs ne s’étrecilfent qu’en le divilânt en plu- 
fieurs rameaux, & qu’ainli à tout prendre les 
chemins demeurent à peu prés égaux. 

Je n ay jamais nié que les énfâns n’ayent 
■quelquefois un làng piquant & âdufte, & l’Aü** 
teur prouve fort bien cette vérité par les ére- 
ftpelles dont ils ne font pas exempts ; mais 
pour les foorbuts, je ne lay fi les enfans en 
font malades auta.'êiïient que par contagion. 

A l’égard des gàngrenes •& des mortifici- 
tions, tce font plâtoi des produ'^ions de la 
pouniture que de l’aduftion. Il eft vray aulïi 
que les convulfîons lympathiqaes font affez 
frequentes aux etfans par le moyen d’une và- 


de Monjîeur Menjot. I. Part. 6y 
peur acre portée au cerveau, fpit des înteftins 
çernpjis de vers, foit de reftomacli dans le-? 
quel le lait le gâte & le change en uue elpece 
qe vers gris. Mais ce u’eft pas cela dont il 
s’agit, la queftion eft de l’Epileplie idiopa^ 
thique fort familière aux enfans, laquelle ne 
peut procéder d’un làngiErûlé puilqu’il eft 
tres-rare dans l’enfance, mais provient vilî- 
blement d’une trop grande humidité de cer¬ 
veau , que l’âge conlîime enfin petit à petit j 
ç’eft pourquoy les enfans qui ont la tête grolTe 
font les plus liijets aux convulfions, & l’on 
a de coutume de leur appliquer un cautere à 
la nuque du col pour guérir ou pour prévenir 
ee mal. 

Quelques Modernes apres avoir éteint le 
prétendu feu élémentaire logé par les Péri- 
pateticiens Ibus le globe delà Lune.,comme 
l’elprit humain pafte la plupart du temps d’u¬ 
ne extrémité à l’autre, il leur a plu d’allu^- 
mer un pareil feu dans le centre de la Terre, 
^ ils fe Ibnt imaginez que les montagnes qui 
vomilfent des fiâmes, fervent de foûpiraux â 
ce feu chimérique. Mais je n’avois jamais 
ouydire qu’il y eut naturellernent dans les 
entrailles des enfans, un feu central & de re^ 
^erbere qui leur calcine le fàng , que ce feu 

I ÿ 


Opujcuîes Vofthumes 

foit caufë par un défaut de tranfpiration. Car 
tout au rebours la chaleur des enfans eft fi 
douce, que tant qu’ils ne vivent que de lait 
elle eft impuiftante à former des vers dans les • 
inteftins, quelque crudité qu’il y ait d’ailleurs, . 
& leur tranfpiration eft fi copieulè, que tous 
les Médecins tombent d’accord, qu’à la vé¬ 
rité leurs forces naturelles font grandes com¬ 
me étant proches de la Iburce de la xit^fed 
cnm infirmitatis mctu , ainfi que s’en explique 
Galien, à caulè qu’ils ont les pores de la peau 
fort ouverts & la tranfpiration extrêmement 
abondante. J’ay auffi de la peine à compren-* 
dre comment dans l’âge de puberté la lèmen- 
ce qui commence à rayoner des tefticules dans 
tout le refte du corps, peut communiquer au 
làng un ferment qui le tempere , puilqu’au 
contraire le propre du ferment eft de mettre 
les humeurs en mouvement & par conlèquent 
de les échauffer. 

Les Incubes le terminent quelquefois en 
Epilepfies & en font les precurfèurs. En ce 
lèns l’Auteur a eu raifbn de parler d’incubes 
Epileptiques 5 mais s’il a entendu des Incubes 
mêlez d’Epilepfie,je pofè en fait que cette 
implication eft impoflible; La raifoneftque 
l’Epilepfie caufè une ruine entière de l’ima^ 


àe Mnjieur Menjot. I. Part. 6^ 
^nation, laquelle n’eft pas abolie dans l’In¬ 
cube, mais feulement dépravée parla faulTe 
perception d’un poids ,& Ibuvent d’un Géant 
ou d’un Démon qui lèmble opprimer la poi¬ 
trine. 

Je n’ay jamais prétendu que le Ibmmeil 
fût une amiffion entière, mais feulement une 
confiderable remifïîon de la faculté animale, 
puilque les objets fènfibles s’ils font excefïifs, 
ne laifTent pas alors de fe faire fèntir, quoy 
qu’obfcurement, & que les dormans remüënt 
leurs membres de côté & d’autre , mais fin- 
tout parce que la refpiration n’eft point in¬ 
terrompue par le fbmmeil,j’ay feulementaf» 
firnié que les parties nourricières ne recevoient 
point davantage d’efprits animaux pendant le 
fbmmeil que pendant les veilles, & qu’au 
fonds elles n’en avoieiit pas befoin d’autant 
qu’ils ne fervent de rien aux codions, & c’eft 
un pur paradoxe de croire que l’expulfion 
des alimens diftous dans l’eftomach, & le 
mouvement periftaltique des inteftins dépen¬ 
dent des efprits animaux, puifque tout mou¬ 
vement animal doit être volontaire & s’e¬ 
xercer par le miniftere des mufcles, & que 
les fùfdits mouvemens de l’eftomach & des 
inteftins n’ont ny l’une ny l’autre de ces deux 


70 Opufcules?ojlhumes 

conditions. Mais quand ie mouvement pe^ 
riftaltique des inteftins iè feroit par l’inter¬ 
vention des elprits animaux, ü la Nature qui 
ne fait rien en vain envoyé pendant le foin- 
meil une plus grande quantité de ces elprits 
aux inteftins que durant les veilles, il faut que 
ce Idit à delfein d’augmenter leur mouvement. 
Or ny la railbn, ny l’experience ne nous mon¬ 
tre pas que le mouvement periftaltique des 
inteftins Ibit plus fort dans ceux qui dorment, 
^é dans ceux qui veillent, & partant les in¬ 
teftins ne reçoivent pas durant le Ibmmeil 
une plus grande abondance d’elprits. Je dis 
de plus que l’augmentation du mouvement • 
periftaltique lèroit plus necelfaire durant les 
veilles, parce que c’eft le temps auquel le 
ventre le décharge de lès excr'emens, au lieu 
que le Ibmmeil arrête toutes les évacuations 
à la relèrve de la lueur. 

J’avois écrit que la fraélure du talon, une 
piqueure prelque imperceptible des tendons 
ou des nerfs, & que la moindre goûte Ibit de 
lànie, Ibit de lèrolîté extrbmement mordicante 
qui blelîe l’origine des nerfs, pouvoient làns 
la prétendue matière Ipalitiodique caulèr des 
convulfions. L’Auteur répond que ces Ibrtes 
de convulfions4à ne font pas Epileptiques j ÔC 


de Mmfi'em Menjot. Part. I. 
inoy je loûtiens quelles le font véritablement 
pourvu quelles lôient generales & avec perte 
de la connoilfance, comme il ahive itres-jfbu- 
vent dans les cas lufdits. Et il ne lèrt à rien 
d'objeder que ces convulfions-la ne font pas 
périodiques, car elles le font quelquefois, & 
même il n’eft pas de l’effence de lEpiiepfie 
detrepériodique,puiique fouvent l’EpilepHe 
n’attaque un homme qii’une foule fois en toute 
là vie,& que Celàr n’en a été travaillé que deux 
fois, & fort loin à loin j Perfonne auffi n’igno- 
reque plufieurs venins, & entr’autres celuy de 
la vipere, n’excitent des convulfions Epilep¬ 
tiques qui n’ont point de circuits à l’avenir. 

Je ne doute pas, Monfieur, qu’on ne puilTe 
répondre de façon ou d’autre à tout ce difo 
Cours j Car à quoy l’homme ne répond-il pas 
lorlqu’il eft entêté de fes fantailies ? Pour moy 
j’agis avec une eniiere liberté Phifofophique, 
làns aucune prévention ny pour les Anciens, 
ny pour les Modernes. Jeloûmetsnon foule- 
ment le tout à votre cenfure, mais même à cel¬ 
le de l’ Auteur, que je reconnois de plus en plus 
pour un homme d’érudition & de bon fons. 


7t Opufcules Tofthumes 


TRAITE 

DE LA GENERATION 

DU L A I G T. 

G Alien veut que les Médecins ayent pour 
la vérité', me mante amoureufequi aille 
jufquatenthoufiaftne 5 Suivant cette réglé nous 
traiterons brièvement de la matière du laid, 
. & nous examinerons iàns prévention fi c’eft 
le lâng, comme l’enleignent les Anciens, ou 
bien fi c’eft le chyle, ïelon le lèntiment de 
quelques Modernes. 

Le lâng menftrual coulant lentement, & 
non pas en ruiflelant comme il fait dans les 
làignées, & étant bû pour la plus grande 
partie par les linges dont les femmes s’enve- 
îopent durant le temps de leur flux, il eft 
impolfible de le recevoir dans un vaifTeau pour 
juger de Ibn abondance. 

Liv-. I. Hypocrate neanmoins eftime que les pur- 
gâtions des femmes, pendant deux ou trois 
femract joui's qu’clles out accoûtumé de paroître, vont 
à deux cotykî ^Attique^y c’eft à dire à dix- 

huit 



de 3îonfieuŸ ^enjot. I. Part. 
huit onces comme les uns l’interpretent, ou 
à vingt-quatre onces, & même julqu a tren-. 
te-deux onces félon que d’autres l’expliquent, 
car on n’eft pas d’accord fur les poids non 
plus que liir les melùres des Anciens. 

Ce que dit Hipocrate doit être entendu 
des femmes de Ion Pays, car d’ailleurs la 
quantité des menftruès varie, non feulement 
lelon les diverlès conftitutions des femmes & 
lêlon leurs differentes maniérés de vivre, mais 
aufli lèlon les régions où elles habitent. Ainlî 
le même Hipocrate obièrve qu’aux lieux où 
les eaux font dures & crues, tes femmes ont 
moins de fleurs & moins de laid. Dans no¬ 
tre Climat, qui eft temperé & moins chaud 
que celuy de la Grece, & où par conlèquent 
la perlpiration des corps n’eft pas fi copieu- 
lè, le flux des femmes, & fiir tout de nos 
Parifiennes, qui font lèdentaires & qui man¬ 
gent beaucoup, eft plus abondant & de plus 
longue durée que celuy des femmes Greques; 
de maniéré que la quantité de laid que ren¬ 
dent nos nourrices répond à peu prés à cel¬ 
le du làng quellesvuidoientpériodiquement 
chaque mois. 

Cette proportion dés ordinaires & du laid 
des femmes ainfi établie, je ne voy pas qu’il 


74 Opufcuïes Pojlhumes 

y ait lieu de rejetter iopinion des Anciens' 
touchant la matière du laid:, lelquels aflu:' 
relit unanimement (me c’eft le làng porté aux 
mammelles, où il elt cuit & blanchi 5 que 
s’il fe trouve quelques nourrices qui ayent 
leurs mois, il ell certain que cela arrive ra¬ 
rement, & qu’il faut que ces nourrices-là 
Ibient extraordinairement lànguines , ou du 
moins que leur enfant ne Ibit pas lùffilàm- 
ment nourri. 

On objede premièrement que le làng étant 
plus chaud que le laid, il n’eft pas croya¬ 
ble qu’il puife être changé en laid par la 
foible chaleur des mammelles. Je répond, 
(me la lèule chaleur ne contribue pas à ce 
(Jiangement, mais qu’il le fait principale¬ 
ment par une vertu finguliere des mammelles, 
comme le chyle dans l’eftomach & la femen- 
ce dans les tefticules. Je dis de plus, que 
le cœur qui eft proche des mammelles leur 
envoyé de là chaleur, de même que dans la 
chylification le foye & les autres vilceres voi- 
lins font part de la leur au ventricule, lequel 
de Iby eft une partie froide, Ipermatique & 
niembraneulè. Joint qu’il y a des codions 
où la matière perd de la chaleur par ladilli- 
pation de quelques particules chaudes quelle 


de Mmjîeur Menjot, î. Part. ^ 5 - 
jcontenoit, bien loin d’y aquerir une nou- 
ÿelle chaleur. Ainfî dans la troifiéme co- 
^ion le làng fe convertit en la lubftance de^ 
os, des cartilages & des autres parties Ibli- 
des, qui font làns comparailôn moins chau¬ 
des que le làng dont elles font nourries. Au 
déclin des fieVres cîiaudes la bile cuite par la 
chaleur naturelle du fébricitant, n eft pas fi 
ardente quelle étoit dans l’accroilTement èc 
dans la vigueur de la fièvre : La matière du 
phlegmon s’attiédit aulfi-tôt que par la coétion 
elle eft changée en pus. Et les fruits verds 
quittent leur amertume & par conléquent leur 
chaleur, à melure qu’ils s’adouciflént par la 
tnaturité. 

Secondement on objede que pour faire cette 
codion de làng en laid , il leroit necelTaire 
d’une cavité manifefte dans les mammelles, 
comme elle eft requilè dans l’eftomach pour 
la chyhfication. Je réponds, que de même 
qu’entre les réceptacles des excremensil s’en 
trouve qui ont des cavitez manifeftes, lavoir 
la velfie du fiel & celle de l’urine, & d’au¬ 
tres qui n’en ont pas, par exemple, le pan¬ 
créas compolé d’une lubftance Ipongieule qui 
luy tient lieu de cavité, lequel par un canal 
lymphatique, découvert depuis peu par Wir- 
K ij 


7 ^ Opufcuks Pojlhumes 

lungus, le décharge dans le duodénum des. 
lèrofitez dont il a été imbibé. Auffi des deux, 
vifceres employez par la Nature aux deux 
premières codions, l’eftomach a une cavité 
confiderable, & le foye en eft privé d’au¬ 
tant que les ventiles innombrables dont celuy- 
cy eft parlèmé, luy fervent de capacité fen-» 
lible. Car je luppolè icy , contre certains 
innovateurs, qu’il n’eft pas imaginable que 
le foye de la grandeur & de la ftrudure dont 
il eft, ne fafte que l’office d’un crible pour 
lèqueftrer par la filtration quelques gouttes 
de bile, mais qu’au contraire, nonobftant les 
veines ladées & le canal thoracique, nouvel¬ 
lement découverts pas AlTellius & par Pequet, 
il ne laiffe pas de recevoir par les veines me-, 
làraïques une grande quantité de chyle pour 
le convertir en lang. Et il eft évident que 
la circulation trouvée par Fra-Paolo, & dé- 
monftrée par Harvæus, confirme cette veritéi 
car les veines du melèntére, lèlon ce fyfte- 
me, ne portant rien aux inteftins, mais rap¬ 
portant le làng des inteftins dans le foye, on 
n’eft plus obligé de recourir à ces deux mou-î 
vemens oppolèz & fi difficiles à compren¬ 
dre de deux liqueurs dans un même vaifleau, 
favoir du fang vers les inteftins, & du chyle 


de 3 fonJieur dMenjot. I. Part. y y 

vers le foye en même temps. Or pour ap’- 
pliquer cecy au fiijet dont eft queftion, je 
fbûtiens que la nature fongeulè des glandes 
.mammillaires liiffit pour la réception & pour 
la rétention du lang , julqu’à ce qu’il Ibit 
converti en laid:, làns qu’il Ibit befoin pour 
cela d’aucune cavifé lènfible, non plus que 
dans les tefticules des animaux pour l’élabo- 
j'ation de la lèmence. 

En troiliéme lieu on dit , que toute co¬ 
dion, eft: neceflairement liiivie d’un relidu 
d’excremens, dont»il ne paroît nulle trace 
apres que la génération du laid eft achevée. 
J’avoue que cette hypothefe eft véritable à 
l’égard de la mutation des alimens en chyle, 
& du chyle en fang : Mais je maintiens auJp 
û que le làng tranlporté aux mammelles pour 
leur fournir la matière du laid, étant tres- 
pur, il s’y engendre fi peu d’excremens Sc 
fi déliezqu’ils font facilement difsipez par 
l’inlènfible tranlpiration. Or ce changement 
du làng en laid làns congeftion d’excremens, 
a ce privilege-là de commun avec la troifié- 
me codion dont les luperfluitez ne tombent 
•pareillement que peu ou point Ibus lesfens. 
De plus, puilque lèlon les principes de la 
circulation les léules artères portent le làng 


7? OpufculesPoflhûmés 

aux mammelles, & que les veines le rapport 
tent, pourquoy celles-cy avec le reflux du 
làng ne pourront-elles pas entraîner les ex- 
cremens des mammelles, fl tant eft qu’il y en 
refte apres la confedion du laid ? 

Mais, ajoûte-t’on, d’où vient que le laid 
des nourrices, s’il eft produit d’un làng fl 

Î >ur, engendre toutefois des excremens dans 
e corps des enfans lorlqu’il y eft changé en 
chyle, & puis en làng pour leur nourriture ? 
La réponle à cette difficulté eft ailee. Le 
laid, quoy que produit .dans les mammelles 
d’un làng tres-pur, y aquiert cependant par 
la codion & par un nouvel arrangement des 
principes qui le forment, plufieurs particules 
neterogenes, lefquelles en doivent être fèpa>. 
rées lorlque la chylolè & l’hxmatofê s’en fait 
puis apres dans l’eftomach & dans le foye 
dés enfans. Cela ne peut être contefté fi l’on 
confidere que Içs entans dans le ventre de 
leur mere accumulent de la bile, encore que 
rxtflMîne. le fàng qui les y nourrit fbit très-doux , corn- 
me l’enfeigne Hipocrate. Nous pouvons auf. 
fl rétorquer cet argument contre ceux même 
qui le propolênt î Car le chyle qu’ils aflli- 
rent fl hautement aller aux mammelles, eft 
auparavant épuré des excremens greffiers du 


de Mmfieur Menjot. Part. I. 79 
ventre, & cependant il ne lailTe pas de sa- 
malîer dans les inteftins des petits enfans qui 
vivent purement de laict, des matières appe¬ 
lées communément fbecales. 

En dernier lieu ils objeélent, que fi les fe¬ 
melles des animaux apres avoir donné leur 
laid ne prennent de nouvelle nourriture , el¬ 
les n en donnent plus, quoy qu elles ayent 
beaucoup de làng. Cette difficulté fe ré¬ 
fout par la même railbn pourquoy les corps 
pléthoriques ne font point exempts de la faim, 
& pourquoy ceux qui font morts faute de 
manger ne lailfent pas d’avoir encore dufeng 
dé relie dans les vailTeaux ; Je réponds donc 
que la malfe entière du làng n’ell pas capa* 
ble de nourrir, & qu’auffi-tôt que les diver- 
fes particules d’iceluy convenables à la nu¬ 
trition de chacune des parties du corps font 
conlumées, il fe rencontre tout enfemble & 
de l’inanition & de la repletion j de l’inani¬ 
tion , par le défaut des portions du làng pro¬ 
pre pour nourrir ; & de la repletion, à caufe 
du lang lîiperflu, lequel ell inhabile à la nu¬ 
trition; en forte qu’il ell de toute neceffité 
pour la confervation de la vie, de renouvel- 
1er le làng par l’ulàge continuel des alimensi 
Difons la même chofe .du laiél ; il ne fe crée, 


So Opujcules Vojlhumes 

I* "l’'’*’ lèlon Hipocrate, que de la partie la plus dou^ 
ce du fang^ dés quelle manque les mammel- 
les tarilTent , & s’il m’eft permis de transfé¬ 
rer en nôtre langue le terme de ce grand 
homme, le laiét s'éteint , à moins qu’on ne 
repare par une frequente nourriture le làng 
très-doux , lèul capable de produire le 
laid. 

Venons maintenant à l’examen des railôas 
employées pour prouver que le laiét le fait im¬ 
médiatement du chyle. 

lo. Ils dilènt qu’il y a peu de différence 
entre l’une & l’autre de ces deux fubftances. 
Il eft làns doute qu’elles conviennent en blan¬ 
cheur , mais la confêquence qu’on en tire eft 
nulle, car le laid tres-acre des tithymales 
& de l’épurge n’eft pas moins blanc que ce- 
luy de nos nourrices, & les Ameriquains ti¬ 
rent par exprefïîon un laid fort venimeux de 
la canave avant'que d’en faire leur pain : Ainfî 
le chyle &: le laid pour le relTembler en blan¬ 
cheur , n’en ibnt pas au fonds moins diffem- 
blales en leurs autres qualitez, & je liiis 
trompé fl du chyle tiré des vailTeaux chyli- 
ieres d’une vache, il s’en pourroit faire du 
beurre ôc du fromage. 

ao. Ils allèguent que le laid retient par 

fois 


de Monjteur Menjot. I. Part. 8 ï 
fois quelque peu de l’odeur & de la laveur 
des alimens, & des remedes pris par la bou¬ 
che, ce qui ne lèroit pas concevable s’ils 
recevoient trois infignes mutations de lîiite, 
lavoir en chyle, en làng, & en laid. Je 
re'ponds qu’il le rencontre des alimens & des 
remedes dont les qualitez font alTez tenaces 
pour y être conlèrvées, quoy que tres-alFai- 
blies, durant quelque elpace de temps, non- 
obftant les diverlès alterations qui leur liir- 
viennent j les diurétiques ne vont-ils pas aux 
reins, les mouches cantharides à la velîie, 
les cardiaques au cœur , les céphaliques au 
cerveau, & ainlî des autres remedes ?-Ne’ 
làit-on pas qu’en Elpagne, & même en no¬ 
tre Languedoc, la chair des moutons lènt 
le lèrpolet, le thim & les autres herbes fines 
qui leur fervent de nourriture. 

Finalement ils prétendent qu’il ne lèroit 
pas polhble que les mammelles des nourrices 
pulfent lè remplir de laid peu apres avoir 
mangé, s’il étoit necelfaire que les alimens 
lè changealfent en chyle, le chyle en làng, 
& le làng en laid, à caulè du long-temps 
qu’il faudroit pour faire toutes ces mutations 
luccelïives; & de là ils concluent que le chy¬ 
le elî: porté droit aux mammelles pour y être 
L 


H’ Opëfcales Pbfthu^es 

la matière prochaine du laiâ:. Mais ils hè 
prennent pas garde que leur opinion eft dé^ 
truite pâr ce même railbnnement, puifqu’il 
faut au moins ' quatre heures à reftomach 
pour fabriquer le chyle. Il eft donc beau-* 
coup plus apparent que le ventricule rempli 
d’alimens comprime les vailfeaux voifîns, &. 
que par ce moyen le lang regorge plus abom: 
damment vers les maramelles ; de même qua 
le laid vient aux femmes environ le milieit 
de leur grolfeffe, parla pelànteur delenfanf 
qui prelTant les vailfeaux fait monter le fang. 
en haut. 

Je ne puis omettre une raifon en faveur, 
des Anciens, qui me lèmble convainquante.. 
Les femmes ont du laid, & même allez co* 
pieulèment, trois ou quatre jours après leurs . 
couches. Ce laid ne peut pas provenir da 
chyle, qui bien loin d’abonder manque plu¬ 
tôt aux nouvelles accouchées, à caulè de leur 
dicte non moins levere que fî elles avoient 
une fièvre continue 5 il faut donc abfolument 
que ce laid Ibit engendré de la partie la plus 
pure du lang retenu tout le temps de lagroft 
lèlTè, pendant que l’autrc partie impure & 
corrompue de ce même fang, le perd par 
les purgations puerperiales. C eft pourquoÿ: 


de Mnjîeur Menjoi. I. Part. Sj 
j^ulïî ce fàng deftiné à la génération du laid , 
«tant tranlporté aux maminelles, & mis en 
mouvement, ne manque prelquejamais d’al- 
Jumer une fieVre lÿnoque ïimple & nonpou^ 
rie, nomme'e vulgairement fièvre de laici. 
Que fi les femrhes ne veulent pas alaiter leur 
enfant, alors elles le couvrentexadementle 
/èin, & ne luy donnent aucun air, afin d em-^ 
pêcher l’ecoulement du laid par les mammel- 
les, & de luy faire reprendre, comme par 
une repercufiîon, le* chemin qu’avoit aupa¬ 
ravant tenu le fàng dont il a été produit, & 
^infi renvoyer le laid à ia matrice pour être 
évacué par les partie^ naturelles, comme l’ex- 
perience nous l’apprend tous les jours. Or 
lèlon la dodrine des Modernes il faudroit 
que ce laid, qu’ils obllinent n’être que du 
chyle, ne trouvant pas Ibn ifiuë par les mam- 
melles, au lieu de rebroulfer vers la matrix 
ce, prit fon cours vers le cœur en circulant 
par les veines, afin d’y être fàngnifié de la 
■même maniéré que l’autre partie du chyle, 
laquelle làns toucher aux mammelles aborde 
des int^ftins au coeur par les routes nouvelle¬ 
ment découvertes, & y reçoit la forme du 

•rang. 

£nfin ce qui embarralTe merveilleulèment 
L' ij 


84 Opufcules Tofthumes 

Meilleurs les Novateurs , c’eft de voir que 
iabondance & la plénitude ianguinedesvaiP* 
lèaux des mammelles ne font pas les moin¬ 
dres marques de la bonté d’une nourrice, 
au lieu qu’il ne s’apperçoit aucun conduit chy* 
lifere qui aille aux mammelles. 

Un Médecin d’érudition & d’eiprit pour 
fortir d’affaire s’eft avifé d’un expédient. Il 
conjeélure que le chyle entré dans le cœur lors 
de la diaftole, n’y fejourne qu’un moment, mais 
•qu’il en fort à la lyfiole fuivante, avant qu’il ait 
le loifir d’y être changé en fangjde maniéré quê 
le chyle reçu à chaque pulfàtion, & goutte à 
goutte dans le tronc de l’aorte, eflà l’inftant 
porté aux mammelles par. les rameaux particu¬ 
liers des arteres qui y aboutilfent j & que par le 
moyen de la tranfoolatioh au travers des pores 
des glandes mammillaires, il y efl fèparé du 
fàng artériel qui avoit été fon véhiculé, & y 
prend le nom de laiél. 

Il fo pourroit faire plufieurs réflexions for ce 
paradoxe, mais je me contenterai de remar¬ 
quer que le chyle mêlé avec le fàng, & tranfinis 
avec luy petit à petit dans la grande, artere par 
la contraélion du ventricule gauche du cœur, 
comme on le prefoppofè, doit de toute neceflî^ 
té foivre le cours dufang artériel, & partant 


de 3 tonJteur Menjot. I. Part. 85- 
être diftribue indifféremment à toutes les par¬ 
ties du corps arrofées par les arteres, en Ibrte 
qu’à peine la cinquantième portion du chyle 
iroit aux mammelles, & par conlêquent ne fe- 
roit pas capable de fournir à la quantité de 
laid que rendent journellement nos nourrices. 
Car on ne peut railbnnablement affirmer que 
le chyle de luy-même, & par une inclination 
naturelle le. détermine à aller aux mammel¬ 
les plutôt qu’ailleurs, ou qu’il y Ibit violem¬ 
ment attiré contre le mouvement rapide que 
le cœur par fa lÿftole luy imprime, auffi 
bien qu’au lang artériel,en les pouffant tous 
deux également, & pêle-mêle, dans l’aorte Sc 
enluite par les branches des arteres dans tou¬ 
tes les parties du corps. 

Delà nous inférons que la penlee de cet Au¬ 
teur ell plus ingenieule que probable, auffi 
ne la debite-t’il qu’avec beaucoup de mode- 
ftie&de retenue, comme c’eft la coutume 
‘ des plus finceres &des plus éclairez Philolb- 
phes. 


L iij 


Opujcuks Pofthumes 


U 


Q^UELCIUËS 

REMARQUES 

SUR UN LIVRET INTITULE’. 

ESSAIS ANATOMIQUES, PAR 
N... Dpâeur en Medecine. 

J ’Ay parcouru, Monfieur, le petit Livre a- 
nonyme que vous m’avez communiqué , 
voicy ce que j’en penfè,laufàvous à me re- 
drener. 

L’Auteur eft un Anatomifte adroit & e^' 
xaét, mais il faut avoüer que là creance tou¬ 
chant l’Acide & l’Alkali, quoy qu’àprefent 
fort commune parmi les Médecins, minorum 
gentium , eft bouruë, deftituée de Iblidité & 
formellement oppofée non feulement à la théo¬ 
rie, mais aulïi à la pratique de la véritable 
Medecine. C’eft dommage que cet Auteur, 
qui d’ailleurs ne manque pas d’elprit, le loit 
embarqué mal à propos dans une fi pitoyable 
feéte. 

Pour dire en- détail mon avis de quelques 



de Ménjteur Mefîjot. Paft. I. 87»' 
éndroits de fbn Ouvrage. 

1 °. 

Il me lêmble qu’il devoir expliquer d’a- 
bord la nature de cette matière Ætherée , ’ 
dont des particules le joignant enlèmble for¬ 
ment les cinq genres de-molécules qu’il polè 
pour féconds élemens des corps mixtes, la¬ 
voir les Acides ^ les tAlkalis, les Souphres j les- 
^hlegtnes , ér la Terre. 

' Il devoir, dis-je, déclarer nettement lî 
par cette matière Ætherée, il entendoit les 
atomes de Democrite, ou les trois principes 
de -Delcartes vers lelquels il paroît pencher, 
ou du moins là matière liibtile dépofitaire dm 
mouvement, qu’il établit comme fon pre-^ 
mier Elément ; ou bien s’il a en tête quel¬ 
que nouveau lÿfteme, car nous vivons dans 
un Siecle auquel la plupart des Naturaliftes 
ambitionnent à tors ou à travers la qualité 
d’Hereliarques. 

2 °. 

Il alTure que plus un corps efî dur & moins U ib-fedt-a 
a de pores , ou que plus un Corps eft dur & plus 
fes pores font petits. Cependant le liege & 
fa pierre ponce qui font durs, ont des pores 
& plus nombreux & plus grands que l’eau 
qui eft liquide. En effet la dureté des corps» 


88 . Opufcules 'Pofthmnes 

ne dépend nullement de leurs pores, mais de 
la liaiîon étroite des principes dont leurs par¬ 
ties intégrantes , comme on parle dans les 
Ecoles, font compofées, quel que Ibit l’état 
de leurs pores, grands ou petits, en plus gran¬ 
de ou moindre quantité. 

■ 3 °- 

^ Il écrit que les Alkali lê peuvent conver, 
tir en verre par la rorce du reu, par ou il 
paroît ignorer la nature de la vitrification, 
étant confiant que le. verre n’efl rien autre 
chofè qu’une terre pure & fimple, qui de 
friable & opaque quelle étoit, devient dure 
& tranfparente par la fufion qui s’en fait moy- 
I ennant une double chaleur , l’une aéluelle 
d’un feu tres-vehement, & l’autre potentiel¬ 
le d’un fèl fixe & cauftique, lequel nefèjour- 
ne pourtant pas dans la terre vitrifiée , mais 
. qui en eH fèparée après la vitrification ache¬ 
vée , & qui alors prend le nom de Sel de 
verre , les Chimifles difènt que la vitrifica¬ 
tion efl la derniere operation de la Natu¬ 
re. 

4 °. 

ib.fea.p. En bonne Chymie il’n’y a point de terre 
volatile, comme le prétend l’Auteur, toute 
terre efl naturellement tres-fixe, & fi elle 

s’élève 


de Mnjieur Menjot. I. Part. 89 
s’élève quelquefois par la violence de la cha¬ 
leur , ce helt que par accident, lorlqu’il luy 
arrive d’être volatilêe par la mixtion d’au^ 
très corps volatils qui font en plus grand nom- 
bre quelle, & dont elle eft forcée de liii- 
vre le mouvement. Mais il eft certain qu’u¬ 
ne terre homogène & exempte de tous au¬ 
tres corpulcules, à laquelle les Chimiftes 
donnent le nom de terre damnée , ne peut 
jamais être portée en haut, non pas même par 
un feu de reverbere. 

Il Jfùppolè que le ventre des muftles n’eft Difc.j'. 
conftruit que de fibres tendineux, de veines, 
d’arteres, & de nerfs. Ne compte-t’il pour 
rien la fiibftance des chairs vulgairement di¬ 
tes mufculeulès, qui remplilfent les interfti- 
ces de ces fibres, de ces veines, de ces ar¬ 
tères , & de ces nerfs ? de même que la chair 
perenchymateulè du foye occupe les inter- 
vales des petits vailfeaux innombrables qui 
s’entrelalfent dans ce vifcere. 

6 . 

Il veut que les mufcles ne Ibient rouges 
que par la rougeur du làng enfermé dans les 
veines & dans les arteres, de même qu’un 
verre lèmble rouge par le vin qu’il contient. 

M 


po Opufcules Vofthimes 

Neanmoins il eft manirefte que les veines 
pleines de fàng paroilTent noirâtres, & non 
pas rouges, & que pour les arteres elles ne 
îbnt point du tout diaphanes. Mais accor» 
dons à l’Auteur ce qu’il demande, les véna¬ 
les & les artérioles-ne fe touchant pas immé¬ 
diatement dans le ventre des muicles, mais 
y ayant, par Ibn propre aveu, des fibres, 
tendineux & des nerfs interpolez, il eft évi¬ 
dent que plufieurs parties du ventre des mu - 
des ne devroient pas être rouges. 

7 - 

^ Difc. 7. L’Auteur affirme qu’une portion confide- 
rable de la lymphe provient des nerfs, d’au¬ 
tant que les elprits animaux qui' y palfent, 
Ibnt, à ce qu’il dit, compofez de Ibuphre 
volatil & de phlegme, ce qu’il tâche de prou¬ 
ver parce qu’en coupant tranlverfalement un 
nerf, il en découle de l’eau. Mais fi cette 
expérience eft véritable, il faut de toute ne- 
celïîté que cela arrive par voye de fluxion, 
qu’excite la lèdipn douloureulè du iierf. Car 
les elprits animaux étant la quintelfence du 
lâng, & étant élevez par la Nature au plus 
haut degré de ténuité & d’adivité, il n’eft 
pas. imaginable que le phlegme, non plus que 
la terre, qui Ibnt des. Elemens groffiers ^ 


de 3 îonJîeuv 3 ienjot. I. Paît. pt 
paffifs, entre en façon quelconque dans leur 
compofition. C’eft pourquoy les plus ex- 
cellens Chymilles, comme Quereetan, les 
comparent à de l’elprit de vin tellement é- 
pure & déphlegmé par des redifi cations plu- 
fieurs fois réïtere'es, qu’en le verlànt de haut 
en bas, il s’exhale en chemin làns que la 
moindre goûte en tombe par terre. 

8 . 

N’eft-ce pas fe moquer ouvertement des ibid, 
Ledeurs,. que d’entreprendre de leur per- 
fuader que la lymphe, & non pas le lang, 

Ibit la matière de la nutrition des parties, & • 
par là réduire "la condition des animaux à 
celle des plantes, aulquelles l’eau lèrt d’ali¬ 
ment. 

9 - 

Ce que l’Auteur dit icy des effets qui ai- ^ 
rivent dans les inteflins par le mélange de la 
bile Ibrtant du meat-cholidoque, du fûc pan¬ 
créatique dépofé par le canal lymphatique 
de Virfmgus , & du chyle envoyé de l’elto- 
mach,n’eft pas moins imaginaire que l’opinion 
de Triumviratu hmnorum ^//u/V/^jProfefieur en 
Medecine àLeyden. Du vivant de ce fantaf- 
que Innovateur plufieurs Philiatres, & prin¬ 
cipalement ceux du Nord, s’en retournoient 
M ij 


OpuJculesVofthuines 

de Hollande chez eux imbus de fà dodtriné 
chimérique, & inintelligible tant au Dodeur 
qu’aux Diiciples, qui ne lailToient pourtant 
pas d’être ravis de le voir metamorphofez en 
Médecins du premier ordre dans l’elpace de 
peu de mois. Grâces au Ciel, ce galima¬ 
tias Sylvien a été enterré avec fon Auteur, 
& il y a lieu d’elperer que l’herefie Alkalien- 
ne aura quelque jour le même fort. Cepen¬ 
dant làns négliger les belles découvertes mo¬ 
dernes , tenons-nous à l’orthodoxie, du 
cum feramur omni ventô Doârina. 



àe Mnjteur JMenjot. I. Paît. ^3 


LETTRE ^ MADAME 
Maréchale de Schomberg. 

O N ne peut être plus pénétré que je le 
luis des boutez extrêmes dont vous 
m’honorez : Je n’ay pas la témérité en ce 
rencontre, . non plus qu’en matière de Reli¬ 
gion, de m’imaginer que ce loit l’efFet de 
• mon mérité, mais plutôt celuy de vôtre pu¬ 
re grâce, que je louhaiterois pafîionnement 
pouvoir rendre efficace. Mais en vérité^ 
Madame, il y a des raifons d’importance tou¬ 
chant mes affaires domeftiques, qui ne me per¬ 
mettent pas d’accepter l’avantage que vous me 
faites l’honneur de me propolèr, & il ne plaît 
pas à la Providence que les choies loient de 
long-temps difpolees d’une autre maniéré. Ce¬ 
pendant , Madame, je puis vous protefter tres- 
lîncerement qu’il n’y a ny éloignement de de¬ 
meure , ny attache de famille, & fi j’olè me 1èr- 
vir de termes conlàcrez, ny Ange, ny Princi¬ 
pauté , ny Puiffance, &c. capable dans toutes 
les occalions de retarder un moment le lèrvice 
que j’ay voüé àMonleig^' le Maréchal & à vous, 
& qu’un tel lèntiment lèra le dernier mourant 
en mon cœur. Je luis avec un profond refpeét. 




P4 Opufcules Vojlbumes 

LE T.T R E 

MONSEIGNEUR LE MARECHAt 
de Schojnberg. 

P Uifqu’il vous a plu de confirmer les of” 
fres obligeantes que je reçois prelènte.» 
ment de Madame, il eft jufte, Monlèigneur, 
que je vous en rende mes tres-humbles adions 
de grâces 5 il faudroit que je fulTe le plus ingrat 
de tous les hommes n tant d’hbnnêtetez n’en 
gravoient dans mon cœur une reconnoilTance 
éternelle. Sur ce que vous m’ordonnez de ne 
pas encore m’engager pour un logement, je 
vous diray, Monlèigneur, qu’il * y a environ 
trois lèmaines que j’enfignay le Bail à M. des 
Marchais, rue de Clery mon ancien quartier. 
Mais que je Ibis prés, ou loin de vous, Monfei- 
gneur, c’ell la même choie à l’égard de mon 
zele pour votre 1èr vice, &j’olè me flatter que 
vous me croirez toujours. 



de 3ionfieur Menjot. I. Part. 


91 


LETTRE 

DE MADME MARECHALE 
de Schomberg d Monjîeur Menjot , du 17. 
Juillet i6%6.*écrite de Lisbonne. 

^ T E fuis alTurée que vous fèntez de la joye de 
ô nous lavoir heureulèmeiit arrivez ; pour 
que j’en eulTe une entière il faudroit que vous y 
fulîîez, & ce Ibuliait eft fort interelTë. Si 011 
étoit bien malade icy il n’y a aucun lècours à y 
chercher, les Médecins rëduilènt toute leur 
fcience dans la làignée ; ce n’ed: pas un remede 
de grand ulàge pour Monlieur de Schomberg 
& pour moy. Priez Dieu, mon pauvre Mon¬ 
lieur , pour luy & pour moy, & de bon cœur 
nous prions Dieu pour vous. Nous avons reçu 
vos Lettres avec joye, & il faut elperer com¬ 
me vous dites, que- nous aurons encore celle 
de nous revoir, quoy qu’il n’y ait guere d’appa¬ 
rence , car on ne vient point en Portugal pour 
en partir li-tôt : C’eft un méchant hôte pour 
des Proteftans. L’Inquilition a un peu feüil- 
leté nos Livres, & retenu une Bible qui étoit 



^6 Opufcules Tojlhumei 

cottée de la main de Monfieur Daille. L air 
eft excellent icy; depuis le lo. de May que 
nous y fommes, nous n’avons eu que fept 
jours de chaud en deux fois, & toujours de 
l’air le fbir. J’aurois eu envie de me baigner, 
mais les gens du Pays difent que les bains y 
font peu foulageaiis : Je crqis que cela vient 
de ce qu’on s’y baigne dans l’eau de fontaine, 
ou dans l’eau de certaines petites Rivières qui 
viennent des Montagnes ; car pour le Tage 
comme la Mer y entre, on ne s’y peut bai¬ 
gner! Je lairay & ma lànté, & moy à la 
Providence, & il arrivera de tout lêlon fort 
bon plailîr, luy demandant là milèricorde & 
là paix pour nous, & pour tous çéux où je 
m’iiiterelfe. Vous làvez bien la part que vous 
y avez, & avec quelle tendrelfe & quelle e- 
{lime Monfieur deSchomberg & moy Ibin- 
mes à vous. 

Sufanne (P Aumale. 


RD’. 


de Mnjieur Menjot, I. Part. 9 / 

REPONS E 

A LA LETTRE DE M^D^ME 

la Maréchale de Schomberg. 

L ’Extrême afflidion que m’a caufë vôtre 
départ de France, a été confîderablement 
diminuée par la nouvelle de -vôtre heureule 
arrivée à Lisbonne , mais il s’en faut beau¬ 
coup qu’elle en ait été guerie ; Car je vous 
afTure, Madame, qu’il m’eft impomble de 
me confoler de cette privation douloureufè - 
de vous aller rendre mes devoirs accoutumez, 
c’eft pourquoy je vous lùpplie tres-humble- 
ment d’agréer que mes Lettres tiennent en 
quelque façon lieu de ma prelence. Je vous 
confeille donc, Madame, d’être lui* vos gar¬ 
des contre la Medecine lànguinaire de Por¬ 
tugal. Il vous Ibuviendra que Monlèigneur 
le Maréchal a eu autrefois un commencement 
d’hydropifie, que lôn eftomach n’eft pas des 
mieux conditionnez, & que Ibn tempera-, 
ment tient plus du phlegmatique & du lè- 
reux que du lànguin, de maniéré qu’il doit 
ufer modérément de la fàignée. Et parce 



p8, Opufcuks Pofihmnes 

que les humeurs atrabilaires qui dominent eu 
vous,ont leur fiege non dans les vailTeaux, 
mais dans la ratte qui en eft la lôurce, & 
dans le pancréas où ils regorgent, vous de- 
v^z dtre plutôt avare que prodigue de vôtre 
fang, & preferer les purgations aux lài^nees. 
Munilïez-vous lùr tout contre la fraîcheur 
des nuits de vôtre climat, qui luccedent aux 
excellives chaleurs des jours ; car un chanj. 
gement lubit d’une extrémité à l’autre el| 
tres-dangereux, principalement à vous qui 
avez les pores de la peau fort ouverts., Les 
demy-bains tiedes vous font lalutaires, non 
pas dans l’eau braque du Tage, mais dans 
î’eau douce des ruilfeaux ou des fontaines, 
qu’on awa fait auparavant boüillir pour en 
corriger la froideur ,& la dureténaturelle aux 
eaux du Pays. Au refte il n’y a rien à chan¬ 
ger dans vos. médecines, ny dans vos autres 
remedes ordinaires., non plus que dans vôtre 
régime de vivre. La vihte de l’Inquifition 
chez vous m’a beaucoup lùrpris, ayant cru 
julqu’iqy que les perlonnes de vôtre rang é- 
toient exemptes de ces fortes de recherches, 
lûr tout apres les obligations extrêmes que 
cette Coui'onne a à Monlèigneur, de Schom- 
berg Ion Libérateur. 


de Mmfieuv Menjot. Part. I. 99 
Je liiis perlùade' non feulement par la foy 
Evangélique, mais auflî par de frequâites 
expériences, des refTorts impénétrables de la 
Providence. Sur ce principe je ne defèfperc 
pas, quelque ancien de jours que je fois, que 
Dieu ne me falTe la grâce d’avoir encore une 
fois l’honneur de vous voir avant que d’aller 
en paix à la mort. Accordez-moy pour cela, 
Madame, le lècours de vos prières, comme 
Monfèigneur & vous, êtes le principal fùjet 
des miennes. Au refte, Madame, je lliis 
parfaitement reconnoilfant de vôtre obligeant 
fbuvenir, vos faveurs ne tombent pas dans 
un cœur ingrat, quoy que fterile à l’e'gard 
des effets, & je ferai toute ma vie, Mada¬ 
me , avec un profond refped. 



N ij. 


ÏOO 


Opufcuks Vojîhumer 


LETTRE 

^ MADAME N. TOUCHANT' 
Madame l'^hheffe de N. 

L ’Efprit & le cœur de vôtre Illuftre Amie 
font toujours les mêmes, il n’y a rien de 
pius lenlê ny de mieux écrit que la Lettre, & 
la tendrelïequelle vous y fait paroître eft une 
choie bien rare dans le necle où nous vivons. 
Prenez pourtant bien garde de ne vous pas laif 
fer charmer par des offres fi obligeantes. La 
lolitude devient infiipportable avec le temps, à 
moins que de fois à autre elle ne foit mêlée des 
converlations du monde. L’elprit humain ne 
le làtisfait qu’en goûtant alternativement des 
contraires, & la lumière même du Soleil nous- 
deviendroit importune, fi les tenebres de la 
nuit ne luy liiccedoient pas. Je vous remercie 
des bôntez que cette charitable AbbelTe a eues 
julqu’icy, & promet avoir à l’avenir pour la 
nouvelle ProtelTe que vous luy avez recom¬ 
mandée à ma priere. Il y a un Enigme dans 
là Lettre lur lequel je n’ay rien à vous dire, 
par'* '^uejene l’er ’ : " ais Je vons 





deMonfieurMenjot. I. Paît. loï 
‘avoue que la comparaifon qu elle fait de cer¬ 
taines imaginations de Platon avec des Fées, 
me paroît plailânte & judicieulè. En effet 
les belles chofès Contenues dans lés œuvres 
de ce Philolbphe, font Ibuvent parlémées 
;de je ne fçay quelles vidons creufés, qu’il a- 
voit puifées des Phéniciens & des Egyptiens 
chez lelquels il- avoit voyagé. A la vérité 
elles ont été pour la plupart adoptées par 
quelques Peres de l’Eglilé, mais cette auto¬ 
rité ne les rend pas plus dignes de notre e- 
flime. Car ces bonnes gens étoient fi fort at¬ 
tachez aux matières de la Foy, qu’ils nefai- 
Ibient pas beaucoup de réflexion fiir les cho- 
fes de la Nature. Tertullien , par exem- 
■ pie , rend raifon de ce que les enfans ne vi¬ 
vent pas lorlqu’ils font nais au léptiéme mois, 
d’autant que ce mois répond à nôtre Diman¬ 
che , & qu’il efi: dit qu’au jour du Seigneur 
on ne donnera ny ne prendra en mariage. 
Saint Hierôme a crû que le Soleil s’éteignoit ; 
tous les foirs Jans la mer en fé couchant, & 




que Dieu chaque matin en créoit un nou- ^ 

veau à l’Orient 5 il le prouve parce que les 




: prouve parce -j—_ ^ 

Habitans des Côtes Occidentales de l’Euro- 


pe & de rAffrique, au moment que le So¬ 
leil lé cache fous l’Horifon, entendoient un 
. N iij 







loz Opufcuîes Vofthumès 

grand bruit pareil à celuy d un fer chaud 

K dans Veau. Et Saint Auguftin a nié 
itipodes, julqu’à excommunier ceux 
qui les adraettoient. On pourroit en allé¬ 
guer plulieurs autres exemples, mais ce fe- 
roit vous ennuyer. Je finis donc en vous 
aflurant que je fuis, votre, &c. 



de Monfieur Menjot. I. Part. 105 


LETTRE 


^ UNE DAME A LM HMYE. 


L a tranfplantation d’un arbre qui eft dans 
retour ne peut jamais réùllir, quel¬ 
que excellent qu’en Ibit le terroir. Au con¬ 
traire un jeune arbre tranfplanté, s’il eft bien 
cultivé, ne manque guéres à prendre racine, 
ny même à frudifier. Je n’en veux que vous 
pour Juge, & lèion toutes les apparences, 
rexperience future vous conErmera de plus en 
lus cette vérité. Le malin Monlîeur Pavil¬ 



lon n’eft pas de votre fèntiment touchant le 
Climat.où vous vous trouvez, il en a fait 
dans fes vers une raillerie plus agréable qu’o-. 
bligeante. Pour moy qui panclie naturel¬ 
lement du coté des Dames, lur tout lorP 
quelles vous reflfemblentjje conlèns de vous 
en croire plutôt que luy, lauf neanmoins cer¬ 
tains cas chagrinans dont je vay m’expliquer. 
Les femmes à la vérité n’y Ibnt pas conver- 
làbles.j on peut pourtant s’enconlôler par l’a¬ 
bondance & lacomplailàncedes filles. L’air- 
nébuleux &Qbfcur qui.s’y relpire,ne vousa- 



104 Opufcules Pofihumes 

t’il jamais fait venir dans l’efprit, que peut-^ 
être vous pourriez bien vous être tranfportée 
dans un Royaume de tenebres ? J’apprenende-. 
rois que le feu de tourbes lequel, comme 
vous lavez, trouble le tein du plus beau vi- 
lage, ne ne me lit troubler la cervelle. A 
propos de tourbes, elles me font relTouvenir 
du plailânt mot de ce Pape, auquel on racom 
toit un jour que la terre de Hollande étoit, 
combultible : Pourquoy donc , dilbit-il, le 
Roy d’Elpagne, lans tant de façon, ne brûle-t’il 
pas tout d’un coup cette retraite maudite de 
rebelles & d’heretiques ? Je tiens le Pays abon¬ 
dant en laiél, làns y ajouter en miel d’autant 
que cette drogue n’eft pas à mon ulàge, fi ce 
n’efl: dans l’occafion de certaines indilpofi- 
tions. 
grand 
comm 

doutefijeferoismesdelices de vôtre pain 3 e 
■ raifins de Corinthe, il y a un fiecle qu’on ne les 
connoît plus à Paris, non pas même dans les 
ragoûts & dans les hachia. Pour le bon Poif 
Ibn, auffi bien que pour les Sarcelles & les 
Pluviers, làns la crainte du feorbut, j’en lèrois 
allez friand. Cette précaution n’obligeroit- 
elle pas les Servantes Hollandoilès, lorlqu’elles 


Cependant il faut avoüer qu’il y a un 
ragoût à le laver les pieds dans le heure, 
s le témoigne le bon homme Tob. Te 


de 3lmfteuY Menpt. I. Part. 105^ 
fe loüent, à ftipuler dans leur marché, qu’el- 
les n’en mangeront que deux fois la lèmaine? 
Mon goût auroit grande peine à.s’accoutu¬ 
mer à vôtre hiere faite avec l’eau de vos ca¬ 
naux, Le vin de Grave de luy-même déjà 
fort vaporeux, après avoir palTé la Mer dans 
un tonneau louphré,m’accommoderoitd’au¬ 
tant moins, qu’il faudroit le boire pur, fau¬ 
te de bonne eau pour le corriger. Au relie 
il paroît que vous avez profondément oublié 
nos Tuilleries jqui nous charment toute l’an¬ 
née , puilque vous les mettez en parallèle a- 
yec vos promènades Bataviques, Je vous luis 
extrêmement obligé de m’avoir inllruit des 
moyens de faire valoir l’argent en vos quar¬ 
tiers, quoy que cela ne làtisfalfe que ma cu- 
riofité ; car je n’ay point de bien qu’un petit 
revenu d’immeubles , dont je ne me laurois 
défaire quand même je le voudrois. Sur la 
parole d’un grand & inelliniable Prince, vous 
promettez comme fait Dieu dans là Loy à 
ceux qui honorent pere & mere, une longue 
vie aux François qui le retireront en Hollan¬ 
de, plulieurs peuvent être touchez d’une lî 
agréable promelTe ; pour moy qui luis deve¬ 
nu une elpece de Milàntrope Evangélique , 
mon delir ne tend qu’à déloger , étant en- 
O 


io6 Opufcules Tofthumes^ 

nuyé du train de vie que mènent les hommes 
du temps prelènt. Mon lèul remede cor¬ 
dial dans mes chagrins, eft d’apprendre des 
nouvelles de nos parens & amis Réfugiez, 8i 
principalement de celles de votre Ame ôc 
féal, & des vôtres paiticulieres. Je ne vous 
fais point le tableau de nos regrets lùr vôtre 
éloignement , jugez-en par vôtre propre mé¬ 
rité , & par l’eftime infinie que vous doivent 
tous les honnêtes gens qui ont l’honneur de 
vous connoïtre, & moy fiir tout qui luis plus 
particulièrement, Madame,vôtre, &c.. 



de Mnjteur Menjot. I. Part. 107 


LETTRE 

UN DE SES ^MIS SUR LA 

Médecine ■& fur les Médecins Modernes. 

I L s’efl: fait depuis quelques années quan¬ 
tité de làges reglemens pour corriger une 
infinité d’abus, qui s’étoient introduits dans 
le public. La licence des Gens de guerre 
a été reprimée, quoy qu’ils Ibient les moins 
difciplinables de tous les hommes. Plufieurs 
nouvelles Ordonnances ont diminué la chi¬ 
cane de la Juftice,ou pour parler plus jufte, 
la chicane de l’injuftice, dont pourtant il 
n’en refte encore que trop pour faire qu’un 
pauvre Client, par les longuem's & par les 
hais des procedures, demeure fort louvent 
ruiné, après le gain même de fonprocès. 

Etres atteritur longôfujjlamine Ms. ^ 

s 

Mais à l’égard de -la Medecine, Meflîeurs 
nos Magiftrats paroilfent avoir pour elle un 
fi profond mépris, qu’ils la jugent indigne 
de leur application & de leurs Ibins. Cela 
O ij 



lo^ Opuftules Vofthiimes 

eft caufè qu elle le trouve malheureiifement 
expofée en proye au premier venu, & qu ellè^ . 
s’eft tellement gâte'e par le mélange des Char¬ 
latans, que contre la deftination de Dieufon 
Auteur , elle eft devenue par accident la 
brigande & la rrieurtriere des malades. Je 
me lèns donc obligé par une raifon d’hon¬ 
neur, d’en abandonner aujourd’huy la Pro- 
felTion, & de renoncer à la qualité de Me-, 
decin, dont le caraétere, grâces au Ciel, n’ell 
pas indelebiie. 

' Je l’ay exercée cy-devant dans Paris, qui 

ell ma Patrie, pendant prés 4 ’un demi Sie-- 
Hort. I. de. Inter fcabkn tantam & contagioImriy 
** làns en tirer d’autre fruit que celuy de me 
faire des amis. J’eftime avoir confirmé par. 
cette conduite la diftindion judicieulê que 
fait Hippocrate dans Ibn Epître à Crateva , 
d’un Médecin definterelTé, d’avec un Méde¬ 
cin mercenaire, & avoir imité Socrate qui 
enfèignoit gratuitement la Philolbphie aux 
Athéniens lès Compatriotes. 

Mais je luis las de palfer plus long-temps 
pour Collègue d’une infinité de Dodeurs- 
jt,i,,3.4làns dodrine, Forgeurs de menfonges & Me-- • 
decins de néant ^ Ibrtis pour la plupart de la 
lie du peuple. On ne rencontre autre choie 


de Monftewr Menjot. I. Part. 109 
jie ces affamez Æp'ipetesgravijfmà ïnfamiâ 
qu^entesyhzttmt le pavé depuis le ma¬ 
tin jufqu’au loir comme de milèrables meh- 
dians, qui par mille intrigues baffes & lion- 
teulès , eferoquent de la réputation & de 
l’employ ^ pénétrant domos & captivas duemt 
mulierculas. Mais ce qui paroit incroyable 
à ceux qui n’en font pas les témoins oculai¬ 
res , des marefehaux, des Freres laïcs preF. 
que de tous Ordres Sc de toutes couleurs, 
des valets qui n’ont plus de maître, des Mu- 
ficiens, des Maîtres à danlèr, des Artifans, 
& autres gens de même farine, ont aujour- 
d’huy le front de s’ériger en Médecins, com¬ 
me fl des crocheteurs & des porteurs de chai- 
fe entreprenoient de s’affeoir for les fleurs dy 
lys pour y juger en dernier reffort les procès 
les plus importans Sc les plus embaraffez. Il 
n’y a pas jufqu’à des fervantes fraîchement 
forties de condition, qui rie fo mêlent de 
traiter les malades, & qui ne débitent leurs 
fecrets fpecifiques, leurs Elixirs, & telles fom- 
blables fadaifos. Quelqu’un, peut-être,s’i¬ 
maginera faire ceffer ces plaintes, en difont 
qu’il efl: jufte de laiffer à nos François la li¬ 
berté de gagner leur vie. Mais pôle le cas 
que cette maxime foit recevable dans l’occa' 
O iij 


Senec. I. 
6. de Be- 
fic. C.Z7. 


S. Paul 2 
ad Ti.n. 

C.J.V.6. 


iio ppujcules Vofthumes 

fion prefènte, & qu elle (bit compatible 
vec l’intérêt public, au moins la Ville de 
Paris, d’ailleurs li bien policée, ne devroit 
pas permettre que des triacleurs de toute Trh 
ou .y de toute Langue , de tout Peuple , de toute 
Nation vinlTent joüer lùr Ibn theatre le rôle 
de Médecins, & en coupant la bourfe à lès 
Habitans, berner tout ouvertement la ba^ 
dauderie Parilîenne. 

» TrosRutulus-vefuat. Nullo difcvimineha-* 
betur. 

Ces maîtres fourbes promettent impudem¬ 
ment de dilToudre les pierres des reins & de 
la velïîe, de guérir les gouttes noüées & hé¬ 
réditaires , les phtilîes invétérées, les hydropi- 
lies confirmées, les carcinomes formez, les 
folies habituelles, ou naturelles, & en faveur 
des Dames, de rendre la peau du vilàgequi 
a été profondément gravée par les pullules 
3e la petite verole, aulîi belle & aulfi polie 
qu’elle étoit auparavant. Ils le vantent mê¬ 
me de lavoir blanchir les Mores, contre le 
texte de l’Eci'iture, An muîarepoteft Æthiopî 
î pellem fuam. 

Cependant cette canaille ignorante com- 


de Mnfieur 3fenjot. I. Part. iii 
poïè avec les malades à des Idmmes immen- 
lès, & tire deux par avance la plus grande 
partie du payement, quelle ne reftiruë ja¬ 
mais , loit que les malades perilTent dés le 
lendemain qu’ils le font mis entreJeurs mains^ 
foit que par liazard ils lùrvivent empirez 
plutôt que Ibulagez. Ce qui efl: de plus é~ 
tonnant, non lèulement la fimple Bourgeoi-' 
lie, mais aulîî plufieurs perlbnnes de la pre¬ 
mière qualité , qui fe piquent pour l’ordi¬ 
naire de bel elprit, donnent idiotement dans 
le panneau de ces Impolleurs , qu’on peut 
appelle!* les écueils tout enfemble & les Pi¬ 
rates des malades, par où efl vérifié le dire 
de rilluftre Gombault.- 



C’efl: donc à bon droit que les peres de 
famille qui font quelque figure dans le mon¬ 
de, défendent à leurs enfans d’embralfer la 
Medecine, voyant que la profeffion en efl 
aujourd’huy avilie à un tel point, qu’un hom¬ 
me de courage &: de naillance a honte du 
titre de Médecin, & que le peuple, 

Qmtim Medicos curtû ccntujfe licetur. 


11 i Opujçules "Pofthumes 

Ce n’eft plus le temps auquel Pœtus dans 
fa Lettre à Aitaxerxes rendoit témoignage à 
la Medecine d’être fiiencehun-feante am 
Dieux i elle eft devenue en nos jours indé¬ 
cente aux honnêtes gens, & tellement dé¬ 
chue de fon ancienne Iplendeur, que fi on 
avoit mis en balance le bien & le mal qui en 
revient au public, le mal l’emporteroit fans 
difficulté ; de maniéré qu’à l’exemple de Ti¬ 
bère qui depuis l’àge de trente ans n’écouta 
plus les conlèils des Médecins, il lèroitplus 
» expédient de commettre entièrement la gue- 
rifon des maladies à la làge conduite de la 
Nature, que de tolerer plus long-temps l’u- 
làge d’un Art, à tout prendre, plus nuifible' 
que profitable, & que Caton le Cenfeur, I 
pour des raifbns moins confiderables que cel- i 
les qui fè prelèntent aujourd’huy, fit autre- I 
fois bannir de Rome par un Arrêt du Sénat; 1 
fi ce n’efi: que les Püinances Supérieures n’ai- 
mafiènt mieux par leur prudence & parleur 
s. Matt. autorité, Oves al hircisfegregare. Mais quoy ! 
la reformation d’un fi pernicieux delbrdre eft 
plus à defirer qu’à elperer ; car la crainte de 
mourir fait qu’on fe prend à tout indiffé¬ 
remment , comme il a été remarqué des faux f 
DieuxduPaganifine, fecit timor. 

Ce- 



de Monfieur Menjot. Parti. 113 

Cependant il arrive tres-frequerament que 
les malades timides & imprudens lè procu¬ 
rent la mort en prétendant l’éviter, & devien¬ 
nent fans y penlèr les homicides d’eux-mê¬ 
mes par leur mauvais difcernement. Au relie, 
Monfieur, vous pouvez bien juger que tout ce 
difcours ne touche ny de prés, ny de loin ce 
peu de véritables Médecins qui ont de l’érudi¬ 
tion , & que les perlonnes équitables & éclai¬ 
rées doivent regarder , velut reliqtim quae g. pa^i 
falva faâa ftmt. Je ne lày fi mes œuvres ont 
eu un fiiccés afiez heureux, dedans & dehors le . 
Royaume, pour mériter une place parmi ces 
Médecins diftinguez. Quoy qu’il en Ibit, 
MeffieursV an-Beuning & Borel Ambafiadeurs 
de Hollande, me firent l’honneur il y a quel¬ 
ques années, de venir eux-mêmes chez moy 
m’offrir, de lapait de Meffieurs les Etats, une 
Chaire de Profeflfeur en Medecine à Leyden, à 
telle condition que je Ibuhaiterois, dont j’au¬ 
rai pour leurs Hautes & PuilTantes Seigneuries 
une reconnoilTance éternelle. L’amour feul 
de ma Patrie s’oppolà à cette tranfinigration, 

& je ne pus jamais me reloudre a ne pas mourir 
comme j’avois l’avantage d’être né & d’avoir 
vécu julqu’alors, fiijet de Sa Majeflé. 

Je finis, Monfieur, en vous avertifiant que 
P 


II4 Opufcuîes Pofthumes 

nonobftant mon renoncement à la pratique de 
la Medecine, je n’ay pourtant pas delTein, quoy 
que je Ibis plus que leptuagenaire, d’en aban¬ 
donner l’étude, puifqu’il m’en reliera d’autant 
plus de loilir pour publier de temps en temps 
de nouveaux Ouvrages, & les Ibûmettre au ju, 
gement des Sçavans du fiecle, & lùr tout de 
cette petite poignée de Médecins Oithodoxes, 
qui fe trouvent mêlez avec la populace Mede, 
s^M^att. cinale comme un peu de bon grain parmi force 
y vraye, ou comme les Elus en ce monde par¬ 
mi les Reprouvez. Je luis, 

Cette Lettre a été imprimée a Paris en idpi. 
par M. Bernier Médecin^ dans fin fupplement au 
Livre des Effais de Medecine. 



de Monfieur Menjot, I. Part. 21 f 


LETTRE 

^ MONSIEUR PUER^RI SUR LES 

opinions en general de M. De [cartes. 

J ’Ay reçu par les mains de Monfieur D... 

vos Thelès de Elementis\ elles m’ont di¬ 
verti & inftruit tout enlèmble. Car vous y 
expliquez avec beaucoup d’élegance & de 
netteté les lèntimens de Monfieur Delcartes, 
lelquels font aujourd’liuy Ibûtenus parles uns 
avec une grande palfion, & attaquez par les 
autres avec une averfion extrême, y ayant 
peu de perfonnes qui lâchent fe contenir 
dans de juftes bornes. Pour moy je les con- 
fidere comme des jeux d’efprit,&jelesmets 
au rang de ces choies ingenieulès, qui Ibnt 
bien trouvées, fi elles ne font pas véritables. 
Feu M. Palchal appeloit la Philolbphie Car- 
tefienne, le Roman de la Nature , lemblable 
à peu prés à l’hilloire de Dom (^ichot, & 
neanmoins depuis ce temps-là Melïïeurs de 
Port-Royal lès Confrères le font avifoz de 
l’adopter. Autrefois il n’y avoit que des Pe- 
dans Peripateticiens zélateurs jurez de la Phy- 
P ij 




ii 6 Opujcules Tojlhumés 

iîque d’Ariftote, quelque défedtueufe qu’el¬ 
le lôit: mais aujourd’huy certains nouveaux 
partilàns Çartefiens fe font élevez, qui dé¬ 
fendent avec un entêtement invincible toutes 
les vifions de leur Seéte. Pour Monfieür 
GalTendy qui devroit palfer pour le Chef des 
Philofophes modernes, peu de gens le con- 
noilfent, parce que lès Oeuvres font trop' 
amples, & que nous vivons dans un fiecle 
de parelfe, où l’on veut devenir lavant tout 
d’un coup, & fans prelque étudier. Tou¬ 
tefois perlbnne ne peut nier que M. Defcar- 
tes n’y ait pris le fondement, & par maniéré 
de dire, la pierre angulaire de la Phylîque , 
lavoir que tous les Phenomenes de la Natu¬ 
re dépendent de certaines ligures, & de cer¬ 
tains mouvemens de petits corps impercepti¬ 
bles. Comme anciennement chez les Juifs 
il faloit être âgé de trente ans pour lire le 
Cantique des Cantiques, aulîi leroit-il à fou- 
haiter qu’il fût défendu de lire les Livres de 
Monlieur Defcartes avant que le jugement 
loit formé, pour pouvoir en prendre le bon, 
& en rejette!' le mauvais. Car nous remar¬ 
quons tous les jours que les jeunes gens al¬ 
lez à le préocuper, après avoir employé trois 
ou quatre mois à cette ledure, le perlùadent 


de ^fonjieur Menjot. I. Part. ti‘7 
^ufïî-tôt d’être tres-hal^iles, négligent les an¬ 
ciens Auteurs, & croyent avoir vu la Natu¬ 
re toute nue, ce qui les rend preiomptueux 
à un tel point, que leur ignorance devient 
irremediaDle. S’il efl: vray que M. Defcar- 
tes ait eu la penlee de faire un Syfteme de 
Médecine fondé fur lès Principes, il eft bien¬ 
heureux d’être mort avant l’execution de ce 
delïein, car il auroit publié d’étranges chi¬ 
mères , qui auroient donné atteinte à là ré¬ 
putation , & qui pis eft, qui auroient coûté 
la vie à plulieurs malades. Ainli M. Ro- 
hault fur la fin de là Phyfique, en parlant 
de la Medecine, a fait compafllon à ceux du 
métier. 

Mais lailTons-là la Phyfique Cartefienne. 
Vous me parlez de certaines oblèrvations lef- 
quelles vous avez delTein de communiquer aux 
curieux d’Allemagne ; Que vous ont fait les 
François pour leur preferer les Allemans.^Vous 
.imaginez-vousquendtreNationait moins de 
lumière & de bon lèns que les Habitans du 
Nord pour juger làinement des choies ? Au re¬ 
lie , Monfieur, je luis ravi de l’honneur dé vô¬ 
tre connoilTance,& je ne manqueraijamais dans 
toutes lès occafions de la cultiver en vous té¬ 
moignant que je fuis, &c. 


Opujfcuks Pofihumes 


ii8 


LETTRE 

MEME, SUR QUELQUES 

opinions particulières de M. Défi art es. 

J E vous fuis infiniment obligé de la con¬ 
tinuation de votre Ibuvenir, & de la paît 
que vous m’avez faite de vos dernieres The- 
les. Monfieur Delcaites ne s’eft pas mieux 
entendu luy-même que vous le comprenez; 
& j’olè dire comme il eft recité d’un Pro¬ 
phète , que fiaâus eft in te duplex Jpiritus e^ 
jus J encore qu’apparemment vous ne Ibyez 
perfiiadé de les imaginations que de la bonne 
lôrte, & en galant homme. Permettez-moy 
donc auffi de vous déclarer avec une liberté 
Philofophique ce que je penlè de quelques- 
unes de ces nouveautez. 

Ce lèroit avoir une foy aveugle pour les 
lèntimens de cet Auteur, que de croire tout 
de bon que le feu provient du troifiéme E- 
lement-, lequel nageant dans le premier Elé¬ 
ment, lavoir dans la matière llibtile dépofi- 
taire du mouvement, en eft fortement ému 
& pouffé au dehors avec violence, après tou- 



de Monfteur Menjot. I. Part. 119 
tefois que le fécond Elément, qu’il appelle 
Globules, en a été chalTé ; julqu’à-ce qu’en- 
fin ce troifiéme Elément s’exhale en fumée, 
& que le fécond Elément ayant empêché la 
matière fùbtile de fé mettre en la place dé- 
laifïée par le troifîéme Elément, mais l’ayant 
ôccupee luy-même, il s’en enfuive l’extin- 
dion du feu. Ne diroit-on pas que Mon- 
fîeur Deféartes avec des yeux de Lynx, ai¬ 
dez de quelque Microfcope inconnu au refte 
du genre humain, ait apperçû diflindement 
le manège qu’il fait faire à fés. trois prétendus 
Elemens ? 

Je ne m’amuférai pas icy à combattre fà 
matière fubtile, laquelle il femble n’avoir for- • 
gée que pour oppofér aux petits vuides d’E- 
picure défendus par Monfieur Gaffendi, & 
de devenir par ce moyen Chef de parti, au 
lieu de fé contenter d’être Difciple de ce 
Grand homme, qui efl une qualité dont plu- 
fîeurs Savans perfbnnages de notre Siecfe fé 
fêntènt honorez. Il me fùfïîra de remarquer 
prefentement, qu’il s’enfuit du raifbnnement 
de Monfieur Deféartes touchant le feu,que 
le Soleil doit non pas moins brûler que nô-* 
tre feu ordinaire, mais ne point brûler du 
tout, & même cju’on féroit fort fraîchement 


iio Opufcuies Tojlhumes 

dans j(bn voifinage, d’autant qu’il ne coiv 
tient en Ipy aucune portion du troifiéme E^' 
lement qui puifle-être lancée en dehors, mais 
qu’il n’eîl: compofé que de matière lùbtile, 
à moins que celle-cy par hazard ne s’encroû-, 
te, & ne perde fon mouvement pour former 
les taches qui fe remarquent quelquefois dans 
le Soleil. 

Le comble de témérité eft de croire que 
Monfieur Delcartes a dévoilé la Nature par 
Ibn Syfteme, au lieu que julqu’ici les Plii- 
lolbphes véritables & hnceres, ont confelfé 
de bonne foy qu’ils ignoroient l’origine de 
plufieurs éffets naturels. Car je vous prie, 
peut-on par les Principes Cartefiens expli¬ 
quer pourquoy dans la rage, l’animal ell 
tourmenté tout enlèmble & d’une extrême 
loif, & d’une averfion épouvantable contre 
l’eau ? Ou pourquoy l’Alpic par une mor- 
liire prelque imperceptible, verlè en un in- 
ftant dans le corps humain, un poifon , le¬ 
quel en peu de minutes caille toute la malTe 
du làng, d’où s’enfuit un afToupiffement 
mortel j vu qu’au contraire cette matière ve- 
nimeufè ne pouvant être que tres-déliée, & 
par conlequent tres-agitée, devroit mettre le 
làng en mouvement plutôt que de le figer ? 


àe Monfieur Mnjoi. I. Part. iii 
Il eft donc vray que Monfieur Defcaites & 
lès Sedateurs bien loin de nous découvrir 
les caulès les plus lècretes des Phenomenes 
de la Nature, en ont obfcurci les plus ma- 
nifeftes. 

Voicy, par exemple, comment un Car- 
tefîen décrit la faim & la Idif des Animaux : 
Quand le dijfolvant ^ dit-il, qui efl dans leur 
ejtomach ne-trouve pas des viandes contre lef- 
quelles ilpuijfe agir ^fin allion fe tourne contre 
l'eflomach même.^ & mouvant lespetits fibres de 
fis nerfs plus fort que decoûtume ^ il ébranle le 
cerveau de la maniéré qui efl reqtiifi pour faire 
couler les e/prits animaux dans tous les mufcles 
qui peuventfervir d tranjporter le corps vers les 
viandes qui font necejfaires d le nourrir. Ceft 
dans taèion de ce diffolvant & dans le cours des 
efpritsanimauxquelle produit^ que cotififle la 
faim des animaux. Voicy comme il explique 
leur lôif : Le diffolvant de l'eflomach ne diffout 
les viandes qii en les faifant fermenter-, ainfi il 
fautdenecejfitéqueji les exhalaifins qui s'élè¬ 
ventfans cejje de cettefermentationfont trop fi¬ 
ches ou trop acres , les fibres dugofier foient plus 
refferrez qud l'ordinaire -, & par confequent 
quelles ébranlent les nerfs qui y vont aboutir , de 
telle forte qu'ils déterminent les efprits (animaux 


121 Opufcuks Pofthumes 

a couler dans les mufcles qui peuvent tranfporter 
le corps pour aller chercher d boire. Cejl dans 
cette amon des nerfs , dugofier , & des ejprits a- 
nimaux qu elle produit y que conffte proprement 
lafoifdes Bêtes. 

Si ce ne font pas là des extravagances ‘ à faire 
rire, ou plutôt à faire pitié, il n’en faut plus 
chercher dans le monde. C’eft dommage que 
la Phyfique Cartefienne n’ait paru au fiecle de 
Rabelais, car cet agréable railleur n’eût jamais 
manqué d’en faire, s’il faut ainfi dire, un bon 
plat à la pofterité, luy qui a fi plailamment ap- 
pellé barbou'illamenta Scoti y la dodrine des 
S cotiftes. 

Comme j’allois finir cette réponlè à vôtre 
Lettre,j’enay reçu une autre dans laquelle 
vous me parlez de i’aneurifme de Madame la 
Comtefle d’Hona : On fe moque de vouloir 
luy perfiiader que l’operation n’en efl: ny dan- 
gereulè, ny douloureulè, il fiiffit d’en elperer 
un bon fiiccés fi la malade efl jeune & de bon¬ 
ne conftitution. 

A l’égard de l’eau ftyptique il y a long¬ 
temps qu’on en efi: delabufé à Paris, Sc la caba¬ 
le de ceux qui en vantoient les merveilles, eft 
prefentement muette ; ainfi ce lèroit une dupe¬ 
rie que de vous en envoyer, fi tant eft que les 


de 3 îonJteur 3 ienjot. I. Part. 

Auteurs ayent encore le front de la débiter. 
Nous avons icy plufîeurs Chirurgiens très- 
adroits & tres-experimentez, qui alTurement 
feroient pour la guerilbn de cette Dame toutes 
les choies dont l’Art eft capable, mais pour 
vous parler franchement fi l’aneurilme eft pe¬ 
tit, & qu’il n’augmente pas, j’eftime qu’il eft 
plus leur de perleverer dans l’ulàge des défen- 
lifs & des ligatures ordinaires, & cependant ne 
pas négliger les remedes generaux, & lin* tout 
l’exaéte régime de vivre. Je lèrois ravi, Mon- 
lieur, de pouvoir donner à vôtre illuftre mala¬ 
de, des marques de mon zele & de mon relped, 
& à vous des preuves de la palïion avec laquelle 
je luis. 



Q.Ü 


Opujcules Vofihumes 


Ï 24 


LETTRE 

A MONSIEUR GOMBAUD. 

V otre Epigramme, Moafieur, me don¬ 
ne tout d’un coup ce que peu de per- • 
fonnes aquierent avec bien de la peine & du 
temps, & vous lavez par vôtre propre expé¬ 
rience à quel, prix vous polTedez l’immorta¬ 
lité que vous m’accordez fi libéralement. 
Pour me gratifier vous abulèz la Pollerité, 
qui lui* la dépofition de vôtre jugement inf 
capable de le tromper, ne concevra de moy 
rien de médiocre me voyant en parallèle a- 
vec vous. Le Chef de nôtre Art qui fut le 
favori d’Apollon pour les choies de la Mé¬ 
decine , comme vous l’êtes pour celles de la 
Poëfie & de l’Eloquence , obtint autrefois 
des honneurs Divins de la première Ville de 
Grece pour en avoir çhalTé la plus conta- 
gieulè & la plus grande des maladies : Et 
aujourd’huy le moindre de lès Difciples làns 
l’avoir mérité, voit Ibn nom conlacré par le 
plus bel elprit de nôtre Siecle, dont les E- 
erits Ibnt moins perilfables que le bronze & 



de Monjieur Menjot. I. Part. iij 
le Marbre de l’Antiquité. Ainfî vous abré¬ 
gez le chemin de l’éternité, il ne faut plus 
de vertu extraordinaire, ny de labeurs péni¬ 
bles pour le défendre contre l’oubli, il fùffit 
d’être de vos amis pour avoir place auprès 
de vous en la mémoire de nos neveux. Il ne 
Rie manque plus qu’une plume commelavd- 
tre, afin de vous rendre une reconnoifTance 
àulfi durable que vos faveurs, de publier 
l’excès de vos bontez au delà mêiîie de ma vie. 
Je luis. 



Opufcules Tofibumes 


ii6 


LETTRE 

,A MONSIEUR EMERV DOCTEUR EN 

Medecine d Bordeaux. 

L a jaloufie que vous me témoignez par 
vôtre Lettre eft fi obligeante, que je lèrois 
fâché de vous en guérir. Ce n’eft pas que l’a- 
initié que j’ay vouée à vôtre Collègue ne 
Ibit folidaire entre vous & luy, & que la polfe- 
dans chacun toute entière, vôtre inquiétude ne 
Ibit mal fondée , mais comme le principe de 
cette jaloufie m’eft avantageux, j’en Ibuhaite 
de tout mon cœur la continuation. Imitez 
donc, Monfieur, ceux qui craignent la mala¬ 
die encore qu’ils fe portent bien, ou la dilètte 
au milieu de l’abondance. Ces çomparailbns 
à la vérité ne Ibnt pas tout à fait juftes, mon 
eftime n’étant rien moins que precieulè au prix 
de la lànté & des richelTesjmais aulfi en récona- 
penlè elle eft moins fragile, puifque rien n’eft 
capable de m’empêcher d’être toute ma vie , 
Monfieur, &c. 



127 


LETTRE 


A monsieur de LORME MEDECIN 


Ordinaire du Roy. 

E garderai curieufèment la Lettre que vous 
m’avez fait la faveur de m’écrire, comme 



la plus riche piece de mon cabinet. Elle 
m’a moins étonné par la làgelfe qui y reluit, 
que par le feu dont elle éclate j Car qui ne 
leroit lîirpris de voir unies en vous deux qua- 
litez *fi incompatibles, le jugement d’une 
venerable vieillelfé, & le brillant d’une jeu- 
nelfe florilfante ? -Le tableau que vous y fai¬ 
tes de vôtre vie, ne cede en rien aux vies 
des Hommes Illullres de Plutarque , Ibit 
qu’on y conlidere vôtre perlbnne qui y eft 
dépeinte , lôit qu’on examine l’art avec le¬ 
quel vous vous Gtes reprelènté vous-même. 
Javois, Monfieur , admiré julqu’icy vôtre 
rare genie, mais à prelênt j’en luis charmé, 
& làns prétendre faire le Prophète, je'pré¬ 
vois qu’il vous arrivera parmi les Médecins, 
comme à Socrate parmi les Philofophes, d’y 
tenir le premier rang dans la pofterité par 




ii8 Opujcuks Pojlhumes 

la lèule force de la réputation, encore que 
ny l’un, ny l’autre n’ayez point laifTé de vos 
Ouvrages au public. 

Pour moy j’aÿ été alfez indifcret que de 
me faire imprimer, & j’aurois Ibuhaité que 
vous eufïiez été alTez obligeant pour me 
couronner d’épines au lieu de fleurs, je veujf 
dire pour me reprendre au lieu de m’ap¬ 
plaudir j non lèulement j’aurois profité de 
vos lavantes corrections, mais je vous au- 
rois fait juftice , en déclarant hautement 
qu’elles lèroient venues de la part de l’im 
comparable Monfieur de Lorme, lequel au- 
roit bien voulu être mon Maître & mon 
Reformateur. Au moins , Monfieur , ’ac- 
cordez-moy la grâce de votre cenlure pour 
les deux pièces Françoilès que je prens la 
liberté de vous prefenter. La première eft 
une traduction de ma DiflTertation Latine 
du Déliré, que Monfieur Conrart me de¬ 
manda avec inftance. La féconde efl: une 
verfion de mon Dilcours Latin de la Voix 
& de la Parole, que j’ay faite à la prierede 
Madame la Marquilê de Sablé. Et ne croy¬ 
ant faire que de lîmples traductions, il m’efl: 
venu plufieurs penlees qui ne font pas dans 
les Originaux j en forte que ce font prefque 


de Monjîeuv Menjot. I. Part. 
cîe nouveaux Traitez. Je me donnerai 
rkonneur de vous aller remercier au plutôt 
de vos civilitez, & de vous alTurer moy- 
même que je luis tres-lincerement. 



130 


Ùpujcutes ?ojihume$ 


CELEBERRIMO VIRO D. Eh 
. E/m Bo/Krello. Doâ. Medm. %Antonm 


Meiijmus 


Maræ lunt virtutis radices, dulces vero 



illius fmâ:us tametsi ièrotini. Medi- 


cinæ fors longiffimè diverla eft ; amæna ejus 
theoria rnox praxiterminaturlaboriosâatquè, 
quod honeftd vird quâvis ærumnâ duriuseft, 
iniportunis detreâiationibus obnoxiâ , imo 


pùblicè 8 c quæ ad inftar Socratis 

liium quoque invenerit ævô noftrd Arifto- 
phanem, Theatralium operarum ducem, qui 
venenatis lalibusnihil «^^K'ïyreliquit, adebut 
Medici guaviter incumbentibus ægrorum cu- 
rationi, id communè fit cum probis Regibus 
ut benè faciant & malè audiant. Teftem 
appello Divinum Hyppocratem qui plus de- 
decoris quàm gloriæ ex operibus Artis le af 
fèquutum fuilfe apud amicum Democritum 
conquerebatur 5 quantumvis, referentè Pli- 
niô, eoldem honores quos Herculi Græcia 
ipfi decreverit. Attamen ficut nemo fit 
peritus xv^t^vnviç., ità nullus orgiis 
Medicinalibus ut ut imbutus evadet ulquam 
yiinnov ^ t ni Artis docu-» 



de MônfieuY I. Part. 

mentis adjecerit ullis exercitamenta, ac in 
Medicum quafi forum prodierit. 


Utinam, vir Dodiffimè tenuia quæ vul- 
gavi opufcula te ægrotantium ôfjuxîcug defef- 
luin valerent vel tantillum relevare atque re- 
ereare. Verùm ut iàpiens fpedaculd mi om¬ 
nibus lætitiis lætus eft, sic ipiè tuis pollens 
opibus, nihilque noftri indigus, infigni quam 
aüequutus es luccifivis illis noris 

ac lub lècundariis quibus tui juris es atque 
mancipii & curarum quafi vincula laxantur, 
pfoprio luffieis Iblatio j lêcus in adagij re- 
prelienfionem incurrens, Dafypus carnes de- 
fiderat. Præclæram me hercle ac multi-ju- 
gam emditionem maxime præbuifti in ex- 
planandô textu cùm Platonis de liene 
nepatis , tùm Dionyfii Longini de Iplene 
7 svnsi*et^tptia, cui loco delperatifiîmo relli- 
tuendo Critici omnes majorumminorumque 
gentium Machaones vix pares fuifient. Ego 
verbquoniam, tï duplicem habet in- 

telledum, ulurpaturque promilcuè tàm pro 
imagine quàm pro mantili, ac utrôque len- 
fil lien dici meretur hepatis profit 

R ij 


13 ^ Opufcuks 'Pofthumes 

fcilicet vel putatur fîmul cum fociô hepate 
, vel creditur tanquam jecoris mû 
ni lier languinem in eô contedum ^•^kcîtiiç 
à fsece terrellri emundare, Galenum iiko 4. 
de Ufu Partium cap. 9. exponendum judicavi, 
in Tradatu de Hydrope , juxtà priorem 5 
cx/xetyeia lîgnificatum, congruenter conveuieii- 
terque menti Ariftotelis proximè à me citati, 
qui lienem nuncupaverat ««y vé$ov ceu 
alteram ctit^ATÙcrscàç officinam, nihilque iegituï 
in prænotatd Galeni textu quod meo expli- 
catui refragetur. 

Veruntameii huic dodrinae Platonem diû 
lèntire libéré me mones, ac rationum tua- 
rum evidentiâ convidus,. lubenter fateor 7» 
atfjiay&loy in Timæô hand accipi polTe profi- 
mulacro, lèd, ut acuté argutéque animad- 
vertifti, necelTarib* lumi pro Ipongiâ. atque 
purgamentô hepatis. Quaproptèr li in po- 
fterum futura. ell dilTertationum mearum 
pathologicarum nova editio, liante quam af- 
lêro Galenici eontextus interpretatione, non 
erubefcam verfd llyld, hæcce verba oblitéra- 
re, qmd defumpfit e Timao Platonïs , fientqne 
tud adminiculô <pçov%hçnÇuripciii parû 

te'rque in Dilfertatione de Lue Venereâ,pro 
Æqmtorem. reponam Eclipticam te habe- 


de Mnjîeur Menjot. I. Part. 133 
bo officiolùm ? corredorem, etiî 

fchedas meas revoluenti ilia dèXi^ct prideni 
occurrerit. Miror autem, Vir ampliffime, 
mm (piXimcpiod ct(p^m m 1 nullmn prê¬ 
ter te egente Alclepiadarum vocabuluni illud 
Æqnatorein dm J Èclipticam mihi quafi dor^ 
mitanti è calamo excilum oblèrvafle, quæ ed 
plerorumqjie Medicorum iii rebus Aftronomi- 
cis inlcitia. Poftremb mihivaldè arridetLu- 
cretiani textus emendatio, optaremque ut Ca- 
ro noftro, Poêtæ Phyfîographo, complulculis 
locis male làno pæônias nianus afferre digna- 
reris. Hànc debes operam Autori quem video 
tibi elTe in amoribus & deliciis, exeraplô Illu- 
ftrifbmiTanaquilliFabri g* èv > cui Ipontè 
fubmittit fafces eruditus Orbis. Et quando- 
quidem è tam præftantis Præceptoris Uberi- 
bus p< 56 A<t ?<o^Kov haufifti , ac ^ mÇht 
made animo, litei'arorum Coryphée, atquè 
féliciter ab illô inchoatam necdum peradam 
Lucretii medelam velut redivivus Faber ab- 
folve. Vale balilice â »«eÿej méque 

tui amantilfimum redama. Lutetia Parino- 
rum ipfis Idibus Junii Aniio ivad^Kn Asy» 
eind'ioiMM. DC. LXXIX. lupra Millelimum. 


134 


Opujcuies ^ofthumes 


LETTRE 

■ ^ UNE DEMOISELLE D'ESPRIT ET 

d'érudition. 

V Ous avez feule plus de bon fèns que 
tous les Philofbphes enfemble : Cha¬ 
cun d eux eft uniquement attaché à fon fen- 
timent, mais vous, Mademoifelle, en unif¬ 
iant leurs opinions, on peut dire que vous 
les perfedionnez, & que vous avez décou¬ 
vert adroitement le fècret de la félicité fi dif¬ 
ficile à trouver. J’admire l’afTociation judi- 
cieufè que vous faites de rEpicureifine & du 
Pirrhonifine j le premier vous fera goûter les 
voluptez qui vont le plus' au cœur, & fi par 
hazard il vous en furvenoit quelque fcrupu- 
le, le fécond vous en guérira auffi-tôt, en 
vous faifànt douter des plaifirs paffez. Ces 
deux Seétes font digries de vôtre choix, com¬ 
me étant les plus exquifès de toutes. Car le 
PlatonifiTie n eft qu’un amas de vifions chimé¬ 
riques 5 le Peripatetifme eft un pur galimatias 
pedantefque ; le Stoïcifme ne fait que troubler 
ceux qui le fiiivent, par une guerre inteftine 



de Mmfimr Menjot. Part. I. ^ 155^ 

& continuelle contre les pallions de lame. Le 
Cynilîne conformément à Ibn nom, eft une 
Philolôphie de chien aboyant contre le genre 
humain, & n’eft bonne que pour les gueux ; 
{es Seélâteui’s au travers de leurs haillons & de 
leurs habits déchirez par affeélation, montrent 
effrontément ce quais devrcient cacher. Enfin 
le Cartelianifme, l’idolé de nos jours, n’efl 
compofé que de paradoxesRomanelques.Con- 
tentez-yous donc, Mademoifèlle, d’avoir Epi- 
.cure .à votre droite, Sc Pyrrhon à vôtre gauche, 
& par une heureufè alternative, apres avoir là- 
tisfait entièrement vos delirs, fi quelque re¬ 
mors le prelènte pour vous inquiéter, douter 
que vous ayez relTenti aucune joye, Sc traitez- 
là d’illufion. S ’ilunétoit pofTible de rappeller 

ma jeuneffe,jeferois ravi de courir avec vous 
dans une caiidere fi agréable ; mais certains ' 
plaifîrs ,qui m’enthoufiafinoient autrefois, ne 
;lè trouvent plus que dans ma mémoire, où ils 
me font enrager lorlqu’il m’arrive de les faire 
paflfer en revûë. 


1^6 Qpîifeules Tofihumes 


LETTRE 

A MONSIEUR BAZIN SUR UN 
Pmegirique du Roy en Latin. 

P Uilquune perfonne pour laquelle j’ay 
infiniment de relpeâ:, Iduhaite que je 
m’explique fiir le Poème Latin que vous m’a¬ 
vez envoyé, je vous dirai librement, Mon- 
fieur, qu’il me paroît une elpece de Gazette 
plutôt q[u’un Panegirique, & que la plus gram 
ae partie des vers me lèmblent trop forts 
pour un amas de relations hebdomadaires, & 
trop peu élevez pour l’éloge d’un Grand Roy. 
Bon Dieu, quelle différence de cette piece, 
& du Panegirique François de Monfieur le 
Cardinal de Richelieu ! il n’eft pas poffible 
de relire encore à prefènt ce chef-d’œuvre 
de Gombaud fans en être enchanté tout 
de nouveau. Auffi l’Academie nailïànte é- 
toit-elle compofée des Vaugelas, des Go- 
^ deaux, & de plufieurs autres Efprits de la 
première Grandeur, & j’eftime quelle peut 
être comparée à l’Eglifè du Siecle des Apô¬ 
tres, laquelle depuis ces temps fèreins & 

bien- 




de Monjîeur dMenjot. I. Part. 137 
bien-heureux, eft infeniiblement déchue de 
fon ancienne fplendeur. Mon delTein n’efl: 
pas d’entrer dans le détail du Poème de que- 
ftion} mais je ne puis m’empêcher de re¬ 
marquer en palTant, que l’Auteur ofè con¬ 
ter entre les adions Royales & Héroïques 
de Sa. Majefté, d’avoir gratifié Meffieurs les 
Académiciens d’un appartement dans fon 
Louvre pour y tenir leurs AlTemblées. Feu 
Monfieur le Chancelier Seguier en avoit fait 
autant dans Ion Hôtel lans qu’on l’ait placé 
pour cela au rang des Héros. L’honnêteté 
de ce Chef de la Juftice en faveur des Mu- 
fes donna feulement occafion à cet excel¬ 
lent Sonnet de M. Gombaud, dont la chute 
eft fi heureufe : 

mieux que chez Luculle hôte du Grand 
"Pompée , 

On trouve chez Seguier la Salle d'Apollon. 

Obligez-moy, Monfieur, de remercier de 
ma part l’IlluftreMonfieur l’Abbé de la Cham¬ 
bre de toutes'les boiitez qu’il a pour moy, je 
les reconnois avec d’autant plus de gratitude, 
que je fens les mériter moins. Il eft digne 
fils de Monfieur fen pere, qui pendant là vie 


138 Opujcules Pojihumes 

m’a honore de fon eftime & de lès judicieux 
avis, lorlque je prenois la liberté de luy com¬ 
muniquer mes Ouvrages avant qu’ils vilTent 
le jour, comme de la part il me gratifioit 
de la ledure de lès Manufcrits avant leur im- 
prellîon. Aimez-moy , Monheur , & me 
croyez vôtre, &ç. 



àe Mmfieur 3 fenjoL I. Part. 13^ 


LETTRE 

MONSIEUR ÈABBE' HUET, 

nommépar Sa Majefié a l'Evêché i^Avran¬ 
che^ fur fa cenfure de la Philnfiphie Carte- 
^ fienne. 

J E vous luis infiniment obligé, Monlêi- 
gneur, de m’avoir mis au nombre de ceux 
que vous ave?: gratifié de vôtre excellent Li¬ 
vre contre Monfieur Delcartes. Vous avez 
détruit Ion Syfteme d’une maniéré nouvelle, 
& cela non lèulement par des railôns invin¬ 
cibles, mais de plus en y découvrant plu- 
fieurs contradidions & de frequentes pétitions 
de principes. 

Hypocrate met entre les marques infail¬ 
libles du déliré, de croire appercevoif des 
objets qui ne s’offrent point à nos fèns, ou 
de ne pas remarquer ceux qui s’y prefèntent: 
Quicunque , dit-il, parte aliquâ corporis do¬ 
lentes^ dolorem non fntiunt iis mens eegrotat. 
Monfieur Delcartes exige d’abord que fbn 
Catechumene commence par devenir fou, en 
doutant, par exemple , qu’il Ibuffre de la 



Ï40 Opufcuks Pofthumes ' 

douleur lorlqu’on le pic^ue vivement. Ainfî 
on peut dire lans ofFenler cet Auteur, que 
les petites mailbns fervent de veftibule à là 
Philolbphie, qui fait tant de bruit dans le 
monde. 

L’Ame étant réduite, lèlon le bonplaifîr 
de Monfîeur Defcartes, à une ignorance ab- 
loluë, julqu’à ne pas lavoir li elle, & li Dieu 
même exifte, ne peut en cet état penferqu’à 
un rien 5 c’eft à dire franchement, qu’il luy 
eft du tout impolhble de penlêr faute de ma¬ 
tière, de même que l’œil en j’ablènee des 
objets vilibles,-demeure necelfairement dans 
l’inaétion : Et partant il eft impertinent de 
vouloir que l’Ame plongée dans un fi pro¬ 
fond néant,, lé dile neanmoins intérieure¬ 
ment à elle-même, ‘Je penfe ^ Donc je fais y 
ôc quellefoitpleinementperlùadée de cerai- 
Ibnnement. 

Les Cartefiens, qui ont le don de har- 
dielTe pour deviner tout ce qui leur plaît, 
prétendent que Dieu après avoir créé lama- 
tiere étendue, la divilée en une infinité de 
petits corps cubiques , qu’il a fait en lùite 
tourner chacun liir leur centre, & que par 
leur mutuel frottement lé Ibnt formez les 
U'ois fameux Elemens qui compolént fUni- 


de Monfieur Menjot. I. Part. 141 

vers. La difficulté cft de faire pirbüeter des 
cubes entaffez eiifèmble, fans qu’il y ait d’ef- 
pace vuide entr’eux, ny même, félon les hy- 
pothefes du Cartefianifme, fans qu’il s’y trou¬ 
ve encore aucune matière flibtile dans laquel¬ 
le ils puifTent nager. Ils feroit alTez furpre- 
nant que des liarangs, qui rempliroient un 
tonneau, & y feroient preffez tres-étroite- 
ment, aquiffent tout d’un coup la liberté de 
s’y mouvoir. Je me fou viens d’un palTage 
d’Ariftote qui fë peut appliquer icy fort à pro- ï 

pOS, 73 TUT ivr,B-iiT r Aoym .é|6^ kuv. 

Les abftradions Metaphyfîques employées 
par Monfieur Defcartes pour prouver l’exi- 
llence de Dieu, font fi guindées & fi em- 
broüillées, quelles fëroient capables de per- 
fuader le contraire, fi les lumières naturelles . 
de l’efprit humain ne s’y oppofbient pas. Et 
d’autant plus que cet homme tumens fipra 
menfuram humatKe fuperbiiC , ofë avancer fiè¬ 
rement fès prétenduës preuves, comme étant 
les feules capables d’établir la Divinité, & 
qu’il ne fait nul cas des argumehs produits 
jiifqu’à prefent par les plus favans Théolo¬ 
giens , & par les plus éclairez Philofophes , 
non pas même de ceux de David chantant 
dans l’un de fës Hymnes fàcrez, que les deux 


141 Opufcukî VofihumeSr 

racontent la gloire de Dieu , que le Firmament 
publie l'excellence des œuvres de fes mains 
que toutes les Nations entendent leur langage é 
leur voix. Mais les Cartefiens au rebours du 
refte du genre humain, n’oyent pas ce fon 
éclatant, de même que les Catadupes font 
lourds au bruit excemf des catarades du Nil. 
S. Paul allure auffi, que les Ouvrages de Dieu 
font voir comme d l'œil [a Divinité , & l’on 
peut dire que ceux qui ne s’en apperçoivent 
pas, font plus aveugles que ce Bartimée de 
l’Evangile. 

Cependant fi l’on en croit nôtre faftueux 
Philolophe, les Athées n’ont commencé d’a¬ 
voir tort qu’au Siecle auquel il a fait paroî- 
tre d’autres nouvelles railôns, qui dilputent 
l’évidence aux demonftrations Mathémati¬ 
ques. C’efi: pourquoy il prononce magillra- 
lem-ent que tout homme aujourd’huy meri- 
teroit de palfer pour impie, lequel entre- 
prendroit de lùivre ou d’enfeigner une autre 
route que celle qu’il a propolee pourperlua- 
der l’Exiftênce de Dieu. 0 nugas hullatas at 
que iArchctypas ! 

Ce Saint Philofophe après avoir rendu à 
la Religion un fi notable lèrvice, tombe pour¬ 
tant dans le blalphême en dogmatilànt que 


deMonfieur Menjot. I. Part. 145 
TAme ne remue par les corps quelle habite, 
mais queDieu en eft le moteur unique &imme- 
diat, lors même qu’il s’agit de l’execution des 
volontez les plus criminelles de l’Etre penlant, Hieron. 
Sententias vejîras pvodidiffejfaperaJJe eji, Vatet 
pr 'mâfrônte blafphemum. Non neceffe hahet 
convinci qmdfuâflatim profejjione blafphemum 
eft. D’ailleurs y eût-il jamais de paradoxe 
plus ablurde que d’affirmer, que notre ame 
ne connoît tant de diverlès mutations qui ar¬ 
rivent incelTamment à nos corps que par une 
elpece de révélation, ou fi vous Voulez par 
un avertiffiement lècret de Dieu quivellatfy 
admoneat j Et enfin que nous avons une con- 
noiffiance plus diftinâ:e de nos Ames qui font 
invifibles & Ipirituelles , que de nos Corps 
qui font palpables & materiels. Certes fi 
Monfieur Defoartes & fos Seêlateurs font 
doüez d’uné clairvoyance fi pénétrante.& fi 
extraordinaire, il faut de neceffité que leur 
elprit foit d’une trempe* làns comparaifon plus 
noble que celle de l’elprit des autres hom- 
nies. Ne foroient-ils point defoendiis des 
Pre-Adamites, & non de la race d’Adam 
comme le refte du genre humain } 

Vous réfutez admirablement,Mbnfoigneur, 
îe fiege prétendu de l’Ame dans le Conarmii 


144 . Opufcîiles fojîhumes 

& quand on accorderoit à Monfieur Def- 
cartes cette vifion chimérique, il fe’roit du 
moins obligé de la loger, non dans toutes les 
particules de cette glandule pineale du cer. 
veau, mais feulement dans Ion point central 
& indivifible, autrement TAme le trouve- 
roit une lubftance étendue. 

N’eft-ce pas une chicane de mauvailè foy, 
que d’admettre un milieu entre le fini & l’in¬ 
fini , lavoir l'indéfini , comme fi le nombre des 
grains de lâble d’une orloge que nous ne fau^ 
rions définir, ne lailToit pas d’être fini. 

. Vous avez avec une incomparable érudi¬ 
tion, Monlèigneur , montré que Monfieür 
Delcartes a , par maniéré de dire, écume 
les Philolbphes Anciens & Modernes j mais 
ce qu’il y a d’étonnant, luy qui traite Ari- 
llote fi fort de haut en bas, a cependant pris 
de luy les deux plus inloûtenables opinions 
de là Phyfique, l’une que la matière efl: di- 
vifible à l’infini, &'l’autre que le lieu du 
corps naturel heft pas l’elpace qu’il occupe, 
mais la lùperficie concave du corps dont il 
eft environné, de maniéré qu’un ver engen¬ 
dré dans un fromage de Hollande, & porté 
d’Amllerdam à Batavia, fait environ fix mille 
lieues de chemin làns changer de*place. 


àe Mmfieur Menjot. Part. I. 

• C eft un bonheur pour le genre humain 
que la mort de Monfieur Defeartes ait préve¬ 
nu la publication d’un Corps entier de Mé¬ 
decine , qu’il meditoit conformement à lès 
Principes. On en jugera par la maniéré bi¬ 
garre dont il s’eft traité de Ibn chef dans une 
inflâmation de poulmon, qui l’emporta en 
peu de jours. Il prenoit de l’eau de vie 
brûlée dans les frilTons de la fièvre, quoy 
que des plus ardentes, lâns vouloir jamais 
loulfrir la laignée. Il eft vray que lùrlafin 
de là itialadie, & lorlqu’il n’en étoit plus temps, 
il lè fit de luy-meme ouvrir la veine par deux 
fois, & s’ordonna enfuite une infufion de ta¬ 
bac dans du vin blanc, pour lè provoquer un 
vomilfement. Voila les lumières admirables 
& heureufes de ce Philolbphe dans l’Art de la 
Medecine, qui lui ont coûté la vie. 

Au refte, Monfeigneur, la Republique des 
Lettres vous eft fort redevable d’avoir abbattu 
cette Idole Philolbphique, que l’influence de 
quelque Conftellation maligne fait adorer dans 
certaines Echoles j ou pour ne point chercher 
fi loin la caulè d’une telle fafcination, des gens 
lènlèz eftiment que la Cabale des Janlèniftes a 
adopté la Philolbphie Cartefienne, dans la lèu- 
le vûë de contrequarrer les Jeluites qui ne la 


146 Opufcuks Pofthumes 

peuvent fbuffrir, de maniéré qu elle n’a pris ra'< 
cine que par l’exemple & par le crédit de Mef* 
fieurs de Port-Royal. Il faut, cependant don¬ 
ner cette gloire à feu Monfieur Pafchal, que 
lès grands engagemens avec les Dilciples de 
Janlènius ne l’ont pas empêché de s’en,moquer 
ouvertement-, & de la.qualifier du nom de Ro^ 
7mn de. la Nature'. 

M. r Ahbé Tallemant ne m’a que dèpuh 
peu dejours mis es mains vôtre précieux pre- 
lènt, & il m’a falu du temps pour le lire atten¬ 
tivement & par deux .fois . Ay ez donc la bontéy, 
Monlèigneur, d’exculèr le retardement dé mon 
remerciement, aulïi bien que les fautes conte¬ 
nues dans ma réponlè écrite à la hâte. Je luis 
Monlèigneur, avec beaucoup de reconnoilTan^ 
ce & de relped, vôtre, &c. 



de Monfieur Menjot. I. Paît. 


147 


LETTRE 

^ MADAME..... 

C E pauvre dilgracié des Mufès, eft jiifte- 
meiit entre nos Poètes Panegiriftes ce 
que lônt Nerveze & la Serre entre nos Au¬ 
teurs en Proie. Au lieu du Pegaiè il monte, 
comme on dit, iîir fes Grands Chevaux, & il 
iè trouve par malheur que iès Grands Chevaux 
ne Ibnt que des RoiTes. Si 4 Auteur eût lu, 
ou du moins s’il eût lû avec quelque atten¬ 
tion le Panegirique de l’Empereur Trajan 
compoie par Pline le jeune, il n’auroit pas eu 
la témérité d’entreprendre l’Eloge de nôtre 
Monarque, & il eil facile de juger que les-quin- 
ze cens livres de peniion qu’il en a tirez, ibnt 
plûtôt une reconnoiiTance charitable de ion 
«ele aifedé, qu’une récompeniê de ion Poè¬ 
me , qui n’eft au fond qu’une eipece de Gazet¬ 
te , mile iàns j ugement en rime houfîîe & am- 
poullée. Il n’y a pas juiqu’à la Vignette, 
dont il fe glorifie, qui ne ibit un galimatias 
confus de repreièntations auiquelles on ne 
comprend rien. O que la veuve Cramoiiÿ 




14^ Opufcules Tojlhumes 

efi prévoyante, de s etre avifee d’obtenir un 
Privilège pour l’impreflion de ce Livre çapable 
de l’enrichir à jamais, par le grand débit qu’el- 
ie en fera aux Apprentifs de Boutique, aux 
Clercs du Palais, aux jeunes Academiftes, & 
lùr tout à certains e'tourdis de Gafcons qui ne 
le repaiflent que de creme fouettée. Si ces 
Memeurs font prudens ils le pourvoiront de 
bonne heure d’exémplaires, crainte que le prix 
n’en augmente à proportion du rehaulTement 
des monnoyes, cet excellent Ouvrage e'tant du 
moins aulh précieux que l’or. Voila, Mada¬ 
me , une partie des peiilées qui me font venues 
dans l’elprit par cette ledure chagrinante,dont 
vous êtes, làns vous offenlèr, la caufe malicieu- 
lè plutôt qu’innocente. Cependant il ne me 
lôuvient pas d’avoir jamais mérité vôtre ven¬ 
geance. . 


de 3 fonfieur Mmjot. I. Part. 14^ 


LETTRE 

^ UN DE SES ^MIS OU IL EST 

parlé des Médecins tAlkaliJles. 

J ’Ay reçu par les mains de Monfîeur vôtre 
fils la Lettre obligeante que vous m’avez 
fait l’honneur de m’écrire. Les loüanges que 
vous m’y donnez fi libéralement, m’ont d’a¬ 
bord fait rougir, mais ma honte s’efl dilîîpée 
au moment que je les ay confîderées , à l’e¬ 
xemple du Cyrus de Xenophon & du Prin¬ 
ce de Balzac, comme un tableau non pas de 
ma perfonne, mais de mon devoir. Je n’ou¬ 
blierai de ma vie, Monfieur, les honnêtetez 
dont vous me comblez, d’autant plus quelles 
partent d’un homme d’un mérité flngulier, 
{bit du côté de la Morale, Ibit du côté de l’E¬ 
rudition. Il nous manque à Paris un per- 
Ibnnage de vôtre caraélere, pour nous aider 
à foûtenir la Medecine Orthodoxe qui eft lùr 
Ibn penchant. L’ignorance de ceux qui fe 
qualifient prefèntement Médecins ne fut ja¬ 
mais fi profonde, & pour me fèrvir des pro¬ 
pres termes d’Hypocrate, 



.. . mfcules Vofthmnes 

Au lieu de fe tenir dans les maximes fon-. 
damentales de la Medecine dogmatique, & 
de la perfedionncr de plus en plus par le 
moyen des découvertes modernes, ils l’ont 
ablolument bannie, & ont embraflTé fans dif 
cernement toutes fortes de nouveautez, en¬ 
tre lelquelles à la vérité il y en a quelques- 
unes de fort curieufèsde fort utiles,mais 
il s’y en rencontre aulTî d’autres en plus gmnd 
nombre làns comparaifbn-, tres-faunes & mê¬ 
me tres-folles. 

Cependant le torrent de l’Eterodoxie eft 
fl rapide qu’il enti'aîne quantité de perfonnes. 
La raijfon.n’en eft pas difficile à.deviner, il y 
a trop de fatigue & trop de longueur d’aller 
puilêr la Medecine dans les vives fources de 
nos vieux Maîtres Grecs, Latins & Arabes^ 
& dans les ruiffeaux purs & clairs de plu- 
fieurs autres Médecins tres-habiles, qui ont 
écrit depuis un Siecle & demi ou environ, 
que les Sciences ont commencé à renaître. , 
il y a de plus une peine non médiocre à or¬ 
ner notre Art, & fiir tout là partie Eatlio- 
logique, qui eft fôn .endroit le plus delà- 
greable, de l’Eloquence Greque & Latine, 
& du brillant des belles Lettres, afin de plai¬ 
re aux Leéteurs, .& même de leur polir i’eP 


de Mmjîeur Menjot. I. Part. îjr 
prit en les inftruilant. J’avoue que Morht 
non cmantur eloquenùâ , mais ce qui eft de 
remarquable, il fe trouve que Celle le plus 
éloquent des Médecins Latins eft l’Auteur de 
cette penlee,auquel on peut répondre, e//am 
morht curantur barbarie. Pour éviter donc un 
lî grand & fi pénible circuit, on s’eft avifé en 
nos jours d’abreger la Medecine par le galima¬ 
tias de l’Acide & de l’Alkali, de Ibrte qu’il faut 
aujourd’huy moins de temps pour devenir un 
Médecin à la mode, que n’en demandoit autre¬ 
fois TlielTalus pour enlèigner là Sede , qu’il • 
appcloit impudemment metodique. Cela eft 
caulèqueles chétifs Fratêrs Chirurgiens & 
Pharmaciens ayant en moins de rien appris ce 
jargon,font tête,& certes avec juftice, aux plus 
grands D odeurs Alkaliftes, lefquels au fonds’ 
n’ont aucun autre avantage au delTus de cette 
elpece de gens, que celuy du bonnet Dodoral, 
que ceux-cy peuvent obtenir aifément &: à bon 
marché quand il leur plaira. Avant que de finir 
cette Lettre, qui n’eft déjà que trop prolixe, 
permettez-moy de*faire le tableau en petit de 
M. vôtre fils; Il me paroît marcher fiir vos pas, 
& ne déroger en aucune maniéré à l’heureulè 
nailfance&à l’éducation qu’il tient de vous, 
Opto tibi cimulatijjimam dterum ’mnTs.lmmenfa^ 
ram., 8c Ms, * 


Opujcuîes Pofthmnes 


t^i 


LETTRE 

iA MONSIEUR BACHOT SUR 

l'tifage âme phme pour fè piquoter jouY-‘ 
neUement les narines ér la luette. 

E n. parcourant le Manulcript que vous 
m’avez communiqué, voicy quelques ob** 
lèrvations que j’y ay Faites. 

L’Auteur eft entièrement Novice dans les 
matières de Medecine & de Phyfique, aufïi 
confelTe-t’il lùr la fin de Ibn Ouvrage, qu’il 
n’eft ny Médecin, ny Philolbphe. Il ne faut 
donc pas s’étonner fi Ion Livre fourmille de pa¬ 
radoxes impertinens, dont en voicy quelques- 
uns. Il réduit toutes les caulès des maladies à 
l’eau & aux vents, à l’exclufion du làng, de la 
bile, & de l’humeur mélancolique. Il confond 
l’eau ou la lerofité, avec la pituite. Il pré¬ 
tend que les vents ne font que de l’eau conver¬ 
tie en air, quoy que l’air & fe vent foient d’une 
nature differente, 
tion, nonobflant ï 
jourd’huy convaincue de faux, Ôc les raifons 
triviales qne l’Auteur employé, fort au long^ 

pour. 


Joint que la ti'anfélementa- 
autorité d’Ariftote, eft au* 




de ^ônfieur 3 tenjot. I. Part. 153 
pour défendre cette prétendue converfion des 
Elemens les uns aux autres, ont été refutées 
mille fois par nos Phyficiens modernes. Il pré¬ 
tend que les eaux font la ’matiere des apofthu- 
mes & des abfcés j que les efprits qu’on fait, être 
inanimez , IbufFrent neanmoins de violentes 
douleurs ; que l’hydropifie a là Ibur.ce dans l’e-, 
ftomacli 5 que les lièvres chaudes proviennent 
d’un flux continuel d’eaux de la tête vers le 
cœur J que le chatoüillement de la luette, & du 
dedans du nez, avec une plume, fait palTer le 
frilTon des fièvres, & guérit les lièvres mali¬ 
gnes 5 que cette irritation de la luette, lî on 
l’accompagne de frequentes comprenions du 
bas ventre, d’alpirations & d’attradions de 
l’air, fait fortir par la bouche les vents de l’e- 
ftomach& des entrailles. A ce conte le tym- 
panites lèroit d’une facile guerilbn. Il veut en¬ 
fin que ce bout de plume porté dans le nez, 
qu’il vante comme un panacée, en chatoüille 
les cartilages, comme liees parties étoient fijf- 
ceptibles de lèntiment. 

Après tout, i’ufage aujourd’huy lî commun 
du tabac pris ou en poudre par le nez, ou en 
mallicatoire, eft làns comparailbn & plus effi¬ 
cace, & plus leur que le piquottement frequent 
du nez&de la luette par le moyen d’une plume. 


154 


Üpufcuîes VoJîÎjumes • 


LETTRE 

^ UN DE SES AMIS CONCERNANT 

la Thyftque de M. Defiartes. 

V Ous m’ordonnez, .Monfieur, dé m’ex¬ 
pliquer lùr quatre queftions que vous 
me propolèz,extraites de la Phyfiquede M, 
Delcartes, & de celle de lès Sénateurs. Je 
vous obéirai,avec proteftation de Ibâmettre 
mon avis au vôtre, & même à celui de tous 
lés gens de bon lèns qui me payeront de rai- 
Ibn. . • 

PREMIERE QUESTION. 

De la dïvifiUlïté dé la matière d l'injinu 

L Es Cartifa prétendent que la matière 
peut être divifée à l’infini; & quelques 
Philolèphes ofent alTurer que fi Dieu avoit 
employé, & employoit à l’avenir Ion éterm^ 
te à divilèr on grain de lâble , il n’en vien- 
droit jamais à bout : Quomam quantum ne-^ 

quit mijifieu ex mm quantis y, as omms qam» 



de iMon^eur JMenjot. 1 . Part. ij jr 

mm efi extenfum atque idcirco femper divïfihU 
le -J car il ne s’agit pas icy d’une divifion men¬ 
tale , mais d’une divifion aduelle. Ainfi ces 
Meilleurs qui veulent faire palfer leur Philo- 
Ibpiiie pour originale, nous renvoyent nean¬ 
moins â rtnfinitum categorematicum & /ynca~ 
tegorematicum de la chicane Collegiale. 

Cette opinion erronée vient de ce quelle 
polè faulTement l’extenfion pour principe de 
la divifibilité j au lieu qu’un corps n’eft elfe-' 
divement divilîble, que parce qu’il eft coii- 
ftruit de plufieurs petites pièces jointes en- 
lèmble, per juxîapofitionem , lelquelles font 
lèparables les unes des autres, d’autant qu’au 
fond elles ne font pas continues, quoy qu’el- 
îes paroilfent telles à nos lèns à caulèdeleur 
exade mixtion, mais feulement contiguës, 
&: par conlèquent cmables d’être disjointes^ 
puilque tout compole peut être décompole, 
c’eft à dire divile : Au lieu qu’un corps e- 
xempt de compofition, dont les parties font 
continués réellement & de fait, comme font 
les atomes de Democrite, ne 4 uroit naturel¬ 
lement êtfe brile. 


OpuJcukiVoflhumes:' 
SECONDE, QUESTION. 

Du Vuide. 

A ccordons par complaifance aux Carte- 
fiens que les parcelles de leur matière 
lubtile Ibient lîilceptibles de divifion à l’infini, 
& qu’elles Ibient incelTamment & rapidement 
agitées ; je Ibûtiens aulfi qu’ilfaut de toute ne- 
ceffité quelles Ibient diverlêment figurées, & 
partant qu’aprés leur mélange il relie entr’elles 
de petits vuides. On répond que ces particules 
en le rompant par le mouvement des unes 
contre les autres, aquierent des figures & 
des grandeurs lèmblables à celles des lieux 
quelles iront occuper. Mais polbns,pare- 
xemple, que le vuide qui s enlùivroit de la 
mixtion de ces particules diverferaent figu¬ 
rées, lelquelles compolènt la mafife de la ma¬ 
tière lubtiledût être triangulaire ou ovale, 
comment s’en pourra-t’il former fi à propos, 
làns y manquer d’un moment, un pareil 
corpufcule qui prévienne preftement ce vui¬ 
de en le remplififantexaélement, à moins que 
Dieu par là Providence n’y mette la main j de 
maniéré qu’au lieu que félon l’ancienne Philo- 
Ibphie c’étoit laNature qui abhorroit le vuide, 


de Mnjteur Èenjot. I. Part. 157 
ce ferait Dieu aujourd’huy quis’y oppofèroit, 
&qui y remedieroit en qualité de Pfotedeur 
juré des loix du Cartefianifine nouvellement 
imaginées. 

Si par la Toute-Puiflance Divine l’air en^ 
tier contenu dans une chambre en étoit tiré, 
& que tous les corps du dehors fulfent em¬ 
pêchez d’y entrer ; je veux que l’air externe, 
qui eft toujours en mouvement, n’étant plus 
coiitrepoulié par celuy du dedans de la cham- 
ke, en renversât les murailles par Ibn im^ 
pulfion & par Ion relfort, je ne penlè pour¬ 
tant pas que perlbnne eût la témérité d’alTu- 
rer, qu’il implique contradidion que Dieu 
ne les puilTe fbûtenir contre le choc de l’air 
extérieur quelque violent qu’il (bit , auquel 
cas il n’eft pas pofïible .que la chambre ne 
demeure vuide. 

TROISIE’ME QIJESTION. 

De la Lumière du Soleil 

C Erebrofi commenta proponere , ahunde re~ 
futare efl. Il n’y a qu’à rapporter fi¬ 
dèlement la créance des Cartefiens touchant la 
lumière du Soleil, pour en faire voir le ridicule, 
V iij 


ï 5S Opujculeî Vojïhumeî 

10. Ils fiippofènt que le corps du Soleil n eft 
point lumineux,& qu’il n’eft qu’un amas confus 
de pouflîere extrêmement délie'e, qu’ils ap- 
pelent matière lùbtile, laquelle fait Tes der* 
lîiers efforts pour en fortir, quoy qu’inutile- 
ment, d’autant que tout étant plein, elle ne 
rencontre point de vuide au deliors pour s’y 
placer. 

2. Ces Meflîeurs mettent en fait,qu’il y 
a des lignes ou des rayons de globules abou- 
tiffans d’une part à la fùperficie du Soleil, & 
de l’autre à la retine fîtuéeau fonds de l’œil, 
& que ces petites boules reffemblent aux 
grains d’un Cnapelet, finon qu’ils fè touchent 
immédiatement fans être enfilez enfèmble. 

3. Ils veulent que les globules prochains 
du Soleil fbient fortement pouffez à la ron¬ 
de par la matière fiibtile de cet Aftre ten¬ 
dante vainement à s’échaper, & que cette 
compreffion fbit continuée, qmji protelô , de 
globule, en globule, depuis le Soleil jufqu’à 
la retine, de celle-cy^, par le moyen du nerf 
optique,jufqu’à la glande pinealedu cerveau 
où il leur plaît de loger l’Ame, laquelle ap- 
perçoit âum-tôt Cette compreffion, moyen¬ 
nant ravertifTement que Dieu luy en donne^ 
^ns quoy elle l’ignoreroit. Or cefèntiment 


de Mmfieuv Menjot. I. Part. ï jp 

de compreflîon dans l’Ame eft proprement, 
fi on les en croit, ce qui s’appelle lumière. 

Quoy donc la clarté ravilTante du Çoleil, 
laquelle cft la vie, la joye ôc l’ornemem de 
rUnivers, la plus noble des Créatures apres 
les Etres fpirituels ,cetfe fille aînée ds 
eomme s’en explique un de nos Poètes, ne 
lèra-t’ellê rien autre choie qu’un lèntiment 
intérieur de nôtre Ame, excite dans le centre 
ovale du cerveau au lùjet d’une fîmple comr. 
prelfîon? 

Il s’enluivroit aulfi de cette opinion qu’a¬ 
vant la création de l’homme, qui arriva le 
fixiéme jour , le monde entier etoit abloLu- 
ment prive de lumière, contre le récit exprès 
-de Moyfe, qu’au premier jour de la Semaine, 
dixit D 'em fiat lux i & faBa efthx-, & vidit 
Deus lueem , quad effet hma , & divifit liicem d 
tenebris , appeUavitque lucem diemi & tenehras, • 
mBem. 

Pour défendre un iî étrange paradoxe , 
quelques-uns allèguent que l’oeil étant rude¬ 
ment frapé voit des lumières voltigeantes au 
dehors, qu’Aurelianus appelle, fiwtillamm 
micas érigneos àrculos-, d’autant que ce coup 
caulè une forte comprelsion dans la retine. 
Mais ils devroient confiderer que les elprits 


i6o Opufcules Tofihumes 

font d’eux-mêmes lumineux, ainfi qu il pa¬ 
roi t par le brillant naturel des yeux de quel¬ 
ques perlbnnes, félon qu’il eft rapporté d’Au- 
gufte, de Tibere, des deux Scaligers, de Por¬ 
ta & d’autres, principalement durant la nuit, 
& fur tout de plufieurs Animaux comme des 
Chats. A la vérité la lueur des efprits qui 
émanent continuellement de la pupille pen¬ 
dant les veilles, n’efl pas pour l’ordinaire per¬ 
ceptible , à caufè de l’extrême tenuité de leur 
conteéture ; mais lorfquhls font ramaffez & 
condénfèz,pour parler avec Lucrèce, 
ramen in umm , &. pouffez avec impetuofité 
& avec abondance au dehors par le coup que 
reçoit l’œil, leur lumière devient fenfiblc. En¬ 
fin , quoy qu’en difènt les Cartefîens, il ell: in- 
• concevable qu’un pur prelfement de la retine 
puiffe produire d’autre effet dans l’ame qu’un 
îèntiment decomprefîion ; s’il en.êtoit autre¬ 
ment il n’y auroit qu’à heurter les doigts à un 
-homme pour caufer en luy une perception de 
lumière, car il eft indiffèrent d’où procédé la 
comprefîion, pourvu qu elle parvienne par la 
fiiite des nerfs jufqu’au conanouy afin d’y être 
apperçûë par l’Etre penfant qui eft cenfé y ré- 
fider. 


QUÀ- 


1^1 


QUATRIEME QUESTION. 

Si ks Animaux(ont de pures machines defiituées 
de fentiment. 

I L eft confiant que fi les Bêtes font ani¬ 
mées, ce ne peut être dune ame fpiri- 
taelle & immortelle. D autre côté il eft difi. 
ficile de comprendre comment d un mélange 
de corpulcules, qui font materiels, pétris en- 
femble, il en peut refiilter un être connoifiant 
qiioy que privé de raifon. Pour fortir de 
cet embarras les Cartefiens, comme de nou¬ 
veaux Alexandres en Philofophie, coupent 
le nœud au lieu de le dénouer, en pronon¬ 
çant décifivement que les Animaux font de 
fimples machines deitituées de tout fontiment, 
& dont tous les mouvemens par confoquent 
font purement méchaniques, & nullement 
volontaires. 

Mais eft-il hors de la vray-fomblance que 
Dieu ne puilfe créer dans les Animaux au 
temps de leur conception une ame corporel¬ 
le'& mortelle convenable à chacune de leurs 
elpeces ? Et comment les Cartiftes pourroient- 
iisienierî eux qui làns aucune necefiité font 
X 


ï6z Opujculés Paflbumes 

intervenir Dieu dans nos operations, comme 
Moteur unique & prochain. Ou bien qui a dit 
à ces Meflîeurs que Dieu au commencement 
n’ait pas créé les Animaux avec leurs âmes, 
lelquelles enlùite ayent paffé, extraduce ^ d’A- 
nimal en Animal ? Eft-il même impolTible que 
l’ame des Bêtes ne puilfe être journellemenl 
formée de la matière ? lèlon cet axiome d|L 
Phyfique, Vins efl in mixtù quam in mifcihtîi 
Qui s’imagineroit jamais qu’un corps relplen- 
dilfant comme eft le Soleil, put être engendré- 
d’Elemens groiîîers & tenebreux broyez en- 
lèmble d’une maniéré & en une doiè à nous 
inconnue ? Lumen, dit Seneque, ocu/os mftm 
& implet & effugit. La lumière externe rem- 
plit tous les jours nos yeux, pendant que ion 
eiîènce le cache à la lumière interne de nôtre 
entendement. L’induftrie humaine a trouvé 
le moyen de fabriquer du papier avec des 
haillons; du cryftal &,des glaces de Venife 
avec de la cendre; & des dentelles tres-fines 
avec de l’herbe. Pourquoy donc refulèr à la 
Nature, d’ailleurs fi ingenieufè, l’adreife de 
conftmire l’ame des brutes d’une matière qui 
nous en paroît fi éloignée ? 

L’hiftoire des Animaux prouve invincible¬ 
ment que bien loin d’étre desAutomates, & par 


de Monfieur Meûjot. I. Part. 1^3 
maniéré de dire des Idoles de la Nature, qui 
ont des yeux làns voir, des oreilles làns ouïr, 

& des narines làns flairer, quelques-uns deux 
ont des connoiflfances approchantes du railbn- 
nement, C’eft donc une marque évidente 
de l’orgueil humain que de leur dénier une 
arae véritable & connoiflante, après toutes les 
marques qu’ils en donnent au dehors , plu¬ 
tôt que d’avoüerde bonne foy qu’ils en ont 
une en effet, qui efl: la machinifte de leur ma¬ 
chine , encore qu’il ne nous foit pas poflible de 
laconnoitre dilfinétement. 

Certes Dieu dans la Nature, qui efl fà 
puifance ordinaire , a les myfteres, quoy qu’in- scaiigec: 
Animent inferieurs à ceux de la Religion ; Et 
une partie de la véritable Science conflfte dans 
la confeflîon de nôtre ignorance touchant plu- 
fleurs effets naturels, fin* lefquels il a plu à leur 
Auteur de tirer un voile, en intention de rab- 
battre nôtre exceflive curiofîté ou nôtre pre- 
fomption ; de forte que dans la Phyfique auflî 
bien que dans la Théologie, oportet fapere ad s. Paui, 
fobrietatem non ^zsdejtpere adebrietatetni 
& s’entêter de chimères. 

Après ma déference à vos ordres, Mon- 
fieur, en répondant aux quatre queftions que 
vous m’avez faites, je vous fupplie à mon 



1(^4 Opufcules Pofthumes 

tour, toute complaifance à partj qu’il vous 
plailè de redifier ces miens lenthnens ; car je 
cherche la vérité, & je me trouve fort em¬ 
pêché à la trouver, n’étant pas du nombre 
de ceux qui veritatem volunî ejfe, qukquid 
amor partium Juadet. Si vous m’accordez 
cette grâce, je lèrai d’autant plus obligé i 
être toute ma vie, &e. 



de Monfieur Menjot. I. Part. j6j 


QUELQUES OBSERVATIONS SUR LA 
Vie de Marc tAurele \Antonm nouvelle¬ 
ment imprimée. 

I. N dit de LEgipte , ce font les propres 
termes de l’Auteur, quelle produit 
beaucoup de bonnes chofès parmi beaucoup de 
mauvaifes. Un en ejlpas de même du Menil, tous 
les fruits^ dit-il, généralement en font excel- 
km s de maniéré que Thiftoire de Marc Au- 
rele Antoiiin née depuis peu de jours dans 
cet heureux terroir, ne fauroit être qu’admi¬ 
rable , ôc d’un goût pour le moins au0î ex¬ 
quis que les oignons de l’Egypte, tant re¬ 
grettez jadis des Ilraëlites. En effet leMe- 
nil, fùrnommé Montant à caufè de fâ fitua- 
tion éminente, eft fans doute plus fufeepti- 
ble des Influences Celefles que le Royaume 
d’Egypte, qui eft un Pays fort bas, dans le-, 
quel on delcend de quelque côté qu’on y a- 
borde. Et il eft étonnant que l’Auteur, d’ail¬ 
leurs animé d’une vivacité Gafeone, ait ou¬ 
blié de remarquer que le fùrnom de cette mai- 
ion fi haut élevée, & qui vient de la libérali¬ 
té du Roy, était un prefage que le Seigneur 
X iij 



J 66 Opufeules Pofthumes 

du lieu devoir monter de la Charge de Pro, 
cureur General, à la première Prefidence du 
Parlement. 

II. Cet Auteur loue Antonin d’avoir fait voir 
la vanité de toutes les louanges en generaf é* 
d'avoir confondu également ceux qui les reçoi¬ 
vent & ceux qui les donnent , pendant qu’il pe^ 
che luy-même contre cette maxime par les 
éloges magnifiques, quoy que méritez, qu’il 
donne à Monfieur le Premier Prefident. Ce 
qu’il y a d’incommode pour l’Auteur, c’eft 
qu’en affeélant de relever ce lèntiment de 
Marc Aurele touchant la vanité des loüan- 
ges, il s’attire fans y penlèr une légion d’en¬ 
nemis. Car notre France eft coiiverté au- 
jourd’huy de prelque autant de flateurs l⬠
ches juiqu’à en être inlènfèz, que l’Egypte le 
fut autrefois d’inlèéles. 

Un lêul exemple récent, entre une infini¬ 
té d’autres, fiiffira pour prouver cette vérité. 
Il a plu à Sa Majefté par une juftefife de dif 
cernement qui luy eft finguliere , d’élire d’en¬ 
tre tous lès Generaux ceux qu’il ajugé les plus 
capables dé luy obeïr, & le liiccés a fait 
voir qu’il ne s’eft pas trompé dans Ibn choixj 
car ce Grand Prince qui après avoir long¬ 
temps & toujours heureulèment commandé 


de Slonjteîtr Jldenjot. I. Part. 167 
fës Armées en perfbnne, ks commande à pre^ 
knt du fonds de fbn cabinet, ayant envoyé 
fes ordres à ks Generaux, ils les ont exécu¬ 
tez avec tant de zélé, de prudence & de bra^^ 
voure, que nous en avons remporté cette 
Campagne trois viéloires fignalées tant par 
terre que par mer. Neanmoins quelques cne- 
tifs Panegyriftes, deftituez de fens & de rai- 
fon, & s’imaginant rehaulTer par ce moyen la 
gloire du Roy, ont olé écrire que Gene-- 
raux n avaient ny bras , ny cœur , ny tête , & que 
k feul Genie de nûtre Monarque avait tant fait. 
A ce conte il liiflilbit de mettre des Goujats à 
la tête de nos Armées. Certes comme Dieu 
dans la conduite du monde, aulsi les Rois qui 
knt fon image dans le Gouvernement de leurs 
Etats, agilTent ordinairement par le miniftere 
des cauks kcondes &: lùbalternes. Le Roy 
nonobftant ks grands avantages ne lailïa pas de 
témoigner aux Ambalfadeurs, & aux Relîdens 
Etrangers qui k trouvèrent à là Cour, que ks 
dernieres viéloires ne l’empêcheroient jamais 
d’écoûter des propofitions de paix, lionluy 
en faikit quelques-unes : Au lieu de' cela 
certains adulateurs impudens & extravagans 
fefontavikz d’écrire, que tous les Princes 
Chrétiens le genou en terre demandoient la 





1(58 Opüfcules Vofihumes 

paix à Sa Majefté. Ce difcours contient deux 
impertinences palpables, dont l’une fuppolè 
un fait évidemment faux, que tous les Princes 
Chrétiens demandent à genoux la paix au 
Roy, de laquelle au contraire ils ne paroilfent 
julqu’icy que trop éloignez ; & l’autre choque 
ablolument l’intention pieulè de Sa Majefté de 
pacifier l’Europe. 

III. Entre plufieurs autres indilcretions de 
l’Auteur cnvoicydeux confidérables, la pre¬ 
mière de n’avoir point palTé fous filence,que la 
coutume d’Antoninétoit de conftruire de lii- 
perbes Edifices publics, mais par modeftie de 
ne bâtir jamais de grands Palais pour Ion ulàge 
particulier. La féconde que pour ne pas fou¬ 
ler lès Peuples dans les necelsitez de l’Etat, il 
vendît d P encan (es pierreries , fès tableaux ^fes 
vafes^ festapijferies ^ fa vaijfelle d'or & d'ar¬ 
gent ^ Jescryflaux^ fes meubles ^ & les habits 
d'or & de (èyë de l'Impératrice , & les perles 
qu il avoit trouvées en grand nombre dans le ca¬ 
binet d'Adrien. 

IV. On peut aulsi reprocher à cet Hifto- 
riographe quelques ignorances dans les faits, 
par exemple, que l’Edit pour le Ibulagement 
des Chrétiens, publié à Ephelè dans l’Alfem- 
blée generale de i’Afie y étoit de Marc Aurele 

Antonin, 


de Mnjteur Menjot. I. Part. i6^ 
Antonin, car il eft certain qu’il fut fait par 
Antonin le Pieux Ibn PrecieceflTeur. Il avan¬ 
ce auflî que ce fut la douzième Légion, Ibus 
Augufte, qu’on liirnomma Fulminante , & 
non pas une Légion de Chrétiens Ibus Marc* 
Aurele 3 cependant il eft tres-certain que l’u¬ 
ne & l’autre de ces deux Légions fut, cha¬ 
cune en leur temps, qualifiée du titre glo¬ 
rieux de Fulminante , quoy que pour differen¬ 
tes railons. 

y. A l’égard des Réflexions Morales de 
l’Empereur Marc-Aurele, elles montrent fim- 
plement qu’il entendoit & pratiquoit la do- 
drine de Zenon, quoy qu’il n’approchât que 
de loin d’un Epiteéte & d’un Seneque. Et 
nôtre Ecrivain auroit làgement fait de ne pas 
ennuyer lès Leéteurs par les Remarques rem* 
plies de Sermons Stoïques & Chrétiens, qu’il 
a ajoutées aux Réflexions de lôn Héros, dont 
elles n’avoient nul beloin, en vûë de Déifier 
ce Payen entété du culte infâme de fes Ido¬ 
les. 

II s’y porta avec un lî prodigieux excès, 
qu’aprés la mort de l’Imperatrice Fauftine là 
femme,la plus inlàtiable Louve qui fut jamais,il 
heut point de honte de luy ordonner des hon- 
neursDivinSjdeluy édifier unTemple (qui fub* 


270 Opufcules Tofihimes 

■fifte encore aujourd’liuy comme une des plus 
rares curiofitez de la Viile^ de Rome, mais 
•A ^opprobre éternel de celuy qui l’a érigé ) 
de luy conlàcrer des Prêtres, & de luy dreC 
fer une Statue d’or qu’on adora. Le défem 
leur de ce Prince tâche de nous perfuader 
qu’il ne favoit pas les déreglemens de fa fem¬ 
me ; mais eft-il croyable qu’il fût le feul hom¬ 
me du monde qui les ignorât ? Et comment 
pouvoit-il ne les pas connoître, puilqu’un 
jour étant exhorté par lès fideles amis de ré¬ 
pudier cette femme fi fcandaleulèment impu¬ 
dique, il leur répondit Philolbphiquement, 
qu’il faudroit luy reftituer là dot,parce que 
c’étoit d’elle qu’il tenoit l’Empire. 

Encore s’il le fût contenté de fon aveugle 
attachement au Paganilme, quoy qu’indigne 
d’un honnête homme, & lùr tout d’un Phi- 
lolbphe comme luy ; mais il jugea à propos 
d’être aulïî le perlée uteur outré des Chré¬ 
tiens , julqu’à inlùlter à leurs cadavres, qu’il 
IbulFroit être traînez à la voirie pour y lèrvir 
de Ipeélacle, & enlùite être devorez par les 
bêtes j Et ce fut fous Ibn Régné, qu’on s’ef¬ 
force de faire palfer aujourd’huy pour un 
Siecle d’or, que s’excita la cinquième & ge¬ 
nerale perlècutioiî contre les Chrétiens. 


de Mnfieur dMenjot. î. Part. 171. 

UArmée Romaine fé trouvant un jour ré¬ 
duite au danger de périr de foif, fut lauvée 
par une pluye extraordinaire qui fiirvint tout 
à coup, & l’Armée ennemie ruinée en même 
temps par les foudres & le feu du Ciel. Dieu 
accorda ce miracle aux prières d’une Légion 
compolée de Chrétiens, qui le trouva dans 
l’Armée Romaine, dont le nom de Melitine 
fut alors changé en celuy de , 

comme qui diroit, Lance-foudre , ou Fulmi” 
mnte. 

Il efl: vray que Marc-Aurele en reconnoiP 
lance d’un lècours h important & fi merveil¬ 
leux , publia un Edit en faveur des Chrétiens; 
mais les executions langlantes contr’eux ne 
kiiferent pas de continuer julqu’à la fin de là 
vie, quoy qu’un peu moins violentes qu’au- 
paravant: Surquoy l’Apologifte de ce meur¬ 
trier des fideles, alTure de Ibn chef & làns 
preuve, qu’il n’en étoit pas informé. Mais 
qui ne voit que cette excule eft tout-à-fait 
frivole, n’étant pas imaginable que de telles 
barbaries, qui ne celToient pas, le pufifent 
commettre dans les Provinces contre l’ordre 
de l’Empereur, & làns qu’il en fût averti, à 
moins que de le faire palTer pour un idiot 
dans l’Art de regner; i^e s’il en étoit aver- 




171 Opujcules Volîhumes 

ti y pourquoy luy, qui dans lès Réflexions Mo¬ 
rales recommande 11 hautement la Jullice, ne 
lailoit-il pas châtier exemplairement de tels 
malTacreurs ? 

On doit donc conclurre que ce malheu¬ 
reux Prince vécut & mourut non lèulement 
plongé dans les plus balTes idolâtries, mais 
âulïi enyvré du lang innocent des pauvres 
Chrétiens, & que pour l’en punir, Dieu per¬ 
mit que Commode Ibn fils & Ibn liiccelleur 
l’empoilonna, lequel dans la liiite fut un mon- 
ftre en avarice, en débauches & en cruau- 
tez. 

Au refie les fautes de jugement contenues 
dans cet Ouvrage n’empéchent pas qu’il ne 
Ibit alfez bien écrit, à l’exception de plu- 
fîeurs vers que l’Auteur a lèmez danslapro- 
fe par mégarde. Après le mauvais luccés de 
l’hilloire de Marc-Aurele, laquelle pourroit 
bien mourir au berceau, il n’y a nulle ap¬ 
parence qu’aucun Libraire oie entreprendre 
l’imprefllon du Plutarque entier , que cet 
Auteur déclare avoir delfein de traduire de 
nouveau en nôtre Langue, & d’y joindre 
des commentaires. S’ils Ibnt aulïi prolixes 
que ceux qu’il a accoutumé de donner au 
Publicl’Ouvrage contiendra pour le moins 


de Mnjîeur Mefÿot. L Paît. 1-73 ■ 
quatre des plus gros volumes in folio, qui^ 
ne feront ny achetez, ny lus, à la ruine de 
l’Imprimeur, & à la honte de l’Auteur. 



y iij 


174 


Opufcuks Tojîhumes 


LETTRE 

U MADAME LA MARQUISE DE 
S. ^gnan. 

J E vous fûpplie, Madame, de remercier 
dignement de ma part votre iüuftre Amie 
de m’avoir communiqué par vôtre moyen le 
dernier Ecrit de Monfieur PelilTon. Je ni- 
gnorois pas qu’il étoit confommé dans tous 
les genres d.’érudition, mais je doutois qu’il 
voulût s’abbaifler jufqu’à la Critique,} Ce¬ 
pendant il y a tellement réùflî jfur le palTage 
de S. Auguftin, qu’il mérité par préférence 
le nom de Critique à dire àt judicieux) 
en comparailbn de ceux qui s’attachent uni¬ 
quement à cette forte d’étude. Le Livre 
ayant pour titre, la Tolérance des Religions, 
me caufâ d’abord une joye incomparable, 
m’imaginant que les pauvres Proteftans al- 
loient être fùpportez avec leur fimple créan¬ 
ce au Decalogue, à l’Oraifbn Dominicale & 
au Symbole des Apôtres, jointe à la parti¬ 
cipation au Bâtême & à l’Euchariftie, fans 
rien changer aux paroles, ny aux adions de 



de Monfieur Metîjot, I. Part. 17^ 
Jefus-Clirift leur Inftituteur. Mais je fus 
bien lîirpris lorlque j’apperçûs qu’il nes’agil- 
Ibit que de la condelcendance dfu Pape pour 
les Allemans touchant la Coupe Sacrée. Je 
lailTe à cette Nation la défenle de lès droits, 
mais comme bon François je luis fcandalifè 
que Sa Majefté Impériale loit qualifiée dans 
ce Livre, le Fils aîné detEglife. Il melèm- 
ble que cela vaudroit bien la peine d’être re¬ 
levé. Je fuis, Madame, votre tres-humble 
& tres-obeïlTant Serviteur. 




OpuJc4de5 ?ofthume5 


176 


LETTRE 

DE MONSIEUR LE CURE DE 

S. Mïehd a S. Denis , a M. Menjot 
fur [à maladie, 

A S. Denis le ai. Décembre Kîpi. 

J E vais vous rendre mes devoirs fur la ma¬ 
ladie dont il plaît à Dieu de vous affliger, 
en la maniéré que je le puis. Nos Iblenni- 
tez me tiennent attaché icy fflns que jeu 
puilîe ibrtir, mais elles ne m’empêchent pas, 
au contraire elles m’aident à élever mes mains 
au Ciel pour demander à Dieu pour vous, 
Monfieur, d’étendre fa mifericorae d ceux qui 
le connoijfent , & fa jujlice "a ceux qui ont le cœut 
droit. Vous le connoilTez parce qu’il vous 
connoîtj & vous avez le cœur droit, parce 
qu’il n’y pas làns doute jufqu’à vôtre maladie 
que vous ne vouliez, lâchant que Dieu veut 
que vous la portiez. Peut-être qu’en lilànt 
cecy vous direz que vous voudriez bien hêtre 
pas malade. Si je l’entendois, je vous dirois, 
c’eft la maladie qui parle, ce n’em pas le mala - 



de 3 'îmfteuY dMmjot. I. Part. 177 
de; lemalaJcditàrEternel, que vôtre vo^ 
loiité lôit faite en moy qui fuis encore lùr la 
terre & qui ne luis que terre, comme elle 
ell faite aux Saints qui font dans le Ciel & 
qui font eux-mêmes des Cieux. Si vôtre 
cœur eft droit, comme je n’en doute pas, 
c’ell: parce que l’Eternel vous a tendu là Ju- 
ftice ; & s’il vous tend encore la Juftice par¬ 
ce qu’il veut que le Jufte le lànêtifie encore, 
vôtre cœur deviendra encore plus droit. Et 
qu’eft-ce qu’avoir le cœur droit ? C’eft vou¬ 
loir être malade quand Dieu veut que nous 
le Ibyons ; la vraye droiture de cœur dont 
le Prophète parle, n’étant autre choie qu’u¬ 
ne conformité de nôtre volonté à celle de 
Dieu, dans les alHidions comme dans les 
confôlations qu’il luy plaît de nous envoyer. 
Mais, Monfieur, ce n’ell: que par l’Elprit 
de Dieu que nous pouvons connoîtrc la vo¬ 
lonté de Dieu, & ce Divin Elprit qui lôuf- 
fle où il veut, ne lôulHe neanmoins que dans 
l’Eglilè. Je le prie de loulfler li bien lur 
vous, & en vous, qu’il en ôte toute la pail¬ 
le , qui ne lèrt pas à conlèrver le froment ; 
& qu’il vous falfe dire plus du cœur que de 
bouche: ^e bénirai le Seigneur en tout temps, 
fa Mange fera toujours en ma bouche. 





1/8 Opufeules Poflhmnes 

Que ce Souverain Seigneûr vous confoie, 
& que fa. miièricorde vous faflTe ibuvenîrde 
moy, quiiùis avec un profond relped, Mon- 
fîeur, votre tres-hunable & tres-obeîlïant 
Serviteur, 

PARRA Curé de S. Michel. 




de Minfieuv Menjot. I. Part. 179 


REPONSE 

DE MONSIEUR MENJOT. 


A Paris, le 44. Décembre i 6 gt. 

On feulement je me lôûmets 'volon¬ 
tiers aux ordres de la Providence ,mais 



je chéris même les maux dont elle mevifite, 
fâchant qu’ils n’ont qu’une apparence dé diP 
grâce, & que dans le fonds ce font des fa¬ 
veurs du Ciel, puifque tôiifes chofès tournent 
en bien a ceux qui aiment Dieu. Mais, Mon- 
fieur, pour vous découvrir mon cceur, un 
refte de vieil homme m’empêche d’être afTez 
vivement pénétré de ces fèntimens puifèz de 
l’Ecriture j c’efl pourquoy j’ay befoindemes 
propres gemiffemens, & de ceux des gens de 
bien pour obtenir de Dieu une pleine viétoi- 
re fur mes naturelles & malheureufès réfi- 
ftances, & la Lettre que vous m’avez fait 
l’honneur de m’écrire eft capable d’y contri¬ 
buer beaucoup. Cependant vous me per¬ 
mettrez , Monfîeur, s’il vous plaît, de m’ex¬ 
pliquer avec vous fur un endroit quellecon- 



i8o Opujcules Pofihumes 

tient, favoir que ce Divin Elprit qui foufïle 
où il veut, ne loufHe neanmoins que dans l’E- 
gliiè. Je tiens cette propofition véritable fi 
par TEglifè on entend generalement toute 
Aflèmblée Evangélique: Mais fi l’on entend 
par ce terme quelque Eglilè Ipecialementprb 
vilegiée, hors l^uelle on fiippolè que l’Elprie 
de Dieu ne Ibufiie jamais, je trouve une tel¬ 
le opinion erronée & fiiperbe, & qu’il faut 
être prévenu au dernier point pour donner 
dans cette illufion. Je vous demande, Mon- 
fieur, de prier pour moy le Pere de niilèricor- 
de, par funique intercelfion de fbn Fils, de 
me gratifier de Ibn S. Elprit pour qu’il me 
conmme dans la voye du felut, qui confifte 
dans l’Orthodoxie de la foy & dans la pieté 
des mœurs. Au refte je vous remercie de 
vos.lôinscharitables,& mis, &c.. 



àe MmfieurMenjoî. II. Part. iSi 

OPUSCULES 

POSTHUMES 

DE M-. ME N JO T. 

CONTENANT 

Des Dilcours & Lettres lîir plufieurs lùjets, 
tant de Phyfique & de Medecine, que 
de Religion. 

SECONDE PARTIEy 

Contenant les matières de la Religion. 


DISCOURS CONCERNANT LES 
moyens de difcerner les veniez de la Religion. 

H leu a donné à l’homme deux 
Il fortes de facultez capables de 
r diftinguer le vray d’avec le faux, 

I l’une corporelle , & l’autre Ipi- 
rituelle, lavoir les fons, & la 
Z iij 



raifon. 






i8i Opûfeules Pofihumes 

Les fèns peuvent juger avec certitude des 
choies même de la Religion, poun-û çjue 
CCS cholês-là Ibient d’une nature lenfible ; car 
Dieu ne fafcine jamais nos lèns, puilqwe la 
fafeination eft une elpeée de ménlônge & 
d’impofture, & que Dieu ne peut ny mentir, 
ny tromper. C’eft pourquoy les miracles de 
Moylè dtoient réels & emedifs comme pro- 
cedans de Dieu; mais ceux des Magiciens 
de* Pharao étoient des illufions & des prefth 
ges aux yeux des alïîftans, par le minifterc des 
Démons. 

. Comme donc Jelus-Chrift prouva jadis â 
lès Dilciples par la vue & par le toucher la 
vérité de là relurredion, & comme S. Jean 
«• protefte, qu’il nous annonce ce quil a ouy , 

& touché de la "Parole de vie , aulïî devons- 
nous croire tres-certainement lùr la dépofi- 
tion de quatre de nos lèns, que le pain de 
l’Eucharillie eft un pain véritable & mate¬ 
riel. 

A i’e'gard des objets non lènlîbles, il ny a 
que la railbn qui ait droit d’en juger ; mais 
au lieu que nos lèns ne lônt pas moins fidèles 
depuis,que devant le peched’Adam, la rai¬ 
lbn humaine au contraire eft beaucoup dé¬ 
chue de là première perièdiôn. Lhomms 


de Jidonfieur Menjot. IL iPait. 183 
ehdrnel ne comprendpoint les ehojès qui font de 
l'Efprit de Dieu , car elles ne luy paroijfent que 
folie , & ilneji pas capable de les connoître , par¬ 
ce qu elles ne fè difernent que par l'Efprit de 
Dieu. Il a donc belbin d’un lècours de de¬ 
hors, lavoir de l’afliftance liirnaturelle du S. 
Elprit, lèlon qu’il eft recité dans l’Evangile, 
que Jelùs-Chrift -ouvrit f entendement de fs 
bfcipkspour leur faire comprendre les Ecritu- ^ 
res y En lôrte que la railbn de tout homme 
de bon lèns,aidée de l’Elprit de Dieu, peut 
' par la lédure de l’Ecriture Sainte en décou¬ 
vrir le véritable lèns, en ce qui concerne les 
dogmes necelfaires au falutj laquelle con- 
noilTance ne lèra pas lîmplement une opinion 
probable, mais lèlon le langage de S. Paul, une "• 
demmifîration des chofes quon ne voit point , in¬ 
capable d’être elFacée de l’elprit de celuy qui 
la une fois conçue,quand tous les hommes 
& tous les Anges le joindroient enlèmble 
pour y contredire. Par exemple, les Juifs 
que les Apôtres convertiflbient au commen¬ 
cement du ChriftianiliTie ne déferoient pas à 
fautorité Apoftolique, laquelle leurétoitjuf- 
ques-là inconnue, mais leur entendement é- 
toit premièrement touché de l’évidence des 
preuves qu’on leur alleguoit, & lùr tout de ce 


184 Opujcules Pojlhumes 

rapport fi jufte & fi admirable entre Jefus 
Fils de Marie, & le Meflîe prédit par les Pro¬ 
phètes. Enfiiite ceux d’entr’eux qui etoient 
aflîftez de l’Elprit de Dieu, iè rendoient à la 
prédication de l’Evangile, comme fit Lydie, 
Aa.14. à laquelle le Seigneur ouvrît le cœur pour adhe-' 
rer aux dtfcoursdePauli pendant que les au¬ 
tres deftituez de ce fecours, en demeuroient 
convaincus, & non vaincus, & même en grin- 
çoient les dents, ne pouvant ny réfiller, ny fc 
ranger à cette Sapience divine. 

Or la condamnation de telles gens ne lailTc 
pas d’être jufte, quoy qu’il n’ait pas plu à Dieu 
lean 8 gratifier de ion Elprit, lequel Jouffle ou il 

Et non feulement les Juifs avant leur con- 
verfion étoient en pleine liberté d’examiner 
par les Ecritures de Dieu, les raifôns qui leur 
ctoient propofees par les Apôtres touchant le 
Chriftj mais les perlbnnes déjà converties 
confèiToient cette lainte liberté. Si nous^ 
Cal 1,8 mêmes-, écrivoit S. Paul aux fidèles delaGa- 
latie, QU un ^Ange du Ciel vous évangelijîons con* 
tre ce que nous vous avons évangelifè , tenez-nous 
pour anatheme. Ainfi ceux de Berée apres a- 
Aft, 17. voir reçu la parole avec allegrefte, ne laiftbient 
pas de conférer avec les Ecritures , les doétri- 
— nés 


de Mmfieur Menjot. IT. Part. 
rtes qui leur étoient enieignées. Et S. Paul 
difoit aux Corinthiens : Je vous parle comme d 
des per formes fages ^ jugez vous-même de ce que 
je vous dis. Les D odeurs de Rome qui attri¬ 
buent à leur Eglilè la qualité d’Interprète m" 
feillible du lèns de l’Ecriture, ne làuroient euxT.- 
mêmes nier, qu’il ne Ibit necelfaire à chaqué 
particulier de le ervir dé là railbn pour dilcer- 
ner cette Eglilè, & en connoître les privilèges» 
avant que de s’y loûmettre ; car le moyen d’a- 
joûter foy à quelqu’un auparavant que d’être 
perliiadéquelil ell ? 

Si donc tout homme eft en droit dé peler les 
preuvesc^ui lui Ibnt alléguées touchant le choix 
de l’Eglile à laquelle il doit le ranger,pourquoy 
ne le lèrvira-t’il pas aüflî de Ion railonnement 
pour la dilculîîon des autres points de la foy ? 
Quelle tyrannie de'défendre ài des créatures 
fenfibles &: railônnables l’ulage des lèns & de la 
railbn,& de les vouloir conduire comme des 
aveugles & des hebetez ! Ne lùlïilbiwl pas que 
tes Moines fuflÆnt trairez de cette maniéré def* 

S ue par leurs Supérieurs, làns étendre un 
efclavage lûr tout le Peuple Chrétien ? 
Après tout quand par une obeïlfance lèryile 
on le rélbudroit à dépendre ablblument & làns 
examen de la décifion de l’Eglilè Romaine, nos 
Aa 


ïcan f. 
W- 

Lucia.< 


i^(î* Opufc'ules Tojîhmnes 

adverlaires ne s’accordent pas, fi par l’Eglifeit 
faut entendre la perlbnne du Pape parlant ex 
Cathedrâ , comme on veut delà les Monts ; ou 
bicnleConcile,comme l’expliquent les Fa^' 
euhez de Théologie de ce Royaume ; à moins 
que d’admettre deux elpeces de Foy, l’une 
Tranlàlpine, & l’autre Cilalpine, & d’obli¬ 
ger les Chrétiens d’embralTer tantôt l’une, &: 
tantôt l’autre lèlon la diverfité des Climats où 
ils habitent. 

Concluons donc que pour dilceimer la verh* 
table Religion il faut avant toutes chofes de-- 
mander à Dieu là grâce, puis làns s’arrêter au 
jugement des hommes, écouter Jelùs-Chrill:: 
dans Ibn Evangile d’un côté nous ordonnant de- 
nous enquérir diligemment des Ecritures , & de; 
’ l’autre nous dilant, cherchez & vous trouverez.^ 
Mais félon les kypothelès de Rome, il eft fu-^ 
perflu&même dangereux de fe donner tant 
de mouvement, il n’y a qu’à en croire bonne-" 
ment lôn Supérieur, Ibit habile, Ibit ignorant > 
& par ce moyen on trouvera lêurement la vé¬ 
rité» 


4e Mnjieur 3tmjot, II.'Part. iS/ 


LETTRE 

^ MADAME LA MARQUISE DE 

Sahlé touchant le premier Livre de MeJJieurs 
deVort-Roy alfur lEucharijiie. 

J E vous fuis fort obligé, Madame, de l’hon¬ 
neur ^uc vous m’avez fait de me confier 
le Manufcript de Port-Royal fiir le fiijet de 
l’Euchariftie. Ces Me/fieurs prouvent d’abord 
& avec raifôn, <|ue fi la TranfTubflantiation 
eft: une doélrine faulfe & monllrueulè, com¬ 
me le prétendent les Proteftans, il n’eft pas 
poflîble qu’elle ait été introduite dans l’Egli- 
fè immédiatement après le Siccle des Apô¬ 
tres ,mais qu’il faut de toute neceffitéquelle 
fbit beaucoup moins ancienne. Ils ajoutent 
qu’on ne £uroit cotter ny l’Auteur, ny le 
temps, ny même la maniéré d’une telle in¬ 
novation, lavoir fi elle s’efl: faite infènfible- 
ment, ou tout à coup j fi elle a été generale, 
ou fi elle s’eft établie tantôt en un lieu, & 
tantôt en un autre. Ils difènt enfin qu’il n’eft 
pas imaginable que ny les Pafteurs, ny les 
Peuples, tant Catholiques.que Schilmatiqucs, 




ï 8^ Opufcules ^ojlhunm 

comme les Grecs, les Arméniens & les E- 
gyptiens, ne lè /oient point émus à la naiP 
lance d’une opinion fi extraordinaire & fi er¬ 
ronée : Et de là ces Meffieurs infèrent que 
la Traniriib/fantiation n’a jamais été nouvelle 
dans l’Egli/e, mais qu’elle efi: de/cenduê /ans 
interruption depuis les temps Apoftoliques 
ju/qu’à nous. Encore que ces que/lions de 
fait ne regardent au fonds nullement la Foy, 
vous verrez neanmoins, Madame, dans queb 
que temps une répon/è à cet Ecrit de Port- 
Royal , laquelle a/Turement vous /àtisfera. 
Cependant pour obéir à vos ordres, & vous 
déclarer fincerement ma pen/ée fiir les diffii 
cultez proposes par ces Me/fieurs, je vous 
dirai, Madame, en general, que cen’e/lpas 
d’aujourd’huy que i’Hi/loire a été a/Tez ne” 
gligente pour taire à la Pofterité des faits & 
des circonftances tres-confiderables. Nous 
ignorons l’Inventeur de la Bou/Tole, du Ca^ 
non & de quelques autres découvertes a/Tez 
modernes j quelle impolfibilité donc y a-t’il 
que l’opinion de la Pre/ènee Subftantielle du 
Corps de Jefiis-Clirift au Sacrement de la 
Ste Cene,ait été /ùjette au même/ort ? D’au” 
tant plus que la face de l’Egli/è durant un 
grand temps,/è trouve avoir été couverte des 


de Mmfieur II. Part. 

plus f paifTes tenebres de l’ignorance, en iôrte 
<^ue la do<9:rine <ie la Tranirubftaiitktion nou¬ 
vellement introduite parmi les Chrétiens, 
peut être comparée à ces olïemens jettez de 
•nuit par l’ennemi dans le Temple de Jerulàr 
îem. A l’égard de la maniéré de Ibn intro- 
dudion arrivée en tant de lieux làns bruit & 
fans contradidion, pôle que cela Ibit véritable, 
ce peut être une adrelTe du Démon à faire glif- 
-1èr des erreurs par des voy es lècretes & imper¬ 
ceptibles. La Lettre de divorce eft aujour- 
d’huy permifè chez les Grecs, contre la défen¬ 
de exprelîe de Jefùs-Chrift ; cependant il n’eft 
•pas poiïibie de marquer precifèment le temps 
auquel cette coutume criminelle a commencé, 
•non plus que d’alTurer fi elle a été reçue dans 
l’Eglifè Greque peu à peu, ou tout à la fois, fi 
ç’a été avec quelque réfiftance , ou bien du 
confèntement unanime des Clercs & des Laï¬ 
ques. En vérité, Madame, les erreurs aufsi 

bien que les maladies dont les fburces font ca¬ 
chées , ne lailïent pas d’être des erreurs. Nous 
ne faurions découvrir en quel fiecle la rougeol- 
le, la petite verole, & même, félon quelques- 
uns, la fièvre pourprée ont commencé de pa- 
roître, & quelles Provinces du monde en ont 
été les premières infedées. 

A a iij 


ipo Opufeules Vofihumes 

Geftpourquoy, Madame, en matière de 
Religion, làns s’amulèr aux réflexions de l’ef; 
prit humain, le plus court & le plus leur, felo^ 
l’ordonnance de Jelùs-Chrifl: renvoyant les 
Juifs à Moylè & aux Prophètes, eft d’examU 
lier par la Parole de Dieu s’il en étoit ainfi da 
commencement. 0?: on chicane tant qu’on 
voudra, ce principe eft làns doute le plus aflîiré 
& lùr lequel lèul par conlèquent doit rouler la 
Foy des Chrétiens : Mes brebis , dilbit le Fils 
de Dieu, oyent ma voix & me fuivenf. Il eft 
vray qu’elle ne fort plus, comme autrefois, de 
la propre bouche du Sauveur, mais par là bon¬ 
té il l’a fixée dans les Livres de l’Ecriture Sain^ 
te, qu’il a didée par lôn Elprit aux Prophètes \ 
aux Evangeliftes & aux Apôtres, & qu’il a 
conlèrvée julqu’à nous par là Providence, fans 
aucune alteration confiderable. 

Voila toute nôtre herefie, d’être lur nos gar-, 
des contre les lùbtilitez de ceux qui entrepre- 
nent ladéfenlê des dodrines non révélées, & 
de nous attacher uniquement à l’autorité de 
Dieu parlant dans les Ecritures,. Je luis, &c. 


de Monjteur Menjôt. II. Part. ipi' 


AUTRE LETTRE 

\A MADAME LA MARQUISE DE 

Sablé ^ fir lafaïjie faite par m Commifai- 
■ re du Châtelet de la Réponfe de Monjteur 
Claude. 

L a plume de Meflîeurs de Port-Royal a 
été viélorieule lorlqu’elle a défendu la 
Grâce efficace qui a S. Paul pourgarand ,& 
lé cœur de chaque fidèle en particulier pour 
témoin: Elle a auffi triomphé de ceux qui 
hont point eu de honte de permettre en cer¬ 
tains cas les crimes les plus horribles, com¬ 
me les duels, les larcins domeftiques, le 
meurtre des enfans dans le ventre de leur 
lUere. C’eft encore avec un entier fiiccés- 
quelle s’efl: oppolee à ces nouveaux Doéteurs,■ 
qui ont ofé attribuer à un homme pecheur 
& mortel, l’infaillibilité du droit & du fait 
qui n’appartient qu’à Dieu feul. Ce Ibnt-là 
des vidoires qui ne peuvent être conteftées 
à ces Meffieurs,& qu’ils ont obtenues d’au¬ 
tant plus ailement, qu’ils ont eu à coriibat- 
tte dés advériâires d’une capacité alTez me- 





ipi Opufcuîes Fôfthnmes 

diocre. Mais lorfqu’ils ont entrepris de dé¬ 
biter leurs penfées particulières iur l’impoili' 
fîbilité prétendue du changement arrivé dans 
l’Euchariftie, & qu’ils ont attaqué des gens 
qui ne leur codent ny en érudition, ny en 
l’art de bien écrire, il ne faut pas s’étonner 
s’ils n’ont pas réülsi à leur ordinaire. Ce 
n’eft donc pas làns quelque apparence qu’on 
les foubçonne d’avoir traverlé fecretement 
Idmprelsion d’une Re'ponfè qui interrompt 
le cours de leurs viéloires, & des’êtrelèivis 
en ce rencontre des mêmes moyens que leurs 
ennemis employeur tous les jours contr’eux.; 
Eli effet on ne peut juger que ce trouble puiffe 
être venu d’ailleurs, puifque le Magiftrat a- 
verti toleroit la publication de cet Ouvrage* 
que le.Vifiteurdes Imprimeries, prefènt à la 
lâifîe du Commifïàire, rién a fait aucune plain-- 
te, Scquelachofèquieften quellion, fi on, 
y, prend:garde de prés, n’intereffe au fonds ny 
îâincyny L’autre Religion. Ge rièft propre-, 
ment: qu’une, difputer d’hiftoire entre deux, 
hommes , qui tâchent dé faim valoir leurs eon-, 
jeétures. E’un foutient que Pafchalè Moine, 
de Coi*bie dans leTieuviéme Siecle, a été l’Au* 
teur de la Tranflùbftantiatioïi 5 l’autre prétend» 
qu’un tel changement n’a pu . arriver dans LE- 


de 3 d(mfieuv Menjot. II. Paît. 193 
glife. Pofé le cas que le premier le trompe, 
que fait cela contre les Reformez qui fondent 
leur Foy lîir la.contrarieté qu’ils trouvent entre 
la Cene de trois Evangeliltes & de S. Paul, 
& J’Euchariftie Romaine, lans qu’il leur im¬ 
porte en quel temps, & par qui l’innovation a 
été faite ? Suppolons au contraire que les rai- 
fonnemens du lècond ne Ibient pas valables, & 
qu’une nouveauté fi confiderable ait pu s’in¬ 
troduire inlènfiblement dans l’Eglile, confor- 
inemeiit .aux exemples qu’on allégué de pa¬ 
reils changemens ,.ce ne lèroit pas neanmoins 
railbnner jufte, que de conclurre de la polfi- 
bilité d’une cbole, Ibn exiftence aéluelle 5 & 
le Catholique Romain n’en demeurera pas 
moins ferme dans là créance. 11 eft donc ma- 

nifelle que Melïîeurs de Port-Royal étant les 
feuls interelTez dans la conteftation prelènte , 
pouront, s’il leur plaît, obtenir facilement la 
main-levée du Livre qui a été làilî, & épargner 
à l’Auteur la peine de le faire imprimer hors 
du Royaume, li ce n’eft que par charité ils 
n’aiment mieux travailler à la gloire de cet 
Ouvrage, lèlon le fort ordinaire des Livres 
pçrfecutez. Je fuis, &c. 


Bb 


Opufcuks Vofthumes 


i5>4 


AUTRE LETTRE 

^ MADAME LA MARQUISE DE 
Sablée en lui envoyant la Réponfe de 
SionJkuY Claude. 

E Nfin, Madame, je vous envoyé la Ré¬ 
futation du Traité de la Perpétuité de 
la Foj. Cet exemplaire a été délivré par 
un elpece de miracle, comme autrefois S, 
Pierre de la prifon où. il étoit détenu injulie- 
ment. Mais je crains fort c|ue comme ce 
grand Apôtre ne put vaincre l’endurcilfement 
des Juifs, aulïî ce Livre avec toute là lumiè¬ 
re , ne Ibit pas alfez heureux pour guérir l’a¬ 
veuglement des gens du monde, qui ne fui- 
vent que la coûtume & l’exemple. A l’é¬ 
gard de ceux qui le dilènt les Difciples de 
S. Auguftin, & qui lèmblent chercher avec 
loin leur là'lut, nous verrons par leur aquief- 
cement,ou parleurréfiftanceauxlàintes ve- 
ritez qu’on leur propolè, s’ils ont part,ou 
non, à la Grâce qu’ils ont fi magnifiquement 
défendue. Ceux qui aidèrent à bâtir l’Ar¬ 
che ne lailTerent pas d’être enveloppez dans 





de Monfietir Menjot. II. Paît. 195 
le Deluge avec le relie des hommes, & pour 
dire Seigneur, Seigneur, on n’ell pas toujours 
du nombre des fidèles. Mais il faut princi¬ 
palement que ceux qui font appelez de Dieu 
à la conduite de fos Troupeaux, les nourrif. 
fent, comme parle S. Pierre, du lâiB de fa-' 
^efe pur & fam mélange ^ tire du Vieux & 
du Nouveau Tellament, que S. Augullin ap¬ 
pelé les deux mammelles de l^Eglife. Car 
pour la Tradition c’en foroit une troifième 
qui rendroit monllrueux le Corps Myftiquc 
de Jelus-Chrill. Neanmoins afin de convain¬ 
cre en toute maniéré les défenfours de l’er¬ 
reur , il a falu les faire condamner non fou- 
lement par la Parole de Dieu, qui elt le feul 
& infaillible Juge de la Foy j mais aulïï par 
les nouveaux Juges qu’ils ont voulu choifir, 
quoy qu’au fonds incompetens. Ils fo font 
retrenchez dans les Ecrits des Peres contre 
l’autorité fouverainc des Ecritures Divines: 
Mais vous verrez icy,folon le langage de S. 
Paul, cette forterejfe détruite de fonds en com¬ 
ble , & l’erreur vaincue par fos propres armes. 
J’avoue qu’il eût été à fouhaiter pour la plus 
grande édification des Leéleurs, que les qua¬ 
tre Traitez qui compofont cette dilpute, eufo 
font paru dans un même volume 5 mais il n’a 
Bb ij 


ï ^6 Opujcules Pofthumes 

pas plu à MefTieurs vos Dofteurs d’yconfen- 
tir, lefquels comme politiques de bon fens,, 
ont bien jugé qu’ils ne trouveroient pas leur 
compte dans la comparaifon de leurs raifons 
& des nôtres. En effet il ne leur a pas été' 
fort difficile en marchant fur les traces de S. 
Paul, de S. Auguftin & de nos premiers Rc« 
formateurs, de foûtenir la Grâce efficace con- 
tre les Pelagiens de nôtre Siecle, & il leur 
a été encore plus aifé de combattre la Mo¬ 
rale peftilentieufè de quelques faux Theolo-, 
giens ; mais il n’y a point d’artifice capable 
d’obfcurcir les veritez établies & prouvées dans 
ce Livre, & nous pouvons dire aujourd’hui ce 
que difoit autrefois F Apôtre, qtie fi notre Evan^. 
gîte efi encore couvert , ïl ne T eft qu'a ceux qui 
perijj'ent , favotr aux incrédules , aufqueh le 
Dieu de ce Siecle a aveuglé P entendement. Il 
ne faut pourtant pas faire ce tort à l’Eglife 
de Jefus-Chrifl, que de s’imaginer quelle 
doive fonder; fa foy fur tant de paffages con¬ 
vainquants des Conciles & des Peres. Car 
nous ne fommes pas obligez à croire de foy 
divine qu’il y ait jamais eu d’autre Concile 
que celuy de Jerufàlem dont il eft parlé dans 
les Aéles des Apôtres, ny que les Tertuh 
liens & les Theodorets ayent jamais été ant 


^ àe JHon/ew Menjot. ÏI. Part. ip7- 
monde, ou qu’ils loient les véritables Au¬ 
teurs des œuvres qu’on leur attribue. Nous 
üc devons à la dépofition de ces Illuftres té¬ 
moins , qu’une foy qui leur Ibit proportion¬ 
née , c’elt à dire une foy humaine & liifto- 
rique ; & la leélure prelque infinie des An¬ 
ciens Doéleurs peut bien nous rendre favans, 
mais ne peut nous rendre fidèles. La Foy 
eft fille du Ciel, & non de la Terrej elle 
eft produite, dit S. Paul , par touye de la 
Parole , non des hommes, mais de Dieu. S’il 
étoit polfible que les Peres qui ont vécu dans 
tous les âges de l’Eglilè, & dans tous les. 
Climats du monde, compolàflent un Con¬ 
cile, 8 c qu’ils entreprififent de faire des De¬ 
crets contraires à l’Ecriture, ou qui n’y fuf. 
fent pas contenus, il lèroit du devoir du moin¬ 
dre particulier des fidèles, d’avoir une telle 
Alfemblèe en exécration, quant il le trouve- 
roit lèul fiir la terre de fon lèntiment ; au¬ 
trement il ne leroit pas des Brebis de Jeliis^. 
ChriH:, puilqu’il n’auroit pas reçu la grâce; 
d’en pouvoir difcerner la voix d'avec celle de 
l-Etranger. ■ 

Quelque excès qu’il paroilfe dans ce diP 
cours, le commandement qui nous eft fait 
dans l’Epître a;âx Gaiaucs va làns comparai-- 
B b iij 



198 Opufcuîes Pofihumes 

fon plus loin, car un Ange confirmé en gr⬠
ce, & un Apôtre ravi au troifiéme Ciel ont 
infiniment plus de lumière que tous les Peres 
joints enlènible ; Et toutefois s’il le pouvoir 
faire que l’un ou l’autre nous enfeignât quel¬ 
que cnolè de contraire à ce qui nous a été 
enfèignéjS. Paul nous ordonne exprelTement 
de fulminer anatheme & contre l’Ange, & 
contre luy-même. Voila l’invincible ferme¬ 
té, ou fi vous voulez l’entêtement d’un vé¬ 
ritable Chrétien, qui le rend lèlon le ftyle 
de l’Ecriture, plus que vainqueur des erreurs 
âuffi bien que des perlecutions. Et il n’y a 
pas d’apparence que cette liberté des fidèles 
puifie être conteftée par ceux qui veulent que 
de fimples filles jugent fi une fignature com¬ 
mandée par leurs Supérieurs, ell conforme 
ou non à la Loy de Dieu. Car pourquoy 
ne leur lèra-t’il pas aufiii permis d’examiner 
fi la foy qui leur efi: propofée par ces mêmes 
Supérieurs, eft de révélation Divine, ou fi 
elle ne l’eft pas ? La railbn afiurement eft é- 
gale, & il n’eft pas plus jufte de vouloir croi¬ 
re en Dieu Ibus la caution d’autrui, que de 
prétendre luy obéir làns auparavant appren¬ 
dre de luy-même là volonté. Mais je ne 
prens pas garde. Madame, que je m’étens 


de Mmfi^urMenjot. II. jPart. ipp 
au delà des bornes d’une Lettre, & que je 
m’engage infènfiblement dans des matières 
qui ne font pas de ma profefïion. C’eft pour- 
quoy je pâlie des veritez Divines aux humai¬ 
nes , pour vous aflurer de mes tres-humbles 
relpeds, aulsi bien que de la finçerité avec 
laquelle je liiis tout à vous. 



200 


Opufcuks T^ûfihumes 


LETTRE' 

^ MADAME . SUR LE LIVRE 

de Monfieur l'Abbé de la Trape. 

J E vous renvoyé le Livre que vous m’avez 
fait la grâce de me prêter j c’eft domma¬ 
ge qu’une lî belle plume ait été employée à 
écrire lùr un liijet fi peu raifonnable ; Car 
ces vœux & ces aufteritez extrêmes qu’on e- 
xagere avec tant d’éloquence , choquent au 
fond la droite raifon. Elles ont beau être âgées 
de plufieurs fiecles,puilqu’elles n’étoient point 
en ulâge dés la première Antiquité, c’efl: à dire 
dés les temps Apoftoliques, chacun eft en 
droit de leur oppolèr ce que Jelùs-Chrift di- 
Ibitaux |uifs qui vantoient leurs Traditions, 
du commence?nent il nen étoitpas ainfi. L’Au-, 

teur du Livre a lènti cette vérité, puilqu’il s’eft 
efforcé d’appuyer ces Conftitutions Monaca¬ 
les fin* quelques palfages de l’Ecriture Sainte j 
mais en vérité pour peu qu’on ait de juftelfe 
d’efprit, il eft aifé de reconnoître que les textes 
qu’il cite font pris à contre lèns, & il eft éton¬ 
nant qu’un homme aufsi éclairé que luy, fe foit 





àe Mnfieur 3 ienjot. II. Part. loi 
afTez oublié pour s’imaginer que Jefiis-Chrift, 
ou lès Apôtres, qui font les leuls Legillateurs 
de l’Eglile Chrétienne, ayent établi ou recom¬ 
mandé dans leurs Ecrits ces fortes de dévotions 
outrées & lèrvileSi Nous devons à Dieu une 
foûmiflîon aveugle, nous ïornm&s (zs fèrfs a~ 
chetez par prix , lavoir par le làng de Ibn Fils, 
& nôtre efclavage infâme au péché a été chan¬ 
gé en une noble lèrvitude à Clii'iftj car fervir 
aDieuc efi regner. Mais l’entendement de 
Ihomme & là volonté font des facultez natu¬ 
rellement trop relevées & trop libres pour être 
traitées delpotiquement par les hommes, 
quand même on luppolèroit, ce qui n’arrive pas 
toujours, que les P erlônnes lùperieures & do¬ 
minantes auroient plus de bon lèns, de con- 
noilfance & de pieté que les perlbnnes infe-- 
heures & dominées. C’eft pourquoy S. Paul 
nous défend exprelfement d’être jèrfs des hom¬ 
mes. En vous r’envoyant ce premier volume 
je ne vous demande pas le fécond, n’étant pas 
relôlu d’achever une fi prolixe & fi ennuyeufe 
kéture. Je fuis, &c. 


Ce 


iOZ 


Opujcîtks Pojihwnes 


LETTRE 

^ MONSIEUR L'ABBE HUVET 

a Rome. 

I L fèroit à fouhaitcr, Monteur, que ceux 
qui fe mêlent d’écrire ou de parler de Re¬ 
ligion, eulTent l’elprit aufll équitable que 
vous, on n’abulèroit pas du terme de morda- 
citas caritatis , employé peut-être une feule 
fois par S. Auguftin, pour vomir à toute heu¬ 
re contre nous les injures les plus atroces. 
Lorique les Apôtres livroient les pécheurs é- 
normes à Satan, in iteritum carms ut fpiritm 
falvus fit in die Domini noftri fiefu Chrifli , 
comme il paroît par la conduite de S. Paul 
envers l’inceftueux de Corinthe, c’étoit mer- 
dacitas caritatis. Telles font encore aujour- 
d’huy les cenlhres & les menaces des Pafteurâ 
à l’égard des impenitens,& on peuticyrap¬ 
porter ce que dit Seneque touchant les Mé¬ 
decins , dans l’une de les Epîtres, quià au* 
res meas ftatpis l Quid obleâas ? Urendus ^fe* 
candusy ahfiinendus fum. Mais fi au juge¬ 
ment du Fils de Dieu, celuy qui appelle Ibn 



de Mmjtemr Menjm. II. Part. 105 
fee fol efl: digne de la gehenne, on ne nous 
perfuadera jamais que des invedives affedées 
& entaflfées les unes liir les autres, ne méri¬ 
tent pas mieux le nom de mordacitas firoci- 
tath-, que celuy àt mordacitas caritatis. Ces 
Melfieurs neanmoins, comme gens bien fen- 
lêz ,ont leur politique. Il Eut paroître dé¬ 
voué aux pâmons de la Gourde Rome pour 
effacer certains Ibupçons d’intelligence lë- 
cretc avec nous, fondez lùr notre créance 
commune touchant la Grâce efficace par el¬ 
le-même. Ce ftile envenimé des Sedateurs 
de Janfënius contre tous ceux qui les con- 
tredifënt, leur étant d’ailleurs fort ordinaire, 
nous n’en ferions pas Erpris, s’il n’étoit ac¬ 
compagné d’une plus grande injuftice que 
celle de Pilate envers JeEs-Clirift, & de 
Feflus envers S. Paul; car l’Auteur des Pré¬ 
jugez prétend qu’on nous condamne Ens nous 
ouïr. C’ell juftement ce que l’on appelle 
dans le Pays de la chicane, une fin de non 
recevoir, pour éluder de plaider au fond. 
A la vérité je ne trouve point étrange qu’on 
nous contefle nos griefs, c’eft à nous à ju- 
ftifier qu’ils font bien fondez pour autorifër 
nôtre feparation de l’Eglifè Romaine. Mais 
la preuve en étant une fois établie, on ne 
Ce ij 



i 04 Opujcides ^ofthumes 

lauroit nier que nous n’ayons eu railbn de 
iortir de là communion. 

Vous m’objedez, Monfieur, qu’il pou¬ 
voir y avoir lors de la Reformation, quelques 
peu de fidèles cachez lelquels ne participoient 
pas aux Cultes de l’Eglife Romaine, & qu’au 
lieu de rompre avec eux il faloit plutôt to^ 
lerer en leur confideration les erreurs de la 
multitude. Je répons que le flambeau de 
l’Evangile, qui étoit Ibus le boifleau du temps 
de nos Reformateurs, ayant été remis par 
eux liir le chandelier, ceux que vous appe¬ 
lez fidèles cachez, ou ont luivi cette divine 
lumière, ou ne l’ont pas lliivie ; S’ils l’ont 
fiiivie, nous nous Ibmmes donc tous unani¬ 
mement rendus à la voix de Jefiis-Chrifl: dans 
fil Bergerie. Si au contraire par des raifons 
mondaines ils ne l’ont pas luivie , ces gens-là 
étoient des hypocrites, ou du moins des Ni- 
codemites, & par conlèquent c’eft: avec ju- 
ftice que nous les avons abandonnez. En¬ 
fin je n’ay jamais ouy dire qu’il fût défendu 
de quitter une maifon peftiferée, lors même 
que les habitans ne veulent pas permettre 
qu’on la purifie. Or les erreurs capitales 
étant une pelle fpirituelle, il faut de toute 
neceflîté fe retirer d’une Eglife dont les do^ 


de Mnjteur Menjot. II. Paît. lof 
gmes & les pratiques ruinent les fondemens 
de la foy. Elle a bien voulu en nos jours 
réduire le^ Monafteres à leur première infti- 
tution , de laquelle ils s e'toient inlênfible- 
inent dévoyez : Pourquoy ne luy plaît-il 
pas de fè corriger elle-même félon la Parole 
de Dieu, qui eft la lèule & infaillible réglé des 
Chrétiens ? 

Ce que vous me dites, Monfieur, de la 
corruption des mœurs, eil tres-veritable. 
Elle n’ell pas un lujet légitimé de Ichifme, 
mais c’eft à condition quelle ne foit pas 
dégénérée en Loy. Or le Concile de 
Confiance tenu pour Oecuménique , dé¬ 
fend exprelTement de garder la foy aux 
hérétiques, & les Vénérables Peres de Tren¬ 
te n’ont pas trouvé à propos d’abolir un De¬ 
cret fi contraire, non feulement à la Morale 
& Chrétienne & Payenne, mais qui choque 
le droit des gens. L’Hifloire de la Refor- 
mation, qui contiendra la Réponfè aux Pré¬ 
jugez , paroîtra dans quelque temps ; mais 
n’attendez pas d’y lire autre chofe que des 
raifbns accompagnées d’une charité qui ne 
fera pas mordante. 

Le Livre de Monfieur Rohault de l’ame 
des Bêtes, & de l’explication de l’Euchari- 
Cc iij 


toé Opufcules Pofthimeî 

ftie Romaine par les Principes Cartefîens ] 
dont vous me parlez, n’eft pas encore au 
jour 5 Nous verrons comment il évitera ces 
deux écueils de fa Philofôphie. Confervez. 
moy, Monfîeur,l’honneur de vôtre amitié, 
& me croyez tout à vous. 



de Mmfieur Menjot. II. Part. la;? 


LETTRE 

A MONSIEUR LE BLUNC DE 

Beaulieu y a Sedan ^ touchant fesTheJès 
de Théologie. 

J ’Ay îû avec beaucoup de plaifîr & de pro¬ 
jet, les Thefès que vous m’avez fait Inon- 
neur de m’envoyer. Vous y avez marqué 
fort nettement le point véritable de nos con- 
troverlès, & vous avez ingenieulêment dé¬ 
couvert le mal-entendu & l’équivoque qui ne 
s’y rencontre que trop Ibuvent. Cependant 
pcrmettez-moy, Monfieur, de vous dire que 
les Scholaftiques par le moyen de leurs di- 
ftindions infinies, ont le |)rivilege d’être de 
telle opinion qu’il leur plaît, & qu’ainfi ce 
n’eft pas tant de leurs Ecrits particuliers qu’il 
faut rechercher les croyances Romaines, que 
du fentiment univerlèl & de la pratique ordi¬ 
naire de cette Eglile. Il y a tres-pcu de dog¬ 
mes défendus aux chicaneurs de l’Ecole, pour¬ 
vu qu’à l’égard de l’exterieur de la Religion 
ils ne s’écartent pas de l’ulàge |)ublic, & que 
d’ailleurs ils proteftent de le Ibumettre au Saint 






io8 ; Opujcîdes Pêflhmnes 
Siégé. La raifon eft que Rome ne fonge 
qu’à être Reine Sc à dominer, & qu’il n’y à 
prelque rien de làcré chez elle que lôn auto¬ 
rité. Nous avons vu prêcher icy en même 
temps, comme la foy generale de l’Eglilè, & 
ropinionde Pelage, & celle de S. Auguftia 
fur la Grâce, fans que les Prélats ayent dai¬ 
gné s’en expliquer : Et ces Meffieurs prenent 
encore moins garde à ce qui fe débité dans les 
CJaaires de Théologie, où le Peuple n’a nulle 
part. Mais au fond quelque adouciiTement 
qu’on apporte à ,nos differens, cela n’empê¬ 
chera jamais que la fabrique & le Culte des 
Iiuages ne .choque ouvertement le Decalogue., 
ny que les meilleures œuvres des .régénérez 
ne foient toujours une monnoye trop legere 
pour entrer dans le payement de leurs dettes à 
la Juftice Divine, dont la rigueur ne peut ad¬ 
mettre au,cupe fàtisfadion défedueufèj ny 
enfin que celuy.quifê qualifie par humilité le 
Serviteur des Serviteurs du Seigneur, ne foit 
alîîs auTemple.de Dieu, .comme -s’il étoit 
Dieu. L’ancienne Rome afTujettifToit infen- 
fiblement, fouspretexted’alliance, les Na¬ 
tions qu’elle ne pouvoir fubjuguer par fès .ar¬ 
mes J & la nouvelle Rome à fbn imitation, t⬠
che adroitement d’accorder fès opinions .avec 

celles 


de Mmfieur Menjot. II. Part. 209 
celles qui leur font oppolees, afin de gagner 
par cette politique les perlbnnes qu elle ne 
lâuroit attirera elle par la voye de larailbn. 
Pardonnez à mon begayement dans ces ma¬ 
tières Theologiques, & quelque indigne que 
je Ibis de la ledure de vos lavantes Theles, 
continuez neanmoins de m’en faire part, nam 
fwum fecijli me Je luis, ôcc. 



D d 


210 


Opufcuks Pojlbmnes 


LETTRE 

■yf MONSIEUR DU MOULIN 

DoBeur en 3iedectne a Londres^ fo% 
projet de defunir les Primes Catholiques Ro^ 
mains d'avec le Pape. 

T E ne faurois vous remercier aflèz digne- 
J ment de tous les biens dont vous me com- 
olez. J avois reçu peu auparavant par les 
mains de Monfieur Claude, vôtre Livre in¬ 
titulé, Exemplar mormn feu CharaBeres^ & 
vous avez eu la bonté de m’envoyer tout de 
nouveau par M. Blair,vôtre fugulumcaufs. 
Il n’y a rien de plus ingénieux que le pre¬ 
mier de ces Ouvrages, vous y peignez de 
vives couleurs, & en petit, les mœurs & les 
conditions des hommes ; Et il n’y a rien de 
plus hardi que le lècond, dans lequel vous 
entreprenez de détrôner un homme, qui non 
content de s’élever au delTus des Rois, tren- 
che du Souverain dans l’Eglifè, & en cou¬ 
pant cette tête, vous abbattez d’un même 
coup le corps des liiperllitions Romaines. Ne 
vous découragez pas ^ Monfieur, pour l’a- 



de MnfieurMenjàt. ÏI. Part. iii 
meuglement de vos proches ; vous n avez eu 
cela que plus de conformité avec J. Chrift, 
dont les rreres même necroyoientpasenluy. 
S’il a été traité de Démoniaque , devez- 
vous trouver étrange que des elprits mal faits 
tâchent de vous décrier comme un vifion- 
naire ^ Certes fi vos penlees lont des folies, 
c’eft au lèns que S. Paul parle de la folie de 
Dieu. Neanmoins vous trouverez bon, s’il 
vous plaît, que lèlon ma fincerité ordinaire, 
& avec la permifiîon que vous m’en donnez, 
je mette en avant lui* ce fiijet quelques diffi- 
cultez,plutôt en intention d’être éclairci de 
mes doutes, que de contredire vos lènti- 
mens. 

La deftrudion du Pape par les moyens 
que vous propolêz, eft une choie à Ibuhai- 
ter plutôt qu’à elperer ; Car quelle apparence 
de pouvoir détacher du S. Siégé, comme on 
parle, les Rois & les Princes Catholiques ? 
puifqü’ils font entêtez de cette maxime er¬ 
ronée, que le Chriftianifine a belbin d’un 
Chef minifteriel, & d’un centre d’unité qu’ils 
alTurent êti'e l’Evêque de Rome ? J’aimerois 
autant les Ibliciter d’abandonner tout d’un 
coim leur Religion, qui roule lùr leur Ibû- 
milÉon au Pape,lequel ils confiderent corn- 





211 Opufcuks ^oflhumeî 

me la clef qui Ibûtient toute la voûte. 

Il eft vray que les Facultez de Théologie 
de ce Royaume afFoiblilTent extrêmement Ibn 
autorité, & quelles ne rcconnoilTent ny fa 
puilîance lîir le temporel des Rois, ny lôn 
infaillibilité. Quelques-uns même des Evê- 
ques François, non plus que le Patriarche de 
Venifè, ne (buffrent pas qu’on les dife Evê¬ 
ques par la grâce de Dieu & du S. Siégé A- 
poftolique, prétendant ne tenir l’Epifcopat 
que de Jelus-Chrift. Il eft vray encore que 
nos Parîemens calTent fbuvent les décifions 
de la Cour de Rome, comme abufives, & 
qu’au Siecle pafte le Parlement de Paris, af 
lemblé alors à Tours, fit brûler par la main 
du Boureau une Bulle du Pape, qui excom- 
munioit le Roy Henry troifiéme, le Roy de 
Navarre, & le Prince de Condé. Si nous 
étions encore au temps que les Papes fouloieiit 
aux pieds les Empereurs, en prononçant ces 
paroles du Prophète, fùper hafilifcum & af- 
pïdem ambulabis^dc qu’ils mettoient les Royau¬ 
mes en interdit, il femble qu’il ne fèroit pas 
impoffible de déciller les yeux des Rois, mais 
aujourd’huy les chofes ont bien changé de 
face, car les fulminations du Vatican font 
devenues bruta fulmina , & ce font les Papes 


àe Monfmir Menjot. IL Part. 215 
qui craignent les Roi$, d’autant que ceux- 
cy peuvent làns blelTer leur Religion, em- 
pécner l’argent de lôrtir de leurs Etats, pour 
être tranlporté à Rome par le moyen des 
Annates & des Dilpenlès. Nôtre AmbalTa- 
deur ayant été maltraité en Cour de Rome 
il y a quelques années, le Roy en reçût une 
làtisfadion autentique, laquelle fut gravée 
fur une Pyramide qu’on érigea en une Place 
publique de la Ville de Rome, Sc cette Py¬ 
ramide n’en a été ôtée que par l’ordre de Sa 
Majefté, à l’inftance qui luy en fut faite de¬ 
puis par le Pape. Mais cela n’empêche pas 
que les Rois- & leurs Magiftrats, après avoir 
ainfi reftraint le pouvoir du Pape dans des 
limites alfez étroites, ne reverent toujours 
là perfonne comme le Chef vifible de l’E- 
glile, hors de la Communion duquel ils ne 
croyent point de làlut. 

Il y a plus, pôle qu’on pût delàbulcr en¬ 
tièrement le Roy Tres-Chrêtien, & quel¬ 
ques autres Princes Catholiques Romains, de 
la puilfance univerlèlle & Ipirituelle du Pape, 
& le cantonner dans les bornes du Diocelè 
de Rome, en luy conlèrvant feulement une 
primauté d’ordre entre les autres Evêques lès 
Confrèresjjamais ny l’Empereur, iiyleRoy 
Dd iij 


114 Opujcules Pofthumes 

d’Elpagne, ny les Etats d’Italie, àlareferve 
peut-être de Venilè,ne fuivroient ces exem¬ 
ples , tant ils Ibnt eny vrez du vin de la pail¬ 
larde. Je ne lày même quand on feroit ve¬ 
nu à bout de ce grand delTein, li l’autorité 
Papale ne le trouveroit point alors dévolue 
à chaque Evêque en particulier, & fi ces 
Prélats qui le qualifient déjà Princes de l’E- 
glilè, ne deviendroient pas autant de petits 
Pontifes & de grands Tyrans j en forte que 
la derniere condition de l’Eglilè, obfedéepar 
fept autres efprïtSy feroit peut-être pire que la 
première qu’au lieu d’un Antechrift il s’en 
trouveroit plufieurs j tout de même qu’au 
rapport de Plutarque, s’élevèrent du corps 
mort d’Alexandre comme autant de vers, les 
Perdiques, les Meleagres, les Seleuques & 
les Antigones, qui pour n’être que des Roi¬ 
telets en comparaifon de leur PredecelTenr, 
n’en furent pas moins Tyrans. 

Voila, Monfieur, les réflexions que j’ay 
laites lùr vôtre Jugulum Caufe î en voicy quel- , 
ques autres, lùr vôtre Parmiefè. J’eftinie a- 
vec vous que l’autorité des Pafteurs ne con- 
fifte qu’à âdminiftrer les Sacremens, à ex- 
hoiter, à conloler,à promettre,& à mena¬ 
cer de la part de Dieu, & que le droit d’ex- 


àc Moniteur JMenjot. ïî. Part. 21 f 

communier neft point de leur jurildidion. 
Cependant il lcroit injufte & dangereux de 
lailîêr dans la Communion externe de l’Egli- 
lèjles impenitens convaincus de crimes in¬ 
fâmes & publics. Vôtre avis lèroit donc que 
le Prince, ou lés Magiftrats de là part, eulTent 
le pouvoir d’excommunier ces perlbnnes-là, & 
de les rétablir dans la paix de l’Eglilè lorlqu’ils 
lèroient repentans. Mais pour ne rien dire 
des lieux où les Princes font d’ime Religion 
contraire à celle de leur Peuple, il peut arri¬ 
ver qu’eux même & leurs Magiftrats lèront 
ignorans, ou méchans, & qu’ainfi les gens de 
bien lèroient chalTez de l’Eglilè par des caba¬ 
les de Cour, pendant qu’on y lailTeroit les 
vicieux qui auroient de la faveur. Il lèmble 
donc qu’il feroit plus équitable que le corps 
des fidèles de chaque Eglilè, eût la puilTance 
de retrancher de la Communion ceux qui 
mènent une vie Icandaleulè, puiiqu’aufii bien 
les plus Orthodoxes des Théologiens Refor¬ 
mez , enlèignent que toute l’autorité Ecclefia- 
ftique réfide originairement dans les fidèles al- 
femblez, lelquels compolênt proprement l’E- 
glife ; de maniéré que comme le corps de cha¬ 
que Eglilè a le pouvoir de le choifir des Pa¬ 
yeurs , il eût aulfi le droit de donner ou de re- 





ii 6 OpufcuksPofthumes 

fufèr fa communion à qui bon lùy fèmbleroit. 
En effet S. Paul écrivant, non fimplement aux 
Pafteurs, mais à tous les fidèles de l’Eglife de 
Corinthe, ainfî qu’il s’en explique dés l’entreV 
de fbn Epître, fe plaint de ce qu’ils n’ont pas 
Gtc d’entr’eux l’inceflueux qui entretenoit la 
femme de fon pere, & voyant qu’ils avoient 
en cela manqué à leur devoir, il livre luy-mê- 
me ce pecheur à Satan, en vertu de fbn autori¬ 
té Apoflolique, laquelle ne tire point à confè- 
quence pour les Pafteurs ordinaires. 

Au refte, Monfîeur, ne vous imaginez pas 
que je pretende faire palTer ces difficultez, 
dontjene vous ay que trop long-tems impor¬ 
tuné , pour quelque chofe de fblide, gêna 
namquefimt Germanaatque Aedepol lira lira, 
comme pai'îe le Comique. J’attens avec im¬ 
patience le Manufcrit, ou en tout, ou en par¬ 
tie, que vous nous promettez à M. Alix, & à 
moy j car vous m’avez rendu affamé de vos 
dodes & élégantes produdions. Monfieur 
Blair qui a pris la peine de m’apporter luy- 
meme votre beau prefènt,m’a paru tel que vous 
me le décrivez, c’efî: à dire fpirituel, lavant, 
agréable, & poli dans fà converfâtion. Ainfi 
j’ajouterai à toutes les grâces que vous m’avez 
déjà faites, celle de ni’avoir procuré la con- 
noiffance 


r 


de Monjieur Menjot. If. Part. 117, 
noiflânce d’un fi galant homme. Je voudrois 
bien polTeder les belles qualitez que vous 
donnez à M. Rujjelks dans vôtre 51. Lettre, 
comme vôtre complailànce tâche de me le 
perlùader, mais je m’en reconnois tres-eloi- 
gné, n’ayant rien de commun avec ce grand 
Médecin qu’une même profeffion , fi cen’efl: 
que je ne vous honore pas moins que luy, & 
que je dilputerai toujours aux plus intimes de 
vos amis, la qualité, Monfieur, de vôtre, 
&c. 



2i8 


Opufeuks Vejlhumes 


OMNI VIRTUTE ET DOCTRINA 
Ornattlji 7 no Viro Ludovico Molineo apud Loti- 
dinenfes Medic 'ma Dollm Antonm Menjo- 
tiuS , eV ^arjety, 

A Gcepi, Vir Illuflriffime, Epiftolamm 
tuarum ad inclytos Theologos fafcicu- 
lum, quamque mihi privatim confcripfifti, 
præ cæteris honorificentifïîmam , non tam 
perlegi quàm voravi crebroque reguftavi; At- 
tamen jure metuo ne vidcar quasi gramen 
marcidum & exuccum in viridi ac Florenti 
( Feras Tertullianeam vocem ) tam Dodorum 
Virorum pratô. Abfit igitur ut propriæ pe- 
nuriæ immemor ac tuis morige- 

rans, aggrediæ Neftoris vices agere contro- 
verfiâmque dirimere, quæ fpedtantè toto Or¬ 
be Chriftiano, inter te & cariiïîmum noftrum 
Claudium, ceù Fïomericos Heroan Peleidem 
& Atreidem, nupèr cominota eft, 

Non noftrum inter vos tantas componere lites 
Et vitulâ tu dignus & hic. 

Non equidèm difïiteor me geftare animum 



de Monjîeur Menjot. II. Part. 119 
liberum ab omni opinione præconceptâ, quâ 
oblàtæ veritatis lux velùt Eclipfi iblet obnu- 
bilari ; plerofque contrà& Theoiogoram gen- 
te, lupra cæteros mortales elTe l^vfoywinvais 
ac fententiarum (èmel adoptatarum & infè* 
damm tenaciflîmos, indéque hærelêon 1er* 
nam, à Chriftianiffimd adhuc in cunis va- 
gieiite ad ævum ulque noftmm pullulalïè , 
cum longe pancioreshæretici res noftras Me- 
dicas afflidaverint. Veruntamèn arbitre re- 
do & haud jfùfficit eflfe anima lôlu- 

tiore ac omni Icotermate prejudiciorumdefæ- 
catô, defiderantur inlùper cùm ingenii vires, 
tùm liberalis eruditio ad ferendum judicium 
de inftitutâ dilceptatione, 

Nos tenues in utrôque fumus vinciqueparati 
Undefopor noihis &placet ait a quies, 

Nihilominùs dilîîmulare nequeo fcrupulum 
quemdam mihi hærere circa periodicas ac 
nebdomadicas Pafl:orumEvangelij,aliàs Iwîifs"»'» 
in Confiftoriis neenon circa appella- 

tioiies è Confîrtoriis ad Collo(juia, è Colle- 
quiis ad Synodos Provinciales, e Synodis Pro- 
vincialibus ad Concilia Nationalia, beatis 
veréque aureis Apoftolicæ Ecclefiæ tempori- 



ilo • Opujcùles Tojîhumès 
bus iriauditas j ijuantumvis fi*aternae concor- 
(dix ftudiô meme lubeiiter Dilciplinæ lùbmit- 
tam fufæ per Ecclefias Galliarum Reforma¬ 
tas & quæ velùt noftrorum aniraos 

dudùm occupavit. Verùm tu, cui g 
^jjLoç pei'ge fortilîîmum Chrillianæ ii- 

bertatis Athlantem te gerere, nec dubites, 
etfi tibi obftrepant adverfàriorum legiones, 
me animitus fore tui oblèrvantiffimum 

EV IÏ fil} i iéjlftA 


Donec mmtfontes , atque avhor celfa Vîrebiu 



de Mnjteur Jlienjot. II. Part. 


111 


L E T T R E 

^ MONSIEUR P.... 

J E bénirai toute ma vie,Monfieur,l’heu* 
reufè occafîon qui m’a procuré la Lettre 
obligeante que vous m’avez fait l’honneur de 
m’écrire. Je ferai neanmoins iur mes gardes 
pour ne me pas lailTer charmer par les dou¬ 
ceurs dont vous m’y flattez, mais je les con- 
fldererai toujours comme des effets de vôtre 
bonté plutôt que de vôtre juftice. Je vous 
remercie principalement, Monfieur du paro~ 
xyfme de charité & de tendrefle que vous me 
témoignez au fùjet du mit me tangere dont 
j’ay parlé dans mon billet à Monfieur de R... 
Quand j’aurois tout l’efprit & toute la lu¬ 
mière que vous m’accordez fi libéralement, 
je fèrois d’autant plus obligé par reconnoif- 
fànce à les humilier ^ pour me fèrvir de ^^os 
termes, devant le Pere des Imnieres, Il y a 
long-temps que j’ay appris à emmener mes 
penfees captives à l’obeïflance de Jefus-Chrifl:, 
mais nullement aux décifions de ceux qui le 
font érigez fierement eux-mêmes en Juges 
Ee iij 



lit Opufcüles Pojîhumes 

infaillibles,' quoy quinterelTez& paffionnez 
au dernier point, & aulquels il ne manque au¬ 
cune des autres qualitez capables de rendre 
leurs jugemensfùlpeâis. Sans donc avoir é- 
gard à l’apparence des perlbnnes, j’ay prati¬ 
qué julqu’icy la leçon de l’Apôtre, que vous 
ne delàpprouvez pas, d'examiner toute chofe^ 
& de retenir ce qui efi bon. Sur ce principe j’ay 
lu & relu touchant nôtre delùnion d’avec ÎE- 
glilèRomaine, les produdions, les contre¬ 
dits & les lalvations des parties, & après y a- 
voir meurement penfë, je ne làurois aiTez m e- 
tonner qu’on s’emporte avec tant de chaleur 
contre nôtre lèparation, làns entrer préalable¬ 
ment dans ladilculsion particulière de nos prin¬ 
cipales controverlès. Car puilque nous efti- 
mons que lepainEuchariftique n’eft pas leDieu 
Souverain, & que par conlèquent la Latrie 
neluy eft pasdûë, pendant qu’il eft adoré en 
cette qualité dans la Communion Romaine, & 
que même on y excommunie, & qu’on y dam¬ 
ne tous ceux qui n’étant pas perlùadez de cette 
créance refulènt de pratiquer un Culte qu’ils 
croyent prejudiciable à leur làlut ; comment 
peut-on raiionnabicment vouloir qu’avec des 
Icntimensfioppolezdepart & d’autre, nous 
commencions par rentrer dans le lèm de l’E-* 


de Monjieur Menjot. II. Part. 125 
glife Romaine ^ Elle efl en droit, à la vérité, 
de nous contefter nos griefs, & c’eft à nous 
à les juftifier : Ainfi il faut de toute necefïîté, 
avant que de parler du Ichifine qu on nous im¬ 
pute, venir à l’examen delà Tranffubftantia- 
tion & de l’Adoration du pain conlàcré, puiC 
que de là dépend la juftice ou l’injuftice de no¬ 
tre lèparation, & qu’il eO: naturel déjuger du 
fait par le droit. Le texte que vous alléguez, 
que Dieu rcvele par fois aux petits & aux fim- 
ples les choies du làlut, au même temps qu’il 
les cache aux làges & aux entendus de la ter¬ 
re , ruine ablolument la prétention du Cler¬ 
gé Romain, qu’en matière de Religion on 
len doit croire lui* là parole. Il s’eft vu des 
Conciles compolèz de plulieurs centaines 
d’Evêques autorilêr les plus damnables here- 
fies, pendant que de lîinples fidèles perlève- 
roient par le lècours de la Grâce dans l’Ortho¬ 
doxie, & anathematilbient ces prétendus Prin¬ 
ces de l’Eglilè, en vertu de la puilfance accor¬ 
dée pars. Paul à chaque Chrétien, de tenir 
pour matheme é‘luy& les ^nges , s il leur ar- 
rivoit iévangelifèr autre chofe que ce qui a été 
évangeltfé. Mais peut-être que le noli me tan- 
gere me mène un peu trop loin j je palfe aux 
ioüanges qu’il vous plaît, Monfieur, de don- 




224 Optifcîiks ^ûjihumes 

ner à mes Ouvrages, je vous lèrois iàns corn-' 
paraifon plus obligé de vos corrections, que 
de vos applaudilTemens, qutd aures meas fcal- 
pis^ Quidobleâas^ Secandm^ urendus^ ahftu 
vendus fum. Je luivrai vôtre avis, Monfieur, 
fi on réimprime mes Oeuvres ,• d’ajouter à la 
fin de chaque Dilfertation ., un renvoi aux Mé¬ 
decins célébrés, tant Anciens que Modernes, 
qui ont le mieux écrit de la cure des maladies, 
dontjen’ay touché que la théorie. Au refte 
j’ay communiqué vôtre Lettre à M. Bachot, 
vous verrez la réponfc qu’il m’a faite à vos 
honnêtetez, & fon fèntiment fin* vôtre incom¬ 
modité , auquel je n’ay rien à ajouter finon que 
vous évitiez les veilles, les jeûnes & les gran¬ 
des applications d’efprit; que vous mâchiez 
les matins durant un quart d’heure des feüilles 
de betoine, & que pour diffiper les vents de vô¬ 
tre oreille, vous y ralliez couler quelques goû¬ 
tes d’elprit de vin, mêlé avec parties égales 
d’huile d’amandes ameres fraîchement tirée 
làns feu, autrement lefèul elprit de vin fè 
dilliperoit trop tôt j il faudra fè tenir quelque 
temps couché ou courbé fin* l’oreille ôppofee, 
afin que le remede fejourne dans l’oreille ma¬ 
lade, Il eft bon avant toutes choies de faire 
viliter exacte ment vôtre oreille ,, pour voir fi 


de MnjîeuvMenjotAl^Vm. 
pai'hazard elle ne ièroit point bouclie'e par 
fon propre excrement, qui s y feroit inlènfi- 
blement amafle & coagulé. 

Vous avez railôn, MonJfîeur, de faire le 
panégyrique de l’elprit de vin; là découverte 
& celle des vomitifs dont la Medecine man- 
quoit, font prelque toute l’obligation que 
nous avons julqu’icy à la Chimie; Ileft liir 
tout excellent contre les brûlures & contre les 
érelipellesjquilbnt des elpeces de brûlures pro¬ 
venantes de caulès internes. J’attends à vous en 
dire davantage dans l’audiance que j’elpere de 
vous à vôtre retour. Cependant faites-moy 
l’honneur de me croire avec beaucoup de rel- 
ped & de gratitude, Monfieur, vôtre, &c. 



Ff 




Opujcules 'Pofihumes 


ii6 


DISCOURS SUR LA GRACE UNE 
verjelle , & fiir la Grâce Médiate. 

E Ncore que la Dodrine de la prétendue 
Grâce Univerlelle ne contienne en foy 
aucun venin, elle eft toutefois infoûtenable, 
à moins qu’on ne liippolè qu’il refte à l’hom¬ 
me dans l’e'tat de la corruption originaire, 
alTez de lumière & aflfez de liberté pour con. 
noître & pour embralTer de luy-même l’E¬ 
vangile qui luy eft offert. S’il en étoit au- 
ti'ement,pourroit-on dire avec railbn que Dieu 
fait grâce à un homme de luy propofer le 
làlut, lâchant qu’il eft dans une impuilfaiice 
totale d’en juger & de l’accepter, & même 
Dieu ayant relblu de ne le pas tirer de cet. 
état malheureux? Ne lèroit-ce pas au con¬ 
traire ajouter la raillerie à la punition du cri¬ 
minel ? 

Il y a plus, c’eft que la fimple prefenta- 
tion du falut faite à un reprouve, quoy que 
charitablement nous la croyons une grâce, à 
caulè du doute où nous Ibmmes que cet hom¬ 
me appartienne ou non à l’éleétiondeDieu, 
mérité mieux neanmoins le nom dedilgrace, 



âeMonfteurMenjot. II. Part. ^^7 

parce quelle ne fait quaggraver l’increduli- 
té, & par coiilêquent la condamnation de ce 
miferable. Quelle obligation, je vous prie, 
auroit un Aveugle nay à celuyqui au lieu de 
luy donner la main pour le conduire, fe con- 
tenteroit de luy offrir un flambeau > 

Les Univer 4 lifl:es ' tâchent cependant de 
colorer cette croyance de quelques raifbns 
apparentes. Ils difent qu’il eft de la béni¬ 
gnité de Dieu d’avoir une philanthropie ge¬ 
nerale pour tout le genre humain tombé dans 
le péché. Ils étalent aufli des diftinétions 
de Grâce objedive & fubjeéfive, Xhitêtv Sc 
ôc quelques autres fèmblables. 

Mais 1°. L’Ecriture Sainte eft formelle¬ 
ment oppofée à cette philanthropie univer- 
felle de Dieu, en nous révélant qu’il eft phi¬ 
lanthrope à l’égai'd de Jacob feulement qui 
reprefènte tout le corps des Elus, & mifân- 
trope à l’égard d’Efâü qui reprefènte la mafîe 
,des Reprouvez, ayant aimé celuy-Jà, & haï 
celuy-cy auparavant leur nailTance & avant 
qu’ils euffent faitny bien, nymal. 

20. Ce qu’on allégué de la Grâce objecti¬ 
ve ne refout en façon quelconque la difficul¬ 
té, car cette Grâce objective ne peut être 
que l’objet du falut j Or il s’agit de favoir fi 




il s Opufcuks Pojlhumes 

cet objet du laîut preiênté à un Reprouvé eft 
efFedivement une Grâce, les uns raffirment, 
Sc les autres le nient; de maniéré qu’appor-. 
ter cette Grâce objedive, ou plûtôtcet ob¬ 
jet du làtut propolë à un homme non Elû, 
pour preuve de la Grâce Univerfelle, c’eft 
juftement donner pour Iblution la chofe qui 
efl en queilion. Joint qua parler propre¬ 
ment la Grâce objedive, confiderée comme 
Grâce, n’eft qu’une chimere à moins qu’elle 
ne devienne lîibjedive. 

30. Pour ce qui efl: des termes Grecs, 
(v^oxèiy & , ce font de la poufïîere jettée 

exprés-aux yeux du peuple pour l’aveugler , 
par lefquels on veut faire entendre que Dieu 
ne defàgréeroit pas que les pécheurs le con- 
vertiffent, & cependant qu’au fond & de bon¬ 
ne foy il ne veut pas leur converfîon, puis' 
qu’il leur refulè le lècours de la Grâce fans 
laquelle ils ne peuvent rien. De plus ces deux 
verbes (ont purement lÿno- 

nymes, de lorte que nos Univerlàliftes imi¬ 
tent dans ce rencontre les Théologiens Ro^ 
mains qui tâchent de j&uver l’Invocation des 
Saints par les mots Grecs de Dulie& de La¬ 
trie fignifians precilèment la même chofe. 

Sans donc s’arrêter à toutes ces diftindions. 


de dMonfieur Menjot. II. Part. 
la droite raifon montre évidemment que lo- 
pinion de la Grâce Univerlèlle a tout l’air 
d’une conjuration Pelagienne, & partant qu’il 
eft bon de l’étoufFer dés là nailfance, comme 
on l’a pratiqué en Hollande, en SuilTe & à 
Geneve, bien loin de la regarder comme 
une opinion purement Scoiaftique & problé¬ 
matique , ainfi que les Novateurs s’efforcent 
adroitement de la faire paffer. 

En effet la Doétrine de la Grâce Médiate, 
eft un fruit de la Grâce Univerfelle, & fàns 
çelle-cy peut-être que certains Theojogiens 
de France ne fe lèroient jamais avilèz denier 
l’operation immédiate & lùrnaturelle de la 
Perlbnne du S. Elprit pour guérir l’aveugle¬ 
ment , d’ailleurs incurable, de l’entendement 
humain touchant les choies du lalut. 

Mon intention n’eft pas d’examiner parle 
menu toutes les railbns pour & contre la Gr⬠
ce médiate, ce lèroit compolèr un volume, 
& non pas un difcours. C’eft pourquoy je 
me contenterai de faire lîir ce fujet deux ob- 
fervations. 

La première, que les Mediatiftes lèmblent 
ne faire aucune différence entre la converlîon 
d’un pecheur par la vertu de la Parole, & 
le changement de Celàr en faveur de Dejo- 
Ff iij 




130 Opufcules Tojîhumes 

tarus apr^s avoir ouy la Harangue de Cicé¬ 
ron pour la défenfe de ce Roy, dont Cefar 
avoir refolu la perte. Cependant l’Ecriture 
nous enlèigne que l’entendement du pecheur 
eft tellement tenebreux, qu’il ne le peut ren¬ 
dre à la Parole en quelque évidence qu’elle 
lui Ibit annoncée, ainfi qu’il paroït par l’e¬ 
xemple des Jui£s incrédules à la Prédication 
de S.Etienne, lefquels le ièntant confondus par 
les preuves invincibles de ce premier Martyr 
de l’Evangile, en crevoient dans leur cœur 
de dépit julqu’à grincer les dents, làns pou¬ 
voir donner gloire à Dieu ; C’eft pourquoy 
l’Ecriture dit admirablement que le peclieur 
a des yeux & ne voit point, des oreilles & 
n’entend point. Toutes lefquelles choies ne 
conviennent nullement à Celàr, lequel n’a- 
voit ny l’efprit alTez bouché pour ne pas 
comprendre de luy-même les raifonnemens 
& les remontrances de Cicéron dans fon Plai¬ 
doyer pour le Roy Dejotarus, ny le cœur alTez 
dur pour y rélifter. 

Ma lèconde oblèrvation lèra for une com- 
pararailbn que cesMelfieurs mettent en avant 
pour prouver qu’en la converlion d’un pe¬ 
cheur Dieu n’agit que mediatement par là 
Parole, Ils difcnt qu’il en eft comme d’une 


de 3 'îonjteur 3 îenjot. II, Part. 231 
îiine, laquelle étant poufTée réduit en poudre 
le bois & le fer quelle touche. Ce bois & 
ce fer, lelon eux, nous figurent le pecheur, 
la lime ell: l’image de la Parole, & l’agent 
qui meut la lime repre/ènte Dieu agiffant par 
la Parole ; En forte que comme celuy qui 
remue la lime ne brife le bois Sc le fer que 
mediatement, aufiî Dieu ne convertit le pe¬ 
cheur que par la feule Prédication de l’Evan¬ 
gile. Mais n’eft-il pas étonnant que ces Mef- 
fieurs, loriqu’on employé contre eux l’Ecri¬ 
ture qui compare la converfion du pecheur 
tantôt à une nouvelle nailfance, tantôt à une 
refurredion, & par fois à une création, ré¬ 
pondent qu’il n’eft pas railbnnable de fonder 
une Dodrine fiir des exprelfions métaphori¬ 
ques , & nous citent les Dodeurs Juifs, di- 
lans que la Theologk Jymbolique ficjl pas ar¬ 
gumentative , pendant qu’eux-mêmes veulent 
prouver leur créance par des exemples em¬ 
pruntez des Arts méchaniques, lelquels e- 
xemples d’ailleurs n’ont nul rapj)oit au fiijet 
dont il s’agit, & combattent plutôt leur lèn- 
timent qu’ils ne l’établilfent. Car une lime 
pulverife du bois & du fer en les frottant, 
parce que ces corps-là font d’eux-mêmes dif. 
pofez à ceder aux mouvemens de la lime, 



1^1 Opufeules Tojlhumes 

mais les dents d une lime, quelque effort qu’on 
puiffe faire, ne mordront jamais lùr un dia¬ 
mant , dont la dureté eft naturellement in> 
lùrmontable. Ainfi la Parole, lors même 
quelle eft accompagnée des plus éclatansmi¬ 
racles, ne fera que blanchir contre le cœur 
de pierre d’un pecheur, à moins qu’il ne foit 
touché au même moment par la vertu fecre- 
te & toute puiffante du S. Elprit, n’y ayant 
que Dieu lèul capable de changer des pierres 
en enfans d’Abranam. Cela paroît par l’e¬ 
xemple de Pharao, auquel Dieu parloit par¬ 
la bouche de Moyfe, & accompagnoit la pa¬ 
role de ce lien Serviteur de plufieurs fléaux 
épouvantables & miraculeux, cependant il 
eft remarqué que Dieu luy endurcilfoit le 
cœur, non par une aétion pofitive, car Dieu 
ne peut être Auteur de péché, mais par une 
pure négation de grâce j c’eft àdirenel’amo- 
lilfoit pas, mais l’abandonnoit à là propre du¬ 
reté. 

Il eft vray que la maniéré dont le S. Elprit 
décille l'œil de l'entendement du pecheur &, 
s’il faut ainlî dire, en abbat la cataraéle & en 
fait tomber les écailles, ou fi l’on veut, pour 
parler moins métaphoriquement, corrige & 
feétifie le travers & le gauche de là raifon, 


de MmfteurMenjot. II. Part, 

(car dans l’Ecriture les incrédules font trai¬ 
tez d’infenlèz ) il eft vray, dis-je, que la ma¬ 
niéré dont le S. Eljirit illumine les tenebres 
d’un homme non converti n’eft pas revelée, 
mais c’eft à nous d’adorer avec Ibûmiflion ce 
Myllere, Cm lequel il a plu à Dieu de tirer 
un voile j Ainfî il n’y a rien de plus évident 
dans les enfans,dés qu’ils commencent à agir 
ou à parler, que leur péché originel, ny rien 
de plus obfcur que là nature & que le moyen 
dont il eft communiqué immanquablement 
par les peres & meres à leurs defcendans, eûam 
fine ratîone ïpfa veritas ducit. 

On a donc tort de s’imaginer que pour ga¬ 
gner à Dieu un pecheur obftiné &, comme 
parle l’Ecriture, un homme vendufiuspéché ^ 
lequel partant n’eft: plus libre, il lùifilé que 
la Providence Divine luy adrelTe un Prédi¬ 
cateur qui Ibit alTez bon Rethoricien & aifez 
bon Dialeéticien pour le delàbulèr de lès faux 
préjugez, en l’attaqnant adroitement du co¬ 
té de Ibii foible & en le prenant parlbnanlè, 
s’il eft par exemple d’un naturel timide en luy 
failànt peur des Enfers j s’il eft pauvre & milè- 
rableenluy promettant les richelïès &: la fé¬ 
licité du Paradis j s’il a le cœur porté à ai¬ 
mer, comme, la Madelaine, en luy propo- 
Gg 




234 Opîifciiks Pofthmnes 

iànt Dieu qui eft une fouveraine beauté pour 
objet de fbn amour: Et afin de mefèrvirde 
la propre penfée de ces Melïîeurs, il en eft, 
à ce qu’ils alTurent, comme d’un homme d’eP 
prit, lequel ne manquera jamais à devenir 
Mathématicien s’il eft inftruit par un Maître 
qui f'oit fort habile. 

En confcience de tels fentimens abbaiflent- 
ils affez l’homme plongé naturellement dans 
l’erreur & dans le péché ? Elevent-ils affez 
la Grâce Evangélique qui fe tire de cet abî¬ 
me? Et ne choquent-ils pas ce que dit notre 
Seigneur, que le Pere a caché , c’eft à dire n’a 
pas donné à connoître ces chofes aux fages& 
aux entendus^ mais quil tes a révélées aux 
petits enfans , c’eft à dire aux fimples, pour 
montrer que la foy ne dépend pas du bon 
fens de l’homme, mais de l’illumination Di¬ 
vine. 

Ajoutons ici une confideration ftir lacon- 
verfion future des Juifs. Leurs Perés ont 
anciennement ouy l’Evangile de la propre 
bouche du Fils de Dieu, ils ont été les té¬ 
moins oculaires de fes nombreux & prodi¬ 
gieux miracles. Après l’Afcenfion dejeftis- 
Chrift au Ciel les Apôtres leur ont prêché 
la Parole avec une entière clarté j ils ont eni 


âe Menjtetiv Menjot. ÎI. Part. 
leur prelênce autorifô cette Prédication d’u¬ 
ne infinité de miracles égaux à ceux de leur 
Maître. Peu de temps après ces mêmes Juifs 
ont expérimenté l’effet de la Prophétie de 
Jefùs-Chrift touchant leur dilperfion, &: la 
ruine totale de leur Ville & de leur Temple: 
cependant ces malheureux font demeurez fer¬ 
mes dans leur endurcilfement, & leur pofte- 
rité y continue depuis plus de feize Siècles, 
même on peut dire que leur cœur, comme 
parle l’Ecriture, -sengraijfe de jour en jour. 
Qu’on nous explique donc comment des in¬ 
crédules fî inveterez & fi opiniâtres pouront 
quelque jour être convertis à la foy, à moins 
d’une operation immédiate de Dieu qui éclaire 
leur entendement & fléchilTe leur volonté. 
Les Juifs auront-ils en ce temps-là plus de lu¬ 
mière d’efprit pour comprendre l’Evangile qui 
leur fera prêché, que n’en ont eu leurs prede- 
ceffeurs depuis Jefus-Chrift jufqu’alors ? D’où 
leur viendra une fi fiirprenante augmentation 
de bon fêns ? Sera-ce par l’influence de quelque 
nouvelle & benefique conftellation ^ 

De ce que deflus nous concluons que la Pa¬ 
role efl: à la vérité la fèmence de nôtre régéné¬ 
ration , mais qu’il eft tout à fait impoffible que 
cettefàintefèmence germe dans nôtre cœur, 

Gg U 



Opufeules Peflhumes 

lequel de fôy eft un terroir fterile & ingrat, s’il 
n eft cultivé & amoli par la vertu immédiate de 
l’Elprit de Dieu ; & c eft en cela proprement 
queconfifteleflèncedelaGrace, & non pas 
dans ly)relèntation nue & fimple de fon objet 
addrefte indifféremment aux Elus & aux Re^ 
prouvez. 



de Mnjîem Mnjot, II. Paît. ^37 


SYSTEME DE LA DOCTRINE 
de la Grâce Médiate. 

L e pechë originel n’eft pas la privation de 
cette juftice primitive que Dieu, lèlon 
la luppofition de quelques Théologiens, a- 
voit infulè en Adam, & qui eût été tranfim- 
fe à là pofterité s’il n’eût pas péché: car A- 
dam n’a point eu d’autre juftice primitive, 
qu’une neutralité entre la vertu & le vice, 
avec une abloluë & entière liberté d’exercer 
l’une ou l’autre. 

Le péché originel n’eft pas auftî un aveu¬ 
glement de l’entendement lorlqu’il s’agit de 
l’objet du falut, lequel aveuglement ait été 
une liiite neceftaire, & une punition de la 
chute du premier homme. Parce qu’il n’eft: 
pas imaginable que l’entendement après le 
péché étant demeuré capable de toutes les 
connoiftances humaines, comme l’experien- 
ce nous le fait voir, lôit cependant refté a- 
veugie uniquement pour les choies de la Re¬ 
ligion. Mais la nature du péché originel con,. 
fille dans certaines habitudes corronipuës qui 
tirent leur principe d’Adam, & palîede luy 
G g iij 





^3^ Opufeules Pofthumes 

à lès defeendans par la voye de la generatioHj 
â la maniéré des maladies héréditaires. CeS 
habitudes corrompues Ibnt infiniment diffe¬ 
rentes , félon la diverfité de chaque homme 
en particulier, & Ibnt fomentées & même 
augmentées dans les adultes par la commif- 
fion de leurs pechez aétuels. Il ne faut donc 
pas être fiirpris fi tout le genre humain a na¬ 
turellement felprit rempli d’un grand nombre 
de préjugez charnels qui ne luy permettent 
pas de juger làinementde l’Evangile. Tout 
de même qu’un œil dont la pupille eft infe- 
élée de bile, aperçoit à la vérité tous les ob¬ 
jets vifibles, mais Ibus une apparence trom- 
peulè de jauneur. C’eft pourquoy les Ré¬ 
prouvez , encore que leur elprit Ibit frapé de 
la Grâce qui leur efi: prefèntée, puilqu’ils 
n’ont point perdu l’ufage de leur raifon, ne 
le convertilfent pourtant jamais, d’autant que 
leurs faulfes préventions en faveur des cho¬ 
ies du monde, l’emportent dans leur enten¬ 
dement par delfus les raifons Evangéliques, 
& partant qu’ils choifilfent infailliblement , 
quoy que volontairement, le parti du péché 
& de l’erreur. 

Mais à l’égard des Elus comme Dieu de tou¬ 
te éternité a refolu de les .auver, auffi employé- 


de Mmfieur Menjot. lî. Paît. 
t’il avant toute cliofè par une Providence fin- 
guliere plufieiirs circonftances externes, par 
lelquelles les faux préjugez qu’ils ont de com¬ 
mun avec les Reprouvez s’affoiblilTent & le di¬ 
minuent petit à petit, & Dieu apres les avoir 
ainfi préalablement difpolez, leur offre enfii- 
te fon fàlut par la prédication de la Parole ac¬ 
compagnée de preuves fi évidentes & de motifs 
fî puiffans, appeliez motiva credihilitatis , que 
leur entendement le rend de luy-même à ces 
Divines veritez. De là il s’enfuit deux choies, 
premièrement que Dieu d’une part par une 
conduite fi favorable envers fès Elus, eft le 
véritable auteur de leur falut 3 Secondement, 
que l’entendement des Elus d’autre part fe 
trouvant repurgé de fès faux préjugez, après 
avoir mis en balance les raifbns mondaines & 
les raifons Divines, opine par là propre lumiè¬ 
re en faveur de celles-cy ; à l’exemple d’un 
Juge lequel ayant ouy & pefé toutes les raifons 
de part & d’autre, fè détermine de foy-même 
à donner gain de caufè à la partie dont les rai- 
Ibns l’ont le plus fortement touché. Car les 
dodrines celeftes étant des objets intelligibles, 
l’entendement par fès propres forces naturelles 
eft en état de les comprendre & d’en être per- 
. /ùadé quand elles luy font propofées avec une 



140 Toflhufms 

fuffirante datte. 

Sur ces hypothefes, il eft certain que 
converfîon du pecheur lê fait non par une il¬ 
lumination furnaturelle & immédiate, mais 
naturellement & mediatement par la fimple 
ledure ou prédication de la Parole, dont les 
railbiis luy paroilTent convaincjuantes. 



DIFFh 


de Mnjieur Ji^enjot. II. Part. î4î 


PIFFICULTEZ SUR CE SVSTEME 
de la Grâce ^edmte, 

I. 

S T toute l’excellence d’Adam avantfonpe« 
ché eût confifté dans équilibre de vertu 
& de vice lâns aucune juftice inherente, il 
s’enfiiivroit qu’Adam dans lôn état d’integri- 
té, & Ibrtant nouvellement des mains de ïbn 
Créateur dont il étoit le chef-d’œuvre, au- 
roit été moins parfait, à parler humainement, 
que quelques Payons comme un Socrate & 
un Ariftide, qui ont excellé en làgelTe & en 
juftice. Il eft vray que ces Illuftres Philo- 
Ibphes étoient pécheurs, au lieu qu’Adam 
étoit exempt de péché : Mais je fbûtiens auftî 
qu’un homme avec des pechez mitigez, le¬ 
quel d’ailleurs poftède en un haut degré les 
plus éminentes vertus, eft en un état préfé¬ 
rable à celuy d’un homme indiffèrent entre 
la vertu &le vice,& par confêquentdeftitué 
de toute Morale, & toujours prêt à prendre 
le parti du péché. 


Hh 



Opujcuks 'Bofiîmmes 


041 

1, 

Quelle impoflîbilitë y a-t’iiqu’apre's le pé¬ 
ché d’Adam la faculté de l’entendement fe 
trouve capable des Sciences humaines, & 
tout enlèmble par un jufte châtiment de Dieu 
incapable de la Science Divine, d’autant plus 
que dans les choies naturelles nous voyons 
des effets à peu prés fèmblables : Par exem¬ 
ple, il fe rencontre des genies inhabiles, les 
uns à la Poëfie, les autres à la Geometrie, 
& quelques-uns à toute étude en general, 
qui cependant réüfhlTent admirablement dans 
le Commerce, dans les Negotiations&dans 
les Arts. Ainfi certains mélancoliques feper- 
fùadent d’être cmches, les autres d’être fans 
tête, & quelques-uns d’être Monarques, lef- 
quels hors de cette illufion font .prudens & 
adroits beaucoup au delà du commun : d’où 
il paroît évidemment qu’il n’y a nulle con¬ 
tradiction qu’un même entendement foit eu 
pouvoir de bien comprendre un certain ob¬ 
jet , & qu’il foit en même temps ftupide à l’é¬ 
gard d’un autre objet. 


de Monjîeur Menjot. II. Part. 3:45 


3 ' 

Ces habitudes corrompues qu’on affure 
être communiquées des peres aux enfans, ne 
peuvent être que des idées du faux bien. Or 
on fçait que l’entendement eft naturellement 
comme une table raie lîir laquelle il n’y a 
rien d’écrit, & la bonne Philofophie n’admet 
point d’elpeces connaturelles, autrement les 
peres & meres pourroient aufïï communiquer 
à leurs enfans les idées de leurs vertus, de 
même les idées des connoilTances qu’ils au- 
roient aquilès pendant leur vie. De plus les 
idées des vices ne produilènt dans l’entende¬ 
ment que de fîmples conceptions, qui d’el¬ 
les-mêmes font indifférentes, n’y ayant que 
raquiefcement au vice qui foit criminel, le¬ 
quel aquiefoement ne peut être tranlmis des 
peres & meres à leur pofterité, d’autant moins 
que les enfans dans le ventre de leur mere, 
quoy qu’entachez du péché originel, font ab- 
Iblument privez non feulement de tout juge¬ 
ment , mais auflî de la fîmple apprehenfion 
des objets. 


144 


Opujcuks Vojîhumes 


4. 

Selon ce Syfteme en quelque évidénceque 
l’Evangile l'oit prêché, ce fera toujours inu¬ 
tilement Il les auditeurs n’ont en eux des difpo' 
Etions à la Grâce. Cependant Jeliis-Chrift par 
Jfbn leul commandement, accompagné d’une 
Grâce intérieure, a appelé efficacement à foy 
quatre Pefcheurs ignorans & un Peàger de 
mauvaifè vie, & a converti à la Croix un des 
Brigands & non pas l’autre, quoy que leurs 
difpofitions fulfent égales, ceft à dire abfo- 
lument nulles.' Car de prétendre qu’il y eût 
dans le bon Larron des préparations à la Gr⬠
ce lelquelles ne fe trouvoient pas dans le Bri¬ 
gand Reprouve, c’eft une devination témé¬ 
raire.’ J’avoue que les prières & les aumô¬ 
nes de Corneille l’ont dilpofë à recevoir la 
foy, mais ces faintés préparations étoient des 
effets de la Grâce, qui commençoit déjà, com¬ 
me le Soleil avant que d’être liir l’Horifon, à 
poindre dans le cœur de ce S. Homme. 

y- 

La Doéfrine de la Grâce Médiate ne re^ 


de Moniteur Meujot. II. Part. 245 
medie en nulle maniéré, comme on le pré¬ 
tend , à la plainte injufte des Reprouvez tou¬ 
chant le procédé de Dieu à leur egard. Car 
Dieu n’affoibliflant point, comme il fait dans 
lès Elûs, leurs faux préjugez par des moyens 
extérieurs & prevenans, ils demeurent necef. 
fairement dans l’impuilfance de fè convertir, 
& par là. le croyent en droit, quoy que fauf.. 
fement, de murmurer contre la Juftice Divine. 

L’Ecriture ne parle nulle part de cette 
préparation de rentendemént par des moyens 
& par des circonftances externes, qu’on pre- 
fume que la Providence Divine employé tou¬ 
jours en faveur des Elûs avant leur conver- 
lîon aduelle. En effet eet affoiblilfement iii- 
lènfible de préjugez ne paroït pas ablolument 
necelîaire, puilque Ibuvent la Parole produit 
tout d’un coup la Grâce dans les incrédules 
& dans les pécheurs. Ne s’ell-il pas vu un 
grand nombre de perlbnnes qui allant écou¬ 
ter des Sermons avec un elprit profane & 
railleur, n’ont pas lailfé d’en être lûbitement 
convertis. Il me Ibuvient d’avoir lu dans un 
Livre intitulé, Oracuk morientium , qu’en une 
Hh iij 


24^ Opufcules Vojîhtmti 
Ville d’Allemagne, une Servante ayant em-^ 
pruntë d’un Juif quelque argent lùr un Nou-r 
veau Teftament, ce Juif en prefence delà fa¬ 
mille le lut & s’en moqua inlblemment, puis 
peu dejours apres le fit Chrétien avec fes en^ 
fans & lès domeftiques. La converfion de ce 
Prolèlite fut fi fincere & fi zelée, qu’à là mort 
il prononça ces paroles,L/w jejùs 
re Bar ah as. 

7 . 

Comment la fimple prefentation de l’Evan¬ 
gile à un Elu, làns le lecours d’une Grâce effi¬ 
cace & prochaine, s’accorde-t’elle avec les ter¬ 
mes magnifiques dont le fert S. Paul aux Ephe- 
liens pour exprimer l’aëlion de Dieu conver- 
tilTant les hommes ? lès paroles font fi exagé¬ 
rantes qu’elles en paroiirent barbares, texcejfi-^ 
1)6grandeur , dit l’Apôtre, de la vertu de Dieu 
envers nous qui croyons, filon l'efficace de la puifi 
Jance defaforce. Pourroit-on lans extravagan¬ 
ce parler de cette maniéré d’un Orateur quel¬ 
que éloquent & quelque pathétique qu’on lè 
Eimagine, par exemple d’Ifocrate lorlque par 
làHarangue Areopagetique il perluada au Peu. 
pie d’Athènes, de changer en Monarchie leur 


de MnfieurMenjot. II. Part. 247 
Gouvernement Démocratique ordonné par le 
fâge Solon, & dont les Athéniens étoient fi fort 
entêtez? S. Paul ajoute au verlèt lùivant que 
cette puilTance fi admirable par laquelle les 
Infidèles Ibnt convertis, Dieu l'a énergique^ 
vient déployée enChnflhrfquil l'a rejfufcité des 
mwts & qu il l'a fait ajfeoir a fa droite aux lieux 
Celeftes. D où il s enmit de toute necelfité que 
la converfion d’un Infidèle eft l’operation de la 
Toute-Puilfance de Dieu, non moins immé¬ 
diate & merveilleulè que celle d’avoir tiré Je- 
Æs-Chrift du tombeau, & de l’avoir placé à 
cdtè de luy dans les Cieux. 



24^ 


Opujcutes ^oflhumes 


DISCOURS DE [LELECTION DES 
Rajleurs. 

D Aiis l’Eglife de Jefus-Chrift, auffi bien 
que dans les Etats du monde, il n y a 
rien de fi dangereux que de lailTer empietei* 
fiir l’autorité légitimé. C’eft pourquoy l’E- 
glilè doit avoir cette làinte jaloufie de ne pas 
donner la gloire à un autre, & de ne per¬ 
mettre jamais, Ibus quelque pretexte que ce 
Ibit, que Ibn Gouvernement Démocratique 
le change en Monarchique, ou en Arillocra- 
tique, & beaucoup moins encore une Oli¬ 
garchie , qui de toutes les fortes de Gouver¬ 
nement elt le plus tyrannique & le moins du¬ 
rable. Mais outre l’évidence du péril, n’y 
auroit-il pas de la lâcheté aux Eglilès Refor¬ 
mées de ce Royaume, de témoigner moins 
de chaleur pour foûtenir lès droits contre des 
ulùrpateurs, qu’il n’en paroît dans l’Eglilè 
Catholique Gallicane pour la défenlè de lès 
privilèges contre les entreprilèsdelaCourde 
Rome ? 

Cette autorité de l’Eglife confille princi¬ 
palement dans le choix de lès Pafteurs, com¬ 
me 



de Monjîeur 3 fenjot, H. Part. 249 
lîie celle d’un Etat dans la création des Offi¬ 
ciers publics. Ainfi les Apôtres, nonobftant 
ie pouvoir ablblu qu’ils avoient reçu de leur 
Àîaîtrcjdc le don de connoître les cœurs par 
là révélation du S.Elprit, ont eu neanmoins 
taiitde deTerence pour les AlTemblées des pre¬ 
miers fidèles, qu’ils leur lailTerent la liberté 
de clioifir d’entr’eux lèpt Diacres làns s’en 
mêler en aucune maniéré, mais le contentèrent 
de conférer l’ordination par l’impofition des 
mains à ceux qui furent élus. 

Si quelque elprit contentieux objeèfe qu’il 
ne s’agifibit alors que de Diacres, & qu’il eft 
icy queftion de Palleurs, qu’il apprenne de 
Monfieur Daillé dans les pai'oles que nous al¬ 
léguerons tantôt, tirées d’un de lès Sermons , 
que fi cet ulàge avoit lieu dans le choix des 
Diacres, à plus forte railbn avoit-il lieu dans 
l’éledion des Pafteurs, à caulè de l’excellence 
du Miniftereaudeffiisdu Diaconat, & qu’il 
importe beaucoup plus au Peuple d’avoir des 
Miniftres qui leur touchent le cœur par la for¬ 
ce de leurs Prédications, que non pas des Dia¬ 
cres qui dillribuënt fidèlement leurs aumônes. 
Mais quand Monfieur Daillènele diroit pas, 
que peut-on répondre à l’hiftoire des Aétes 
'^des Apôtres, où il eft recité que Paul & Bar- 
li 


L’an 
J637. 
art. i9- 
des ap¬ 
pella¬ 
tions. 


150 Opufeuks Pûjîhmnes 

nabas établirent des Prêtres dans chaque E* 

glifèparlesfufFragesdes AiTemblées ? 

Cette puilTance de l’Eglife étant fondée fur 
la Parole de Dieu, tous les fidèles Ibnt obli¬ 
gez enconfcience de s’oppofer avec vigueur, 
je ne dirai pas, aux particuliers feulement, & 
aux fimples Compagnies Ecclefiaftiques, mais 
même aux Conciles Oecuméniques s’il s’en 
trouvoit qui olalTent ufurper leur droit, puif. 
que S. Paul veut qu’on anathematilè & luy Sf 
les Anges s’ils entrepreiioient d’évangelilèr 
contre ce qui a été évangelifé. Mais nous ne 
ibmmes pas Dieu merci en cette peine dans 
notre Communion, puilque des Synodes Na¬ 
tionaux nous ont confervé nôtre droit. Voky 
les termes de celuy d’Alençon. La Compagnie 
interprétant le jugement rendu contre le Sieur 
Defehamps & infiré cy-deffus -, déclare que les 
Miniflres & Ancienspourront concerter entreux 
enConJiJîoire fiir les chojes qutls eftiment necef- 
faires tant pour P admijfion que pour texckjm 
de quelques Vajleurs dans chacune Eglife ; mais 
quils ne doivent prendre aucune refolution finale 
qu après une deliberation préalable avec les 
Chefs defamille deuément convoquez , laquelle 
fe conclura par la pluralité des voix ^félon P ordre 
de toute Affemblée bien réglée , & pus la dire* 


de Monfieur Menjot. II. Part. 251 
'^ion du Conjiftoire. 

■ Il ne dit pas que les Anciens aillent par les 
inailbns des Chefs de famille pour prendre les 
voix, il parle d’Aflemblée & de Chefs de fa¬ 
mille deuëment convoquez, parce qu’en effet 
il n’eft pas alors fi aile de leur impofèr que s’ils 
étoientfèparez les uns des autres. C’ell pour 
cette raifon que dans toutes les conditions de la 
vie lorfqu’il s’agit de quelque affaire importan¬ 
te & publique, on ne le contente pas des avis 
de chacun en particulier, mais on a de coutu¬ 
me de convoquer les Communautez entières, 
jufques-là mâne que les Religieux Sc Reli- 
gieufès de l’Eglifè Romaine, nonobftant d’ail¬ 
leurs le pouvoir fupreme de ceux qui les gou¬ 
vernent, ne manquent jamais de s’affembler 
Capitulairement lorfqu’il efl queftion de rece¬ 
voir quelque perfbnne dans leur Ordre, ou de 
créer.des Supérieurs. 

Mais d’où vient, diront peut-être quelques- 
uns , que la Difeipline Ecclefiaflique a oublié 
de parler de ce droit du Peuple touchant le 
choix libre de fes Pafleurs ? On pourroit ré¬ 
pondre que ne l’attribuant pas non plus aux 
Confifloires, l’équité veut que le Peuple qui 
fournità la fiibfiltance de.iês Miniftres , ait 
fluffi la faculté de les choifir. . Mais la verita- 
li ij 





Li\r.4 c. 
4.art.ij- 


ifz C^'uJcuksVeflhuines 

ble raifon du filence de la Difcipline, eft qu’ellè 
a lùppofë ce droit comme Divia, & par confe^ 
quent coiraae inconteftable, & qu ainli elle 
n’a pas dû s’en expliquer. Que fi le Synode 
d’Alençon en a fait emuke un Reglement, ce 
n’a ete qu’à l’occafion d’un fait particulier y: 
auquel il a feulement appliqué l’exemple des 
Apôtres quidoitlèrviràrEgîife de Loy per¬ 
pétuelle & inviolable. Aulfi nos plus célébrés 
Théologiens ont-ils écrit &: prêché publique¬ 
ment cette màne Dodrine. Yoicy ce qu’en 
dit Calvin, dans lôn Inflitution : La: quefltm efi 
maintenant a favoir fiun Mmiflre doit être élu 
en par tmite tEglife , ou par les autres Mmijlres. 
& GouverneurSyOu bien s il doit être confiituépar 
un homme fetd. Ceux qm veulent mettre cela 

en lapuijfance d'un (eulhomme , allèguent ce que 
dit s. PaulaTite. Je t'ay laifé enCrete afin 
que tu confiitué des Prêtres en chacune Ville, - 
ItemdTimothée-y N'impojèpas fùbitement les 
mains d aucun. Mais silspenfent que Timothée 
ait exercé une Domination Royale d Ephefe pour 
difpofer de tout a finplaijir , ou qm Tite ait fait 
kfimblahle en Crete , ils sabufent grandement 
car tom deux ontprejidé ptr les éîeêlions afin de 
conduire k Teuple par bon confeil^^ér noti pas pour 
en faire & tailler ce que bon leurfemblmt en ex^. 


de Monjteur Menjôt. II. TPârt. 15 5 

chiant les autres : Et afin qtiilne fetiihlepas que 
je fwge cela de ma tête , je démontrerai cquainfi 
ejîpar im femhlable exemple > Qar S. Luc recite 
queEaul&Barnahasont créé des Prêtres par 
lesEglifèsy mais endifant celait note quant & 
quant la façon ^ ce fi quils les ont créezparfuf- 
frages ou par les voix du Peuple , comme porte le 
mot Grec, Ils les creoiem donc eux deux , mais 
le Peuple félon h façon du Pays , aïnfi que les hh 
foires témoignent , levoit les mains pom' déclarer 
lequel ils vouloient avoir , & ce fi une forme com¬ 
mune de parler , coîwne quand les Hifioriens dh 
fentquunConfidcréoit des Officiers quand il re- 
cevoit les voix du Peuple &prefidoit Jiir Léle- 
êlion. Certes Un efipas croyable que S. Paul 

ait plus permis d Tmothe ou d Tite , que luy-jnê^ 
me fiofoit entreprendre. Or mus voyons qu il 
avoït accoutumé de créer des Minifires par le 
confientement & fit frage du Peuple, il fiaut donc 
tellement entendre lespajfagesprécédons , que- la 
liberté & le droit commun de LEglifie ne Joit en 
rien enfreint ou amomdri ,parquoy S. Cyprien dit 
bien ^ en affirfnant que-cela procédé de l’autorité 
de Dieu , qtiun Prêtrefoit élu devant un chacun 
en la prefience dit Petite , afin quil fiait approuvé 
digne & idoine par le témoignage de tous. Car 

mus voyons que cela a étêobfiervépar lecomman- 

li iij 


254 Opufeules Vojîhumes 

detnent de Dieu aux Prêtres Levitiques^ qtion . 
les amenât &produijît devant le Temple avant 
que de les confierer. En cette maniéré Mathias 
fut adjoint en la compagnie des Apôtres, ér ne 
furentpoint autrement créer, les fept Diacres que 
le Teuple voyant & le s'approuvant. Ces exem- 
ples.,dit S. Çyprieji^ montrent que la création iun 
Trêtre ne fe doit faire fmn en Pajfftance duPeu- 
(fje , afin que P éle&ion cqui aura été examinée par 
fe témoignage de tous., foitpifle & légitimé. Nous 
favons donc que la vocation dé un Miniftre ordofu 
né par la Parole de Dieu efl telle , "afavoir quand 
celuy qui efl idoine efl créé avec confentemeni é' . 
approbation du Peuple. <Au refe les Pafie’urs 
doivent prefider fur Péleêlion, afin que le populai¬ 
re ny procédé point par legereté , ou par brigues, 
ou par tumulte. 

Or afin qu’on ne chicane pas en clilànt que 
le cônièntement du Peuple eli à la vérité ne- 
celfaire, mais qu’il n’importe s’il donne Ibn con- 
lèntement leparé ou alTemblé en corps ; Il faut 
noter que Calvin dit exprelTement, que les 
Pafteurs doivent prefider fiir les élections afin 
de conduire le Peuple par bon conlèil, & d’em¬ 
pêcher le tumulte. Item quâ lafaçon du Pays 
le peuple anciennement levoit les mains pour té¬ 
moigner lequel ilswQîdoient avoir.) & que la créa-^ 


âe MonJîeurMenjot. IL Part. 
tïoniun Trêtre nefe doit faire qü en tajfflanc e 
du peuple. Defquelles paroles il s’enluic ne- 
ceffairement que Calvin a entendu que l’Eglifè 
fûtafTembléeenun: Il le prouve même par 
l’exemple des Officiers de la Republique Ro¬ 
maine qui e'toient créez par les fuffrages de 
tout le Peuple alTemblé, le Conlul ne faifant 
que recueillir les voix & prefîder iur l’éle- 
dion. 

Apres le lèntiment de Calvin voyons ce- 
luy de Monfieur Meftrezat dans fon Traité de 13. 
l’Eglilè : Nom maintenons , dit-il, que le droit 
de la mijflon refide non es perfemies des Evêques y 
mais en chaque Eglife Chrétienne & corps de fi¬ 
dèles y de même qtiés Républiques populaires le 
droit iélire les Magiflrats àr les conflituer en 
leurs Charges , appartient au corps dupettpk qui 
compofe la Republique. Et peû après voicy 
comme il parle de la f<;^nTie qui le doit tenir 
dans la vocation d’un Pafteur ; Il faut que la 
multitudes ajjemble , *^qu elle de?nande d Dku 
par prières quil luyfaffe la grâce defaire éleBion 
de perfonne propre qm ait fa crainte y & des gr⬠
ces convenables. Il prouve enlùite cette vérité 
non lèulement par le choix des Diacres fait par 
tous les fidèles alTerablez en corps, & par l’éta- 
biificment des Prêtres de lavis des Eglilès par 




1^6 Opufcuks Tofthtmies 

Paul & BarnaSas, mais par l’exemple même 
du SuccelTeur de Judas en l’Apoftolat.' Quant 
a PAJfemblée , dit-il, desfidèles requifepour l'è~ 
leBion ^ ellefe volt premier einent ^ABes i. la m 
s'agijfant dénommer deux perfonn£s pour mn- 
plir la place de l'Apoftolat & miniflere de Judas ^ 
il efi dit que Pierre s étant levé au milieu des 
Difciples , ou étoit une Ajfemblée d'environfix- 
vingt s perfennes {qui étoit alors le nombre de 
ceux qui compofiient iEglife de Jerùfalem } & 
ayant reprejèntéqu il falo'it que quelqu'un fût 
choifi de ceux qui avaient converfé avec Je fus- 
Chrifi , & qui fût témoin de fa refierreBion , ils 
enprefenterent deux , afin que l'un fut élu par 
firt ^ éc que le fort étant tombé ftir Mathias y il 
fut d'un commun accordmis au nombre des onze 
Apêtfes. Et au chapitre lùivant ce grand & 
hncere Théologien explique la penfée en ces 
mots. Par tout oûilyji quelque Affemblée au 

nom de Jefùs-Chrift & en quelque temps que 
Dieu la fiijcite , en elle reJUe la puiffance de l'é~ 
leBion & ordination de fes Pafieurs , tout de mê¬ 
me qués Royaumes éleBifs la puiffance d'élire é 
de créer les Rois réfide dans le Corps de l'Etat-, 
en une République populaire -, la puiffance de 
créer les Magiflrats qm la gouvernent ^ réfide 
dans le Corps du peuple qui compojè la Républf 

que: 


de Monfieur Menjot. II. Part. 
què: Et la Ceremonie de Ntablijfement de la 
perfonne élû'èfe fait au nom du Teuple. Et un 
peu apres. QuandTimothée & Tite [comme 
Evangelijles qm avoient charge de Jùppléer a 
l'abfence des Cdputres ) établiffoient des Pafteurs 
és Eglifes & leur impofbient les mains , & cétoit 
entant qùils avoient la conduite & direBion de 
tajfemblée en léleBion. De plus Ü confirme 
cette coutume Apoftolique par un railbnne- 
ment qui ne IbufFre point de répliqué. Lauto^ 
ritéiuneaâiony dit-il, appartient au Supérieur. 
Or chaque Eglijè en corps eft (uperieure a (on 
Tajîeur quel quilfoit. Les Pafteurs & Evê~ 
ques font Miniftres & Serviteurs de tEglife , & 
par ce moyen Minif res & Serviteurs de Dieu y 
dont S. Taul dit au Corps de l'Eglife de Corinthe y 
Nous femmes vos Serviteurs a cauje de fejus. 
Enfin il cite le témoignage de S. Cyprien en- 
feignant que le Peuple a principalement la 
puilfance ou d’élire des Prêtres dignes, ou de 
refuferles indignes. 

A ces deux làvans hommes qui ont fi forte¬ 
ment défendu l’honneur & l’interet de l’Eglile 
contre fes opprefiTeurs, joignons-y Monficur 
Daillé, afin qu’en la bouche de ces trois Illu- 
ftres témoins toute parole Ibit ferme. Au deu¬ 
xième Sermon lur i’Epître à Tite, il parle de 


25"^ Opufcuks Poflhmnes 

cette forte. Ne vous imaginez pas qm F Apôtre 
eût donné a Vite unepuijfonce mfolué cFappeller 
à ce S. Minifiere quiconque luy plairmt é’ en 
quelque forte qù il voudroît : Il ne faut pas dou¬ 
ter qu il ne luy eût commandé d’ohfèrver toutes 
les formes ér les réglés convenables dans une a* 
âionfifàinte érfi importante, qu'il avoit accou¬ 
tumé d'y apporter lui~?nême quand ilfaifoit quel¬ 
que étahlijfement de cette forte. 

Telle étoit entre les autres l'ékBion & lappro¬ 
bation de la per fonne par le Peuple qui avoit be- 
foind'unPafteur. Car S. Luc rapportant que 
S. Taul établit des Prêtres ou Anciens dans les 
Eglifès de Lyfire , d'Icdnie & de Derbe , ufe d'un 
mot quifignifieproprement choifir & établir avec 
ksfufragesduPeuple^é’par l'^Avis de l'Af 
fmblée y comme nos Bibles ont fort bien traduit. 
Et vous voyez que les ^Apôtres procéderont ainfi 
dans l'ékBion & ordination des Diacres , dont k 
minifiere efl beaucoup au defious de la Prêtrife, 
c'efi d dire de la Charge des Tafteurs. Et dans 
fon Ouvrage incomparable contre Adam, & 
P ,, Cotibi, on y lit ces daroies. S. Cyprien nous 
explique clairement lu fage de fin temps pour ks 
ordinations des Evêques , quildit être venu de la 
Tradition Divine , & de l'obfervation tApofiolu 
que. Car quand ilfakit donner un Pafieuv a me 


de Monjteur Menjot. II. Paît. 259 
gglifè , ks Evêques de la même Province lesplus 
proches de la Ville ou étoit l'EgliJè s y ajfem-^ 
hloient , & la étoit choiJiV Evêque en prefence du 
peuple , é‘ ilprouve par ce moyen la validité de 
l’ordination de Sahin Evêque d’E/pagne établi 
en la place de Bafilides dépofépour crimes. LE^ 

S at , dit S. Ç^prien , luy a été déféré par le 
ige de toute la compagnie des fidèles , & par 
k jugement des Evêques qui étoient affemblez d 
l’heure même. 

Or il faut diftinguer l’examen de ceux qui 
alpirent au S. Miniftere, & leur ordination s’ils 
en font trouvez dignes, d’avec l’établilîèment 
d’un Pafteur for quelque Eglifo ; car cet exa¬ 
men & cette ordination n’appartiennent à la 
vérité qu’aux Pafteurs, comme étant fouis Ju¬ 
ges competens dé la foffilànce de ceux qui fo 
prefontent, & fouis en pouvoir de leur impofer 
les mains folon les formes ordinaires. La dd- 
pofition même d’un Pafteur pour crime, ou 
pourherefîe, appartient aux Tribunaux Ec- 
clefîaftiques, & nullement au Peuple. Mais 
lorlqu’un Pafteur eft reçu en Charge, & qu’il 
s’agit de l’attacher à quelque Eglifo, il n’y a 
rien de plus jufte que de prendre l’avis de cha¬ 
que fidèle en particulier, pour fovoir fi ce Pa- 
.eur là l’édifie, ou s’il ne l’édifie pas. 



i6o Opufcules Poflhmnes 

De ce que delTus il s’enfuit, que fi par avan- 
tureilfè rencontroit dans quelque Ecrit des 
Peres une forme d’ëledion contraire à celle 
que nous défendons, il la faut confiderer com¬ 
me un effet de l’attentat & de l’orgueil des Pré¬ 
lats , qui commençoient dés lors à vouloir do¬ 
miner fiir les Troupeaux de Jefus-Chrift, & 
comme un des premiers lineamens du Myftere 
d’iniquité, qui fè tramoit du temps même des 
Apôtres. C’efl: donc à bon droit que les E- 
glifês Refoimées de ce Royaume n’ont point 
accoutumé d’admettre de Miniftres qui ne 
loient élus par le Peuple alfemblé en Corps, 
comme n’y ayant point d’autre porte pour en¬ 
trer dans la Bergerie de Jefiis-Chrifl: j & la 
même prérogative ne peut être raifonnable- 
ment refufee à l’Eglifè de Paris, fi ce n’eft peut- 
être que les Chefs de famille dont elle eft com- 
pofee, ayent moins de lumière que ceux des 
Eglifes Provinciales pour faire le choix de fes 
Palpeurs, ce qui fèroit une imagination affez 
plaifânte. 

Les objeélions de ceux qui combattent cet¬ 
te fàinte inftitution de l’Eglife, font foibles & 
aifees à réfuter. Premièrement on nous parle 
d’un Livre compofé par un nommé Morelli, 
qui a pour titre, la Dtfcipline Ecclefmjiique , où 


f 


■ de Monjlem Menjot. M. Part. r6\ 
eftprouvé le choix des Pafteurs par lalTem- 
blée des fidèles à la pluralité des voixj auquel 
Livre il le trouve une Réponlè intitulée, Coji- 
firmationde la Difcipline Ecclejiaftique des E- 
glifes Reformées de ce Royaume , qu’on prétend 
avoir été faite par M. Beze. Ce Traité de 
Morellifut cenfiiré par le Synode National 
tenu à Orléans l’an u 5 (^ 1 . & l’Auteur retranché 
de la Ste Cene pour'ne s’être pas voulu retra¬ 
cer, puis enltiite rétabli dans la Communion 
de l’Eglilè par le Synode National tenu à Paris 
l’an IJ<5). après;avoirrenoncé à Ibn opinion: 
Mais cette Réponfè à Morelli étant anonyme, 
on ne peut làns témérité l’attribuer à M. Beze. 
De plus le Traité de Morelli jettoit l’Eglile 
dans une confufion horrible & lèmblable au 
delbrdre des Anabaptifl:es,& des Indépendants, 
de forte qu’il eft hors de doute que l’Auteur & 
le Livre n’ayent été en cela juftement cenlurez 
parle Synode d’Orléans. Mais, dit-on, ce 
snèmt Livre de Morelli fut pareillement con¬ 
damné par ce Synode, en ce qu’il établit l’é- 
leCion dés Pafteurs par les luftrages du Peu¬ 
ple. A cela je répons que la Reformation 
étoit alors encore dans la nailTance, & qu’il 
pouvoir être demeuré dans les Conduéteurs de 
l’Eglilè quelque refte de l’elprit tyrannique du 
Kk iij 


Opu/cuîes 'Poflhumes 

Clergé Romain ; ou plutôt, puilqu’aulîi bien 
Calvin, comme nous lavons montré, étoitd un 
avis contraire, dilons pour juftifier le Synode, 
que Ibn ordonnance n etoit qu’à temps, & | 
dedèin lèulement de s’accommoder aux per- 
lonnes & aux occafîons, julques à ce que la Re¬ 
formation étant entièrement conlommée, ce 
Decret provifionnel ait été aboli} à peu prés 
comme le Concile de Jerulalem pour ne pas 
jfcandalifer les Juifs nouvellement convertis, 
ordonna qu’on s’ablliendroit de lang & de cho¬ 
ies étouffées. 

Nos adverfàires allèguent en fécond lieu 
pour la défenlè de leur opinion, les contefta- 
tions de préféance qui pourroient furvenir 
dans l’alTemblée entre quelques particuliers,ce 
qui mettroit toute l’Eglifè en confufion ; & de 
là ils infèrent qu’il eft de la prudence de ne s’at¬ 
tacher pas lcrupuleulèment aux formes ordi¬ 
naires , la Dilcipline étant faite pour édifier, & 
non pour détruire. Par exemple, difènt-ils, 
quoy que la Dilcipline ordonne à ceux qui re¬ 
tournent à nôtre Communion après l’avoir a- 
bandonnée, de reparer le Icandale de leur ré¬ 
volté par une reconnoiffance publique, il ell 
jufte à prefènt de les en dilpenler pour certaines 
confiderations que perlbnne n’ignore. 


de Mnjteur Menjot. II. Part. 

Je répons que cette reconnoifïànce publique 
n eiè que de droit humain, & qu’ainh les Gou¬ 
verneurs de l’Eglilè lèlon les occurrences peu¬ 
vent n’y pas obliger les penitens, puilque la 
Difcipline même lailTe à la dilcretion des Con- 
fiftoires d’en ulèr comme ils le jugeront neceC 
lâire pour l’édification de l’Eglilè. Mais il s’a¬ 
git icy d’un droit Divin, fondé fiir l’Ecriture 
Sainte, à*Iaquelle il faut indilpenlâblement 
obeïï & en lailfer l’évenement à la Providence 
de Dieu. Je dis de plus qu’il y a mille expe- 
diens, fi on les veut écouter, pour prévenir ces 
dilputes de rang fin* lelquelles on le récrie fi 
fort. Mais mettons la chofe au pis, & luppo- 
fons qu’il le trouvât parmi nous un particulier 
d’une préemption alfez extravagante pour 
prétendre en vertu de quelque dignité prefider 
dans l’alfemblée, & d’en recueillir les voix au 
préjudice des Pafteurs aulquels ce privilège 
appârtient,jenevoy pas qu’il puiffe naître de 
là un grand deerdre, puilque c’efl: à l’alfem- 
blée, qui eft au delTus des perennes qui la 
compolènt de quelque condition qu’elles puiC 
lent être, déjuger lur le champ de cette bizare 
prétention, & de rejetter tout autre Modéra¬ 
teur que le Doyen de lès Pafteurs, conforme¬ 
ment à la Dilcipline qui ordonne que les Pa^ , 




1^4 Opufctiks Tofthumes 

(leurs prefideront non feulement és Coiififtoi-, 
res, mais aufli en toute autre affemblée Eccle- 
iîaftique. Que fi ce particulier efl affez fier 
& afifez broüillon pour ne pas aquiefcer au ju. 
gement rendu par le Peuple, on peut l’obliger 
à le retirer de l’alTemblée, & cependant ne laiC. 
1èr pas de procéder à l’éledion. 

On dit en troifiéme lieu que les Anciens é- 
tant les Commiflaires du Peuple f l’éledion 
faite par eux ell réputée faite par le Peuple. Je 
répons que tous les textes mentionnez cy-def. 
lus parlent non des Commilfaires du Peuple , 
mais du Peuple même convoqué en alTemblée, 
& de plus que les commilfions des Anciens ne 
Ibnt que pour veiller fin* les mœurs du Trou¬ 
peau , & pour lèrvir aux Tables. 

Onobjeéle en quatrième lieu qu’on en a 
Ibuvent ulé d’une autre maniéré dans l’Eglife 
de Paris, & même alTez heureulèment. Je 
répons que les Chefs de famille furent afifem- 
blez pour l’éleélion de feu Monfieur Gâches, 
& qu’il n’y a point de railbn de ne pas fiiivre la 
même pratique aujourd’huy qu’elle ell deman¬ 
dée par le Peuple avec tant d’inftance: Mais 
quand l’ulàge contraire auroit été julqu’icy 
univerlèllement oblèrvé dans l’Eglilè de Paris, 
je dis avec Monfieur du Moulin en quelque en¬ 
droit 


r de Mmjieur Menjot. II. Part. i6^ 
(îroît de fès œuvres, que l’Eglilè n’eft pas un 
pays de Coutume, mais un pays de Droit é- 
crit. Quoy ! les contraventions à la Loy 
feront un titre pour continuer à l’enfreindre ? 
Ne faut-il pas plutôt s’humilier devant Dieu 
pour une faute fi griéve, qui étoit capable a- 
vec le temps de ruiner l’Églife puilqu’elle en 
làppe les fbndemens, & cependant n’y re¬ 
tomber jamais à l’avenir, d’autant plus que 
les Synodes ont cenlùré en toutes rencontres 
ces éledions irregulieres. Que fi nous n’a¬ 
vons pas laifle quelque fois par une voye illé¬ 
gitime d’être pourvus d’excellens Pafteurs, il 
faut confeflfer que nous avons fait le mal par 
nôtre nonchalance & par nôtre relâchement, 
& que Dieu a fait le bien par la milêricordo 
& par la grâce , tout de même que nonob- 
ftant le menlbnge de Jacob contrefailànt E- 
faü, Dieu par là bonté ne lailTa pas de ratifier 
la benedidion qu’il avoit furtivement obtenue 
d’Ilàac Ibn pere. 

- Confiderons pour la fin le droit prétendu 
par le Confiftoire dénommer au Peuple un ou 
plufîeurs Pafteurs, en forte qu’il n’en puifte 
ckoifir d’autres j ce droit ne lé lilànt nulle part, 
& nôtre Religion nous défendant d’admettre 
wne parole-non écrite,on peut dire qu’il eft ima- 


i66 Opujcules Pojlhumes 

ginaire. En effet 1 eledion d’un Miniftre faîte 
■unanimement par l’affemblée des fidèles fans 
la nomination préalable du Confifl:oire,ne laif- 
deroit pas d’être juridique, quoy qu’il Ibit plus 
commode d’accorder par condelcendance au 
Confiftoire le pouvoir d’examiner les mœurs 
& la réputation des Pafteurs qui font à clîoifîr, 
& enfiiite de les propofor au Peuple, puifi 
qu’aufli bien l’affemblèe ne peut faire cet exa¬ 
men que par des Députez, & quelle ne làu- 
roit prendre de meilleurs Députez que leX^^on- 
fiffoire ; mais aufii faut-il avoüer que ces Mef- 
fieurs font obligez de nommer plufieurs Pa¬ 
fteurs à la fois tous dignes de remplir la place 
vaquante,à moins que de vouloir être foubçon- 
iiez de cabale. Car comment choifir s’il n’y a 
pluralité de fiijets ? Et puis il n’eft pas lèule- 
ment queftion du bien de l’Eglifo, mais du 
mieux de l’Eglifo, le plus accompli Miniftre 
n’étant pas trop bon pour la forvir dignement. 
Or comment taire cette comparaifon,fi ce n’eft 
entre plufieurs ? Ajoutez qu’on ne fàuroit re- 
fuforun Miniftre qui auroit été uniquement 
propofé, lâns blelTer là réputation j ce qui n’ar¬ 
rive pas lorlque plufieurs font prefontez au 
Peuple à la fois. Par exemple, de quatre Pa¬ 
fteurs nommez récemment à l’Eglife de Bor- 


de Mnjieur Menjot. lî. Paît. lè? 
cîeauxparfbnConfiftoirejIes trois qui nont 
pas été admis n’en font pas pour cela moins 
ellimables. Joint que par une nomination u- 
nique, l’éiedion pourroit tirer en une extrême 
longueur ; Car arrivant que le Peuple refusât 
le Miniftre propofé, il faudroit procéder à une 
nouvelle nomination, & enlùite à une nouvelle 
-'onvocation du Peuple, & cela peut-être par 
nlufieurs fois 5 cependant l’Eglife ne fêroit pas 
lêrvie. 

Concluons donc que pour la paix & l’édifi- 
ration de l’Eglilèdl elt necelfaire que Melïîeurs 
lu Confiftoire propofent félon leur prudence 
dufieurs Pafteurs au Peuple deuëment convo- 
^]ué, afin que chaque particulier juge celuy 
d’entr’eux dont il fera le plus édifié, & que le 
choix s’en faffe à la pluralité des voix, fans paC. 
^lon & fans brigue. 

Pour cet effet il efl jufte que ceux qui ont 
Iroitdefuffragefbienttousaffis en rang, afin 
uue le Prefident aille par ordre aux opinions 
félon la coutume de toute Affemblée juridi¬ 
que, & non pas qu’on fe contente d’exhorter en 
general le corps des Chefs de famille preféns à 
dire confufément leur avis, en forte que le fî- 
lence de ceux qui fé taifént foit pris pour ap¬ 
probation. Car il arrive à pluiieurs de n’ofer 



^6S Opufcuks 'Poflbu7nei 

par timidité déclarer leur lèntiment, à moins 
qu’on ne les prelTe de parler ; que fi cependant 
ils refufent de s’ewliquer, ils doivent être re. 
putez comme abfëns, & non comme conlèn- 
cans. Par ce moyen les deliberations qui s’en 

enlùivront lèront plus concertées, & par con- 
lèquentplusjudicieulès, d’autant que les par¬ 
ticuliers en opinant chacun feparement, s’en¬ 
tre communiquent leurs lumières. Qmd mi 
Tacice. deefi Juppletuv ex aBs quod ab unô peocatm 

ah aBs emendatur. 



de JMmfam dMenjot. II. Part. i6^ 


DEUX MANIERES DE S'EXPLIQUER 
fir lesparoles Sacramentalles , Cecy m 
mon Corps. 

U N particulier en avoir parlé clans ces ter¬ 
mes : Je CYoy que le Pain Eucharijltque , 
parlaconfecration-, devient le Corps de Jofùs^ 
ümft y èc cela conformement à la Tradition, 
les Prêtres par leur bouchefacréefont le Corps de 
Chriji: ce font les propres paroles de S.Hie- 
rdme. Certains Théologiens le font imaginez 
qu’une telle exprellîon étoit trop vague, & 
qu’elle n’entroit pas allez dans le détail de la 
doélrine du S. Sacrement. 

Voicy donc une autre expolîtion plus pré- 
cife & plus circonftanciée : Je croy que par la 
force divine des paroles, Cecy eft mon Corps , 
prononcées par lePrêtre avec intention de con- 
làcrer, le pain eft tranlfubdantié au Corps de 
Jefus-Chrift, & que la matière du pain étant 
ablolument détruite, les accidens ne laiftent 
pas de i'efter, Ibûtenus par la Toute-PuilTance 
deDieUjlelquelsquoy qu’ils n’inhérent plus 
aftuellement à leur fujet, conftrvent toutefois 
leur inhérence aptitudinak , ou leur tendance d 
L1 iij 



270 Opujcutes Pofihumes 

inhereVi qui conftituë proprement leur ef^ 
fènce. 

Je croy que le Corps de Jefus-Chrift pre^ 
liant la place de la fubftance amnhïlée du pain, 
y eft prive de foii extenfion externe , par laqueL 
le lesparties fini hors des parties , in ordine ad lo~ 
cum , eu égard au lieu^ de forte qu’il y eft réduit 
à un point mathématique & indivifible, enco¬ 
re qu’il y conforve fm extenfion interne par la^ 
quelle les parties font hm des parties^ in ordine^ 
adtotum , eu égard au tout , & qu’ainft le Corps . 
de nôtre Seigneur dans la S te Hoftie, où il gît 
M.de fous-le tombeau myftique desenvelopesfacrées, 
Meaux, y gfp efFeélivement aufti grand qu’il étoit lùr la 
Croix, fans y donner pourtant aucun ligne de 
vie, non plus que s’il étoit frapé d’apoplexie ou 
de lyncope. 

Je croy que prelque au moment de la récep¬ 
tion du Sacrement dans l’eftomac du commu¬ 
niant , les accidens du pain dilparoiftans par la 
fouftraétion du focours queDieu leur prêtoit,le 
Corps de I.Chrift ceftè aufti de s’y trouver3 foit 
par voye êéannihilation , & s’il faut ainft dire de 
deproduâionfSil y étoit lùrvenu par reprodu~' 
Bion ; foit par voye de reafeenfion au Ciel, pour ^ 
s’y rejoindre au Corps glorieux de I. Chrift, fi 
làprelènce dans l’Hoftie s’y étoit faite par ad^ ; 


de MonfiemMenjot,\\.V2iXt. 271 
duBm ; foit enfin par voye de retranjjubftan- 
'mtion du Corps de Jefiis-Chrift au pain, afin 
que la malTe de la matière première n’en Ibuffre 
aucune diminution. 

On defireroit d’apprendre de quelque Do- 
deur conlbmmé dans les matières de la Foy, 
laquelle de ces deux explications eft la plus E- 
vangelique & par conlêquent la plus recevable; 
ou la première qui eft fimple & modefte, puiP 
qu’elle le contente de propolèr & de relpedter 
le Myftere, làns entreprendre de l’aprofondir, 
non plus que celuy de i’ineftable Trinité & de 
rincarnation incomprehenfible du Verbe j ou 
bien la lèconde qui eft plus Philoifbphique que 
Tlieologique, & qui à force de pénétration a- 
vance des ciiolès dures, lùrprenantes & inin¬ 
telligibles. 





2 / 2 - Opnjcüles Po^htmes 


CONSIDERATION SUR U ACTION 
de S. Tierre qui coupa toreille a Makhm, 

J Èlùs-Chrift peu d’heures avant que d’êti-e 
arrêté par les Juifs, déclara à lès Difciples 
qu’il alloit être mis ( lèlon la Prophétie d’E- 
.laye ) au rang des malfaiteurs. 

Les Dilciples aiiiiriez d’un zele aveuglé 
pour la défenlè de leur Maître, luy dirent : 
Seigneur , voicy deux glaives. tAufquels il ré^ 
ponditejîa]fe%\ comme s’il leur eût dit, il 
n’y en a que trop pour l’execution que va faire 
Pierre ; car deux épées n’auroient pas luffi s’il 
eût été queftion de combattre la bande' en¬ 
tière des Soldats & des Sergens qui dévoient 
làifir Jelus-Chrift. 

Les Difciples voyans approcher la Cohor¬ 
te qui veiioit pour prendre le Sauveur, luy 
demandèrent s’ils fi'aperoient de glaive, & 
làns attendre la réponlè, S. Pierre tirant l’é¬ 
pée , coupa brulquement l’oreille droite à un 
de la troupe nommé Malchus, Serviteur du 
Souverain Sacrificateur. Mais Jelûs-Chrift 
défendit à lôn Dilciple de palfer outre, luy 
commandant de remettre l’épée au foureau, 




de Sïonjteuv 3 ienjot. II. Paît. 275 
& flir le champ par Ion lèul toucher, guérit 
/urnaturellement celuy qui avoir été blelîé. 

Or Jelùs-Chrift ne manqua pas de blâmer 
aigrement cette adion précipité de S. Pier¬ 
re, & en allégua au rapport des Evangeliftes 
trois railbns, la première que ceux qui pren¬ 
dront Npée , périrontpar tépée. La fécondé, 
qu’un tel lècours luy étoit inutile, puifque le 
Tere, s’il l’en prioit, luj envoycroit prefènte- 
ment plus de douze légions d’Anges. La troi- 
fiéine, parce que c’étoit vouloir s’oppolèr in- 
difcretement à là Pafîion, dont le temps dé¬ 
terminé par le Decret eternel de Dieu, étoit 
expiré, Ne boirai-je point-, dit-il, la coupe que 
le Pere ma donné d boire ^ 

Cependant la làge Providence comme el¬ 
le n’en^écha pas la trahifon de Judas, per¬ 
mit aurfi que S. Pierre commit cetteadion, 
quoy que criminelle & contraire à la Ibûmif- 
lion due à l’autorité des Supérieurs, afin de 
donner lieu à la cure miraculeulè que fit Je- 
fus-Chrift en faveur de lès ennemis. 

Sans prétendre pénétrer dans les lècrets de 
Dieu, il me paroît que ce fut là l’unique cau- 
lè pour laquelle Jelùs-Chrifi: ne voulut pas pré¬ 
venir l’emportement de S. Pierre, 

. Cette mienne penlee eft differente tant de 
Mm 


274 Opufcules fôfthünm 

celle de M. Juiieu, que de celle de M. de 

Meaux. 

Le premier prétend que l’intention dejefus^ 
Chrift étoit de montrer que lès Difciples dans 
une telle occafion étoient en droit d’employer 
les armes contre la PuifTance publique 5 mais 
Jefùs-Chrift au contraire improuve le fait de 
S. Pierre, en luy figiiifiant, ainfi qu’il a été 
remarqué, que ceux quiprendront tépée ^peru. 
vont par l’épée.. 

L’opinion de M. de Meaux n’efl: pas moins 
infbutenable que celle de M. Jurieu. Ce 
Prélat afîure que Jelus-Chrift avoir pour but, 
que les Juifs luy filTent un crime d’avoir ré- 
iifté violemment, même julqu’à répandre le 
lang, au pouvoir légitimé des Magiftrats, & 
de s’être alTocié à ce delTein de gens cruels & 
lànguinaires, afin que par ce moyen la Pro¬ 
phétie d’Elàye fut vérifiée, qu U feroit mh au 
nombre des fceïerats. 

En vérité cette prediélion fut, comme s’en 
explique S. Marc, ponduellement accom¬ 
plie par le crucifiement qui s’en enfiiivit du 
Fils de Dieu entre deux Brigands, lans qu’il 
Ibit belbin de faire icy entrevenir la conje¬ 
cture de M. de Meaux. En effet dans lepro- 
cés de Jefus-Chrifl devant Pilate, lès adver- 


deMonfieuvMenjot. IL Part. 17j 

làires qui cherchoient par tout des aceuiàtions 
contre luy, ne s’avilèrent jamais de luy im~ 
puter ce prétendu crime de rébellion contre 
l’autorité des Juges publics , dont il étoit 
pleinement juftifié, tant par la cenltire me¬ 
naçante qu’il fit à S. Pierre enprefence même 
des Satellites de Caïplie, que par la guerilbn 
fubite & extraordinaire de Malchus. 

Les luifs pour perdre lelùs-Chrift luy attri- 
buoient des crimes làns comparaifbn plus atro¬ 
ces, que celuy d’une oreille coupée par un 
homme de là liiite à un valet ; ils i’ac.culbient 
nonlèulement d’être un impie qui le qualifioit 
Fils de Dieu,.^gui s’étoit vanté de détruire 
le Temple de lerulàlera ; mais aulfi de fitbor- 
ner le Peuple, de l’empêcher de payer le tribut 
à Celàr & de le vouloir faire Roy, & pour tout 
dire en un mot ils le traitoient de aiminel de 
Leze-Majêfté Divine & humaine. 

Enfin les luifs étoient trop rufés pour re.. 
lever devant Pilate le coupement de l’oreille 
de Malchus ; car il eut falu entendre le blelTé 
lùr ce chef d’acculàtion, & par là Pilate ayant 
appris le miracle de lelùs-Chrifi:, n’auroit pas 
manquéàlereverer & à l’admirer, bien loin 
de prononcer contre luy une condamnation 
de mort, pour laquelle il failôit déjà paroîare 
Mm ij 




^7^ Opufeules Vojlhumei 

une extrême répugnance. 

le voudrois bien lavoir, Monfieur, lequel 
de ces trois lèntimens, touchant le procédé de 
S. Pierre, vous jugez le plus probable, ou ce- 
luy de M. de Meaux, ou celuy de M. lurieu, ou 
le mien. 

.ADDITION A LA CONSIDERATION 
precedente. 

S. Matthieu & S. Marc ne rapportent l’a- 
dtion de S. Pierre concernant Malchus, qu’a- 
pres que les luifs le furent làilis de lellis- 
Chrift. ^ 

S. lean au contraire raconte que le Sauveur 
ne fut empoigné & lié par les luifs qu’aprés le 
fait de S. Pierre. S. Luc dit la même chofe 
que S. lean, & l’on a hiivi en cela S. Luc, le¬ 
quel recite cette hilloire avec plus d’exaditu- 
de ôc plus de circonllances que les autres Evan- 
gelilles. 

lefûs-ChrilfenS. Liàc ch. 21. verf 35. & 
3^. demanda à fes Dilciples, quand je vous ay 
eîîvoyez/àns bourfè. y Jans fac ér fans fouliers y 
quelque chofe vous a-iil manqué l Ils luy répon¬ 
dirent que non ^ & il ajouta: Mais maintenant 
que celuy qui a une hourfe & un fac les prenne i 


de Mofijteur Menjot. II. Part. \yy 
é* que celuy qui n a point d'épée vende (on habit 
pmr en acheter une. 

Ces paroles, quoy qu en dilènt les Théolo¬ 
giens, n’ont aucune liaifbn avec la palîîon de 
ielûs-Chrift, laquelle dtoit hir le point de com- 
-mencer lorlqu’il tenoit ce difcours à lès Difci- 
ples^, & laquelle ne dura que quelques heures. 
,Car qu’étoit-il necelTaire que lelus-Chrift leur 
commandât dans ce moment de prendre une 
bourlè & un làc, & même de vendre leurs ha¬ 
bits pour acheter une épée, dont enlùite il 
n’approuva pas Tulage. Déplus leur étoit-il 
pomble en fl peu de temps de faire ces prépa¬ 
ratifs ? 

Il faut donc avoüer que Jeliis-Chrill donne 
icy purement & limplement à lès Apôtres un 
conlèil de prudence pour l’avenir, lorlqu’étant 
feparez de leur bon Maître, & privez, comme 
parle lefus-Chrift, de la prelènce du marié, ils 
auroient dans leurs courlès futures par toute la 
terre, befoin d’argent & de provilions pour 
leurlùbfillance,&même d’épées afin de lè 
pouvoir garantir des inlùltes des voleurs de 
grand chemin, fort ordinaires alors & encore 
aujourd’huy dans les Pays de l’Orient: La¬ 
quelle défenlè ell naturellement permilè & 
même commandée à tous les hommes, quels 
M m iij 




178 Opufcuies Poflhtmes ' ' 
qu’ils fbieiit, lorlqu’il s’agit de làuver leui* vîe 
contre l’attaque des aggrelTeurs injuftes & vio^ 
lens. 

Il n’y a par conlèquent nulle railbn de don¬ 
ner dans le texte de S. Luc, au mot d’épee un 
jfèns myftique, & de l’entendre de l’épée Ipiri- 
tuelle dont S. Paul dans l’Epître aux Epheliens 
entr’autres armes équippe le Soldat Clirêtienj 
car il faudroit expliquer auffi non literalement, 
mais myftiquement les termes de bourlè & de 
lac mentionnez dans le même texte ; ce que le 
bon lèns ne permet pas. . Joint que l’épée fpi 
rituelle dont parle l’Apôtre, n’eîl rien moins 
qu’une marchandire venale. 



de Monfieur Menjot. II. Part, 17^' 


BRIEVES REMARQUES SUR 
la Rreface de Mmfieur de Meaux mife d la 
tête de fin explication de V^Apocalypfe. 

Première Remarque page 6, 

L e texte du ch. 19. v. 10. de l’Apocalyplê 
portant que témoignage de Jefis-Chrift 
efi un E/prit de Prophétie^ ne fignifie autre cho- 
fe fînonquel’Apocalypfède leiùs-Chrift pro¬ 
cédé de ion Efprit Prophétique, & non pas 
que S. lean eût reçu l’Elprit hngulier de cha¬ 
cun des anciens Prophètes. Une telle inter¬ 
prétation tient de l’exageration d’un Orateur, 
plutôt que de la Iblidité d’un Commentateur, 
& l’Apôtre bien aime du Fils de Dieu le pou¬ 
voir palEer de l’expofition charitabiement îauE 
fe de M. de Meaux. 

Deuxième Remarque ipage 8. é" fûivantes. 

Il n’eft pas difficile de convaina'e les luifs 
par une infinité de Prophéties du Vieux Te- 
ftament accomplies clairement en la parfon- 
ne de le&s-Ghrift, mais il n’eft pas imagi¬ 
nable que les Prédictions de l’Apocalyplè, 




iSo Opufcules ^Pofthumes , 

comme le prétend M. de Meaux, puifTent 
produire le meme effet dans 1 efprit de ces 
Incrédules, auffi ne s’eft-onjamais avifé de les 
employer à cet ufàge. 

■ Trotfiéfne Remarque y page lî. 

Comment peut-on affurer que Rome Pa- 
yenne portoit le nom û^ My/lere fîir fon fronc? 
elle dont les abominations làütoient aux yeux, 
bien loin d’être couvertes & myfterieulès. 

Quatrième Remarque^ que la chute de Baby- 
loue décrite par S. lean^ ne peut être entendue 
dufacde la Ville de Rome par Alaric Roy 
des Gots. 

Si rancienne Rome fous quelqu’un de les 
Empereurs Payens & perfècuteurs outrez de 
i’Eglifè, eût été fbudainement détruite avec 
fès habitans par une Puiffance Etrangère, à 
ne s’en relever jamais, comme il eft arrivé à 
la malheureulè Jerulâlem, peut-être auroit- 
on pu la prendre pour cette Babylone dont 
l’Apdtre S. Jean avoit prédit la ruine dans là 
Révélation. Mais lors de la prilè de la Ville 
de Rome par Alaric, elle n’étoit plus Payen- 

ne, 


de Mmfieüv ^enjot. II. Part. 281 
ne, Honorius Empereur Chrétien, fils du 
Grand Tlieodolè, y réfidoit, & les fidèles y 
étoient & plus forts, & en plus grand nombre 
que les Arriens, & bien loin d’avoir été rui¬ 
née julqu’aux fondemens par ce Prince barba¬ 
re, de maniéré, comme parle S. Jean chap. 
8. V. ^ I . quelle nefutplus trouvée contrai¬ 

re on ne renverlà ny lès murs, ny lès bâtimens, 
ny lès Temples, lelquels par l’ordre exprès 
du vainqueur lèrvirent d’azile à tous ceux qui 
s’y réfugièrent avec ce qu’ils pouvoient làuver 
du butin: Le pillage de la Ville ne dura que 
trois jours, on n’y fit main balTe que liirces 
téméraires qui olèrent fe défendre contre les 
Soldats d’Alaric, lequel enfuite s’étant retiré, 
rEmpereür Honorius, & Innocent Evêque de 
Rome, au lieu de fuir avec horreur cette pré¬ 
tendue Babylone, y retournèrent & y habitè¬ 
rent comme auparavant. En bonne foy com¬ 
ment tout cela peut-il s’accorder avec la chu¬ 
te horrible de Babylone dépeinte de lès vives 
couleurs dans l’Apocalyplè ? 

Cinquième Remarque fur la datte de la première 
Epître de S. Pierre , mentionnée page 20. 

■ Cette datte ell deBabylone & ne peut,quoy 
Nn 



2^ 2 Opufiîiles PoJIhmes 

qu en (liÆ Monfieur de Meaux, être entendu^ 
que littéralement de cette Ville lîtuee dans là 
Chaldée, où il y avoir pluiîéurs Chrétiens 
au temps que S. Pierre écrivoit fon Epître j 
Et Rome n a jamais porté le nom de Babylo- 
ue qu’en un lèns myftique & caché. Au¬ 
trement il y auroit lieu de s’étonner , poiir- 
quoy S. Paul n’a pas addrelfé l’Epître qu’il 
écrivit aux Romains, t vous tous qui êtes 
a Babylmte , plutôt, qua vous tous qui êtes a- 
Rome. 

La vifion de Monfieur de Meaux à l’égard, 
de Rome fàccagée par Alaric, fiir laquelle 
roule fon explication Apocalyptique, étant 
une fois détruite, fon fÿfteme fè renverfè de 
liiy-même conime une voûte qui n’eft plus 
foûtenuë par fà clef. 

Ajoutons icy une obfèrvation generale y 
fàvoir qu’au milieu des tenebres impénétra¬ 
bles de cette Révélation, il y paroit de cer-- 
tains endroits brillans & fùi'prenans, lefquels 
frapent tout à coup l’efprit & charment le 
cœur des Leéteurs qui ont de la pieté, fem- 
blables à ces éclairs re^lendiffans qui percent 
les nuits les plus noires, & partant que ce 
n’efl pas fans raifbn que Saint Jean dés l’en¬ 
trée de fa Prophétie en recommande la le- 


de ^MmReur Menjot. II.Tait. 

{5lure nonobrfant jfbii obfcurité. Joint que 
fes trois premiers chapitres & le dernier de 
ce divin Livre, font admirables & tres-in- 
teliigibles. 



Nn îj 



^84 Opufcules Vojîhumes 


LETTRE 


A MONSIEUR N... 

Syjîeme de lEglife tiré du Symbole des A- 
pôtres. 

L Es dilputes des Théologiens ne finilfent 
point, c’eft toujours à recommencer, & 
par malheur elles oblcurcüTent de plus en 
plus les difFerens de Religion, bien loin de 


les éclaircir. Cela vient de ce qu ordinaire¬ 
ment les Ecrivains font plus amateurs de leurs 
produdions que de la vérité, ou du moins 
qu’en la défendant ils cherchent de nouvelles 
routes, s’imaginant d’aquerir par ce moyen 
une réputation mondaine. 

Par exemple, les Dodeurs tant Catholiques 
que Proteftans ne celfent point de publier des 
Ecrits jfur le lujet de l’Eglile, qui offufquent & 
embaralfent cet article de foy, lequel de luy- 
même efl: tres-clair & tres-évident. Le Sym¬ 
bole des Apôtres donne à l’Eglilè Chrétienne 
deux qualitez pour la diftinguer d’avec la Sy- 
nagogue, lavoir la Sainteté par excellence, & 




de Monfteuv Menjot. II. Part. 285 
la Catholicité. Car qu’eft-ce de la lâinteté 
de l’Eglilè des Juifs, au prix de la làinteté de 
l’EglÆ des Chrétiens ? La Loy de Moyle fè 
contentoit de dire fimplement, Tu ne tueras 
point, au lieu que l’Evangile déclare que qui¬ 
conque hait fonfrere eft meurtrier. Celle-là 
défendoit, mais celuy-cy va bien 
plus loin, en nous apprenant que tout homme 
qui regarde la femme de fin prochain pour la coîî- 
mter, a déjà commis adultéré avec elle en fin 
CŒur. Qui peut n’être point charmé des pré¬ 
ceptes Divins de Jeliis-Chrift touchant les 
mœurs, rapportez au chapitre 5. 6. & 7. de S. 
Mathieu, principalement fi on les compare a- 
vec la Loy de Moylè ? 

Le fécond avantage de l’Eglilè Chrétienne 
au delTus de la Judaïque, confifte en ce quelle 
s’étend univerlèllement parmi tous les Peuples 
de la Terre, & qu’au coutraire l’Eglile des 
luifs étoit renfermée dans une Nation unique 
& peu nombreulè. 

Ce Ibnt-là les deux lèules proprietez efien- 
jtielles de l’Eglilè Chrétienne mentionnées dans 
le Symbole ; il n’y eft nullement parlé d’infail¬ 
libilité , & l’Eglilè n’y eft point auftî qualifiée 
du nom de Romaine, non plus que de celuy 
de Greque ou d’Abidîne. 

Nn iij 




1Î6 Opufcules'Pojihumes 

De même que le monde entier contient qua¬ 
tre parties, que chacunede ces quatre parties 
cft diftingiiée en Royaume, & chaque Royau¬ 
me en Provinces ; auRi l’Eglilè; Chrétienne rc- 
pandue par tout TUni vers, eft un compofé de 
pluficurs Egliles particulières, au nombre deh. 
quelles eft la Latine. Et parce quelles ne font 
pas toutes egalement pures, il eft licite à cha¬ 
que fidèle, autant qu’il le peut, de fe ranger 
dans la communion de celle qui luy paroît la 
plus conforme à l’Evangile dans les dogmes, 
dans lès Sacremens, Sc dans fon Culte, fans fe 
mettre en peine de rechercher trop curieulè- 
ment là Genealogie, qui eft un point d’hiftoire 
& non pas de foy 3 Car comme la Noblelfe de 
vertu vaut mieux que celle de lang, aulTi l’Or¬ 
thodoxie d’une Eglilè eft incomparablement 
préférable à cette longue luccelfion de Chai¬ 
res , que plufieurs neanmoins prétendent faire 
pafter pour le caraeftere de la véritable Eglilè. 

Voila, ce me lèmble, l’idée fimple & naïve, 
tirée du Symbole des Apôtres, qu’un homme 
lènlè & non prévenu lè doit former de l’Eglilè 
Chrétienne, làns s’alembiquer le cerveau d’u¬ 
ne infinité de railbnnemens & de diftinétions 
dont il plaît aux Controverlîftes d’embrouiller 
cette matière. 


àe Monjieur Menjot. Il, Part. 287 
Monfieur Jurieu a publié depuis peu un Sy- 
lleme de l’Eglifè, que les Proteftans ne font pas 
obligez d adoptei' dans tous fos chefs, mais du 
moins traite-fil fon fojet alTez brièvement : Au 
liéu que la réponfo qui y a été faite par un Au~ 
teur anonyme eft tellement longue, qu’il ne 
lèroit pas poiïîble d’y répliquer ians compofor 
un fort gros in folio. >■ 

Pour moy j’avoue franchement qu’une telle 
prolixité a fait peur à ma patience, & je fou- 
haiterois pour me refoudre à la levure de ce 
Livre, qu’il fût écrit auffi fuccindement & auf- 
fi'nettement que le Traité de la Perpétuité de 
la Foy, qu’on dit être du même Auteur, 

J’eljiere qu’à nôtre première entrevue nous 
difooLirerons de toutes ces chofos plus ample¬ 
ment. Cependant je vous remercie, Monfieur, 
de m’avoir communiqué un Ouvrage qui a fon 
mérité à la longueur prés, je vous 4 e renvoyé 
& fiiis vôtre, &c. 



288 Opujcules Pojibumes 



AUTRE LETTRE 
AU MEME, SUR LE JMEME SUJET. 


O N a, Monfieur, confideré avec la der¬ 
nière attention les deux objeélions de 
votre ami, contre le Syfteme de l’Eglife tiré du 
Symbole des Apôtres, qui vous avoit été com- 
muniqué, 8c que vous luy avez fait voir. 
L’une que par la fàinteté attribuée à TE- 
glilè dans le Symbole, il faloit entendre fon 
infaillibilité. L’autre , qu’un Chrétien au 
lieu de Ibufcrire aveuglement aux décifions 
des Conducteurs de l’Eglilè, étoit mis in- 
jullement par ce Syfteme, en pouvoir de 
donner Ibn jugement touchant les doClrines 
enlèignées par chacune des Eglilês particu¬ 
lières , qui compolènt toutes enlemble la maf- 
le entière, pour ainlî dire, de l’Eglife Uni- 
verlèlle, à delfein de fè ranger à celle d’en- 
tr’elles dont la créance luy paroi tra la plus 
conforme à la Révélation Divine. 

Pour commencer par la première de ces 
objections; le trouve-t’il chez les Auteurs 
làcrez ou profanes, que le mot de faint ait 

jamais 



deMônJieurMenjot. II. Part. iSpr 

E lis fignifié infaillibïe ^Dms le Vieux Te- 
eut Dieu dilbit aux Juifs, vous me ferez 
me Nation fainte y & ce Peuple y eft lôii- 
vent qualifié du nom àtjaint. Dans le Nou¬ 
veau les Croyans, à plus forte railbn que les 
Juifs,font aufli appelez fàints, & une Na^ 
tîon fainte. Eft-ce à dire que les fidèles de 
l’une & de l’autre Alliance doivent être cenlèz 
infaillibles ^ 

La fainteté le rapporte proprement aux 
mœurs, mais je veux quelle compreneauffi 
ladodrine, s’enfiiit-il de là qu’une Eglilè fai¬ 
ne dans lès dogmes, ne puilTe devenir erronée, 
& qu’il n’y ait nulle différence entre n’errer pas 
en effet, & n’être fiifceptible d’aucune er¬ 
reur? J’aimerois autant dire qu’un homme 
qui fè porte bien, ne lauroit jamais tomber 
malade. Les Evêques des premiers fiecles 
de l’Eglilè fè donnoient réciproquement le 
titre faftueux de Sainteté ^ fans pourtant pré¬ 
tendre au privilège 61 Infaillible ^ qui a été 
propre aux Apôtres exclufivement à leurs 
Succeffeurs Miniftres de l’Evangile, fbitfèpa- 
rez, fbit affemblez en corps j Ceux-là fèuls 
ayant été appelez par Jefiis-Chrift même, & 
infpirez immédiatement par le S. Efprit. L’E- 
glifè Gallicane traite encore aujourd’huy le 



îpà 


Opufcules Poflhufnes 


Pape de Sainteté , & luy dénie en même témp^ 
l’avantage de ne pouvoir errer. 

La féconde objedion de vôtre amy n’eft pas 
mieux fondée que la première. Car chaque 
particulier voyant que quantité d’EglifesChrê- 
tiennes ont le malheur de ne fe pas accorder 
entr’elles fur plufieurs articles de foy, eft obli¬ 
gé en conlcience par un droit & naturel & di¬ 
vin, après avoir imploré l’affiftance du Pere des 
lumières duqueldefcendtoute bonne donation^éit^ 
xaminer par l’Ecriture les differentes opinions 
des Eglifes , pour s’attacher enfùite à la plus 
Orthodoxe. Que fi Dieu par fa Grâce met une 
fois au cœur d’un particulier la refolution de fè 
débaralTer de tout préjugé, puis de s enquérir 
des Ecritures , & d’y chercher de bonne foy 
fonfàiut; il eft impoftible que cette même 
Grâce n’acheve l’œuvre quelle aura déjà com¬ 
mencée , en luy faifant appercevoir tôt ou tard 
les veritez Evangéliques, félon la promeffe 
folennelle du Fils de Dieu, Cherchez vous 
trouverez 5 afin que par l’efficace de la Parole, 
le Decret éternel de l’éleélion gratuite obtien- 
'' lein & entier effet en la perfonne de ce 



:ine. 


L’Eglifé de Rome a beau trancher de Sou¬ 
veraine fur les chofés de Religionelle tombe 


de Sionjîeur JMenjot. II. Paît. 29 r 

necefTairement dans nôtre lèntiment, lorfqu el¬ 
le tâche de prouver aux Chrétiens qui font 
hors de là Communion, d’y entrer ; car voicy 
fon raifonnement. L’Eglife qui a une luccel- 
hon de Chaires non interi^mpuë depuis les 
temps Apolloliques jufqu’à prefont, qui a tou¬ 
jours été vilible, qui ell répandue par tout 
l’Univers, qui a le don des miracles, & du foin 
de laquelle font fortis plulieurs grands Saints, 
eft làns doute la vraye Eglifo. Or l’Eglifo Ro¬ 
maine polTede tous ces avantages ; Donc l’E- 
glilè Romaine eft la vraye Eglifo. Elle ne peut 
parconfoquent refufor à un homme, quelle 
traite d’heretique, la liberté d’examiner les 
prémices de fon lÿllogilme, autrement il fuf- 
fifoit de prononcer delpotiquement Jîtpro ra~ 
îîone voluntas. Elle ne peut, dis-je, légitime¬ 

ment luy refufor la liberté d’examiner fi les 
qualitez contenues dans la première propofi- 
tion de fon argument, font les marques indubi¬ 
tables de la véritable Eglifo, ou fi elles ne le 
font pas. En fécond lieu fi ces mêmes quali¬ 
tez conviennent à l’Eglifo Romaine, comme 
foppofo la deuxième propofition. Et par con- 
fequent, folon l’hypothele même des Catholi¬ 
ques Romains, il eft permis à tout Chrétien de 
comparer avec l’Ecriture la créance de quelque 
Oo ij 



^9^ Opufcuks Tojlhumes ’ 

Egliiè que ce fbit avant que de s’y fbûmettre. 

Apres cela, Monfieur, je prens à témoin 
vôtre bon lèns & vôtre fincerite, fi ce ne feroit 
pas, comme parle Lucrèce, exjpuere ex animo 
ratimem , que de s’imaginer que ces deux pL 
toyables objedions de vôtre ami, donnent la 
moindre atteinte au Syfteme de l’Eglifè tiré du 
Symbole des Apôtres, lequel abbrege toutes 
les dilputes acharnées des Catholiques & des 
Proteîtans fur cette matière, & que le plus fim- 
ple Peuple efl: capable de comprendre. 



àe 3imfieur Menjoi. IL Part. 


; L E T T RE 

A MONSEIGNEUR LEVESQUE 

d’tAvranche fon Livre intitulé , Alne- 

' tanæ quæftioiies deConcordiâ Rationis& 
Fidei. 

V Os Oeuvres, Monfeigneur, nonobftant 
leur clarté, ne font pas du nombre de 
celles qui le lilènt rapidement. Elles font 
pleines d’une érudition fi exquilè , qu’on ne 
làuroit fe rélbudre d’en lailfer échaper unufn 
'iota aut unum apicem. Cette railbn a retardé 
le remerciment que je vous rends aujourd’huy 
de votre admirable prelènt. Vous y ave'za- 
vec votre ftyle ordinaire, c’eft à dire élo¬ 
quent julqu’à en être délicieux , confondu 
l’erreur des Anciens Payens qui tournoient 
en raillerie nos Myfteres, nos Miracles, & nos 
Hiftoires Sacrées, en leur failànt voir que la 
vraye Religion eft en quelque forte envelo- 
pée dans les fables dont ils ont compofé eux- 
mêmes leur faulfe Théologie ; de maniéré que 
s’il reftoit dans nôtre fiecle de ces Gentils de 
'Vieille datte, il y a grande apparence qu’a- 
Oo iij 





2p4 Opufcules Tofthumes 

prés la ledure de vôtre Livre ils embraflè- 
roient le Chriftianifine, bien loin d’en être les 
periècuteurs. Je ne fais même nul doute qu’un 
pareil Ouvrage n’eût autrefois calmé la fureur 
de Julien l’Apoftat contre l’Eglilè, fi plutôt 
il ne l’eût abfolument converti. A quoy au- 
roit aidé la conformité que vous remarquez, 
Monlèigneur, de la morale humaine des Phi- 
lofophes de l’Antiquité , avec celle que les 
E critures D ivines non s ont re velée. J’ay fou- 
vent admiré dans Homere la Dodtrine de la 
Predeftination, appelée chez les Scholafti- 
ques, voluntas decreti , awo- On 

y découvre aulîila Providence qui dilpofe lè- 
cretement & louverainement des caulès fé¬ 
condes pour l’execution des Arrêts du Ciel 
éternels & irrevocables esûv b y^vairi KéUnta 
laquelle exprelïion du Poète répond à nôtre 
commune façon de parler , toutes chofes font 
entre les mains de Dieu , pour lignifier qu’il n’y 
a rien qui ne foit foûmis à la puilfance & à 
là conduite. Car dans l’Ecriture les genoux 
aulfi bien que les mains Ibnt confiderez comme 
le fiege de la force ^ confortate manus dif[olutas<, 
is- àt^genua dehilia rohorate. Ce lèroit, pour le 
dire en palfant, une entreprilè, Monfeigneur , 
digne d’un lavant & fincere Prélat comme 


de Monjteur MenjoL IL Part. ipf 
vous, de montrer que la Religion Càtholique 
&:laProteftantene font point fi diamétrale¬ 
ment oppofees, que fè l’imaginent les zélez de 
l’un & de l’autre parti, & qu’une réünion effe- 
âive fèroit tres-poffible, pour peu que les par¬ 
ties voulufTent écouter raifbn, & ne pas adhé¬ 
rer à leurs opinions, mais confèntir 

charitablement aux adouciffements qui s’y 
peuvent apporter, fans plus prétendre fùbju- 
guer leurs adverfàires in manu robuflâ & in bra- 
xhio extento. Mais qu oy ! cette heureufe paix 
entre les Chrétiens, qui au fond font tous frè¬ 
res , QîS h yisvATi Kst-mf. Continuez-moy, s’il 
vous plaît, l’honneur de vôtre précieux fou- 
venir, & me croyez avec un profond refpeâ:, 
vôtre, Scc. 

Perfônne ne doute que le Savant Cafàubon 
n’ait été un des plus ardens zélateurs de la Re¬ 
formation. Cependant voicy comme cet hom¬ 
me fincere & pieux s’expli<^ue dans quelques- 
-unes de fès Lettres fur la réunion des Catholi¬ 
ques Romains & des Proteftans, c’eft la 170. 
fur la fin ^frontoni Ducm e Societate JeJit. 

S ErenijJtmus Rex ‘Jacobm , in Monitoria du- 
dum fua , non alkmmfe ab eofuijje ojîendit , 



Opufcules Poflhumes 

fa qm falutifiorumpaterno afe&u confulerePi 
quæ in juramenti formulâ duriufeule fonare vu 
derentuVy eaaut dekret eplane , aut benignâ in^ 
terpretatione molliora redderet, 0 bonltath 
admirandaprincipem ^ cujus jtneeram chanta-- 
tem & cvyXu’mQatnv fi vos quoque imitaremm-^ 
fruâumvefira pietâtis Imtgemaximumfinetm- 
iroverfiaÈcclefiaDeiferret. En eritunqmm 
file dies-, cum vefirorum prafulum Coryphm^ 
penes quos efi fumma rerum , bac pia cogrtatio 
occupabit i Enimvero laits , ah jplusfaits ftttdk 
pariium uirmque haBenus efi daium. Satis 
iurbarum in Europa exciiaium. Non hoc mbh 
Dominus nofier Cœlum repeiiturus dedii man- 
daium. Tacem illenobis reliquii ^pacem fuam. 
Cur rejicimas? cur jurgia jurgïts fermus, & 
de concordia Ecckfia ne cogtiari quidem paîu 
mur ? Qumpoiius ad Ftlium Dei omnis boni au- 
Borem ioits animi viribusferto converjhfitppltces 
ilium veneremus , ui quam nobis peccata noftra 
ademeruni Ecckfia pacem , ipfius inejfabilts mi- 
Jèricordiâ nobis reflituat y rejliiuiam feruet , au 
queinatermmfirmamreddat- rlyoïr» 


de 3ionJieur 3fenjot. II. Paît. 

E P I S T O L A 210. 

HU G 0 N I G R 0 T 10. 

Q XJod. pacis é" concordia fludïa tïhï ejfe cu¬ 
ra ojlendis^ne dki quïdem poteft^quan- 
tam ea res fnihi voluptatem aferat. Vides in 
patria tua , quam facile fit hodie rixas conci- 
tare inter fratres , quam fit difficile excitât as 
fedare. Puta ubique Bataviam efie^ tanta 
omnibus in locis pMeJSav copia , qui pacem in 
Ecclefiâ fovere inter d^aipo^ habentj aut ne 
id quidem. Parum efl quod amor concordia il- 
lorum animis dx ïnHavi Novi multos quibus 
nullum hominum genus ita Julpeclum ér exo- 
ftim efi ut To Quo magis demira- 

tus fum Regis facobi pietatem , qui veritatis 
fludium ita ampleclitur , ut a ftudio non recedat 
unitatis. 

E P I S T O . L A 221. 

E I D E M. 

S I in noflra G allia ea Reformatio effet inflitu- 
ta qua formamveteris Ecclefiâ non adeoim- 
mutajfet , multa hominum millia noflris parti- 
bus fuijfe acceffura , qua ntmc d Doârina no- 
Pp 



îpS Opufcules Vofihumes 

ftrarmn Ëccleftarum fmt alienijfima. Hoc e-* 
go cum nofiris Minifimm Galliafape dicerem^ 
paucos invenï qui juam aquis ac mo- 

deratis conjilm non anteferrent. Hic longe alu 

ter animati fùnt & Rex & e Clero tAnglicano 
DoBijfimus quifque. Juveni in hoc regnophu 
res Epifcopos doBrina & pietate eximios , qui 
eafdem tecum die s noBefque voluunt cogitation 
nés. 



de iMon^eur Menjot. II. Part- 2 p^ 


REPONSE 

de monseigneur L'EUE'QUE 

d'oivrmché. 

J ’Avois befbin, Monfieur , d’ane approba¬ 
tion comme la vôtre pour me mettre à cou¬ 
vert de la critique chagrine, qui à ce que j’ap- 
prens s’eft déchaînée contre mon ouvrage. 
Vous êtes Philolbphe, vous lavez la Religion 
Chrétienne, & vous avez un grand ulàge de 
l’Antiquité j vous avez par delTus cela de l’é¬ 
quité J & vous avez lu mon Livre avec atten¬ 
tion, voila tout cequejepuis delîrerdansun 
Ledeur,& c’eft ce qui manque à ceux qui 
m’attaquent. Ce font gens enfarinez d’un peu 
de Scholallique, ne connoilfant point d’autre 
Philolôphie que celle du College, & làns au¬ 
cune connoiliance des Lettres humaines, pré¬ 
venus d’ailleurs que quitter la route commune 
s’eft s’égarer. Avec ces belles dilpofitions ils 
ont jugé de mon Ouvrage làns le lire, & le per- 
fuadant que j’avois mis la Religion Chrétienne 
en balance avec les fables des Payens, & par 
conlèquent que je la failbis palTer pour fabu- 

PP ij 





300 Opufcules Poflhmes 

leule, il ne leur en a pas falu davantage poujj 
me condamner. Quoy qu’il Ibit toujours f⬠
cheux d’être-condamné, c’eft neanmoins un 
grand fùjet de confblation de l’être làns forme, 
lans preuve, & lùr un mal entendu, & par des 
Juges peu inftruits. C’en efl un plus grand 
encore de hêtre condamné que par des Juges 
fubalternes, & de le voir non feulement abfous, 
mais même loüé par un Juge fupeheur tel que 
vous, Monfieur, dont les dccifions font des 
Arrêts & des Jugemens fans appel. Vous hê- 
tes pas le premier qui m’avez propofé déta¬ 
cher de raprocher le Proteftantifmedu Catho- 
licifme, j’en ay été folicité il y a plus de dix ans 
par des Proteftans Etrangers d’une grande ca¬ 
pacité , qui m’en faifoient efperer un heureux 
liiccés de leur part, & de celle de leurs Com¬ 
patriotes. Mais je ne trouvai pas les mêmes 
difpofitions de ce côté-cy, on ne me faifbit voir 
que des précipices dans cette entreprifë, ainfi 
je fus contraint de tout abandonner. Confèr- 

vez votre bien-veillance à l’homme du monde 
qui en connoît mieux le prix, 8 c qui eft le plus 
véritablement, Monfieur, vôtre, &c. 


de MmJîeurMenjot. II. Part, 30Î 



monsieur 9ELLISS0N 
converti par le Livre ait Minière Aubertin. 


F Eu M. PeililTon s’eft iouvent vanté pen¬ 
dant là vie d’avoir c'té converti, non par les 
Livres des làvans Cardinaux Bellarmin & du 
Perron, mais par celuy d’Aubertin Miniftre de 
Cliarenton. Il leroit de l’édification publique 
qu’il fe fût expliqué des raifons qu’il a eues de 
croire le contraire de ce que cet Auteur a pré¬ 
tendu de demonftrer par un Ouvrage qui fait la 
perluafion&l’admiration de tous lesProteftans, 
& auquel julques icy aucuiiTheologienCatho- 
lique n’a olé entreprendre de répondre, fi l’on 
en excepte le terrible Sc foudroyant Pere Vé¬ 
ron par un fien Livret publié de Ibn vivant, 
ayant pour titre, Réfutation de tous les Livres 
Huguenots pajfe %, prejens & futurs. En veri té 
c’eût été un événement des plus furprenans,que 
le judicieux Aubertin l’homme le plus verfé de 
fon Siecle dans la tradition liir l’Eucharillie, 
eût fait tant d’efforts pour compolèr un gros 
volume combattant làns s’en appercevoir les 
opinions des Reformez, au lieu de les défendre 
comme il en avoit formé le delfein. S’il en é- 

pp iij 




302 OpufÉuks Pofthumes 

toit ainfî, Monfieur Pelliffon par une addrefle 
à luy propre & finguliere à tourner les armes 
d’un il habile adveriàire contre luy-même, au^ 
roit rendu à l’Egliiè Catholique Romaine le 
plus grand fèrvice qu’elle pouvoit jamais rece¬ 
voir de tous fes Docteurs unis enfèmble. Il 
faut pour cela que l’illumination de ce puilTant 
efprit, pour me fèrvir des termes de certains 
Gafcons lès compatriotes, ait été nouvelle & 
lubite comme celle des Apôtres. Car l’hiftoi- 
re Euchariftique d’Aubertiii a été imprimée 
plus de 35. ans avant le changement deM. 
PellilTon, ^ns produire en luy durant une fi 
longue Elite d’années l’effet de la diffuafîon. 

Credat Judattf Apella , non ego. 



de Monfieur Menjot. II. Part. 




REMARQUES 

TOUCHANT UN LIVRE INTITULE’ 

Réflexions fir les differens de Religion. 
PREMIERE PARTIE. 


Imprimé 
à Paris 
chez Ga« 
briel 
Martin 
ruëS.Ia- 


Soleil 


aveePn* 

vilege 

du Roy. 


L ’Auteur * de cet Ecrit m’a paru un homme # ^ 
de beaucoup d’elprit & de beaucoup d’é- 
nidition, mais liir tout pieux & modéré : 

Si quelqu'un , dit-il d’abord, veutfèrvir de gui- ^ ^ 
de aux autres dans l'étude de la Religion , il doit 
s éloigner de toute colere , tout chagrin , tout or¬ 
gueil, & il efl obligé de prendre des entrailles de 
charité pour fesfreres qui errent de bonne foy. 

En quoy il a fuivi, contre l’ulàge du prelènt 
fiecle, le precepte de l’Apôtre à Ibn Dilciple 
Timothée, d'enfeigner avec douceur ceux qui 2. Ti™. 
ont un fentiment contraire, pour effayer fi Dieu 
leur donnera repentance afin de connoître la véri¬ 
té .vai faire pour ma propre édification quel¬ 
ques remarques fiir ces Reflexions, tout prêt 
avec une docilité chrétienne de me retraiter 
de mes erreurs,fi quelqu’un plus verfé que moy 




• 

304 Opufcules Pofthiimes 

dans ces matières a la charité de me redrefTer, 

PREMIERE REMMRQJJE, 

L’Auteur en premier lieu polè- en fait, 
que Dieu a établi un moyen univerfel^ unifor¬ 
me -y feur -&■ certain pour fauver également ki 
Jimples & les habiles , les ignorans & les favans^ 
qui tft de croire par l'autorité de l'Eglifè. J’a- 
voue que iùivant les raifonnemens humains 
il lèroit expédient non lèulement que Dieu 
empêchât par fa Toute-PuilTance les alfailî- 
natSjles iiiceftes, les paricides & tels autres 
crimes abominables, mais auffi qu’il luy plût 
de prévenir les herefies, ou du moins de les 
étouffer des leur naifîânce par l’établiffement 
d’un Tribunal perpétuel ôc reconnu de tout 
le monde, qui fût en droit de prononcer in¬ 
failliblement & définitivement lûr les diffe- 
rens de Religion. Cependant Dieu par fa 
Sageffe n’a pas trouvé à propos d’en uler de 
mye la forte, /espenjées, comme parle un Pro- 
phete, n étantpas ms penfées , ny (es voyes né- 
tant pas nos voyes j & ce lèroit une témérité 
profane de contrdller en cela la conduite de 
Dieu, lequel par fà Providence fait fervir à 
gloire les crimes deshomines , ou en exert 

çant 


de Mnjteur Menjot. II. Part. 305' 
çint la rigueur de là'jüftice contre les cœurs 
endurcis dans le peclié, ou en faiûnt paroi- 
ti-e les excellentes richelTes de là grâce en¬ 
vers ceux qui le repentent. Il faut, de mê- i.cor: 
me, dit S. Paul, quily ait des herefies , afin que 
ceux qui ont une 'véritable foy Joient manifefiez: 
eequi n’arriveroit pas s’il y avoir un Juge in¬ 
faillible pour les choies Ipirituelles, auquel il 
n’y eût qu’à s’addrelTer. On peut donc dire 
que les pechez les plus e'normes, & les here- 
iîes les plus pernicieulès, qui n’ont que trop 
de cours dans le monde & dans l’Eglilè, ont 
quelque rapport avec les poilbns dans la Na-' 
ture, quorum nequitia virtus in-eft ad magnos^^^^-^ 
nfits, adeoutinfelix lolium cateraque frugum 
peftcs ypropriânoncareant utilitate. 

■ Suppolbns neanmoins que Dieu ait érigé en 
terre un Siégé Ecclelîaftique & indépendant, 
aux décifions duquel il faille aveuglement le 
rapporter lur les articles de foy, la difficulté 
ell de le découvrir. L’Auteur rempli de lès 
préjugez tâche de nous inlinuer que ce Siégé 
Souverain ell làns doute l’Eglilè Romaine, 
parce quelle efi toujours vifible , & que (on éten- 
due ér la fuccejfion de fies Tafieurs la fait ajfez 
conmître. Mais l’Eglilè Greque, aînée de: 
la.Romaine, quoy qu’opprimée- par les In- 

Qjï 


10$ Opufâuks Vofihumei 
fidèles , le vantant, avec autant de droit qu’el^ 
ie de çes trois avantages, l’une n a pas plus 
de privilège que l’auü-e de s’attribuer l’in¬ 
faillibilité. ÛAuteur infifie que l’Eglife eft 
Oté qui ne fauvoïtfi cachet , fondée, comme 
elle efljhr une mntagne. Mais il ne s’agit pas 
dans, ce texte de l’Eglilè en general, Jems- 
Chrift y parle Ipecialement à lès Apôtres 
ib.v.'13. qu’il appelle le fétde la terre ^ & qu’il com¬ 
pare à cauiè de l’éclat de leurs miracles, de 
la force invincible- de leur prédication, & de 
la làinteté exemplaire de leur vie, à une Vil¬ 
le bâtie lùr le Ibmmet d’une montagne & ex- 
polee en vue. à. tout l’Univers. 

Toutefois accordons par condefcendance 
qu’il foit fait mention, de l’Eglife Romaine 
dans ce palTage de S, Mattliieu, il relie tou¬ 
jours à lavoir s’il, le doit entendre de la per- 
Ibnne du. Pape jugeant ex CathedrÂcomvatil 
plaît aux Théologiens mtramontains , ou 
bien du Concile Oecuménique , lèlon le lèn- 
timent de l’Eglife- Gallicane, S’il y ell parlé 
du.Pape, le Concile leroit rebelle & héréti¬ 
que de s’approprier une autorité appartenan¬ 
te uniquement à Ibn Prince & à Ion Chef, 
comme fi les Etats Generaux du Royaume, 
aulquels il n’ell permis que de faire leurs, re.-» 


âeMmiJîemMenjût. II. Part. 307 
lîîontrances & de prefènter leurs cahiers au 
Roy, entreprenoient de luy ravir là puilTan- 
ce qui ne releve que de Dieu. S’il y efl: par^ 
lé du Concile, le Pape commet un attentat 
horrible en ufurpant le pouvoir louverain de 
fon Supérieur, comme fî le Doge de Venilè 
s’emparoit de l’autorité du Sénat. 

C^elques-uns pour pacifier ce different , 
dilènt que l’infaillibilité ne réfide ny dans le 
Concile lèui, ny dans le Pape fêul : mais 
dans le Concile prelîdé par le Pape, ou en 
perfonne, ou par lès Légats. Cette opinion 
defoblige également les deux partis,- au lieu 
de les accorder. Elle choque le Concile eil 
le privant de l’autorité de juger un Fape & 
de le dépolèr s’il le mérité, dont il y a des 
exemples : Elle s’accommode encore moins 
avec les intérêts du Pape, lequel pretèiid 
comme Succelfeur de S. Pierre,être pérlbn'-^ 
nellement le dépolîtaire de la Foy dfe l’E-^ 
glife. 

François Cevoli^ a fait imprimer depuis’ 
quelques années un petit Livre Latin dë la 
Puilîànce EGGlêfiaftique contre là D'é'clam- 
tion du Clergé de Franee affémbië'à Paris aUj 
mois de May i 48 i. déVla première pagOrif 
donne au Pâpe • lés* Epithètes^ d'Optmus ., Mk-^- 

0.4 ij 




308 Opufcuks ^ofthumes 

ximus^ que Caiigule prit autrefois affedantî 
de le faire adorer comme Dieu. Il pouvoit 
parla même raifôn le traiter auffi d’Eternité, 
comme on en traita l’Empereur Confiance 
pafîionné fauteur des Arriens. Il l’appelle 
le Seigneur indépendant du monde univerfel, 
de même que de la Ville de Rome, & le 
Portier unique non feulement des Cieux, mais 
auffi des Enfers, comme fi Sa Sainteté y fai- 
fbit l’office du Cerbere des Poètes. Il affure 
que le Saint Pere à une pleine & fouveraine au¬ 
torité fur les choies fpirituelles ; qu’il porte 
tout le droit dans fa poitrine, qu’il a dans fes 
mains le fàlut de tous • les hommes ; que les 
Couronnes des Rois luy font fbûmifès, qu’il 
peut les détrôner quand il veut, & que fi 
quelque Roy a l’inlblence de luy contefler ce 
pouvoir qu’il tient de Dieu, il efl en luy de 
l’exercer, militisnmnu, a main armée. En¬ 
fin il conclut que cette doélrine efl divine & 
neceffaire à falut, & que l’oppinion oppofée 
efl abominable, déteflable éc téméraire j de 
forte, fi l’on en croit ce galant homme, que 
toute l’Eglifè Gallicane efl damnée fans ref- 
lource, & principalement les Parlemens & le 
Clergé. Au refie un tel Ouvrage ne fauroit 
être inconnu au Pape Innocent XI. aujour- 


de Mônjteur Menjot. II. Part. 
tî’huy régnant, puifqu’il luy eft dédié, & par¬ 
tant fbnfilence touchant ce Libelle j eft une 
preuve efFedive, quoy que muette, de Ibn 
approbation; d’autant plus que perlbnne nu 
gnore la rigueur extrême dont les Inquifiteurs 
ont accoutumé de traiter les Ouvrages publics 
pour peu qu’ils déplaifent à la Cour de Rome, 
même fiir des ftijets de tres-petite importance 
en comparailbn de celuy dont il eft icy c|ue- 
ftion : D’où il paroît combien le Pape eft é- 
loigné de confentir au partage de fon autorité 
avec le Concile, qu’il ne confidere qu’en 
qualité de Ibn Conleil, auquel il n’a égard 
qu’autant qu’il luy plaît. Ainfi ce trône d’in¬ 
faillibilité , relpedé commela pierre angulai¬ 
re de la créance des Catholiques, n’eft au fond 
qu’une chimere, parce que lâns parler de plu- 
neurs autres raifons qui le renverlent, il eft im- 
polTible de luy afligner aucun lieu incontefta- 
ble & afluré. 

' DEUXIEME REMARQUE. 

Je ne fày de quoy s’avile l’Auteur des Ré¬ 
flexions, de parlericy des Ouvrages de 
vin & de M. Claude; ne diriez-vous pas à 
l’entendre que nous confiderons ces Melheurs- 

Q_q iij 


310 6 pufeulet Tofthumes 

Jà comme nos Législateurs ^ nos Apôtres > 
Cependant nous ne les croyons, comme on 
dit, que fur bon gage, & quelques dodes & 
inftruûifs que Ibient leurs Livres, nous pou, 
vous nous abftenir de les lire làns rifquer nô¬ 
tre falut, & nous palTer encore plus facilement 
d’écouter les Ecrivains Romains, qui ne nous 
payent que de railons puériles, alléguées mil¬ 
le fois ufque ad naufeam , & refutées autant de 
fois. L’Auteur s’abulè de croire qu’il en eft 
d’un Chrétien comme d’un Rapporteur en Ju- 
ftiçe, qui doit examiner avec application les 
produâ:iGns, les contredits, & les fàlvarions 
des parties. Le limple fidèle ne cherchant 
que fbn fàlut, fans afpirer au degré de D odeur 
en Théologie, n’eft nullement obligé d’éplu¬ 
cher par le menu les çonteftations prelque in^ 
finies des Controiverfifles,, il luy fimt de puifer 
avec l’alEftance de l’E.fprit de Dieu, les veritez 
pofitives dans les fburces vives & limpides de 
l’Ecriture, où toutes les dodrines fondamen¬ 
tales duChriftianifmefont Glaireinent révélées, 
fans fè mettre en peine des herefies, fbit ancien¬ 
nes,,fbii; modernes;, dont la-çoHnoifl&nQe regar¬ 
de la curiofité-piutp^, la foy,,dc.efl:.ta‘ies-lQUi- 
yen)t pl;U& nudiblR quoprofi itablè.. 


de Monteur Menjot. II. Part. 311 
TROISIEME REMARQUE, 


Quelque évident que jfôit de luy-ifiéme le 
lens véritable de eette partie de l’Ecriture qui 
propolè aux hommes des doctrines neceffaires 
àlâlut, l’entendement humain depuis la chu^ 
te d’Adam ell devenu fi tenebreux couchant 


les choies de la foy, qu’il luy éfl: naturelle¬ 
ment impofiible de les appercevoir, fi la gr⬠
ce de Dieu ne l’éclaire d’une maniéré inex¬ 
plicable , quoy que perceptible au fidèle qui 
eu reçoit les lalutaires effets, làns pourtant 
aucune révélation immédiate du S. Elprit pa¬ 
reille à celle des Apôtres , comme lè l’imagi¬ 
nent certains Fanatiques de ce temps. C’eft 
pourquoy S'. Paul dilbit que fi lEmngUe efl *• cor? 
couvert , il ne le fi qu'a ceux aufquehk Dieu de ^ 
cejkcle a aveuglé les-penfées. Mais qu’il ell 

clair à ceux aufquels Dieu a donné les yeux de f '-g^ 
l'entendement illuminez. Ainfi la^ prédication 

de S. Paul aux Gentils, fut reçue de ceux d’en- 
tr’eux qui étaientpredeflinez d vie eternelle , en ^ * 

vertu de la grâce dont il plaifoit à Dieu de 
l’accompagner ; & rejettée des non-prede- 
ftinez qui étoient dellituez de cette grâce , 
quoy quuls eulfent peut-être plus de bon lèns 




311 Opujcîdes Pofthumes 
naturel Sc plus d etude que les croyaiis. Or 
ces operations de Dieu üirle cœur de ceux qui 
croyent, ne paroilTant nullement au dehors, & 
n’étant fenfibles qu a ceux qui en font grath 
fiez, il ne faut pas s’attendre que la vocation 
efficacedes Elus îoit connue de tout le genre 
humain avant le dernier Jugement ; auquel 
Jclùs-Clirifl: prononcera publiquement & en 
dernier reffort tant fiir les œuvres, que fur les 
differentesReligions des hommes. La privation 
de la grâce de Jelùs-Chrift eft donc la vraye 
caufe que les Arriens, lesNefi;oriens,&les autres 
aî^-^ 4 - Herefiarques de tous les fiecles abandon- 
» 8 . ■ 9 îez de rxieu d letiv fens reprouvé^ont faulfement 
fondé leurs erreurs liir les Ecritures Divines. 
Tel étant le fêntiment des Eglilès Reformées, 
je ne puis alfez m’étonner que l’Auteur leur 
impute, comme fi elles étoient Pelagienes, 
pag. i4, d’enlèigner quilny. a perfonne quelque Jimple 
ignorant quil Joit , qui nepuijfe avec SA 
SEULE LUMIERE trouver dans l'Ecriture 
tout ce qu il faut [avoir , croire é" faire dans la 
Religion. 

QUATRIEME REMARQUE. 

pag. a;; L’Auteur pour élever l’autorité des Tradi¬ 

tions' 


de Mnjieur Menjot. 315 

tions humaines aux dépens de la Tradition 
Divine, c’eft à dire de l’Ecriture, le lêrt de 
deux palTages, l’un de Saint Pierre dans là 
fécondé Epître Catholique, où cet Apôtre 
dit, quîlycidansksEpitres de Paul quelques 
endroits difficiles d entendre , que certains ejprits 
îgmrans & inconjlans tordent auffi bien que le re¬ 
fie des Ecritures, en un mauvais lèns, d leur 
propre perdition. L’autre palTage eft de Saint 
Paul dans là fécondé aux ThelTaloiiiciens, 
Freres , gardez les Traditions que vous avez ap- *• 

prifesfoitpar notre parole t foit par nôtre E- 
pitre. 

Le premier palTage prouve jullement le 
contraire de ce que prétend T Auteur des Ré¬ 
flexions. Ilya, dit S.Pierre, quelques en¬ 
droits difficiles d entendre dans les Epître s de 
Paul, ils ne font donc pas tous oblcurs ; au 
contraire il s’enfuit de toute neceflîté qu’il 
s’y en rencontre quelques-uns de clairs & de ^ 
formels, & même en plus grand nombre que 
les autres : Or ceux-cy font lûfElàns pour 
établir feurement la foy des Chrétiens 5 & 
ceux-là lèrvent à les humilier, en bornant 
leur curiolîté naturelle. C’ell pourquoy il 
a été judicieufement remarqué que l’Ecriture 
relfembloit à une Mer où il y a des endroits 
Rr 


314 Opujcules Vojlhumes 

<jue les Agneaux peuvent palTer à gué, & d’au4 
très où les Elepnans font obligez de nager. 
Ces endroits de la parole de Dieu, s’il faut 
ainfî dire, guéabks , font pour les Brebis de 
4.e9,a,. Jelùs-Chrift fages ajobrkté , pendant que les 
T elprits prefomptueux fo perdent dans les lieux 
profoiîds & impénétrables de l’Ecriture qu’ils 
entreprenent témérairement de fonder. Pli^ 
R.oœ\ ^ lagement que dans certaines cho- 

3. ’ fosobfoures de la Nature, îîon tam quarenda 
evatNatuneratio quam volmtas. Combien 
plus cette maxime relpeélueufo doit-elle être 
pratiquée à l’égard de Dieu, lorfqu’il s’agit des 
Myfteres delà Religion, incomprehenfibles 
d’eux-mêmes à l’elprit humain. 

Le fécond palfage n’eft pas cité j)lus heureu- 
foment que le premier. Les Apôtres durant 
leur vie, enfeignoient de vive voix les Eglifes 
lorfqu’ils y étoient prefons, & leur écrivoient 
des Epîtres pendant leur abfonce. S. Paul 
ordonne donc icy aux fidèles de Theilaloni- 
que, de garder les do^rines quth avaient re» 
çues de luy tant de parole ^ que par écrit. Les 
Apôtres après leur mort ne pouvant plus ny 
parler, ny écrire aux Eglifos, toutes leurs E* 
pitres par la Providence Divine font demeu¬ 
rées en leur entier, lelquelles jointes enfom* 


de Mnjieur ^enjot. II. Part. jiy 
fcfe & ajoutées aux Hiftoires des quatre Evan- 
geliftes, aux Ades des Apôtres décrits par S. 
Luc, dcaTApocalypièdeS. Jean, ont formé 
le Canon parfait du Nouveau Teftament avec 
ce titre. Toute la Nouvelle ^Alliance ^ à caufè 
de iàperfedion aehevée, & partant qui doit 
fuffire à TEgliie pour regler fa créance, fon cul- 
te & lès mœurs, comme s’en explique S. Paul, 
Toute l'Ecriture injpirée de Dieu efl utile pour 
enfeigner y pour reprendre, pour corriger y pour 
inflruire dam la juftice , afin que l'homme de 
Dieu [oit parfait , étantpréparépour toute forte 
de bonnes œuvres , & il venoit de dire à Timo- 
thée au verlèt preeedent, que les Jaintes Ecri¬ 
tures qu'il avoit apprifes dés fon enfance , é- 
îoient capables de le rendre afiez [avant pour 
parvenir aufalut par la foy qui efl en ffefus- 
Chrifi. Pourquoy donc faire cette injure à 
la dignité de la Parole de Dieu, que de luy 
alfocier comme collaterales en qualité de prin¬ 
cipe de la foy, des traditions humaines, & 
par conlèquent inconftantes & fautives. 

FinilTons nôtre quatrième Remarque par 
cette confideration, que lîles Ordres Reli¬ 
gieux de l’Eglilè Romaine doivent chaeun 
liiivre la Réglé prefcrite par leur Patron, qui 
n’eft qu’un homme pecheur & mortel, à plus 
Rr ij 





31 Opufcules Poftbumes 

Forte raifon un Chrétien eft obligé d’obeïf 
uniquement à la Tienne, qui eft l’Ecriture, 
dont Dieu eft l’Inftituteur, & partant que 
Page 72. T Auteur des Réflexions nous impofe faufle- 
ment d’enfeigner, quil eft permis au Chrétien 
de croire ce quil voudra y pourvû quil ne foit 
pas Tayen , de même qu il étoit permis a un 
T^ayen de croire ce quil vouloit , pourvû qtiil ne 
fût ny fuif , ny Chrétien. 

CIISIQUÎEME REMARQUE. 

Luther & Calvin, dit nôtre Auteur, d’un 
ton railleur & ironique, tous deux d’un grand 
elprit& d’un grand lavoir, fufcitez de Dieu 
pour rétablir l’Etat de l’Eglilè , tous deux 
nouveaux Sauveurs du monde , ne reconnoiT 
lâns l’un & l’autre que l’Ecriture pour réglé de 
leur foy, le trouvèrent neanmoins tellement 
oppolcz lùr l’explication des paroles dejefus- 
Chnlï yCecy eftmon Corps, que Luther traite 
d'endiablez ceux qui ne Ibnt pas de Ibn lênti- 
ment, & que Calvin afleure de Ibn côté que 
rexpofîtion de Luther eft plus grolfiere que 
celle de l’Eglilè Romaine. De là l’Auteur 
des Réflexions conclut que ces paroles, cecy eft 
ne peuvent pas être claires de cette 


àe Monfteur Menjot. II. Part. 317 
XÎarîê qui n a pas befoin d'un grand examen. Je ?• 
répons que cette propofition, ceci ejl mon corps-, 
eft parfaitement évidente, pourvu que fans fè 
Broüiller l’imagination du verbiage & des vi¬ 
vions creulès des Dodeurs Angéliques de l’E¬ 
cole , on s’attache precilèraent à îinftitution 
deJelus-Chrift, lequel prit du pain,& apres 
avoir rendu grâces, le rompit & le donna à lès 
Difciples, dilant, cecy ejl mon corps qui eft rom¬ 
pupour vous. Car n’eft-il pas plus clair que le 
jour, qu’aprés la prononciation des paroles Sa- 
cramentales, le pain devint le Corps de Jelùs- 
Chrift, & qu’il ne l’étoit pas auparavant : Voi¬ 
la les limites de la Révélation,qu’ils Ibient aufli 
ceux de nôtre foy. C’étoit la maxime de S. 
Chryloftome dilant dans Tune de lès Home- 
lies : Qu il reçoit ce que /’ Ecriture dit , & qüil 
ne fait point de recherches curieufes de ce quelle 
na pas voulu dire ; qu'il comprend ce quelle nous 
découvre , & qu il ne sejforce point depenetrer ce 
quelle a voulu qui demeurât caché ,puifque c eft 
pour cela même qtlelle le cache. Selon cette 
même maxime, Saint Auguftin répondoit aux 
Semi-pelagiens qui luy oppolbient les anciens 
Interprétés .nefais point profeffion, dit-il, 
vdir pour d'autres que pour les Ecrivains Canoni¬ 
ques , une déference & une créance qui aille juft 
Rr iij 


3iS Opufcuîes Vofthumès 
qtia les croire incapables de fe tromper. Et fàp'^ 
pelle d Saint Paul de tous les Interprètes qui l'ont 
expliqué autrement. Tenons-nous donc fi-* 
xement, lèlon la dodrine de ces deux Peres de 
l’Eglilè, ou plutôt félon l’ordonnance de Sainé 
1. Cor. Paul , "a ce qui eft écrit , làns nous mettre en peij 
ne ny de la TraH[fuhftantmtm Romaine, ny 
de la Confuhftantiation ou de Whiquité Luther 
tienne, ny de la Prefence Symholique^nq de l'im^ 
, ou pour parler le jargon de certains 
Scholaftiques, de l'Ajfomption delaTaneitê, 
c’eft à dire de l’union de Jefiis-Chrift avec le 
pain Euchariflique en unité de fiippoft, lèm- 
Diable à l’union du Verbe avec la Nature hu¬ 
maine en unité de Perlbnne, en forte que le 
Myftere de l'Impanation & de l'Invination ré¬ 
ponde à celuy de l'Incarnation. Ainfi ayant 
mis à l’écart toutes ces penlees humaines ( lùb 
vant les conlèils du Sage dans Ibn Ecclefialle, 
Ch [7.17 nonplus fàpias quam neceffe ejl , ne ohfiupefcas ) 
nous trouverons làns un examen laborieux la 
vérité revelée, abftraite des Ipeculations qui ne 
font point de la foy, fin* lefquelles pourtant le 
Peuple Chrétien a été alfez fimple pour pren¬ 
dre parti, & ce qui eft de plus déplorable pour 
le lèparel*de communion. Mais d’où vient, 
diira-t’on, que Luther a palfé les bornes que 


de Mnjieur Menjot. II. Part. 419 
Dieu a pofées à nôtre connoilTance lùr, cette 
matière ? C eft qu étant homme lujet à vanité 
comme plufieurs autres, il le mît en tête d’ex¬ 
pliquer la maniéré du changement arrivé au 
pain Euchariftique dont l’Ecriture ne dit pas 
un mot, & par là il eft tombé dans une erreur 
grolfiere fi vous voulez, mais toutefois pure¬ 
ment contemplative, làns fuite dangereulé & 
làns venin, laquelle par confequent doit être 
tolerée par la charité Chrétienne ; & mérité 
feulement d’être confiderée comme du bois > ^ 
du foin ou du'chaufne bâtis fur le fondement qui 3* n. * 
eft Jefùs-ChriJl. En effet nonobftant les dé¬ 

fauts de Luther, Dieu en luy communiquant 
plufieurs dons non communs, n’a pas laiflé de 
fe fervir de fbn Miniftere pour la Reformation 
de l’Eglifè. Saint Pierre étoit-il moins Apôtre 
& laiffoit-il d’être eftimé l’une des Colonnes 
de l’Evangile, quoy que Saint Paul luy ait ré- 
fifté en face d’autant qu’il ne marchoit pas de cai. 1; 
pied droit , & qu’il forçoit les Gentils nouvel¬ 
lement convertis à Judaïfèr ? L’humeur bouil¬ 
lante & emportée de Luther ne doit pas auflî 
nous liirprendre, après le démêlé de Barnabas Aa. 13. 
& de Paul fur l’affaire de Marc, qui les obligea 
’de fè quiter avec aigreur. Surquoy eft à no¬ 
ter le terme de l’Original que nos Interpre- 




310 Opufeules Toflhumes 

tes ont tourné par celuy ^aigreur, qui eft le 
même dont les Médecins fe fervent pourex^ 
primer les Mais fans chercher 

fi loin des exemples de divifions violentes 
entre les Théologiens, vivans dans le fein 
d’une même Eglile, ne voyons-nous pas dans 
le parti Romain les Thomiftes & les Scoti- 
ftes, les Moliniftes & les Janfeniftes le man¬ 
ger le cœur, julqu’à s’entre damner récipro¬ 
quement ? de Ibrte qu’en nos jours, à la hon¬ 
te des Théologiens, le proverbe odium Theo^ 
logicum , a luccedé à celuy de odium Vatinia-^ 
mm. Pour revenir à l’humeur chaude & 
injurieule de Luther,dont lès adverlâires le 
fervent pour décrier là Religion, elle ne peut 
être mieux comparée qu’à celle de S. Hiero- 
me. Avec quelle impetuofité celuy-cy ne 
déclamoit-il pas contre ceux qui luy contre- 
dilbient ? Et la virulence de là plume a-t’elle 
épargné le fiege même de Rome ? A-t’il aulfî 
été exempt d’erreurs tres-conliderables ? luy 
a ofé appellei' fatuos Dei adulatoreSy des 
bacS* fats & des flatteurs de la Divinité t, les Ortho- 
doxes qui croyoientque la Providence Divi¬ 
ne prefidoit fur les plus vils inlèdes aulïî bien 
que lùr les plus nobles créatures. Luy qui n’a 
jamais voulu admettre la diftindion de fub* 

fiance 


de Monjîeur Menjot. II. Part. 311 
ftance & d’hypoftalè pour l’explication du 
Myftere de la Trinité :Luy au contraire qui 
a refûfê de communier avec les Eglilès delà 
Syrie parce qu’elles croyoient trois Perlbn- 
nes Divines : Luy enfin qui a prétendu que 
les termes de Prêtre & d’Evéqiie étoient lÿ- 
nonimes dans le Nouveau Teftament,cequi 
eft aujoürd’liuy regardé par les Hiérarchiques 
Romains comme une lierefîe damnable. Ce¬ 
pendant S.Hieiome, parce que les imperfe- 
dions notables de là morale & de là dodri-, 
Re4)nt été contrebalancées par plufieurs au¬ 
tres 'belles qualitez qu’il polfedoit éminem¬ 
ment , n’a pas lailTé d’être réputé un grand 
Saint ,& un des plus .excellens Dodeurs de 
rEglilè. 

SIXIEME REMARQUE. 

Y a-t’il rien de plus intelligible, même 
aux elprits les plus rempans, que chaque ar¬ 
ticle dn Symbole des Apôtres ? Les deux 
Tables de la Loy Ibnt-elles vcâlées de la moin¬ 
dre obfcurité ? L’Oraifon Dominicale eft-el- 
le difficile à comprendre? L’elfence entière, 
& pour ainfi dire le précis de la Religion, qui 
Conlifte à bien croire, à bien vivre & à bien 
Sf 


3r 


p.t Opufeules Tofthumes 

prier, eft donc compris tres-nettement danà 

le Credo^àmsÏQDecalogue & dans le Vatevy 

& l’Auteur des Réflexions a grand tort de 

traiter d’apauco ces trois fbmmaires du Chri-, 

ftianilme. 

Il eft vray que Jefùs-Chrifl: a ordonné le 
Bâtême & l’Euchariflie non mentionnez dans 
le Symbole des Apôtres, & lefquels en effet 
ne doivent pas y entrer, d’autant que ce font 
à la vérité des fignes fàcrez pour être en ufa- 
ge perpétuel dans l’Eglifè, félon l’inftitution 
du Fils de Dieu, mais non des dogmes fpe- 
culatifs de la foy de chaque fidèle en parti¬ 
culier. 

: De plus tous les articles du Symbole doi¬ 
vent indifpenfablement être crûs par tous les 
fidèles en toute région & en tout temps, au 
lieu que les obftacles extérieurs peuvent em¬ 
pêcher la célébration de ces deux Sacremens. 
Par exemple, fi quelque Infidèle en lifànt une ’ 
Bible qui luy feroit par hazard tombée entre 
les mains, venoit à lè convertir, & fè rencon- 
troitfêul dans fbn Pais, hors de tout commer¬ 
ce avec les Chrétiens, il ne luy fèroit pas pof. 
fible de participer au Bâtême & àTEuchari- 
ftie, mais il ne feroit pas difpenfé de croirç 
tous les articles du Symbole fans en excepte? 


de Monjieur Menjot. II. Part. 5i| 
àüciiri. Le moyen auflS d’adminiftrer ces deux 
Sacreraens dans un Climat, comme il s’en 
trouve dans le monde, où leur matière, lavoir 
l’eau, le pain & le vin manqueroient, & par¬ 
tant on ne peut dire que leur pratique foit d’u¬ 
ne necelïîté entièrement abfoluë pour le làlut 
des fidèles. Au relie ils ont été établis par 
Jefus-Chrill avec la derniere fimplicité ; c’ell 
pourquoy lans prendre parti parmi les Théo¬ 
logiens , dont les dilputes ne finilTent point, 
contentons-nous, autant qu’il ell en nôtre 
pouvoir, d’y participer lèlon l’inllitution du 
Fils de Dieu & de lès Apôtres. 

Sur ces fondemens du Chrillianilme ainlî 
établis, chaque fidèle en lôn particulier, lans 
crainte de palTer pour Enthoufialle, doit être 
pleinement perlûadè qu’il ell dans le chemin 
du làlut, nonobllant les artifices des Sophilles 
& les oppofitions du liecle qui vont julques à la 
fureur, en intention d’intimider les foibles & 
les ignorans. 

Mais ce n’ell pas là lë compte de l’Auteur 
des Réflexions, le Symbole des Apôtres ne le 
iàtisfait pas, voyant qu’il n’attribuë à l’Eglife 
Chrétienne que deux proprietez, la faintetè & 
i’univerfalité ,& qu’il le tait dë fon infaillibili- 
îé 5 qui ell pourtant le grand pivot de l’Eglilb 




3^4 Opufcuks Vofthumes 
Romaine : Joint que dans le Symbole des Ai 
pôtres le nom de Romaine n’eft pas donné à 
l’Eglile, & que cette omiHion imprime dans 
l’elprit quelque Ibubçon d’herefie. Le Dé¬ 
calogue ne chagrine pas moins nôtre Auteur 
à caulè des trois défenfes precifes & diftin- 
des contenues dans le lècond Commande¬ 
ment , de faire des Images, de le profterner 
devant elles & de les lèrvir, de maniéré que 
non feulement l’abus des Images y eft inter¬ 
dit , c’eft à dire la profternation & le culte 
inferieur & relatif à leurs originaux, mais auflî 
leur fabrique pure & fimple, fous pretexte, 
comme on le prétend, d’aider par leur repre- 
fèntation à la pieté des fidèles. Il lent auflî 
qu’il ne luy eft pas pofïîble de parer la force 
du precepte de travailler fix jours de la lè- 
maine, au préjudice d’un grand nombre de 
Fêtes chommables, commandées dans la Com¬ 
munion Romaine fous peine de péché mor¬ 
tel J ny par conlèquent de juftifier fon Eglilè 
du reproche pareil à celuy que Jelus-Chrifl: 

7 - failbit aux Juifs, d'abandonner le Commande* 
ment de Dieu pour garder leur Tradition, Il 
juge de même que l’Orailbn Dominicale ne 
quatre pas avec l’invocation des noms de Je-^ 
ius & de Marie joints enlêmble, ny avec Je§ 


àe Mnjteur Menjot. II. l’art. 315 
Litanies adreifées [ablblument & diredement 
aux Bienheureux par les dévots Catholiques, 
afin quils les fàuvent du naufrage & de lape- 
fie yquih les défendent du Démon ^ & quils les 
reçoivent d l'heure de leur mort. 

Enfin l’Auteur des Réflexions a làns doute 
trop de pudeur j)our vouloir nier que Jefiis- 
Chrifl: & lès Apôtres n’ayent pas célébré com¬ 
me il faut les Sacremens du Bâtême & de la 
Cene, d’où il s’enlùit que c’efl: une hardiefle 
criminelle d’y ajouter ou d’y diminuer; lùr 
tout la privation du Calice crie vengeance , 
:& les libelles publiez du temps de nos Peres, 
en nos jours pour défendre lùr ce fait la 
rébellion déclarée du Concile de Conftance 
contre Jeliis-Chrifl:, ne font pas moins fean- 
daleux que le lèroit un manifelte de Sujets re¬ 
belles à leur Souverain, qui ne manquent ja¬ 
mais de prétextés,, & qui n’ont jamais rai- 
fon. 

Sans donc qu’il lbitnecelîàiredecelong & 
pénible examen où l’on prétend engager les 
Proteftans, il n’y a qu’à ne pas boucher les 
yeux pour reconnoître que toutes les veritez 
principales de l’Evangile font renfermées dans 
le Symbole des Apôtres, dans le Decalogue, 
dansrOraifonDominicale,&qu’ii faut parti- 

Sf iij 


roiof.4. 

i8. • 


pag.36. 


32<$ Opnfcules Pofthumes 
ciper autant qu’il fe peut aux Sacremens du 
Bâtérae & de rEucliariftie, où il ne s’agit, tou* 
te dilpute mile à part, que de parler comme 
Jeliis-Chrill: a parlé, que de faire comme il a 
fait, & lur tout d’être perlùadé que les pa¬ 
roles prononcées dans le Sacrement de l’Eu- 
cliariftie par le Fils de Dieu, qui eft la vérité 
même, font tres-veritables, làns écouter là- 
■ delfus lesglofesque les hommes vame?nenten^ 
fle% des pet fées de leur chair-, ont accoutumé d’y 
apporter. Il eft donc conftant qu’une telle 
Théologie purement Evangélique, & làns que 
l’Ecole y mêle aucune choie du lien, n’eft 
pas hors de la portée des plus lîmples ArtU 
làns. 

SEPTIEME REMARQUE. 


L’Auteur trouve trois lèns dans notre do¬ 
ctrine , touchant ce qu’il lùffit à un Chrétien 
de làvoir pour être dans la véritable foy. 

Voicylbnpremier lèns: Nous avons dam 
notre Religion Reformée tout ce qui eft necejfaire 
pour être fàuvé -, la Religion Romaine na fait 
quajoûter beaucoup de chofes fuperftu'ês, contrai¬ 
res mêmes aujalut. Nous approuvons ce fens, 
mais les railons alléguées dans les precedentes 


de ^fùnjîcur 3 fenjot. II. Part. 327 
femarques, prouvent invinciblement que nous 
n’avons pas befbin d’un long & difficile exa- 
riien pour embrafler les veritez pofîtives de la 
foy revelées dans l’Ecriture. 

Son lècond fèns eft celuy-cy , Lune & tau- p^g. 37. 
tre Religion ont ce qui eft necejfaire au falut. 

Mah nous nous tenons a la nôtre parce quelle eft 
plusjimple & plus pure. Ce lècond feus mérité 
explication. Il eft vray qu’une partie confi- 
derable de la dodrine Romaine eft orthodoxe, 
mais il nous paroît quelle eft tellement cor¬ 
rompue par l’adition de plulieurs Traditions 
humaines évidemment contraires au làlut, que 
nous Ibmmes neceffitez d’y renoncer, de mê¬ 
me qu’on s’abftient de goûter d’un bon aliment 
s’il eft mêlé depoilbn. Il en eft comme de 
cette racine du nouveau Monde appelée CaJJd- 
ve , qui contient un fuc relTemblant à du laid, 
mais tres-mortel, lequel après être feparé, laift 
le un marc dont les Ameriquains font du pain 
pour leur nourriture ordinaire. Repurgez la 
Religion Romaine des Créances Ipecieulès & 
belles en apparence qui empoilbnnent l’Evan¬ 
gile de Jelùs-Chrift, il en reliera une laine 
dodrine comprile en racourci dans le Symbole 
des Apôtres, & luffilànte pour la vie fpirituel-* 
iedes fidèles. 



Opîifeules Pofthumes 

Je ne fuis pas iurpris que l’Auteur des Ré^ 
flexions entêté de la Religion, n’y remarque 
pas les erreurs capitales que les Reformez y dé- 
couvrenr ; mais j e lîiis étonné au dernier point 
que là prévention Ibit alfez forte pour affirmer 
qu’il n’y a aucune erreur legere, & s’il faut ainfi 
dire, veniele dans Ibn Eglile, vû le grand nom¬ 
bre de dévotions balfes & luperllitieufes qui y 
ont vogue, delquelles les Catholiques honnê¬ 
tes gens & finceres ont honte & qu’ils tachent 
d’exculer, en dilàntque ce Ibnt desamufemens 
pour le anenu Reuple. L’Eglife dont parle 
S. Paul, glorieufè ^ fans tâche , ; fans ride & fans 
rien de femhlahle, que jfefus-Chrifi fera un jour 
c-omparoitre devant luy , ne peut être que l’E- 
glile Triomphante J qui lors du dernier Ju¬ 
gement paroîtra en là prclènce entièrement 
làinte,& nettoyée de ce grand nombre de re¬ 
prouvez dont elle étoit mêlée dans le monde 
Et partant c’efl: le jouer tout ouvertement de 
l’Ecriture que de donner icy bas ces qualitez 
magnifiques à t’Eglilè R omaine, , qu’on avoue 
être compofée de bons & de mauvais, à delfein 
de luy attribuer par là une domination delpoti- 
que lur les confciences, fans ,qu’il Ibit permis 
aux Chrétiens de railbnner fur le principe de 
la Parole de Dieu. 


L’Auteur 


de Mr^eur Meîîjot. II. Part. 319 

■ L’Auteur dans cette même vue le lèrt d’un 
autre pàfTage de S. Matthieu, Si vous ne 
venezjèmhlables aux petits enfans^ vous nefu 
trerczpoint au Royaume des deux. Mais il eft 
manifefte qu’il eft parlé dans ce Texte des 
mœurs innocentes des enfans, que les fidèles 
font obligez d’imiter , & non pas de leur 
manque de connoiftànce 8c de railbn, comme 
fi Jelùs-Chrift entendoit que les fidèles par¬ 
venus à l’âge de dilcernement, fans s’enqué¬ 
rir de la Révélation, le lailTairent mener com¬ 
me des idiots & des niais par des Ecclefiafti- 
ques bien Ibuvent moins éclairez que ceux 
qu’ils entreprenent de conduire. L’explica¬ 
tion de ce palTage de S. Matthieu eft formelle 
dans S. Paul: dit-il, quant à tintel/i-^ 

gence[oyez des hommesfaits , & non de petits en- ‘4- 
fans , fnais a f égard de la malice comportez-vous 
comme des eîîfans. 

Le troifième lens que l’Auteur nous impute pag. 4°: 
eft , qtion fepeutfauver dans lEglife Romaine^ 
mais dijjîcilement & comme par miracle , de mê¬ 
me qü on peut conferverf à punté en Un lieu du ejl 
la pefle , dou il vaut pourtant mieux fe retirer. 

Cette Religion peutfauver par une grande mife- 
rïcorde de Dieu ceux qui la croyënt de bonne foÿ i 
wais elle ne nousfauver oit pas nous qui ne la pou- 



330 Opüfcules Vofthumes 
vom croire , é* a qui Dieu a fait connoitre par fa 
grâce un culte plus pur & plus conforme a fa vo* 
lonté. C’eft fi peu là nôtre lèntiment, que nous 
avons toujours déclaré qu’il a été de tout 
temps, & qu’il lèra toujours abfolument im- 
poflible de le làuver dans une communion, 
quoy que Chrétienne, où la créature eft fou, 
verainement adorée. Mais eft-il croyable, 
dit-on, que tous les Catholiques Romains des 
derniers Siècles avant la Reformation, ayent 
été privez du làlut ? Je répons qu’il en faut 
excepter quelques Çiàéïts jjecrets toutefois par 
la crainte des perlècutions, lelquels julqu’au 
temps de la Reformation le Ibnt prelèrvez du 
mieux qu’il leur a été polhble des Cultes de 
l’Eglilè Romaine, en attendant la délivrance 
après laquelle ils alpiroient impatiemment, 
comme jadis les Ilfaëlites de fortir d’Egypte 
& de Babylone. 

L’Auteur nous objeéle qu’il a paru avant 
la Reformation un grand nombre de Saints 
ardents zélateurs de la Religion Romainejmais 
pour bien juger de cette Ibrte de Beats canoni- 
lèz par le Pape, il n’y a qu’à lire leurs vies écri¬ 
tes par les Hilloriens leurs contemporains ôç 
de leur Religion. 


de Mnjîeur Mnjot. II. Part. 331 

UUITIEME REMARQUE, 

Apres avoir fait voir à l’Auteur des Réfle¬ 
xions que la dilcuflion des Points fondamen¬ 
taux du Chriftianilme n’eft, lèlon nos princi¬ 
pes , ny longue, ny obfcure, rétorquons Ibn ar¬ 
gument contre luy-même, en montrant que le 
fondement liir lequel efl: bâti l’e'difice de fa Re¬ 
ligion, a belbin d’être examiné par chaque par¬ 
ticulier qu’on s’efforce d’attirer dans la creance 
Romaine, & que l’examen en efl: difficile, in¬ 
certain , & d’une prolixité immenfè, ou plutôt 
qu’il efl tout à fait impoffible. Le principe des 
Catholiques efl: que leur Eglifè ne peut er¬ 
rer , & partant qu’il l’en faut croire fur fa pa¬ 
role. Tombons d’accord par complaifànce 
de cette propofition, quoy que des plus erro¬ 
nées ; il efl necelTaire avant toutes chofès que 
cette Eglifè fbit connue pour ce qu’elle fè dit 
être, & cela par les témoignages de l’Ecriture 
& de la Tradition. Ainfi le Théologien Ca¬ 
tholique efl obligé de produire avant toutes 
chofes les titres de fbn Eglifè tirez de l’Ecritu- , 
re, par exemple que tEglife eji la colonne & le 
foûtiendelaveritéy que les portes dEnfer ne 16. A. 
prévaudront point contrelle : Di-le a l'Eglifè , & fs!"?! 

Tt ij 



$zz Opufcüles T^ofihumes 

tels autres Textes femblables. Or les Prote- 
ftaiis ne conviennent pas du lèns que les Ca¬ 
tholiques donnent à ces palTages, de maniéré 
que celuy qui cherche la vraye Eglife & qui ne 
la difcerne pas encore, eft en droit & même en 
necelïité de pefer les railbns des parties. D’ail¬ 
leurs fi on accorde à un particulier le privilège 
d’examiner en pleine liberté les Textes de 
l’Ecriture employez pour preuve de l’infailli¬ 
bilité de l’Eglile, comment pourra-t’on luy 
refulèr de juger par la même Ecriture, fans 
l’intervention d’aucune autorité humaine, de 
tous les autres dogmes de la foy > 

L’autre voye pour reconnoître la vraye E- 
glilè, lavoir par la Tradition, eft encore plus 
embaralfée mille fois que la voye de l’Ecriture. 
On dit que la véritable Eglile doit avoir de Ibn 
côté la lùccelfion non interrompue des Chai¬ 
res & de la Docftrine depuis les temps Apo- 
ftoliques julqu’à'prelent. Bon Dieu ! quelle 
multitude de Conciles, de Peres & d’Hifto- 
riens n’eft-il pas neceftaire de lire dans cette 
recherche De plus les Catholiques & les 
Reformez expliquans diverlèment les Auteurs 
Ecclefiaftiques, le perquifiteur de la vraye 
Eglile lêra tenu de prêter l’oreille aux railbns 
de part & d’autre, & d’examiner avec ibii| 


de JHonJteurMenjot. Il. Part. 323 

foutes les pièces du procès : Et lorlqu’il lira 
dans l’Hiftoire de l’Eglilè que plufieurs Papes 
à la fois fe font fait la guerre, & fe font ex¬ 
communiez les uns les autres ; comment di^ 
ftinguera-t’il le Pape légitimé d’avec l’iifor- 
pateur ? ce qui eft neanmoins necelfairement 
requis pour être alfuré de la foccefïîon non in¬ 
terrompue de- la Chaire de Saint Pierre. De 
plus comment difoernera-t’il les Livres véri¬ 
tables des Peres, d’avec les foppofoz ? Se 
peut-il donc concevoir plus de confufîon Sc 
plus de longueur qu’il s’en rencontre dans 
cette méthode de découvrir la vraye Eglifo 
par le nioyen de la Tradition ? Que feront 
par confequent , pour me forvir des propres 
' paroles de nôtre Auteur, ce grand nombre de 
gens qui ne fardent ny lire , ny écrire ^ cet au¬ 
tre grand nombre qui font un peu plus inftruitSy 
mais dont les Iwnieres font fort bornées^ Que 
fera le Sexe féminin qui compojè la moitié de la 
Republique & de l'Eglife ^ 

NEUVIEME REMARQUE. 

Nôtre Auteur propofo un remede contre p 
ées difficultez , qui eft d’en croire le, plus 
grand nombre de Savans , de même qu’un 
Tt iij 




534 Opufcüles Tofihumes 

client & qu’un malade, loifqu’ils confultent 
leurs Avocats & leurs Médecins le rendent à 
la pluralité des voix,& qu’au Palais on com¬ 
pte les liifFrages des opinans dans toutes les 
*’’*^‘* caulès civiles & criminelles. Il ajoute qu’il 
faut être perlliadé de la blancheur de la nei¬ 
ge, quoy que lix Ideriques dans Paris la 
croyent jaune, parce que hx cent mille per, 
Ibnnes aflurent qu’elle eft blanche j II dit 
13 même ce qu il y a de moins incertain dans les 

' Sciences , cefi ce qui ejî le plus generalemenî rep 

& approuvé. 

Répondons à ces railbns dans l’ordre qu’el¬ 
les lont déduites. Des Empereurs avec leur 
Cour,&plufieurs centaines d’EvêquesalTem- 
blez légitimement en Concile & empellez de 
l’Arrianilme dévoient donc anciennement ê- 
tre jfiiivis, d’autant plus que les Arriens foû- 
tenoient que leur dodrine avoit été la Foy 
perpétuelle de l’Eglilè, qu’ils fè glorifioient 
de la fùccelïîon des Chaires, & qu’ils accu- 
Ibient les Orthodoxes d’être eux mêmes les 
innovateurs. Quelles bevûës ne font point 
tous les jours dans leurs conlùltations les A- 
vocats & les Médecins avec toute leur capa¬ 
cité , leur expérience & leur elprit, aufli bien 
que les plus làges Magiftrats dans leurs juge- 


de Monjîeur Menjot. IL Part. 335 
mens? témoin la condamnation de Socrate. 
La neige eft blanche parce que la Nature l’a 
fait telle, & non parce que fix cent mille per- 
fônnes qui ont les yeux lâins dcpolènt contre 
fix Ideriques qui la croyent jaune 5 & quand 
tous les hommes auroient de la bile répandue 
dans les yeux, la neige n’en lèroit pas moins 
blanche ; car la vérité, quoy qu’on en penle, 
eft touj ours elle même, & ne cefte jamais de 
demeurer vérité. De plus l’Auteur n’a pas 
confideré que dans le monde il le rencontre 
à la vérité lix cent mille perfonnes dont les 
yeux ne Ibnt pas malades, contre fix Ideri- 
ques ; mais que c’eft le contraire dans la Re¬ 
ligion , où il le trouve fix cent mille Reprou¬ 
vez , contre fix Elus éclairez de la Grâce, & 
partant plus croyables que les Reprouvez qui 
les liirpaftent infiniment quant au nombre. 
A 1 egard des Sciences, lelquels je vous prie 
avoient railbn, ou des Aftronomes perfiiadez 
de tout temps du Syfteme de Ptolomée, ou 
de Copernic lèul lorlqu’il commença à pro¬ 
duire le fien ? Les Naturaliftes Anciens & 
Modernes étoient-ils mieux fondez de s’ima¬ 
giner que les Coraetes n’étoient que des Mé¬ 
téores formez des exhalailbns qui s’élèvent 
& s’enflamment à une certaine diftance de la 



Opufcutes Tofthumes 

Terre,que nos derniers Philofophesquipre^ 
tendent avoir démontré quelles lôntdeverL 
tables Etoilles fitiiées au delTus des Planètes? 
Qui lait Cl avec le temps il ne s’élèvera pas 
quelque nouvelle opinion touchant ces Phœ- 
nomenes plus probable que les precedentes ? 
Car il faut avoüer qu’à bon droit Platon dans 
Ibn Dialogue intitulé Phœdon,où.ii fait une 
delcription pathétique de la mort de Socrate, 
l’introduit comparant les raifonnemens hiu 
mains, à caulè de leur incertitude', à la Mer 
Euripe qui eft dans un perpétuel mouvement, 
Muka cecidere cadentque qua nunc funtmho^ 
7 iore dogmata. 

L’Auteur enfin allégué nôtre aquielcenient 
au Synode de Dordrecht, pour faire voir 
que nous nous en fommes parfois rapportez 
au plus grand nombre de Savans. Mais les 
décidons de ce Synode n’ont été reçûès que 
par ceux qui les ont jugées Orthodoxes, & 
aucun particulier n’a été contraint de les ad¬ 
mettre , propter folam autoritatem dicenîis. 
Cette Allembîée elle-même quoy que lavan¬ 
te & nombreulè, a été fi éloignée de vouloir 
regner Ibuverainement lùr les elprits, qu elle 
déclara que lès Decrets n’étoient recevables 
qu’autant qu’ils lèroient trouvez conformcs à 


àe Monfieur Ji^enjot: IL Paît. 337 
parole de Dieu. Il ne faut pourtant pas 
■de cette maniéré modefte Sç vrayement E- 
yangelique des Proteftans inferér que leur 
convocation Ibit inutile. Car il eft naturel 
qu’une multitude d’hommes làvans ait plus 
de lumière que quelques particuliers, & les 
préjugez doivent être plus forts pour le plus 
grand nombre que pour le plus petit : mais 
apres tout ce ne Ibnt que des préjugez qui 
peuvent être faux , comme l’expérience ne l’a 
que trop Ibuvent montré j de forte qu’en ma¬ 
tière de Religion où il y va du lâlut , & où 
chacun y eft pour Iby, le plus feur eft d’être 
toujours lîir fes gardes, & de ne fe rendre 
qu’à la force des raifons appuyées lùr l’auto¬ 
rité Divine. A ce lujet font remarquables 
& dignes d’être écrites en lettres d’or ces belles 
paroles de S. Paul, qui établiftent fi fortement 
le droit & la liberté de chaque Chrétien, Sfcai 
7 îous~mêmeouun iÂnge du Ciel vous évangelL 
fons outre ce que nous avons évangelifé , quil[oit 
anatheme. Il faut icy oblèrver que l’Apdtre 

pour donner plus de force à Ibn dil'cours, fait 
unelùppofidonimpoftible, car ny luy quia- 
voit été ravi au troiftéme Ciel, nyun Ange 
confirmé en grâce n’étoient pas capables d’an- 
moncer quelque doétrine non contenue dans 
Vil 




33^ OpJifcuksPoJîhumes 
l’enceinte de l’Evangile.' Cependant le ca^ 
arrivant, quoy que l’autorité d’un Ange ou 
d un Apôtre foit infiniment préférable à celles 
des Papes & des Conciles Oecuméniques, 
S. Paul revêt les fimples particuliers du pou¬ 
voir d’anathematilèr les Anges & luy-même, 
puifqu’il addrefTe fon Epître generalement à 
tous les freres des Eglifès de la Galatie. Je ci- 
tois un jour ce paflfage à un Théologien Ro¬ 
main , qui me dit que cette raifon étoit pitoya¬ 
ble , auquel je répondis froidement qu’il pa- 
roilToit avoir moins étudié S. Paul que Quin- 
tilien, puilqu’il en pratiquoit les maximes fi à 
Liir.propos, qtm dteendo refelkre non poJfumuSy 
qudji faftidiendocalccmus. 

DIXIEME EE MAR QUE. 

L’Auteur des Réflexions nous introduit 
raifônnans d’une maniéré la plus inouïe & la 
P- 109, plus ridicule qui fût jamais. LEglifè^ nous 
fait-il dire, lieft pas infaillible , mais moy je 
fhis infaillible , comme fi c’étoit une abfoluë 
neceflîté ou que l’Eglile en general, ou que 
chaquej)articulier de ceux qui la compofent 
ne puifïe tomber dans l’erreur. Cependant 
i’Eglife n’eft pas infaillible , puifque l’Ecritura 


àe Monfieùr Menjot. II. Part. 339 
n en dit rien, que l’experience nous apprend 
le contraire, & que les lêuls Apôtres par le 
moyen de leur communication immédiate avec 
le S. Elprit n’ont pu errer en la foy. A plus 
forte raifon n’y a-t’il point de perlbnne pri¬ 
vée , à moins que d’avoir l’elprit renverle, 
qui puilTe le vanter d’être infaillible ; d’où il 
s’enluit que l’infaillibilité, comme les Poëtes 
ont dit de leur Aftrée, s’eft retirée dans les 
deux avec les Saints Apôtres, & qu’elle ne 
fe trouve plus lin* la Terre, ny quant à la ré¬ 
vélation d’une nouvelle Dodrine, ny quant 
à l’expofition d’une Dodrine déjà revelée. 

La différence donc eft extrême entre ces 
deux propofitions, l’une, je luis certain qu’en 
telle & telle rencontre je ne me trompe pas ; 
&rautre,iln’efl:paspoflîbleque je me puilfe 
jamais tromper. Un homme qui fê porte 
bien ne révoqué point en doute la lànté 5 peut- 
il inferer de là qu’il ne luy puilfe lûrvenir de 
maladie ? Dieu de là pure grâce fans le lècours 
•de l’interpretation prétendue infaillible du 
Clergé Romain, & làns Ibn attache, donne 
à un predeftiné de croire tres-fermement tous 
les articles du Symbole des Apôtres, qui ell 
la foy Chrétienne en petit, mais complété 
àc achevée. Cet homme dont la railbn poC- 
Vu ij 




340 Opujcules Pofthumes 

fede naturellement la faculté de réfléchir luÿ 
lès actions, le trouve le cœur tellement pené* 
tré du vif lèntiment de ce don Celefte, qu’il 
n’en peut nullement douter 5 y à-t’il en cela 
lieu de l’accillèr d’être un vifionnaire s’arro* 
géant le privilège de l’infaillibilité ? Au con^ 
traire il n’ignore pas que Dieu pour l’huniu 
lier ne puiffe l’abandonner à là foiblefle natu¬ 
relle , & lùfpendre pour quelque temps les 
effets de la Grâce ; en forte qu’il tombe dans 
l’erreur auffl bien que dans le vice 5 c’efl: pour- 
quoy le fidèle doit être toujours fur fes gar¬ 
des contre les lèduétions du monde, & fur 
phii 1 ^ défier de fès forces, en travaillant a 

12. ’ fin jaht avec crainte & tremblement , ér en af- 
fermijfant de plus en pim dans fin cœur fin éle~ 
Bion <èrfa vocation par P exercice des bonnes œu¬ 
vres ; mais cela n’empêche pas que la Grâce 
qu’il a une fois reçue & reffentie, laquelle au 
fond elf irrevocable, ne l’alTure que fà chute 
pouvant arriver, elle ne fauroit être finale, & 
que Dieu tôt ou tard ne manqueroit pas de l’en 
relever par fa mifèricorde. Il eft vray que du¬ 
rant tout le temps de fà chute, les effets de la 
Grâce en fbn cœur font éclipfez, jufqu’à ce 
qu’il plaife à Dieu de le tirer de cette fyncope 
fpirituelle. 


de Mdnjièùr Menjot, II. Part. 341 
ONZIEME REMARQUE. 

L’Auteur en parlant de la puilTance excom- p. jc. ss 
municative nous fournit l’occafion d’en faire 
icy une remarque. L’excommunication ufi- 

tée dans l’Eglilè eft double, l’une pofitive, & 
l’autre fimplement déclarative. La première 
eft un droit de chaque Eglilè particulière, qui 
luy eft commun avec toutes les Societez civi¬ 
les , lefquelles ont le pouvoir de retrancher de 
leur Corps ceux qu’ils jugent indignes d’y être 
foufferts, fe relèrvant la liberté de les rétablir 
dans la liiite s’ils rentrent dans leur devoir. 

L’autre eft une déclaration auteiitique fai¬ 
te par l’Eglilê de la part de Dieu aux hérétiques 
obftinez, ou aux pêcheurs inipenitens, qu’ils 
font hors de la Communion de Jelus-Chrift. 

Ce n’eft pourtant pas proprement Si: formelle¬ 
ment cette excommunication confîderée en 
elle-même, mais ce font les erreurs ou les vices 
qui leur ferment en effet la porte du Ciel 5 car 
un heretique ou un pecheur, quoy que non 
excommunié luivant la réglé de la Dilcipline, 
n’en eft pas pour cela moins égaré de la voye 
du lâlut ; & au contraire une excommunica¬ 
tion mal fondée ne fàuroit préjudicier à un 
Vu iij 



342- Opujculés Polîhunm 

homme de bien, elle retombe plutôt comme 
par une elpece de repercufTion lur la tête de 
ceux qui l’ont lancée injuftement. Or ce 
pouvoir d’excommunier a été donné àl’Egli- 
lè non pour perdre l’heretique, ou le pecheur, 
mais plutôt pour le l'auver en le réveillant de fa 
léthargie par la honte de fon état, & liir tout 
par la terreur des jugemens de Dieu. Aulîî 
ne doit-elle jamais être employée que pour, des 
raiibns importantes. Et je ne comprens pas 
comment l’Auteur des Réflexions peut ap¬ 
prouver les premiers Chrétiens, qui pleins 
d’eux-mêmes & jaloux de leur propre fenti- 
ment, s’entr’excommunioient flir la célébra¬ 
tion de la Pâque le quatorzième jour du pre¬ 
mier Mois, ou le premier Dimanche après la 
pleine Lune de ce premier Mois : Car outre 
que ce different efl: de petite ou de nulle con- 
nderation, il avoit été terminé par l’Apôtre 
écrivant aux Colofliens ; Que mine vous con¬ 
damne en diftinâion i un ]our de Fête , ou de nou¬ 
velle Lune , ou de Sabbats. Ce procédé des 
Eglifès primitives, pour le dire en paflant, 
quoy que d’autre part faintes & Orthodoxes, 
fait alfez voir quelles n’ont pas laiflfé d’avoir 
leurs défauts, & par confequent qu’on n’étoit 
pas abfblument obligé d’avoir pour elles une 


de JMonJietivMenjot. ll.V^ït. 343 

Réference aveugle. 

J’omets icy une troifiéme elpece d’excom¬ 
munication extraordinaire, miraculeulè & pro¬ 
pre aux Apôtres, qui par fois livroient, d’au¬ 
torité Apoftolique, un pecheur à Satan, le¬ 
quel tourmentoit le corps de ce milèrable, 
julqu’à ce qu’il fût revenu à réfipilcence, com¬ 
me nous liions que S. Paul en a ufé envers l’in- 
ceftueux de Corinthe, & envers deux autres 
particuliers, qu’il nomme Hymenée & Ale¬ 
xandre. 

DOUZIEME REMMR QJJE. 

Afin de ne rien ometre re'pondons à trois 
reproches que nous fait l’Auteur. j 

I. Il nous accule d’avoir aboli le vœu de 
virginité. Mais autant que nous failbns cas 
d’une vierge doüée du don de continence, qui 
au lieu de s’embarralfer des Ibins & des liiites 
du mariage, s’adonne entièrement à lèrvir Dieu 
& à vaquer aux œuvres de la charité envers 
le prochain ; d’autant plus melèftimons-nous 
le vœu irrévocable de Célibat d’une vierge 
à peine parvenue à l’âge de puberté, avant 
qu’elle lâche lî Dieu la gratifiera du don de 
continence, ou non. Nous Ibûtenons même 




i.Cor. 


pag. 49. 


LuciS; 

li. 


344 ^ Opufcukî Tofihmnes 

que fî elle s’en lent privée’à l’avenir, que fon 
vœu ayant été fait temerairement, elle eft 
obligée en confcience conformement à l’ordre 
de S. Paul, defemarierplûtûtque de brûler^ 
car la vierge , dit-il, doit être fainte non feule* 
ment de corps , mais aujf die [prit. 

2. Il nous reprend de la rareté de nos jeû¬ 
nes publics. Nous les célébrons pourtant tou¬ 
tes les fois qu’ils Ibnt jugez necelfaires: Et à 
l’égai'd des jeûnes particuliers il faut que l’Au¬ 
teur ait oublié nos pratiques, en affirmant fi 
pofitivement, qtiilsne nous font jamais recom¬ 
mandez par nos ?afteurs. Car il n’y a rien de 
plus vray qu’ils nous y exhortent fbuvent, & 
que c’eft chez nous un péché que de les négli¬ 
ger , quos faturitas , dit S. Hierdme, paradifo 
expulit-, reducat efuries. A la vérité nous 
croyons les jeûnes des dietes médicinales plû- 
tôt que des aides à la pieté, à moins qu’ils ne 
fbient lânétifiez par la priere, puifque l’E¬ 
criture n’ordonne jamais au fidèle dejeûner, 
quelle ne luy commande en même temps de 
prier. 

3. Il le plaint enfin que nous tournons en 
rifée la pauvreté volontaire coafèillée dans 
l’Evangile. Jefiis-Chrift n’en a parlé qu’en 
une feule rencontre, à delfein de rabbattre la 

préemption 


de 3 ionlteuv Menjot. II. Part. 34^ 
prefomptioii d’un homme qui j(è glorifioit fiè¬ 
rement d’avoir accompli la Loy. C’eft pour- 
quoy làns nous railler de ceux qui ont du goût 
pour la condition Monacale, quoy que peu 
eftimée des honnêtes gens, nous fommes per- 
fuadez qu’une perlonne à qui Dieu a donné 
du bien, fait plus prudemment & plus làinte- 
nient d’en retenir une partie pour là lubfillan- 
ce, & du reliant en nourrir & en vêtir les 
vrais pauvres, que d’abandonner tout Ibn pa¬ 
trimoine à des parens opulens, & de lè jetter 
dans un Couvent riche en commun, quoy 
que chaque particulier n’y polfede rien en 
propre. 

TREIZIEME REMARQUE. 

Il ell étrange que le lavant 8 c judicieux 
Auteur des Réflexions, au lieu de le dillinguer 
d’un tas de petits Miflîonnaires, ait voulu lùi- 
vre leur exemple en nous rebattant comme 
eux de certains paflàges triviaux tirez des 
Sts Peres touchant l’Eucharillie, & en pal- 
fant comme eux Ibus un artificieux filence 
les réponlès Iblides que les Théologiens Pro- 
teftans y ont fait une infinité de fois. Ceux- 
cy ont aulïî montré en general, que le genie 



54 <^ Opufcuks Pofthumes 
de la plupart des Anciens Dodeurs de l’E-* 
glife a été, en parlant de l’Euchariftie & 
me du Bâtême, d’ulèr d’allegories, d’hyper¬ 
boles , de métaphores & de femblables 
res de Rethorique pour émouvoir l’attention 
& le relpeâ: de leurs auditeurs, & de leurs le- 
éleurs : De maniéré que c’eft faire tort au 
bon fëns de ces laints Perlônnages, que de 
prendre à la rigueur leurs fublimes & hardies 
exprelïîons, qui ne tendent au fond, qu’à don¬ 
ner de grandes idées de ces deuxSacremens, 
L.8. c 6 mentitîir hyperbole , dit Quintilien ^fednon ita, 
îtt înendacto velit fallere. C’eft dans cette 
vue que S. Jean lui* la fin de fon Evangile af- 
fure que fi toutes les chofes que Jefus-Chrift a 
faites étoient rapportées en détail, le monde 
même ne lèroit pas capable de. contenir les 
Livres qu’on en écriroit. 

Voila la première clef, pour parler en ftile 
de nôtre Auteur, capable d’ouvrir la doctrine 
des Peres fin* l’Euchariftie. Voicy la fécon¬ 
dé.: Ce Sacrement eft compofé de deux par¬ 
ties , l’une vifible & materielle, l’autre invilible 
& Ipirituelle ; car tout Sacrement n’eft-il pas 
tmjigne vifible d'mie grâce invifible ? Quand il 
s’agit de la pai'tie fenfible du Sacrement, les 
Peres la nomment par Ibn nom propre dcna- 


àe Monfietir 3 tenjot. II. Part. 547 
turel de figne, de figui*e, de fymbole, de type, 
d’antityj>e & de memorial; lorlquil eft que- 
ilion de la partie du Sacrement qui eft cacne'e 
à nos lèns, lavoir de la grâce lignifiée & ex¬ 
hibée par les lymboles, ils employent des 
termes relevez & magnifiques, & c’eft les 
entendre à contre lèns, que d’attribuer aux 
élemens corporels les benediétions celeftes 
qu’ils nous reprelèntent & qu’ils nous com¬ 
muniquent. Avec ces deux clefs il eft aile 
de déchiffrer la véritable croyance des Peres 
de l’Eglilè touchant l’Euchariftie, & de les 
accorder avec l’Ecriture Sainte, & entr’eux- 
mêmes lorfqu’ils femblent lè contrarier. 

Mais examinons plus particulièrement les 
textes des quatre Doéteurs de l’Eglilè citez 
par nôtre Auteur dans Ibn dilcours lùr l’Eu- 
chariftie. Afin d’être court, nous nous ab- 
ftiendrons de faire voir que les maniérés de 
s’exprimer de S. Ambroilè liir l’Euchariftie 
conviennent parfaitement avec nôtre créance, 
lavoir que le pain & le vin Euchariftiques Ibnt 
élevez parla vertu Divine à la dignité d’être 
myftiquement & làcramentellement le corps 
& le làng de Jelus-Chrift, & que nous man¬ 
geons & buvons intérieurement par la foy la 
■vraye chah* & Ibn vray làng, de maniéré qu’u- 




34 ^ Opufcules ‘Pofihumes 

ne telle communion pour être fpirituelle n’eft 
eft pas moins réelle & véritable, ce myftere 
étant tout enfèmble & efprit & vérité. Ce¬ 

la paroît évidemment en ce que S. Ambroife 
venant de parler de notre régénération par 
les eaux du Bâtême, a ul'é de termes ou lèm- 
blables ou équivalens à ceux dont il s’eft fer- 
vi en expliquant dans la luite la vie & la nour¬ 
riture de nos âmes, par le pain & par le vin fa- 
cré de la Cene du Seigneur. 

Ainfi nous nous contenterons de faire quel¬ 
ques oblèrvations liir les palfages des trois au¬ 
tres Peres, qui font S. Cyrille de Jerufalem, 
S. Grégoire de NilTe, & S. Gaudence Evêque 
de Brelfe. Or quoy que la Qatéchefe Myflago- 
gique de S. Cyrille , de l’aveu des Savans, ne ibit 
pas d’un moins faux alloy que le Livre de Cœ- 
attribué à S. Cyprien, nous vou¬ 
lons bien par complaifànce pour notre Auteur 
la recevoir comme valable, 
psg. 6 . Le Corps & le Sang de nôtre Seigneur Jefus- 
Chrtjlétantdiftribuez dans nos membres-, nous 
devenons ,pour ainfi dire , PORTE-CHRISTS, 
lèlon S. Cyrille de Jerufalem. Ce difcours 
eft peu compatible avec l’hypothelè Romaine, 
que prelqu’au moment que l’Hoftie efl: reçûë 
dansl’eftomachdu communiant, les efpeces 


àe Monjîetir Menjot. II. Part. 349 
3a pain y font confomées, & partant que le 
Corps de Jefos-Chrift quelles enveloppoient, 
eeireaulïîayêtreprefent, de forte que cette 
Chrijîophorie ne lâuroit être que momentanée. 
Pour ne pas dire qu’une Hoftie petite & mince 
n’a pas alTez de matière pour foflîre à une di- 
ftribution fi ample & fi étendue. Enfin il 
s’enfoit du raifonnement de S. Cyrille pris à 
k lettre, que ceux qui communient indigne¬ 
ment doivent aufiî bien que les fidèles être cen- 
lêz PORTE-CHRISTS , ce qui eft infoûtena- 
ble & contraire à l’intention de ce Pere. C’efi: 
pourquoy il n’y a que certains menus Officiers 
de Paroiffies portant l’Hollie aux malades, 
qui foient aujourd’huy qualifiez PORTE- 

Bieux. 

Voyons comment S. Cyrille expofo cespag jt. 
paroles deTOraifon Dominicale, Donnez-nous 
aujourdlouy notre pain quotidien , ainfi que tour¬ 
ne la vulgate dans S. Luc, ou bien nôtre pain 
fiiperfubflantielt félon la même vulgate dans S. 
Matthieu. 

Il eft manifefte que par le pain quotidien Je- 
lûs-Chrift entend nôtre nourriture ordinaire 
& corporelle, fous laquelle il comprend toutes 
les autres neceffitez de la vie : Mais ce n eft 
paslàlefentimentde ce Saint} Le pain com^ 

Xx iij 



1^0 Opujcuks Tûfthumei- 

7 nunyôitÀi,fieflpasfùperfubfiantkl, jnah 
pam , favoir l’Euchariftique, eft un veritahlo, 
pain fuperfubfîantkl puifqùUfortifie la fuhftan^ 
ce de P aîné. L’interpretation forcée de ce Do^ 
deur ne doit pas lurprendre après celle qu’i| 
avoit donnée un peu auparavant à ces paroles,, 

p. 29’ 8c Notre Tere qui êtes aux deux , entendant paf 
les Cieux ceux qui pm'tent en eux l'image du . 
Pere Ceiefie , & dans lefquels il habite. Lf 
même S. Cyrille ordonne aux communians,. 

P- 44 . peitdant que leurs levres font encore un peu 
înoùillées du vinEuchariftique,<9rm confacrer 
de la main leur front y leurs yeux & les autres 
organes de leurs fens. Mais aujourd’huy qu’on 
croitlaprelèncefubftantielledu làng adorable 
de Jeliis-Chrift, une telle pratique ièroit con¬ 
damnée comme profane. 

î>.i 38. Quant à la tranfélémentation mentionnée* 
dans S.Grégoire deNilTejdont lesDodeursRo- 
mains tâchent de le prévaloir en faveur de leur 
Tï‘anirubl 1 :antiation,elle l’abat de fond en com¬ 
ble. Ariftote enlèigne que les quatre Elemens 
le transforment les uns aux autresjpar exemple, 
que l’eau devient air, lorlque perdant là forme' 
lûbftantielle & lès qualitez, là matière aquiert 
la forme lùbftantielle & les qualitez de l’airj de_ 
ibrte que la matière de l’eau nonobftant fou 


deMmfieurMeajot. II. Part. 351 
changement de forme & de qualité, ou bien 
Ion changement de modification, pour parler 
à la mode, demeure conftamment lamême. 
L’Ecole appelle ce palîàge d’un Elément à un 
autre, tranfelementation. Or qui ne voi^ que 
ce genre de mutation différé du blanc au noir 
delaTranffubftantiation Romaine, dans la¬ 
quelle la fubftance du pain eft anéantie, pen¬ 
dant que lès accidens liibfillent, bien loin que 
la matière du pain tranlfubftantié demeure dé- 
poüillée de lès qualitez, pour être revêtue des 
proprietez naturelles du corps de Chrift. Par 
là aulïi ell détruite la comparailon li fort van¬ 
tée par nos adverlàires, du changement de la 
verge de Moylè en un Serpent, & de l’eau en 
vinpar Jefus-Chrift, d’autant que la matière 
de cette verge & de cette eau qui perliftoit' 
toujours, ne fit que quitter fa première forme 
pour en prendre une nouvelle, comme il ar¬ 
rive dans toutes les générations Phyfiques, 
avec cette différence neanmoins que les chan- 
gemens d’une verge en un Serpent, & de 
l’eau en vin ont été lubits, làns aucune diP 
pofition préalable de la matière, &parcon- 
lèquent miraculeux & extraordinaires 5 au lieu 
^ue les générations Phyfiques lè font petit à 
petit, qu’elles requièrent dans le lîijet cer- 




OpufctikiVojihumei 

taines préparations, & quelles font naturelîèè 
& ordinaires. Le fuc de la terre, par exem** 
pie, eft filtré lentement au travers des racL 
nés, du lèp & des làrmens de la vigne, & y eft 
cuit peu à peu par la chaleur du Soleil, pour 
devenir vin apres l’elpace de plufieurs mois. 

Futrejcens in ligni cortice lympha. 

Au lieu que Jefiis-Chrift qui eft le Maître de 
la nature & qui n’eft pas attaché à fes loix, 
changea en un moment de l’eau commune, en 
un vin tres-excellent. 

Jacob peu avant là mort prophetilànt de 
l’abondance qui devoir arriver au temps de l’a- 
6en.49. venement du Melfie dit, quil laver oit dam 
le vin fa robe dans le fang de la grape fin 

manteau. Cette elpece d’exaggeration eft 
tres-commune chez les Hebreux, comme lors 
c. îo. que Job difbit,// ne verra point les ruijfeaux^ 
lesfieuves fes torrens de miel & de heure. Et 
Cap. peu après: fel'avois mes pieds au heureérles 
6- rochers ver (oient auprès de rnoy des ruijfeaux 
d'huile. 

Cependant nôtre Auteur pour prouver la 
tranlTubftantiation du vin Euchariftique au 
làng de nôtre Seigneur, recourt à l’autorité 

dè 


de âionfieur Menjot. II. Part. 355 
de $. Gaudence, allegorifèur outré, lequel al- 
fure que la prophétie mfdite de Jacob, fignifie 
que Jelîis-Chrift parfinfang devoit un jour la- 
'oer nos corps quifont comme les vêtemens de ms 
âmes. Mais par malheur Jacob prédit que le 
Mefïîe devoit un jour laver la robe & fon man¬ 
teau, & non pas les habits des fidèles dans 
le vin & dans le lang de la grappe ; joint que le 
làng de Jelùs-Chrift lave nos âmes & non pas 
nos corps. 

Le même S. Gaudence allegorifant la man- ^ 
ducation de l’AgneauPafchal,remarque i. qu’il 
étoit deTendu d’en manger la chair crue, c eft d 
dire , lèlon l’imagination de ce Pere, qtitl ne 
faut pas prendre fiperficiellejnent &d la lettre 
les paroles de ffefusihrifl dans lEuchariftie. 

2. Qu’il n’étoit pourtant pas permis de faire 
boüillir cette chair dans l’eau, mais que le 
tout devoit être rôti au feu ; Qela fignifie , dit-il, 
qiiil ne faut pas prendre les paroles de fefiis- 
Chrifi amollies ou afioibliespar de vains difcours , 

' mais quelles doivent être enflâmées & animées 
par PE[prit Divin. 3. Qu’on étoit obligé 
d’en manger la tête, les pieds & les entrailles; 
que la tête marque la Divinité de fiefas-Chrift, 
les pieds fin Incarnation arrivée fur la fin des 
temps ^ car les pieds font les dernier es parties du 




354 OpufcidesVollhu 7 nes 
corps J & que les entrailles défignent les myflercs 
fecrets de fadoârine. 4. Qu aucun de fes os 

ne devoit e'tre brifë, pour nous apprendre qu’il 
nefaut pas ajfoihlir ny ébranler ce que r Ecriture 
a de plus confiant & de plus folide. 5. Enfin 
que les Ilraëlites en mangeant la Paque dé¬ 
voient porter une ceinture fur les reins, & pre- 
lùppolant que cette ceinture étoit de cuir 
comme celle de S. Jean-Baptifte, il dit quelle 
dénotoit la mortification & T anéantijfement des 
'uices^comme le cuir dont nous nous fervojis efi tou¬ 
jours tiré dune bête morte. 

LebonS. Gaudence étoit alTurement bien 
intentionné, & Ibn grand zele doit lùppléer au 
peu de jufteffe de lès conceptions. Cependant 
. Cor. parce que des indevots, privez de la charité qui 
^ efibenigne pouroient en parler defobligeam- 
ment, il fèmble qu’il eût été plus prudent à no¬ 
tre Auteur de ne les pas étaler icy, & qu’en 
laififant à part S. Gaudence, ac operiendo veren- 
dapatris , il eût rendu plus de lêrvice à fon 
parti, s’il le fût appliqué à répondre entr’autres 
palTages des Peres, à ceux de Tertullien, d’O- 
rigene, de Theodoret, de S. Auguftin, & de 
Facundusqui fulminent l’Euchariftie Romai¬ 
ne', & aulquels les Doéteurs Romains avec tout 
leur effort d’efprit n’ont oppofe jufqu’à prefent 


de Monjteur Menjot. II. Paît. 55^5 
que des réponîès mifèrables & frivoles. Con¬ 
cluons enfin en rendant priere pour priere à 
nôtre Auteur. 

Vueillez, Seigneur, par vôtre milèricor- 
de infinie donner à connoître vos veritez, non 
feulement aux fimples & aux petits, mais aulîî 
aux làges & aux prudens de la terre. Humiliez 
l’orgueil plus que Pharilàïque de ces Condu¬ 
cteurs intaillibles, de ces Seigneurs de la foy 
de vôtre Eglile. Guerilîèz ces aveugles nais, 
afin qu’ils puiflentétre touchez des vives & 
brillantes lumières de vôtre divine Parole, lur 
•laquelle ils ont la hardiefife de rejetter leurs na¬ 
turelles & malheureulès tenebres. 



vy îj 



35 ^ 


Opufeules Tojlhumes 


REMARQUES 

TOUCHANT UN LIVRE INTITULE" 

Réflexions fur les diferens de Religion. 

SECONDE PARTIE. 

L a première partie de ces Réflexions efl: 

écrite avec quelque modération. La fé¬ 
condé eft pleine d emportement & de ve¬ 
nin. 

L’Auteur s’y efl: propofé de faire la cour à 
de certaines gens puiflans & mal intentionnez 
contre nous, aulquels par politique il s’efl: dé¬ 
voilé. Ce dévouement efl: tellement abfolu 
qu’il s’étend non lèulement fur les matières 
de Morale & de Théologie, mais même fur la 
Phyfique, comme lors qu’il écrit : Lopinion 
qui fait mouvoir laTerre autour du Soleil a plû 
d’aboî'd d ceux qui aiment la nouveauté j mais 
t ancienne opinion a prévalu. xAriflote prévaut 
dans les Ecoles \ mais Defeartes commence a pré¬ 
valoir parmi ceux ^ui ont y ou qui erœ^ent avoir 
plus d'e[prit que les autres. Cependant l’opi- 



àe Monfieur Menjot, 11 . Part. 357 
nîon du mouvement de la Terre autour du 
Soleil eft aujourd’huy approuvée des plus ha¬ 
biles Aftronomes, & quoy que la Pnyfique 
de Delcartes ait lès difncultez, elle eft pour¬ 
tant à tout prendre plus probable que celle 
d’Ariftote. L’Auteur eft trop connoiftant 
des choies naturelles pour douter de ces veri- 
tez; neanmoins lâchant quelles déplaifent à 
fes bons amis, il veut paroître luivre leur lèn- 
dment en toute choie , honmque depafcitur 
aurea diBa. 

Il ne faut donc pas s’étonner fi dans la con~ 
jondure des affaires prefentes, afin de leur 
témoigner l’ardeur de Ion zele, il a trouvé à 
propos d’afturer, que pofé les hypothefès de p ^34- 
la Religion des Proteftans, leur fidelité doit 
être lulpede non lèulemeiit au Roy, mais 
auffi aux Etats Etrangers qui reçoivent chez 
eux charitablement les Réfugiez de France : 
cela s’appelle en un mot Ibnner le tocfin con¬ 
tre nous dedans & dehors le Royaume. Nean¬ 
moins afin de nous confbler par de tendres 
adouciffemens, il nous honore du nom de lès 
tres~chers freres , & de fois à autre lance vers 
le Ciel pour nôtre converfion quelques priè¬ 
res éjactdatmres avec une dévotion affedée ; 
aulïî ne manquerons-nous pas deluy en don- 
Yy iij 




3 5 s Opîifeules Vojlhumes 

ner des marques de nôtre reconnoiffançe à là 

fin de cet Ecrit. 

Nous ne toucherons point aux Réflexions 
contenues dans la première partie qui font 
répétées dans celle-cy, fur lelquelles nous a- 
vons par le palfé fait quelques remarques ; il 
nous lûffira de confiderer brièvement ce que 
l’Auteur produit de, nouveau dans cette fecom 
de partie. ■ A 

PREMIERE REMARQUE 

fur lEleâion, des fidèles ér de lEgllfè. 

Il nous parle de deux elpeces d’Eledions, 
l’une particulière de quelque peu de perfon- 
nes, par la pure milèricorde de Dieu, raifes 
à part de toute éternité de la malfe corrompue 
dn genre humain, delquelles le làlut eft im¬ 
manquable. 

L’autre generale, d’un Peuple entier ou 
d’une Eglife toujours vifible, hors de laquelle 
il n’eft pas poflTible à un Chrétien de le fauver, 
quelque repentance, quelque foy, & quelque 
charité qu’il ait d’ailleurs , & où par conlè- 
quent le trouvent de neceflîté tous les Elus, 
quoy qu’en nombre infiniment moindre que 
eeluy des Reprouvez. 


de Mmfieuv 3 ienjot. II. Part. 359 
üu Elu peut même apres être converti, 
commettre par foiblelTe de très-grands pé¬ 
chez , & tomber dans des herefies dont il fè 
repent tôt ou tard avec le lècours de la Gr⬠
ce , l’effet de laquelle peut pour quelque temps 
être lùlpendu, mais non pas luy manquer fina¬ 
lement , d’autant que le Decret de Dieu ne 
peut être enfraint. Mais l’Eglife êlûë, dit 
nôtre Auteur', encore que l’ivroye ylbitfàns 
comparailbn plus abondante que le bon grain, 
a la prérogative de ne pouvoir jamais parti¬ 
ciper à la moindre erreur. C’eft à luy d’ac¬ 
corder Ibn Evangile avec celuy des Million¬ 
naires , qui prêchent tous les jours aux Pro- 
tellans, en voulant les réunir, qu’il y a deux 
genres de créance Romaine, l’une pour les 
honnêtes gens, qui ne comprend que les do- 
drines Iblides & convenables aux perlbnnes 
de bon lèns ; l’autre pour amulèr le menu Peu¬ 
ple, fourmillante de fiiperllitions baffes & 
puériles, qu’on promet d’abolir avec le temps, 
& qu’on n’abolira pourtant jamais : comme 
font les Chapelets , principalement lorfqu’ils 
ont été frottez contre la Chaffe d’un Saint ou 
d’une Sainte pour en tirer quelque vertu ; les 
Rolàires qui font des Chapelets quadruples j 
les fignes de Croix pour fè preforver du ton- 




3<îo Opujcuks Vofihumes 

nerre &duDemon;rEau benite jettée fur labié** 
re ou fur la folTe du mort avec une petite bran¬ 
che de boüis confacré dans toutes les formes le 
Dimanche des Rameaux; les Scapulaires, les 
Procédons,les Confrairies, les Pèlerinages, les 
Encenfomens, les Chandelles allumées en plein 
midi pi'oche l’Image de quelqueSaint,celles qui 
relient apres la Proceflion de la Chandeleur, 
qu’on garde avec foin pour les faire brûler dé¬ 
votement devant les malades agonilàns, & tel¬ 
les autres menues merceries qui Judaïfent & 
Paganilènt le Chrillianilme. 

Liplè ce grand Critique du temps de nos 
Peres le trouvant durant les plus exceffives ri¬ 
gueurs de l’hyver, malade à l’extremité fans 
avoir pourtant perdu la railbn, s’avilà de fe 
faire bter une robe de chambre doublée de 
marte qui le couvroit, & de l’envoyer à une 
Image de Notre-Dame. Les Prêtres fort ci¬ 
vils ne manquèrent pas de receudir le prefent 
avec joye, & d’alTurer le Donateur des remer- 
ciemens de la bonne Vierge. Ce dévot Gram¬ 
mairien mourut peu d’heures après, ravi des 
honnêtetez de Nôtre-D ame. Quel ques-uns 

ajoutent que prés d’expirer il prononça ces 
paroles, Nunc dïmittk fervum tmm , Domina, 
Bel exemple à imiter par l’Auteur des Réfle¬ 
xions ^ 


de Monjîeur Menj'ot. 11. Part. 3 üj i 

jfîoiis, luy qui approuve, ou du moins qui par 
politique fait lèmblant d’approuver les plus 
pitoyables abus de là Religion. 

Pour revenir aux éledions propofées par 
notre Auteur, nous admettons la première 
d’autant qu’elle nous ell revelee par S. Paul 
dans Ibn Epître aux Romains ; nous rejettons 
la lèconde, comme étant inouïe dans les làin- 
tes Ecritures. Il eft vray que la Nation des 
Juifs, quoy que les vrais fidèles y fufiènt or¬ 
dinairement alTez rares, eft qualifiée en quan¬ 
tité d’endroits du Nouveau Tefiament du 
nom de Teuple élû^ d’autant que Dieu aux 
yeux du Ciel & de la Terre le l’étoit appro¬ 
priée, à l’exclufion des Gentils; ce choix 
pourtant ne la rendoit pas infaillible, lèlon 
que l’experience ne l’a que trop fouvent mon¬ 
tré. Mais le Nouveau Tellament ne fait 
mention d’aucune Alfemblée Chrétienne lùb- 
liftante viliblement dans le monde, qui Ibit 
élue Ipecialement, & revêtue par privilège 
du don d’infaillibilité, & les qualitez de Race i.Ep. 
choijie J de Sacrificature Royale, & de Nation 
Sainte , dont parle S. Pierre, ne peuvent con¬ 
venir au total d’un corps d’Eglile compofé de 
bons & de mauvais, & où ceux-cy le plus Ibu- 
Vcnt prédominent fur les gens de bien, mais 
Zz 




3^1 Opufcules Tojihumes 

lèulement à la partie pure & faine de ce corpk^ 
là. Et quand même elles appartiendroient 
en general à toute une Eglife vifible, il eft 
pourtant évident que dans ces titres magni-' 
fiques rapportez par l’Apôtre S. Pierre, le 
droit d’infaillibilité n’y eft nullement com¬ 
pris. 

Enfin peut-on fans témérité décider magi- 
ftralement que cette prétendue Eglife élûë, 
toujours vifible & lèule dépofitairede la foy 
des Chrétiens eft la Romaine, plutôt que la 
Corinthiene, la Coloftiene, ou la Philippie- 
ne, qui toutes, de même que la Romaine, 
étoient autrefois des Eglilès particulières, in¬ 
dépendantes les unes des autres, aulquelles les 
Epîtres de S. Paul étoient addrelfées. C’eft 
pourquoy les premiers Chrétiens en parlant 
de l’Eglilè luy donnent les qualitez de Catho¬ 
lique & d’Apoftolique mentionnées dans le 
Symbole, c’eft à dire dilperlée par tout le 
monde & croyant la dodrine des Apôtres, 
làns y ajouter jamais le nom de Romaine. 
Mais l’Eglilè de Rome des derniers Siècles fe 
voyant gorgée de richefles & comblée d’hon¬ 
neurs, s’eft enorgueillie au point que de re¬ 
garder de haut en bas les Eglilès Orientales 
& Méridionales lès aînées, qui n’ont jamais 


de Monfieur Menjot. H. Part. ^6^ 
reconnu là lùperiorité, Sc que de prelùmer 
que la lôrtie des Proteftans hors de Ibii lèin, 
eft une lortie hors de l’Eglilè Univerlèlle ; 
quoy que cette leparation arrivée dans l’Oc¬ 
cident du temps de nos Pcres, ne foit pas 
plus conhderable à l’égard du Chriftianimie 
en general, qu’un Schilme qui le feroit dans 
le Midy, s’il arrivoit que l’Egiilè Abiffine fut 
infeélée d’erreurs capitales, & que bien loin 
de s’en corriger, elle voulût contraindre les 
Peuples d’adherer à lès faux Dogmes Ibus 
peine d’anatheme j de maniéré qu’une partie 
des Abilïîns inllruite dans la vérité, le lèntît 
obligée pour faire Ion làlut, d’abandonner 
cette Communion Abilhne, & de lùivre la foy 
pure des Apôtres. 

SECONDE REMARQUE 
touchant la Grâce d'entendre le fètîs de l'E¬ 
criture accordée aux Elus & déniée aux Re-^ 
prouvez. 

. Si les fidèles qui fentent vivement en eux 
les douces delices de la Grâce de Jelùs-Chrift 
iàiis être Rhanatiques ou Enthoujiaftes , com- pag. i;- 
me l’Auteur leur reproche, entreprenoient 
4)ar là de s’ériger en Arbitres Ibuverains de la 
Zz ij 





a <^4 Opufcîdcs Toflhumes 

Religion, & d’obliger les autres à les en croU 
re liir leur limple dépofition, il ny a nul 
doute qu’en ce cas ils lèroient tenus de don-^ 
ner au dehors, comme ont fait les Apôtres 
en leur temps, des preuves lènfibles & in, 
conteftables de leur Grâce intérieure. Mais 
ils font fort éloignez d’une penfée fi prefom- 
ptueufe, ils fe contentent de garder dans leur 
cœur, fàns en tirer vanité, ce dépôt làcré de la 
Grâce, par laquelle Dieu leur a donné à con- 
noître le vray fons de la Parole fiir les matie, 
res du làlut, & cependant ne négligent pas 
dans toutes les occafions, d’éclairer autant 
Ephef. polTible, ceux qui font tenebreSy 

s- 8 - comme parle S. Paul, afin quih deviennent lu^ 
miereau Seigneur. 

Mais, dit nôtre Auteur, les Anabaptiftes, 
les Trembleurs, & les Sociniens allégueront 
auifi leur Grâce. J’avoue que perlbnne ne peut 
empêcher ces fortes de gens de fe feduire eux- 
mêmes; cependant il a plu à Dieu que le dif* 
cernement de la véritable Grâce des uns, d’a¬ 
vec la Grâce imaginaire des autres., fût refer- 
vée au Jugement dernier. 

Quelqu’un objectera: Si d’un côtélaGra*» 
ce de chaque Elu particulier efi: cach^ aa 
dedans de luy, & par conlèquent ne peutriei;!: 


de SîonfieuY Menjot. II. Part. 365 
prouver aux autres j & £ d’autre part il n’y 
a point d’AlTerablee vifible de Chrétiens qui 
fait en poiîefîîon du droit d’infaillibilité, à 
quoy donc faudra-t’il s’en tenir? Sc quel moyen 
reftera-t’il pour embraflfer le bon parti ? Je 
dis qu’il n’y a qu’à renverfer la metode erro¬ 
née de notre Auteur, lequel prétend qu’on 
juge de la Doctrine par l’Eglilè, & non pas 
de l’Eglilè par la Doélrine, vu qu’au contrai¬ 
re il faut reconnoître l’Eglile par Ibn Ortho¬ 
doxie , & s’alfurer de Ibn Ortliodoxie par le 
témoignage de l’Ecriture. Or afin de réüf- 
fir dans cette recherche, il eft necelfaire de 
demander à Dieu le don de la bien entendre , 
ce qu’il accorde toujours à lès bien-aimez E- 
lûs, de même qu’il a la liberté de refulèr Ibn 
Efprit de fapïcnce aux Reprouvez, aulquels ilEphet: 
ne doit rien que des peines pour leurs pe- 
chez. 

La chicane en Théologie depuis quelque 
années lèmbloit un peu diminuée, mais notre 
Auteur la réveille aujourd’huy en railbnnant 
à la mode du feu P. Veron, & de deux Arti- 
làns les Dilciples, Tun Coutelier & l’autre 
Mercier. 11 veut que nous luy montrions dans p. 
l'Ecriture Sainte en termes formels , quiconque , 
lira ce Livre avec humilité & dévotion il rencon- 
Z Z iij 




^66 Optifeules Pojîhumes 

trera infailliblement le véritable Jens de tous les 
pajfages par fa feule hmiereé’fa feule grâce. 
eft à noter que par tous les pajfages on ne peut 
entendre que ceux qui contiennent les chofes 
necelTaires pour être làuvé. J.chrift dansS.Iean 
3p. dilbit aux Juifs, Enepuere^vous diligemment des 
Ecritures , voila un commandement exprès. Et 
en S. Luc il ajoute la promelTe au commande- 
" • 9' ment, Demandez , & il vous fera donné ; cher- 
chez , & vous trouverez 5 frappez d la porte & on 
vous ouvrira. Si l’Auteur ne comprend pas 
ces paroles de Jelùs-Chrill plus claires que le 
Soleil en plein midi, lui* lefquelles nôtre créan- 
^ ^ ce eft fondée, il faut qu’il ait des yeux fans 
8.° voir des oreilles fans dùir-, & qu’il Ibit du 

nombre de ces milèrables dont parle S. Paul, 
*. Cor Evangile eft couvert , il ne t eft qud ceux 

3 & 4. quiperijfentj au [quels le Dieu de cejiecle a aveu¬ 
glé les entendemens. 

M. Nicole dans Ibn Traité de l’Unité de 
l’Eglile contre M. Jurieu, eft de nôtre opi¬ 
nion : Si , dit-il, on demandoit "a Dieu comme 
il faut la lumière qui nous eft necejfaire pour ju¬ 
ger des matières de la foy, & fi ion étoit aujji 
humble qiion le devroit être , on ne manqueroit 
jamais ['obtenir la lumière necejfaire pour trou-, 
ver la vérité. 


àe 3 lmfieur Ji^enjot. II. Part, 3^7 

Et non lèulement M. Nicole, mais en gene¬ 
ral tous les autres Théologiens Catholiques 
tombent dans nôtre lèntiment làns y penlèr, 
lorlqu’iis enlèignent, quoy que leur Eglilè por¬ 
te avec elle des marques fenfibles & convain¬ 
quantes de Ion infaillibilité, neanmoins que 
i’heretique & l’infidéle ne font pas capables de 
la difcerner, à moins que le Pere des lumières 
ne leur communique fon Efprit. 

Ainfi ces MeiTieurs ont le même interet que 
nous à rebuter cet Efprit particulier que le fufo 
dit P. Veron & confors nous attribuoient fauE 
fement, au nombre delquels l’Auteur n’a point 
eu honte de fo renger. Nous croyons que le’^ 
S. Efprit illumine &fànâ;ifie les Elus , d’où il 
s’enfoit à la vérité qu’un chacun d’eux a là lu¬ 
mière & fa fainteté particulière, mais non pas 
qu’il ait un Efprit particulier. Car le S. Efprit 
foui & unique en foy, efl le principe commun 
de rillumination & de la fanétifîcation de tous 
les Elus, Lorfque le Roy diftribuë fos bien¬ 
faits à plufieurs de fos Sujets, ne feroit-il pas ri¬ 
dicule de dire que chacun d’eux a fon Roy à 
part. 



Opujctdes Ÿojihmnes 

TROISIEME R E M AR Q^un 
fuY k Texte de S. ^Matthieu chap. dernier 

L’infaillibilité de l’Eglilè lèroit tellement 
commode pour alToupir tout d’un coup les 
differens de Religion, que fi les Ecrivains 
Sacrez en eulTent été perfuadez, il étoit de 
leur devoir d’en parler aulTi diftindement 
qu’ils ont fait de la Nailfance, de là Mort, 
& de la Relùrredion du Fils de Dieu. Voyons 
donc fi les cinq textes de l’Ecriture citez par 
nôtre Auteur, autorilènt clairement un dog¬ 
me qui efi: de la derniere importance. Le pre- 
P- 7 *• mier palEage qu’il allégué efi: de S. Matthieu : 
iMllez , dit nôtre Seigneur à lès Apôtres, 
Jlruifeztoutcs les Nations ^ les bâtijànt auNom 
du Pere , du Fils , & du S. EJprit , les enfeignant 
dohfevver toutes les chofes que je vous ay com-^ 
mandées , & voicy je fuis avec vousjufques a la 
fin du monde. Il efi: évident que les Apôtres 
ne devant pas vivre julqu’à la fin des fiecles, 
cette promefle regarde non leur perlonnes 
propres , mais celles de leurs fiiccefleurs au 
Minifiere de la parole. Sur cela je demande, fi 
P’ 7i- chaque Evêque en particulier lè dilànt par une 

fuhjlitution 


de M’onfieur Menjot. IL Part. ^ 6 p 
fMbfîïtutiongraduelle , SuccefTeur des Apôtres, 
ne peut pas errer, ou s’il peut errer ? S il ne 
peut pas errer, l’infaillibilité n’ell donc pas 
attachée uniquement au Concile, ou au Pape, 
ou à tous les deux enlemble , ce qui làppe 
le Syfteme de la Religion Romaine par le 
fondement. S’il peut errer, & qu’il erre en 
effet, peut-on dire làns impiété que Jelùs- 
Clirifl efl avec un Evêque heretique î L’Au¬ 
teur luy-même protelle que notre Seigneur v 73 • 
n efl point en ce monde avec ceux qui errent en la 
foy. Et partant il faut de toute necelÏÏté en¬ 
tendre conditionellement cette promelTe du 
Fils de Dieu,quejulquau dernier jour il ac¬ 
compagnera de la benediélion & de là grâce 
les Pafteurs de l’Eglilé, pourvu que la doctri¬ 
ne qu’ils enfeigneront Ibit Evangélique 5 de 
même qu’il avoir auparavant promis aux lim- 
ples fidèles, il y en auroit deux ou trois aj- 

femhlez en fon Nom^ en l’ablènce même de leurs 
Pafteurs, il feroit au milieu d’eux. Cette ex- 

polition eft tres-conforme au genie de l’Evan¬ 
gile , bien loin de faire pitié , & de ne pouvoir f 7+’ 
être imaginée qu avec des efforts extrêmes-, com¬ 
me parle nôtre Auteur. 




370 Opujcuks Vôfthumes 

QJJ RIE ME REMARQUE 

fur un texte de S. Matthieu^ chap, i8. 
verf. IJ. érfoivans. 

. Si tonfrere a péché contre toy, va & le rcprem 
entre toy & luy feul. E il i écoute , tu as gagné ton 
frere \ mais s il ne f écoute pas , prens encore avec 
toy une ou deux perlbnnes, afin qtien la bouche 
de deux ou de trois témoins toute parole foit fer-- 
me. Que s il ne daigne les écouter , dt-le a /’£- 
glife : & s il ne daigne écouter lEglife , quil te 
foit comme un Ray en & comme un Peagcr. En 
vérité, en véritépe vous dis , que tout ce que vous 
aurez lié fur la Terre fera lié au Ciel., ér que tout 
ce que vous aurez délié [ur la Terre fera délié au 

En ce texte s’agit-il de quelque point de 
Dodrine ? Rien moins que cela j il y eft que- 
ftion de Morale, & encore non d’un doute lùr 
quelque précepte de la Morale, mais fimple- 
ment d’un fait entre deux particuliers concer¬ 
nant leurs mœurs, lavoir de la réconciliation 
de deux freres broüillez enfemble. Y eft-il par¬ 
lé de l’Eglilè Univerlclle ? Point du tout, mais 
feulement d’une Eglilè particulière quelle 
quelle Ibit, nombreule ou pet^j Suppo- 


de dMonjîeur Menjot. II. Part. 371 
fôns donc que deux Païfàns de TEglifè de Vau., 
girard compofée du Curé & de lès Paroifîîens 
(car leCuréfèulne conftituë par l’Eglilè, il 
n’eft que Ibn Serviteur pour Je [iis ) ayent en^ ^ cor: 
femble un démêlé, & que la partie qui a tort + r- 
ne veüille pas accepter la paix qui luy eft offer¬ 
te d’abord lèul à feul, puis en prefènce de té¬ 
moins par la partie offencée, & qu’enfin cet 
opiniâtre refulè de s’en rapporter à fôn Egli- 
fè, Jefus-Chrift ordonne qu’on confidere un 
tel perlbnnage comme un Payen & comme 
un Peager, & déclare que cela fera approu¬ 
vé de Dieu dans le Ciel. En confcience lors 
qu’on voit des hommes d’efprit raifbnner d’u¬ 
ne maniéré affez gauche pour inferer de ce 
palïàge que l’Eglife Romaine ne peut errer 
iiir les dogmes de la foy, peut-on s’empêcher 
de croire que Dieu leur a envoyé efficace j,|Tfaeff. 
reurpour croire aux menfinges les plus palpa- ‘ • 
bles. 

CINQUIEME RE MMR QUE 
far un texte de la première a Timothée p. 7^., 

chap.^. verf. 14. 

[fe t'écris ces chojès , difbit S. Paul à fbn D ifl 
ciple Timothée J bîen~tôt de venir d 

Aaa ij 





3 ri Opufcuks Tofihmès 

îoy , &fi je tarde , afin que tu fçaeh es converfcr 
en la mai fin du Dieu vivant , colonne & appui de 
la vérité. 

L’Apôtre ayant établi Timothée pour 
Miniftre de l’Eglilè d’Ephelè, il luy apprend , 
dans cette Epître la maniéré de la bien con¬ 
duire , & afin de donner un plus grand poids 
à ion exhortation , il releve la dignité de 
cette Eglilè d’Ephelè, en l’appellant la Mau 
fin du Dieu vivant , la colonne & l'appui de la 
vérité , parce que l’Evangile planté par Saint 
Paul y avoit pris de tres-profondes racines; 
& en general toute Eglife faine & ferme en 
la foy mérité les mêmes éloges. Mais il 
ne s’enfiiit nullement que l’Eglilè d’Ephefe , 
non plus que les autres Eglifes Orthodoxes, 
ne puilfe avec le temps déchoir de Ibn Or¬ 
thodoxie ; Qua donc de commun ce dil- 
cours de Saint Paul à Timothée avec la pré¬ 
tendue infaillibilité de l’Evêque de Rome & de 
fes Conciles ? 


de 3 'hnfieuY Sïenpt. IL Part. 3,73 

l X I £ M E R E M A R 
fur un texte de l’EpHre a Tïte , chap. 3 . 
verfèt 10. 

', Saint Paul ordonne à Tite, A éviter t homme 
heretique après la première éx la féconde admo¬ 
nition c’eftàdirede rompre tout commerce 
avec luy, par la même'raiibn qu ailleurs le me¬ 
me Apôtre défendoit aux fidèles de Corinthe, 
de manger avec ce luy quife nommant frere-, étoit 
ou paillard ^ ou avaricieux ^ ou idolâtre^ oumé- 
difant , ouyvrogne , ou raviffeur. En effet lè- 
roit-il jüfie de refufer à chaque Eglifè Chré¬ 
tienne le même droit dont joüiffent les So- 
cietez Politiques, de rejetter de leur com¬ 
munauté ceux qu’ils jugent indignes d’y être 
fôufferts ? Mais n’eft-ce pas le moquer tout 
ouvertement du monde, que de prétendre 
montrer par ce commandement de Saint Paul à 
Tite, l’infaillibilité dont le glorifie l’Eglifè Ro¬ 
maine. 


Aaa iij 



374 


Opufeules Pofthumes 

S, E P T I E M E REMARQUE) 
fur un texte de S. Matthieu , chapitre 16. 
verft i8. 

Tu és Pierre , & fiir cette Tierre f édifierai 
7 non Eglife , ér les portes de r Enfer 7 ie pourront 
rien coîJtr elle, ou ne la fmnonteront con¬ 
formement à l’original, Kcâic(^vçistrimvri}ç. 

Jelîis-Chrift ayant choifî douze Apôtres 
fans nailTance, fans crédit & làns habileté,pour 
aller annoncer l’Evangile à toutes les Nations 
& y détruire l’Empire du Diable, afin de forti¬ 
fier leur courage dans un projet fi hardi, & on 
peut dire fi extravagant à en juger par la raifon, 
leur promet que toutes les Puinances de l’En¬ 
fer n’empêcheront point l’heureux fuccés de 
leur entreprife. C’eft pourquoy le Démon 
eut beau Ibûlever contr’eux l’Empire Romain, 
qui alors étoit monté au plus haut Ibmmet de 
lautorité & de l’orgueil, le Chriftianifine bien 
loin d’en être étouffé dés le berceau, fe répan¬ 
dit avec une rapidité incroyable par tout l’U¬ 
nivers , fans en excepter la Ville de Rome, non 
pas même le Palais du déteflable Néron. 

Les herefies d’autre part, qu’on peut nom¬ 
mer les guerres civiles de l’Eglife., qui olèrent 


de Monjteur Menjot. II. Part. 375 
fattaquer fous les yeux même des Apôtres, ne 
purent non plus que les cruautez des Empe¬ 
reurs , ny que la rage forcenée des Peuples, dé¬ 
tourner ie cours de l’Evangile ; de forte que lè- 
lon la Prophétie de Jelùs-Chrill, il triompha 
glorieulèment de toutes les forces infernales 
qui s’oppoferent à lôn établiffemeiit. Et non 
leulement l’Eglilè dans Ion enfance, mais en- 
fuite aulfi dans fes âges les plus avancez, a tou¬ 
jours été protégée de Jelus-Chrill contre tou¬ 
tes les Puilfances ennemies. Que li par fois 
elle eft opprimée en un Pays, il ne manque pas 
de la faire revivre en un autre, & d’en perpé¬ 
tuer ainfi la durée en dépit de lès Perlècuteurs. 
Il faut être aulîî prévenu que l’Auteur des Ré¬ 
flexions pour trouver dans ce texte l’infaillibi- 
i té de l’Eglife Romaine, où il n’y eft parlé gé¬ 
néralement que de la lublîftance perpétuelle 
des fidèles dans le monde. 

HUITIEME R E M A R Q_U E 
fur lesfipt mille hommes cachez en Ifiael qui f 
navoient pasfléchi les genoux devant Bahal. 

L’idolâtrie des deux Tribus de Juda, de 
Benjamin ,& de leur Roy Roboam, fiiivit de 
prés çelle de Jéroboam & des dix Tribus re- 




Op H feule s Pofthu?nes 
Ceiles-là/Z' bâtireîît des hauts lieux, fe. 
^ firent des ftatués &- des bocages fur toute haute 

coline & fur tout arbre verdoyant ; & pour com-« 
bled-abomination, lesefcminezétoient tolerez 
au Toys. Abiam fils & fuccefTeur de Roboam 
îb. xr 3. chemina dans tous les pechez de fin pere , de ma- 
î. chro. niere quifraélfut un long-temps fans vrayDieu, 
fans Sacrificateur qui enjeignât, & fans Loy , ce 
cjiii ne le peut entendre des dix Tribus, puifi 
cju il efi: ajouté, que quand îfaelefi retourné au 
Seigneur , ér ta cherché , il ta trouvé. Or les 
deux Tribus lèules, & non les dix, le font con¬ 
verties à Dieu. 

Achas enchérit par delfus les idolâtries de 
2 xhro. Roboam. Il fit brûlerfin fils aufeu , il \obligea 
2 Rois UrieSacrificâteur de bâtir un tAutel a laTayen-' 
ne, de le placer dans le Temple, d'y facrifier aux 
fauffes Divinitez , & luy-mêmeyfacrifia. Il fit' 
enfuite fermer lesportes de la maifin de Dieu , il 
fi drejfa des Autels dans tous les coins de fferufa- 
km, & dans chaque Ville de ffuda pour y encen-^- 
firâ d'autres Dieux. 

Durant l’elpace de cinquante-cinq ans que 
régna Manalfés il commit de pareilles impie- 
2. Rois tez, en édifiant des Autels Payens en la maifon 
deDieu,&yfiicrifiantâ tarmée du Ciel, eu 
faifant pafferfin fils par lefeu, en cçnjultant t efi 

prit 


de Monfieuv Menjot. II. Part. 377 
prit de Python, & en remplïjfant Jerufàlem de 
fang innocent. C’eft en vain qu’un célébré Car¬ 
dinal afifure que ce lang innocent étoit celuy 
des fidèles qui refuloient d’adlierer aux ido¬ 
lâtries du Roy Manafiez ; Car l’Ecriture nous 
apprenant qu’entre les dix Tribus révoltées 
idolâtres, il y avoir lèpt mille hommes cachez 
qui n’avoient point fléchi le genou devant Ba- 
hal, auroit-elle omis, pour la gloire de la vraye 
Eglilè, a déclarer qu’il s’étoit trouvé dans les 
deux autres Tribus idolâtres à leur tour, des 
Martyrs qui auroient Ibufert la mort,plutôt que 
de participer à l’idolâtrie régnante.Etpartant ce 
fiing innocent répandu par ManalTés le doit ne- 
celTairement entendre ou de celuy des enfans 
que ce Tyran avoir barbarement égorgez par 
un fimple mouvement de cruauté, ou de celuy 
des perlbnnes adultes, quoy que conlèntantes à 
l’idolâtrie publique, tuées par le pur caprice de 
ce Roy lànguinaire, de même que Néron lans 
autre motif que celuy de fàtisfaire à fbn genie 
leelerat & inhumain, fit mettre autrefois le feu 
dans la Ville de Rome ; car l’aflaflîn d’un hom¬ 
me infidèle eft cenfë avec railôn répandre le 
fang innocent. De plus il efl: à oblèrver qu’il 
n’efl: parlé de fang innocent répandu dans Je- 
Tulàlem, que Ibus le régné de ManalTés, Sc nul- 
Bbb 





378 Opüfeules Toflhufnes 

iement fous les trois Rois idolâtres Roboamy 
Abiaip & Achas lès PredecelTeurs. 

Il eût falu un Microfeope bien fin pour re¬ 
marquer la moindre trace de l’Eglife de Dieu 
au milieu d’une corruption fi epouveiitable & 
il generale. Où était alors, je vous prie, fa 
vifibilité ? Où étoit le plus grand nombre de 
ceux qui doivent la compofer ? Elle avoit en 
revanche de Ibn petit nombre, pour marque é- 
minente & lènfible de fou éledion, dit nôtre 
P- «38. Auteur, lalùccelfion des Chaires & des Pa- 
fteurs non interrompue. Mais cette Chaire 
Pf.,, n’étoit-elle pas devenue une Chaire depeJîUence 
occupée par le Démon, & les Palleurs n’c^ 
toient-ils pas changez en loups ravilfans ? Elle 
étoit en polTelîion, dit-il, du Temple de Salo¬ 
mon : Mais on en avoit fait un Temple d’ido¬ 
les , & une caverne de brigands. La prefence 
de l’Arche de l’Alliance dans le Temple, ne 
failbitaulfi qu’aggraver le crime de ces pro- 
phanes; & Dieu celToit alors de parler à eux par 
Urim & par Thumin. Enfin croira-t’on qu’U- 
rie eût conlèrvé la qualité de Sacrificateur du 
vray Dieu pendant qu’il étoit un Sacrificateur- 
impie & idolâtre ? d’autant moins que l’être de 
railbn, ou plûtot l’être fans railbn du caradere 
indélébile des Prêtres 3 n’eft qu’une chimere 


de Monjîeur Menjot. îî. Part. 3/9 
des Scholaftiques modernes. 

Du moins parmi les dix Tribus y avoit-il 
julqu a lêpt mille hommes qui n’étoient connus 
que de Dieu lèul, lelquels lïavoient point ado¬ 
ré Bahal, lèlon que Dieu le révéla à Elle qui 
penlbit être demeuré lèul : Mais parmi les deux 
Tribus fi horriblement idolâtres, riiiftoire 
Sainte ne nous apprend pas qu’aucun particu¬ 
lier eût été exempt de cette contagion publi¬ 
que 5 de Ibrte que pendant ces temps calami¬ 
teux de l’idolâtrie generale de tous les Juifs, la 
petite & invifible Eglile des Elus le trouvoit 
mêlée lecretement plutôt avec les dix Tribus, 
qu’avec celle de Juda & de Benjamin. De ces 
deux Peuples criminels, l’un lavoir les dix Tri¬ 
bus , perlèvera julqu’au bout dans Ion péché 
nonobftant les exhortations & les miracles des 
Prophètes que Dieu leur envoyoit pour les 
convertir : Au lieu que par intervalles l’autre 
Peuple, lavoir Juda, le relevoit à la vérité de 
lès chutes, mais y retomboit peu de tem|)s a- 
prés, lèrvant ainfi alternativement tantôt lè 
Dieu de Jacob, & tantôt les Idoles des Gentils. 
De tous cés évenemens il paroît que la vifibili- 
té, aulfi bien que le plus grand ou le plus petit 
nombre, n’êft point une propriété elîentielle à 
i’Eglilè, mais leulement une de lès qualitez ae- 
Bbb ij 



380 Op U feules Toflhuffies 

cidentelles, qui varie félon les diverfes occu^ 
reiices réglées par la Providence Divine. 

NEUVIEME R E M AR Q^U E 

‘ fur hxemple de ceux de Bcrée. 

Ce ne pouvoir être par défiance que les fidè¬ 
les de Berée conferoient la Prédication de S. 
Paul avec les Ecritures, pour voir s il en étoit 
iif’’ ainfi. Car il n etoit pas poflîble qu’ils eufient 
des loubçons fi delàvantageux d’un Apôtre qui 
avoir été ravi au troifiéme Ciel, & qui accom^ 
Aa.io.pagnoitde miracles fi éclatans le Confeil de 
qu’il leur annonçoit. Alfurement que 
ces fidèles n’avoient point d’autre but que de 
s’inftruire de plus en plus, & de le confirmer 
par ce moyen dans la foy qu’ils avoient era- 
bralTée. 

En cecy l’Auteur & nous Ibmmes d’accord, 
avec cette différence neanmoins, que félon nos 
hypothelès, ceux de Berée avoient la liberté de 
pronôneer anatheme contre S. Paul, & même 
contre un Ange du Ciel, s’il fût arrivé à l’un ou 
à l’autre d’évangelilêr quelque Doélrihe oppo- 
fée au véritable Evangile. Saint Paul avoir 
conféré ce privilège à tous les freres des Eglilês 
de la Galatie aulquels il adreffoit fon Epître, & 


de 3tonfieurMenjot. II. Part. 381 
en leurs perfonnes il l’a aullî accordée à tous les 
fidèles des fiecles lùivans. 

. Si l’on objeéte qu’il lèmbloit inutile de con¬ 
férer une puilTance excommunicative contre 
un Ange & contre un Apôtre, qu’on favoit ê- 
tre incapables d’errer. Je réponds première¬ 
ment que cette objedion porte coup contre le 
Maître & non contre fèsDifciples, contre S. 

Paul & non contre les fidèles. Je dis en fécond 
lieu J qu’en cela même confifte la force du dit 
cours de l’Apôtre 5 car c’eft comme s’il eut dit 
à tous les fidèles Galates, je vous mets en droit 
déjuger des dogmes qui vous font prêchez, en 
les comparant avec les Ecritures ; & vos Pa- 
fteiirs ordinaires ne doivent pas trouver étran¬ 
ge fi en cas d’herefie vous les anathematifez, 
puifqu’un Ange & moy au même cas Ibmmes 
fournis à la même peine. 

A la vérité l’Auteur nous permet, & même p- m- 
nous prie de confiilter les Ecritures pour voir fi 
les inftruélions & les Sermons des Doéteurs & 
des Prédicateurs Catholiques Ibnt conformes 
à la Parole de Dieu, mais pourvu qu’enfiiite de 
cette perquifition, perluadez ou non perliiadez 
que leurs Dodrines foient Evangéliques, nous 
y adhérions fèrvilement ; finon il traite cet exa¬ 
men iaudacieux &d'injQknt^ arrachant par^'’^^- 




381 Opujcuki Pofthimes 
ce moyen, autant qu’en iuy eft, à tout le Peu¬ 
ple Chrétien un pouvoir légitimé qu’il tient 
de Jefus-Chrift par le Minillere de fon Apô, 
tre. 

DIXIEME REJIARQ^UE 
fur I étendue & le grand iiomhre que t Mu- 
teur reconnoit comme les caraâeres naturels 
delavraye Eglife. 

L’Auteur en e'quivoquant lùr le terme de 
fondement, alTure par une elpece de raillerie, 
touchant la diftindion pofée par les Proteftans 
entre les erreurs fondamentales & non fonda¬ 
mentales de la Religion, dit qiiil faudra des 
Expert s pour fàvoirji lefondemjnent de l’Eglilè 
efi ruiné ou nmt. Mais en revanche nous pou¬ 
vons dire icy lèrieufement & làns équivoque , 
que pour ne le point tromper lùr l’étendue de 
l’Eglile, il eft beloin qu’un Arpenteur mefùre, 
la toile à la main, les Régions qui obeïlfent au 
Pape, & celles des autres Chrétiens qui ne iuy 
obeïirent pas. Sur quoy on Iuy avoir foûtenu 
que les Eglifès Orientales, Méridionales & 
Proteftantes jointes enlèmble, occupoientplus 
de terrain que la Romaine. 

Au lieu de répondre à propos, voicy ce 


de dMonfauv Menpt. II. Part. 3R3 

qu’il répliqué, Cefl^ dit-il, comme fi pourl^Hl' 
méconnoitre tOcéan , on nom difoit que toutes les 
petites Mers y tous les grands Lacs y tous lesE- 
tangs y tous les Fleuves , toutes les Rivières ( l’on 
ne conçoit pas bien la différence que pôle cet 
Académicien entre un Fleuve & une Riviere) 
tous les RuiJJeaux y toutes les Fontaines y tous les 
Puits y toutes les Citernes creva [fée s , ou autres , 

( il pouvoir le paffer d’y mettre les Citernes cre- 
vajfées puilqu’çlles ne contiennent point d’eau) 
tous les Marais y & tous les Bourbiers enfemhk 
n ont pas moins d'eau que L Océan. Ainii il t⬠
che "afie fauver , comme on dit y par les marais y 
& ce qui eft allez plailant,en comparant là Me- 
re S te Eglilè à la Mer, il nous en donne le ta¬ 
bleau au naturel. Car cet Elément eft [ ava- Horace.; 
rum ] avare , parce qu’il engloutit tout j [ infi- 
dum ] perfide y auquel il n’y a nulle feureté ; [fis- 
vum \impitoyahle y de là vient qu’un Poète 
Grec parlant d’un liomme'cruel, dit que la Mer 
l'a engendré , [ helluofum ] nourijfant dans fon Homere] 
fein quantité de puijfans & formidables ani¬ 
maux. On ne prétend pas dilputer à l’Auteur 
la jufteffe de là comparailbn, car c’eft affure- 
ment l’endroit le plus judicieux de Ibn Ou¬ 
vrage. 

Je ne puis omettre icy que l’Auteur nouSp.pj. 



384 Opujcuîes Polihumes 

fait dire une choie à laquelle nous n’avons ja¬ 
mais penfe, que la Religion Chrétienne ne sefl 
étendue que quand elle étoit déjà corrompue^ 
contre le témoignage de S. Paul, que de fon 
temps, auquel TEglilè fe trouvoit en une par- 
, .6 faite làinteté de dodrine, l'Evangile étoit déjà 
parvenu par tout le monde. 

A l’égard du grand nombre, l’Auteur pré¬ 
tend qu’il eft toujours préférable au moindre, 
& que Ji le petit nombre l'emporte quelquefois fur 
le grand en matière de certitude , ce nef jamais 
d armes égales ; c’eft à dire comme on parle 
^ dans les Ecoles, cæteris paribus. Cependant 
l’Ordre des Dominiquains ne luy palferà ja¬ 
mais cette maxime, eux qui dogmatilènt hau¬ 
tement que la SteViergeeft conçue en péché 
originel, contre le relie des Catholiques Ro¬ 
mains qui Ibûtiennent que fa Conception ell 
immaculée, & qui en celebrent la Fête. Les 
Janlènilles ne s’en accommoderont pas mieux, 
puilqu’ils enfeignent la Grâce eflficace par elle- 
même , contre la Grâce luffilànte des Molini- 
lles 5 & qu’il lè rencontre plus de cinq cens Se- 
dateurs de Molina, contre un Difciple de Jan- 
fenius. Les Jeliiites qui veulent que la leule 
atrition, lans aucun ade d’amour de Dieu, liif- 
hlè pour obtenir la remiflion des pechez & le 

faîut 


àe Monjtem Menjot. II. Part. 

Élut, odermtpeccare maltformïdinepm£ , ne 
le céderont pas aulïîi au plus grand nombre des 
autres Théologiens Catholiques qui deTendent 
l’opinion contraire, odenmt peccare boni vir^ 
mtisamore. 

Les Parlemens & les Ecclefiaftiques Sécu¬ 
liers du Royaume n’en croiront pas moins for¬ 
tement que le Pape eft inferieur au Concile & 
qu’il n’a nul pouvoir lurde temporel des Rois, 
encore que l’Empereur j^ueltjues Princes, E- 
ledeurs, & autres profelïans la R.eligion Ro¬ 
maine, comme i’Elpagne avec lès dépendan¬ 
ces , l’Italie ( à lateferve de Venilè ) ^ des lé¬ 
gions de Moines, efclaves attachez au Siégé 
de Rome, de même que la lepre des Juifs aux 
parois de leurs mailbns, Ibient du lentiment 
■ oppofé. Tous ces conflids, pour parler avec 
l’Auteur, étant à , illuy eft libre 

de maintenir du mieux qu’il pourra la maxime, 
en Éveur du grand nombre, contre les Tho- 
miftes, les Janlèniftes, & les Jelùites 5 mais 011 
nedoitpaslbulfrirque fon paradoxe préjudi¬ 
cié aux droits de l’Eglilè Gallicane, ny à l’in¬ 
dépendance de la Couronne de nos Rois, qui 
perdroient leur caulè lion comptoit les lùffra- 
ges de tous les Catholiques en general. 

. Nôtre Auteur eft doncicy abandonné, par 
C cc 


38<^ OpufcuksVofthmnei 
les plus célébrés Communautez Religieufeâ 
de Ion parti, & même par tous les François 
déles à leur Roy j Et de plus il eft conftant 
que cette propofition univerlèlle qu’il avance 
Il hardiment, le petit nombre a armes égales 
n eft jamais préférable au plus grand nombre , eft 
notoirement faufle. 

N’arrive-t’il pas dans les Confeils de guerre, 
auffi bien que dans les AlTemblêes Politiques 
& de Magiftrature, apres que les matières y 
ont été agitées avec la derniere exaditude, 
qu’un lèul Juge opine Ibuvent plus jufte que 
tous les autres enkmble, de maniéré qu’ils 
Ibnt contraints de revenir à fon avis, ou s’ils 
ne s’y rengent pas, que le lîiccés fait voir qu’ils 
ont eu tort de n’y avoir pas aquiefcé. 

Javouë pourtant que la coutume commu¬ 
nément établie, veut que dans les delibera¬ 
tions des Compagnies les choies s’y palTent, 
foit à vray, foit à faux, à la pluralité des voix, 
pour éviter le defordre qui s’en enliiivroit lî 
l’on y procedoit autrement, & qu’on préten¬ 
dît y pezer les fiiffrages plutôt que de les 
nombrer. Mais il n’en eft pas de même dans 
les choies de Religion, chacun y eft pour 
Ion compte, & à moins que d’avoir perdu le 
lèns, on ne doit jamais mettre Ibn falut eii 


de ^MonjieurMenjot. \\.V2iYt. 387 

compromis. La railbn eft que les hommes 
•Jes plus clairvoyatis font naturellement plon¬ 
gez dans des tenebres plus que Cimmeriennes, 
çn ce qui concerne la foy, & par conlèquent 
qu’un Chrétien prudent eft obligé, làns s’en 
fier à perfonne, de prendre luy-même con- 
noiflance du fond de fos affaires fpirituelles, 
& de ftiivre les lumières qu’il a puifêes dans 
l’Evangile avec l’aftiftance de la grâce de Je- 
fiis-Chrift, bien loin de fo laiffer entraîner 
par le torrent d’une multitude aveugle, ou 
de s’en rapporter à fon Evêque, qui peut être 
fans pieté ou du moins fans érudition. Nous 
avons vu & connu un Evêque portant la qua¬ 
lité de Pair de France, que fos Confrères a- 
Toient fiirnommé Palatia , parce qu’il n’enten- 
doit pas le Latin 5 En bonne foy eut-il été jufte 
qu’un Scaliger, un Cafaubon, un Saumaifo, un 
Grotius, s’ils fo fulfont trouvez dans le relfort 
de fon Diocefo, euftent fin* l’intelligence de 
l’Ecriture &dela Tradition, foivi les déci- 
fionsde ce Reverendiffime & Ignorantilfime 
Prélat. 




388 


Opu/cuks Tofihumes 


PLUSIEURS RE MAR j^ES 
fur quelques matières contenues dans la Se^ 
Bion 1%, é" derniere du Livre des Ré fié- 
xions. 

I. 

Il a été répondu mille fois aux palTages des 
Peres qui paroilTent favorilèr la créance Ro¬ 
maine lîir rEuchariftie j l’Auteur cependant 
ne fc lalTe pas de les rebattre tout de nou¬ 
veau, & de nous payer de Répétitions au lieu 
de Réfutations. 

2 .. 

Il palTe enfuite aux loüanges du Roy. Ce- 
luy-là lèroit bien neuf dans les chofes du mon¬ 
de , lequel ignoreroit que toute la terre eft in¬ 
formée de Ibn mérité extraordinaire. Mais Sa 
Majefté eft à plaindre de le voir 'accablée en 
temps & hors temps des loüanges outrées de 
Courtilàns & de Poètes, aulquels elle diftribuë 
libéralement des dignitez, & du pain. Le vray 
Panégyrique d’un Grand Prince comme luy, 
eft Ibn hiftoire ftmple & fidèle confignée à nos 
Neveux j comme la Pofterité eft defintereifée, 
elle ne manque guere à rendre juftice à lâ 


de Mnjteur dMenjot. IL Part. 389 
mémoire des Princes défunts, làns s’arrêter 
aux Eloges dont on a crû les relever pendant 
leur vie. 

Des dateurs infâmesolèrentdire autrefois, 
que le Peuple Romain avoir lieu de le conlbler 
des horreurs des Guerres Civiles, puilqu elles 
luy avoient procuré un Empereur auffi aima¬ 
ble que Néron. 

Scelera ipfa nefajque 
Hâc mercede placent. 

Le bmit couroit dans la Cour de Domitien, 
qu’il étoit fils de Pallas, & que c’étoit l’accom- 
plilTement de la prediélion, qu’un Roy lequel 
regneroitliirtous les Peuples, devoir naître 
d’une Vierge. Mais lailfons-là ces deux mon- 
ftres de Princes, & parlons d’Empereurs véri¬ 
tablement vertueux qui fe railloient de ces l⬠
ches flateries. On avoir beau rompre la tête 

à Velpafienqu’il étoit le Meffie, à caulè de 
deux miracles prétendus que des adulateurs 
impudens luy attribuoient, l’un qu’en frotant 
avec là làlive les yeux d’un Aveugle, il luy a- 
voit rendu la vue j l’autre qu’en marchant fir 
le corps d’un homme impotent d’une main, il 
i’avoit guéri fur le champ. Ce Prince làge & 

Ccc iij 


390 Opufcîdes Pofthuines 

honnête homine, quelque compkifance què 
des railôns d’Etat l’obligealfent d’avoir poul¬ 
ies Courtilàns, ne failbit au fond non plus 
de cas de leurs contes fabuleux, que l’Em¬ 
pereur Tite Ibn fils des Apotheoles du Sé¬ 
nat Romain, lorlque proche de la mort il di- 
fbit en plailàn-tant qu’il le lèntoit devenir 
Dieu. 

Entre tant de paroles judicieufes pronon¬ 
cées par le Roy, il y en a une très remarquable. 
Un bel Elprit de profefïion luy ayant lu un dif- 
cours où il le loüoit demefurement, Sa Maje- 
fte luy dit d’un grand làng froid, je vous loue- 
rois davantage Ji vous ni aviez moins loué. Il 
ell jufte pour la gloire de nôtre Monarque, 
qu’une réponlè qui marque tant de modeftie & 
de lîncerité, foit fçûë des fîecles à venir, car 
elle ne fera pas la moins belle partie de la répu¬ 
tation immortelle, Dans nôtre lieclemême, 
quoy que corrompu, il ne lailTe pas de s’y trou¬ 
ver quelques particuliers qui fuyent l’éclat & 
qui s’eiivelopent de leur vertu, lelquels onf 
lagement jugé qu’il y a làns comparailbn plus 
de bon lèns dans ce peu de paroles de Sa Ma- 
jefté , que dans l’écrit guindé & enflé de cç 
milèrable Panegyrifte. 

Mais à quoy bon cette affedation de placer 


de 3 'ton^eur \Menjot. II. Part. 391 
icy hors de Ion rang les loüanges de SaMaje- 
fté? S’enlùit-il des belles & admirables quali- 
tez du Roy, que fes Sujets poulTez aux derniè¬ 
res extrémitez, Ibient tenus, comme le pré¬ 
tend nôtre Auteur, de le renger de gré ou de 
force à la Religion de leur Prince, à laquelle 
ils ne croyent pas, plutôt que de feuff'rir avec * 

joye , à l’exemple des fidèles Hebreux, la perte 
de leurs biens-, en le retirant dans les Pays E- 
trangers, refolus de vivre avec incommodité, 
félon le commandement de Jefiis-Clirift à lès 
T)ïÇd'^\ts,lorfquilsferoientperfecutez dans tme mn. 
Ville , de fuir dans une autre. Si nôtre Auteur 
eût vécu fous les Régnés de Trajan, ou de 
Marc-Aurele, qui étoient de grands Empe¬ 
reurs chéris de leurs Peuples, fon humeur 
courtiiane luy auroit fait anurement regarder 
la Religion, dominante, comme la meilleure 
de la plus digne d’être luivie. 

3 - 

L’Auteur parle avec m^iris de nos Martyrs, 
parce que le menlônge aum bien que la vérité a 
eu quelquefois les fiens : mais il ne s’enfiiit nul¬ 
lement qu’il ne s’en rencontre point de vérita¬ 
bles , quoy que la diftindion des vrais & des 
faux Martyrs ne doive être mile en vûë qu’au . 




391 Optijcules Vofthumes 

I. Cor. 1 événement de Jefus-Chrift, quiferà 

4. /• pavoitre ce qui eft caché dans les tenebres , ér dé¬ 
couvrira lespenjées des cœurs ; Car dans le pre- 
fènt fiecle tout y eft confondu, le bon grain & 
l’ivroye, la fincerité & l’hypocrifie, la foy vi¬ 
vante & la foy morte, les vrais Martyrs & les 
faux Martyrs : 

Mais il y a une choie lùr laquelle on 
peut prononcer hardiment, £ eft que toute 
Eglilè perlèeutrice des Chrétiens & même 
des Infidèles par des voyes de fait, au lùjetde 
la Religion, eft afturement faulfe, & tres-fauf. 
le, comme directement contraire à la Morale 
de Jeliis-Chdft, qui eft la douceur & la henL 
oféeii î à Iby les hommes 

4. ’ que infumculis ^Adam , in vinculis charïtatis , 

par des cordeaux d'humanité & par des liens de 
charité j de Ibrte qu’une telle Eglilè cruelle, 
violente, & par cdnlèquent antipode de celle 
du Fils de Dieu, doit être fuie, comme on 
dit, à voiles & à rames par ceux qui n’en Ibnt 
pas, & abandonnée làns delai de ceux qui s’y 
J6..&Z0 trouvent malheureulèment engagez , exfruBi- 
bus eorum cognofceth eos y vous les connoî.trez' 
parleurs fruits. 


L'Edit 


de Monfteur Menjot. II. Part. 5P3 

4. 

LEdit de Nantes fut autrefois appelé le 
Baume de tEtat par un Avocat Catholique de 
grande réputation, dans un Plaidoyer qu’il 
prononça au Parlement. Mais aiuourd’nuy 
la liberté de confcience funejle par 

un Ecrivain lèditieux, difciple du Jefuite Ri- p. 
bera, lequel a oie écrire que le Tribunal de ITn- 
quijîtion étoit le facré Sénat de la Foy: il auroit 
parlé plusjufte s’il eût dit le Siégé infernal de 
l impiété. Notre Auteur neanmoins confen- 
tiroit volontiers qu’on lubrogeât en France la 
Sainte Inquifition ^ en la place de cette funefle 
liberté de conjcience , laquelle auffi bien, n a été 
obtenue , à ce qu’alTure cet ennemi juré de la 
tranquilité publique, que par des Edits arra¬ 
chez par force de la main du Souverain. Ce fait 
a été pleinement convaincu de faux par nos A^ 
pologiftes, & les Catholiques Romains, gens 
■ d’honneur, pour peu qu’ils ibient verlêz dans 
nôtre Hiftoire, en tombent eux-mêmes d’ac¬ 
cord. 

Ce qui eft de remarquable, la même Socié¬ 
té qui a inlpiré en France l’abolition de la liber^ 
té de conjcience .fZccoxàéç. aux lêuls Proteftans 
par pluÉeurs Edits folennels, jurée par nos Rois 
D dd 


35^4 Opufcules Tofthumes 

à leur Sacre, & pratiquée depuis pre's d’un 
Siecle, lôûtient aujourd’huÿ en Angleterre, 
qu’ileftjuftede l’accorder à toutes fortes de 
Seétes, comme fi la Religion relTembloit à la 
Medecine, dans laquelle, lelon le precepte 
d’Hypocrate , danaum aliquid tempori atque 
vegionï. 

Apres de telles fourberies, n’ouvrira-t’on ja¬ 
mais les yeux pour voir qu’un Loyolifte com¬ 
me tel, n’a au fond ny foy, ny loy, & que 
l’interet & le crédit de Ibh Ordre luy tiennent 
lieu de Religion, ad majorem Del hujm fecuîi 
gloriam j de lôrte qu’on peut définir un Jeluite 
AnimalVoliùcum ad Soc,ietatem natum , en un 
feus oppoleàlapenfée d’Ariftote confiderant 
l’homme comme Citoyen du monde. 

5 - 

Les railbnnemens de l’Auteur des Réflé-- 
xions fiir lapuilfance temporelle & Ecclefia- 
ftique font pitoyables. Ileftvray que toute 
puilfance elt établie de Dieu, & qu’il faut obéir 
en toutes chofes aux Princes, foif bons, foit 
mauvais, mais cela s’entend lauf l’interet de 
ceiuy qui efl: le Maître commun des Souve¬ 
rains & des Sujets, & en la prelènce duquel le 
Sceptre n’eft pas plus privilégié que la boulet- 


àe 3 fonfieur Menjot. II. Part. 395 
te : Pourquoy donc ne lèra-t’il pas licite à des 
Chrétiens qui ne cherchent que leur làlut, de 
réfifter à lin tas de gens d’Eglilè, lorlque pour 
lèrvir à leur avarice, à leur orgueil & à leur 
vanité, ils ruinent la vraye Religion, en l’em- 
peftant de leurs traditions qui ne font que corn- 
mandemens d’hommes > Si ces milèrables le 
damnent, les Peuples font-ils tenus par relpeét 
de les liiivre dans les Enfers ? Il eft vray que 
Jelùs-Chrift renvoyoit les Juifs à leurs Do¬ 
uleurs alïîs dans la Chaire de Moylè j mais c’é- 
toit à condition qu’ils luivilfent les ordonnan¬ 
ces de leur Legiflateur, & non pas qu’ils les 
renverlàifent par leurs traditions, comme le 
Fils de Dieu le leur reproche fort lôuvent ; car 
l’infaillibilité de l’ancien Clergé Juif, fi d’a- 
vanture il y eût prétendu, n’eut pas été moins 
vifionnaire que celle que le Clergé Romain 
s’attribue aujourd’huy. 

6 . 

Nôtre Auteur polTedé d’un elprit qui n’eft 
pas de Dieu, & ne gardant plus ny borne, ny 
meliire, fait les derniers efforts pour lâcher 
les Etats Etrangers contre nous : Vous fi êtes 
pas Catholiques , dit-il, & par confequent tou¬ 
tes les fois qu il vousplaira , vous ne ferez ny bons 
Ddd ij 




13 ;- 


P- m- 


Opi^fcules Pojlhumés 

Citoyens , ny bons Sujets. S’il appartient ait 
particulier & au petit nombre de reformer l’E~ 
glife .fpourqmy non de reformer l'Etat ? Et quel 
PrinceJi mal conjeillé, quelle République final 

f ouvernée , quelle Terre , & quel Paysfi bar- 
are vous recevra avec de pareils fèntimens} 
Mais par la grâce de Dieu ces fureurs enragées 
ne font point d’effet fur les elprits des Souve¬ 
rains Etrangers fbit Romains, foit Proteftans. 
Ils tendent leurs bras aux innocens affligez, ils 
les honorent de leur protedion, & ils les fecou- 
rent dans leurs befoins, alfeurez qu’ils font de 
leur reconnoiffance, de leur obeïffance, & de 
leur inviolable fidélité. 

Si nous voulions rétorquer contre la Reli¬ 
gion de l’Auteur, ce qu’il oie avancer contre 
la nôtre, il fèroit aifé de faire voir que les prin¬ 
cipes de la Religion Romaine font pernicieux 
aux Etats Catholiques, auffi bien qu’aux Pro¬ 
teftans , fans épargner les Royaumes des Infi¬ 
dèles , comme il paroît par ceux du Mexique 
& du Pérou. Mais parce que cette matière 
nous méneroit trop loin, je me contenterai 
d’alleguer deux exemples fur ce fujet. Lorf. 
que le Duc de Montmorenci Ibûlevoit le Lan¬ 
guedoc contre le feu Roy de glorieufe mémoi¬ 
re, & que l’Evêque de Nîmes d’alors fhfch 


de Monjieur Menjot. II. Part. 397 
toit le Peuple à la rébellion, un Miniftre de 
la même Ville le maintint dans l’obeilTance, & 
les lèules Villes le révoltèrent où les Catholi¬ 
ques le trouvèrent les plus forts. 

On lait le lèrvice important que rendirent au 
Roy dans les derniers troubles, les Proteftans 
de Montauban, & la reconnoilTance publique 
que leur en témoigna feu Monfieur le Comte 
d’Harcourt, qui leur dit en termes formels, h 
Couronne du Roy étoit ébranléepar fes ennemis , 

& vous avez raffermie. Ce mnt des faits que 
l’Auteur, qui eft de ce Païs-là, ne peut igno¬ 
rer ; par où on peut juger lelquels font les plus 
fidèles à leur Roy, ou les Catholiques Ro¬ 
mains , ou les Proteftans. 

7 * 

Après de tels raifbnnemens, l’Auteur agrée¬ 
ra, s’il luy plaît, que nous fafÏÏons peu de 
cas de l’Oraifon Tartufîque par laquelle il fi¬ 
nition Ouvrage. Il devroit appréhender en 
le joüant fi publiquement de Dieu & des 
hommes, d’amalfer des charbons de feu fin* là pc ho 
tête : ^iddetur tibi , aut quid apponatur tibi 
ad linguam dolo/am? Sagitta potentis acuta 
cum carbonihus defolatoriis. 

L’Apôtre S. Jean ne veut pas que les fidèles 
Ddd iij 


398 Opujcuks Pojihumes 

I leanj- peché coiitrc le $. Ef^ 

ï6, prit, neanmoins parce que nous n’avons pas une 
entière certitude que nôtre Auteur loit du 
nombre de ces malneureux-là, nous bazarde¬ 
rons de prier Dieu qu’il luy pardonne tous les 
maux qu’il fait à nos freres, & fur tout cette 
malignité acharnée de les pourluivre jufques 
dans les retraites les plus éloignées où la Pro¬ 
vidence les a conduits, pour y vivre & mourir 
en liberté de confcience à l’abri de leurs enne¬ 
mis , qui les ont dépoüillez de leurs biens. 



de 3ionJieur Menjot. II. Part. . 3 pc) 


DISCOURS 

SUR LA MANIERE USITEE A 

preftnt pour réunir d l'Eglife Romaine les 
Trotejians de France. 

L e péché eft fans doute la choie du monde 
la plus atroce & la plus déplailànte à Dieu; 
mais le comble d’impieté eft de vouloir l’ériger 
en loy, & d’entreprendre de placer ce monftre 
fur le Tribunal de la Juftice. C’eft pourtant 
ce qu’à fait le venerable Concile de Conftàn- 
ce, qu’on traite d’Oecumenique & d’infaillible, 
par Ibn Decret foleiinel de ne point tenir la foy 
aux Heretiques, & ce que pratiquent aujour- 
d’huy certains Eccleliaftiques de ce Royaume, 
lelquels avec une audace pareille à celle du 
Démon, lorlqu’il abulôit de l’Ecriture en ten¬ 
tant le Fils de Dieu, ofent Ibûtenir hautement 
dans leurs Harangues, dans leurs Sermons & 
dans leurs Ecrits, que les injuftices criantes & 
les cruautez énormes employées, làns avoir 
aucun égard à la foy publique, contre les Pro- 
teftans de France dans la penlee de les réünir à 
l’Eglife Romaine, font conformes, i, aupre- 



400 Opufcules Tofthumes 

Luc 14: cepte de JeHis-Cnrift dans la parabole du fou" 
Aftp. 4-per Evangélique, C07îtraîns-les d'yen^ 

trer. 2. A la maniéré dont il s’eft fei*vi dans 
laconverfiondè S. Paul. 3. Au procédé des 
Ifi'aëlites envers les Tribus de Ruben, de Gad, 
& de la demi Tribu de ManalTé mentionnée 
dans l’Hiftoire de Joliié. Quoy que de telles 
preuves Ibient plus dignes de déteftatîon que 
de réfutation , ne lailfons pas de les examiner 
les unes après les autres. 

Commençons par celle qui eft tirée de la 
Parabole du banquet Evangélique. S. Luc ra¬ 
conte que le Maître du fellin, au refus des con¬ 
viez , envoya Ibn Serviteur aux places publi¬ 
ques de la Ville, & lur les grands chemins de la 
campagne, pour contraindre les palTans d’en¬ 
trer dans fa maifon & de le rendre à Ibn feftim 
Les Auteurs de la nouvelle Metode de conver¬ 
tir ceux qu’ils qualifient Heretiques, entendent 
par le mot de contraindre , ufer de violence ef- 
fedive, & de voye de fait. Il eft étonnant que 
l’elprit de domination & d’orgueil leur falfe 
oublier le genie de l’Evangile, qui ne prêche 
que la douceur & la paix, & qui n’ulè jamais 
d’autre moyen que de celuy de la perlùafion 
pour amener les Incrédules captifs à l’obeïlfan- 
ce de Jefus-Chrift, Religio , dit Ladance, fua- 


de 3 ionJïeur Menjot. 401 

dettiv non imperatur. C’eft pourquoy dans 'la 
même parabole rapportée par S. Mathieu, le 
Roy du banquet, tout Roy qu’il étoit, ne don¬ 
ne point d’autre ordre à lès Serviteurs que ce- 
luy de convier fimplement aux noces de Ibn fils 
ceux qu’ils rencontreroient en leur chemin. 

Il eft vray que cette Metode violente de fai¬ 
re des Prolèlites étoit ordinaire aux Juifs, félon 
le rapport d’Horace dans l’une de fes fàtyres. 

Veluti te 

Judesi cogemus in hanc concedere tiirham. 

Saint Ambroifé fait fur cela leur tableau, 
qui ne reffemble pas mal aux Cagots de nô- 
'tre fiecle. Ih sinfinuent ,dit-il, adroitement 
dans les ejprits , ils fe fourent dans les maifons^ ils 
feprefèntent aux Tribunaux , ils lâffent les 0- 
reilles des Juges , ilsfatiguent le public , ér tant 
plus ils payent impudence , tant mieux les chofes 
• leur reùjfijfent. 

Les maniérés de Jefiis-Chrift pour toucher 
les cœurs font diamétralement oppofees à cel¬ 
les de ces fortes de gens j car le Seigneur fé dit 
luy-meme, débonnaire é" humble de cœur ^ 
met les débonnaires au nombre des bienheureux ; Mart j-.i- 
& dans la Théologie de S. Paul, la charité eft 
Eee 


402 OpufculesVolîhumei 
Rom. 2. ^ la bénignité de Dieu nom invite a 

repentance , fans nous gêner. Selon cette ma, 

xime de la Morale Chrétienne, le même A- 
2 Tim.i potre ordonne à Ton Difciple Timothée, ien^ 
^"‘^''^feigner avec douceur ceux qui ont unfentiment 
contraire i pour ejjayer fi Dieu leur donnera re^ 
pentance , afin de connoître la vérité. Sur quoy 
font remarquables ces belles paroles de S. Au- 
guftin, quidfortius manu hâc quae mundum vi~ 
cit , non fcrrô armata ^ fed ferré transfixa. Mais 
les Convertilîeurs-modernes tout fiers de leur 
a. Cor. grandeur & de leur crédit, recourent aux ar¬ 
mes charnelles le lèntant deftituez des armes 
Ephef.6. de Dieu, & fur tout de l'épée de l'Efprif qui efi 
‘7 la Parole. 

Pour ce qui regarde le mot de contraindre ou 
de forcer , il faut être novice au dernier point 
dans le ftile de l’Ecriture pour ignorer qu’il fi- 
gniÇiQ yperfsaderpar de vives & de preffantes 
raifons : Ce fut par cette elpece de violence 
douce & infinuante que les deux Difciples ai¬ 
me 24.'’ lans à Emaüs, forcèrent JefiisChrift, lequel ils 
méconnoilToient, à demeurer avec eux, & 
A<ft.i<s. Lydie apres avoir reçu le Bâtême, con- 
traignit S. Paulàlèjourner chez elle, auquel 
lèns aufiî l’Apôtre dit avoir été contraint d’en 
appeler à Celai* j où eft à noter que S. Luc em- 


de JMonJîeur 3 fenjot. II. Part. 403 
ployé dans ce paiTage des Ades, le même ver¬ 
be , qui lignifie proprement nécejjï- 

ter , dont il s etoit lervi dans Ibn Evangile en 
recitant la parabole du feftin. Ainfi Saint 
Paul reprochant en face à Saint Pierre qu’il 
forçoit les Gentils nouvellement convertis à 
Judaïlèr, le lèrt aufiî du terme àva.ymH.Hv. gsI. î- 
Eft-ce que Saint Pierre, à force de perlècu- 
tions en leurs perlbnnes, en leurs biens & en 
leurs libertez, les contraignoit bon gré mal¬ 
gré d’oblèrver les Ceremonies Legales ? Qui 
ne voit plûtôt, qu’il leur alleguoit des raiforts 
Ipecieulès & plaufibles, quoy que faulfes au 
fond,pour les induire à faire un mélange du 
Judamne & du Chriftianilme ? Le langage 
de l’Ecriture s’accorde en cecy parfaitement 
avec celuy du monde j car un Orateur eft 
cenfé violenter & , comme on parle, enlever 
lès auditeurs, lorlqu’il les perlûade de quiter 
leur lèntiment pour fuivre le lien : Et nous 
liions que Cicéron par la force de Ibn élo¬ 
quence , & par l’adrelfe de lès railbnnemens, 
contraignit Celàr à pardonner au Roy De- 
jotarus, dont il avoit rélblu la perte. Le 
Comique Grec dilbit de Pericles, que dans 
fes Harangues il éclair oit ^ il tonnoit^ & trou- 
Moit toute la Grece. 

E e e ij 



Ail.iî. 


i.Tim.i 

i.iy. 


404 Opufcules Tofthumes 

Kç-£ÿ(wf i<^^ovl<n, ^mtcvact, rtjv èAAccJ* 

Ilfaudroitavoirle fèns renverfë pour prendre 
à la lettre ces expreffions du Poète. 

Le fécond moyen de ces Melïîeurs pour ju- 
ftifier leur conduite, eft emprunté de la manié¬ 
ré à ce qu’ils prétendent, dont S. Paul 

fut converti. Il faut conlîderer deux choies 
dans cette hilloire, lavoir le crime de Saul, ôc 
enluite là converlîon. Apres le Deïcide abo¬ 
minable commis par la Synagogue en la per- 
Ibnne du Fils de Dieu, il ell certain que le plus 
horrible de tous les pechez eft celuy de perlè- 
CLiter l’Eglilè de Jelùs-Chrift, qui eft fon corps 
myftique ; c’eft cependant ce que S. Paul pra- 
tiquoit avec une paillon forcenée, car il fut pre- 
lènt & conlèntant à la mort de S. Etienne, & 
enliiite il partit pour Damas, ne rejpirant que 
jnenaces & que meurtres , avec intention d’y ar¬ 
rêter les Chrétiens de l’un & de l’autre lèxe, & 
de les amener liez à Jerulàlem. C’étoit donc 
à bon droit qu’aprés fa converlîon il s’acculôit 
luy-même d’être le premier , c’eft à dire le plus 
grand des pécheurs. Jelùs-Chrift pour ch⬠
tier cet ennemi furieux qui ravageoit lôn Egli- 
lê, le renverlè lùbitement par terre lùr le che¬ 
min de Damas, & l’aveugle durant l’elpace dà 


de Monjteur Menjot. II. Part. 40 j 
trois jours, par l’éclat d’une lumière exceflîve, 
qui relplendit du Ciel tout à coup j mais le 
changement lurprenant & inopiné qui s’en en^ 
lùivit de Saul perlècuteur, en Paul fidèle Apô¬ 
tre , fut proprement l’effet de la voix de Jelùs- 
Chrift, qui luy cria, Saul^ Saul pourquoi me 
perfecut es-tu l'Je fuis Je fus lequel tuperfecutes ; 
car alors cet elprit rebelle & envenimé fut 
convaincu que ce Jelus qu’il maltraitoit, étoit 
refifulcité & monté au Ciel, félon le témoigna¬ 
ge des Apôtres, dont il s’étoit moqué jufqu’a- 
lors ; C’eflpourquoy il crut à l’inflaiit même, 
non par force, mais en le fbûmettant volontai¬ 
rement au joug de Jefiis-Chrifl, & en luy di- 
fànt, Seigneur que veux-tu que jefajfe ^ Il faut 
être étrangement préocupé, pour s’imaginer 
quelque relfemblance entre cette maniéré mi- 
raculeufè dont J. Chrifl toucha le cœur de S. 
Paul, & celle dont on fe fert aujourd’huy pour 
convertir les Proteftans. A quoy nous pou¬ 
vons ajouter, pofé même que Jefus-Chrift en 
cette occafion ait ufe de violence, qu’en qualité 
de Maître Souverain du monde, il efl au deffiis 
des Loix & naturelles & morales qu’il a luy- 
même établies, au lieu que les hommes y font 
neceffairement aftraints. Dieu commanda 
jadis aux Ifraëlites d’emprunter des Egyptiens 
Eee iij 


^o6 Opti^ules Vojîhmnes 

leurs vaifleaux d’or & d’argent, avec leurs 
temens, & de les emporter en quitant leur 
Pays : mais quel Legiflateur d’entre les hom-. 
mes lèroit allez hardi pour ordonner, Ibus 
quelque pretexte que ce Ibit, le vol & l’infidé¬ 
lité , contre le commandement exprès de Dieu 
de ne point dérober, & de tenir la parole, au 
préjudice même de lès propres intérêts. 

La troifiéme preuve que nos adverfaires ti¬ 
rent de l’hilloire racontée par Jolîié,eft pitoya¬ 
ble. Voici le fait. Les Tribus de Ruben & 
de G ad, & une demie Tribu de Manalfé dref. 
lèrent un Autel, regardant le Pays de Canaan, 
proche dujordainjles autresTribus qui étoient 
au delà de ce Fleuve, en ayant appris la nouvel¬ 
le , rélblurent de leur faire la guerre comme à 
des révoltez contre le lèrvice du vray Dieu, 
craignant même que la punition n’en rejaillît 
liir eux, comme il étoit arrivé peu auparavant 
au lujet de l’interdit d’Hacan, qui ne mourut pas 
feulpourfin iniquité. Cependant les Ilraèlites 
comme gens équitables & bien lènfez, avant 
que de marcher contre leurs freres, leur en¬ 
voyèrent Phinées fils d’Eleazar Sacrificateur, 
accompagné de dix des principaux du Peuple, 
pour s’informer de la vérité & pour les enten¬ 
dre dans leurs défenlès. Les deux Tribus & 


àe 3ïonficur JMenjot. II. Part. 407 
demi protefterent aux Envoyez qu’ils n’a- 
voient jamais eu deffein de conftruire un Au^ 
tel particulier pour y làcrifier, qu’ils ne recon- 
noiüoient uniquement que l’Autel qui e'toit 
devant le Tabernacle du Seigneur, & qu’ils 
n’avoient prétendu autre choie que de laiiTer 
un monument à la poilerité qu’ils faiibient par¬ 
tie de la Republique d’Ifraèl, quoy qu’ils habi- 
tafifent au delà du Jordain, feparez par ce Fleu¬ 
ve des autres Tribus. L’Ailemblée des ïil'aë- 
lites ayant été iàtisfaite du rapport de iès Dé¬ 
putez , l’émotion fut appaifée auifi-tôt. 

Il eft évident par ce récit de Jôiué, que les 
Ihaèlites crurent d’abord ces deux Tribus & 
demi idolâtres & infraéleurs publics de la pre¬ 
mière Table delà Loy, & partant dignes de 
mort, à plus forte raiion que ce miiêrable qui 
fit lapidé pour avoir amaifé en iècret du bois 
au Defertunjourde Sabat. Il lembloit auiïi 
y avoir du crime d’Etat dans cette affaire, en 
ce que ces deux Tribus & demi paroüToient 
vouloir fè rebeller contre Jofié, établi de Dieu 
Chef & Gouverneur de tout le Peuple après la 
mort de Moyfè. En confcience qu’y a-t’il 
dans tout ce narré, de commun avec les démê¬ 
lez d’entre les Catholiques Romains, & les 
Proteftans, pour ne pas dire que c’eft outra- 


408 Opufcules Volîhtmes 

ger l’Evangile que de comparer fa charité & fa 
douceui', avec les rigueurs inexorables desO^ 
donnances de Moyfe. Ce furent pourtant là 
les moyens dont le lèrvit un certain Prélat 
pour corrompre l’elprit du Duc de Riche- 
mont , dans un Sermon qu’il eut l’audace de 
prononcer en prelènce de Sa Majefté, dont ce 
jeune Seigneur reconut tôt apres l’impofture 
par Ibn retour dans la vraye Eglilè. 

Mais laüTons ces trois exemples citez de l’E¬ 
criture Il malignement pour palier un zele rien 
moins que Chrétien, & palTons à la railbn allé¬ 
guée pour l’autorilèr. 

Ces Meffieurs nous dilènt avec une tendref 
le alfeétée & inlùltante, que l’Eglilè eft une 
bonne mere, & qu’en cette qualité elle eft en 
droit de punir comme il luy plaît lès enfans 
delbbeïlfens, afin de les réveiller de leur léthar¬ 
gie , & de les obliger à faire de juftes réfléxions 
lùr les erreurs où ils Ibnt engagez. 

Premièrement il s’agit d’un petit nombre 
d’Ecclefiaftiques de Cour auteurs & inftiga- 
teurs de tous ces defordres. Secondement il 
n’eft jamais licite d’en venir à ces Ibrtes de châ- 
timenSjfi ce ii’eft pour la correétion des moeurs, 
parce qu’un méchant homme à qui on fait 
honte de lès crimes, & pour lelquels on le pu- 


de ^onjîeur Menjot. IL Part. 40^ 
nit, eft libre de les abandonner ou de ne les a- 
bandonherpas: Mais ce Ibnt les inftrudions, 
êc nullement les punitions qui éclairent l’en¬ 
tendement , & celles-cy par conlèquent font 
incapables de le perlîiader. J’avoue que les 
fouffrances peuvent porter un incrédule à faire 
des réflexions, mais c’eft: feulement pour luy 
faire horreur du procédé impitoyable & irré¬ 
gulier qu’on tient contre luy, & pour l’éloi¬ 
gner de plus en plus des lentimens que la vio¬ 
lence s’ejEforce de luy inlpirer. 

Enfin on fait grande parade de lautorité de 
S. Auguftin, qui Ibûleva h puilfance de l’Em¬ 
pereur Honorius contre les Donatilles, pour 
les profcrire, pour les condamner à de groflès 
Sc de ruineulés amendes, & même pour con- 
fifquergeneralement tous leurs biens, dans la 
vue de les faire par là rentrer en dépit d’eux 
dans le fein de l’Eglife, dont ces Schilmatiques 
s’étoient feparez. 

- Mais avec tout le refpeét dû à un fi grand 
Dodeur que S. Auguftin, la dodrine en cela 
choque la droite railbn, & tout enfèmble la na¬ 
ture de l’Evangile, comme nous l’avons mon¬ 
tré cy-deflfus, de maniéré quelle peut être 
comparée à tant de nouveaux monftres dont 
i’Affrique a été- tres-feconde de tout temps. 

Fff 


410 Opufcuîes Vojîhumes 
C’ell: pourquoy de même que S. Auguflin prc- 
lùma charitablement que S. Cyprien, quoy 
qu’il n’en paroifle rien dans lès Ecrits, eft nean¬ 
moins revenu de Ibn erreur touchant la neceffi- 
té de rebàtifer ceux qui avoient été bâtilèz par 
les hérétiques ; nous devons aullî croire pieufe- 
ment, que Dieu a fait la grâce à S. Augullin de 
lè repentir de la morale erronée & fcandaleufe. 
Nôtre fentiment fur cela ell d’autant plus pro¬ 
bable , que ce même Augullin jugeant dans la 
luite que les peines des Donatiftes étoient par 
trop excelïîves, lôlicita en leur faveur les Gou¬ 
verneurs & les Magihrats, & lit par cette cha¬ 
rité , quoy que trop tardive, une elpece de ré¬ 
tractation de là conduite precedente, làns le¬ 
quel repentir, au lieu de reconnoître cet E- 
vêque pour un Saint,, il y auroit lieu de douter 
de Ion làlut. 

Or de là nous inférons invinciblement, qu’il 
ne faut pas ajouter foy à S. Augullin, ny aux 
autres Peres de l’Eglife, lîir la Morale non plus 
que Eu* la Religion, qu’aprés l’examen de leur 
créance par la parole de Dieu, qui en ell com¬ 
me la pierre de touche. En effet, Dieu lous la 
nouvelle alliance n’a jamais conféré qu’aux E- 
vangelilles & aux Apôtres,le don de révélation 
immédiate , & d’infaillibilité, & nous n’en 


de MonfaurMenjot. îî. Part. 411 
prenons pour témoin que S. Auguftin luy-mê- 
me: Voicyfèspropres paroles dans fon Epî- 
tre à Vincent, en parlant de S. Cyprien & d’A- 
grippin Ibn Succelfeur à TEvêché de Cartha¬ 
ge. I/j a une grande différence , dit-il, entre 
tautorité des Livres Canoniques & celle de ces 
tAuteurSi & il ne faut pas croire que ce quon 
en lit -, ou ce quon en cite nous doive tenir lieu de 
loy-t&qîi il nefiit pas permis d'être d'un autre 
Jentiment fiir des chofes ou ilspourroient en avoir 
eu de contraires d la vérité. Car nous ne faijons 
point de diffculté de nous appliquer d nous-même 
cette parole de l'Apôtre : Si nous avons quelque 
fentiment (qui ne fiit pas conforme d la vérité , if. ’ 
Dieu nous éclairera fur ce ftjet. 

Concluons donc que les durerez AlFriquai- 
nes & barbares de cet Evêque d’Hippone con¬ 
tre les Donatiftes, font des taches dans fa vie 
tout à fait inexculàbles, à moins qu’il n’ait en¬ 
tendu parler des Circoncellions , qui rafoient & 
brûloient les maifons des particuliers, làns é- 
pargner les Temples, jettoient dans le feu les 
Livres làcrez, a'evoient les yeux aux uns, 
coupoient k langue & les mains aux autres, 
battoient, voloient, malïacroient julqu’aux E- 
vêques aux pieds des Autels, & qui tournoient 
fouvent contr’eux mêmes leur fureur, en fo 
Fff ij 


412- Opufeules Tofthumes 

procurant la mort. Les ioix des Empereurs 
ne pouvoient être trop leveres contre de tels 
enragez j mais c’étoit la plus grande des inhu, 
manitez que de les faire valoir contre les fim- 
pies ëc modérez Donatiftes, qui lliivoient de 
bonne foy le Schifine dans lequel ils étoient 
nais. Si on nous objede que ceux-cy ont été 
ramenez à force de tourmens dans funité de 
l’Eglife, nous répondrons, pofé qu’ils y fulfent 
rentrez de bonne foy & non pas qu’ils fulfent 
des hypocrites, qu’en ce cas les hommes ont 
fait le mal, & que Dieu par là làgelfe la fait 
réülfir en bien, comme du crucifiement de 
Jelùs-ChriftparlesJuifsilenatiréle laîut du 
genre humain, làns pour cela qu’il foit jamais 
permis de le départir, Ibus quelque pretexte 
que ce Ibit, de la régie generale de S. Paul, non 
^^^'^ Juntfacienclainala-, ut vetimit hona. 

S. Augullin auroit donc plus làgement fait , 
fi au lieu de le lailfer cormmpre par l’exemple 
ëc par les follicitations de ces animaux Lyhi- 
je veux dire des Evêques Affriquains lès 
Confrères, il s’en fut tenu à lès premiers fend- 
Ep. à mens, deneforcer perfnne pour revenir a lu^ 
nité de fefus-Chrifl , & de n employer pour cela 
d^autres armes que les difours & les raifens^ 
crainte que des HERETIQUES DE’- 


de MmfieurMen]ot. II. Part. 413 
CLAREZ NE DEVINSSENT DES CATHO¬ 
LIQUES DEGUISEZ. 

Les Approbateurs des barbaries énormes, 
dont on s en: fervi dans nôtre fiecle pour faire 
rentrer dans l’Eglilè Romaine ceux qui l’ont a- 
bandonnée, voyant que les loix Divines leur 
étoient entièrement contraires, tâchent de les 
appuyer par certaines Conftitutions Impéria¬ 
les contenues dans le Code Theodofien : Mais 
il n’y a pas plus de raifbn de le fervir de l’autori¬ 
té de l’Empereur Theodolê pour établir la 
cruauté & l’injullice, que de l’exemple & du 
crédit de l’Empereur Confiance pour renger 
les Peuples à l’Arrianilme. Ces deux Princes 
ne doiventpâs être le modèle ny de la condui¬ 
te , ny de la créance des véritables Chrétiens. 
Ils étoient tous deux polfedez par leur Clergé 
corrompu, qu’ils croyoient idiotement com¬ 
me des OracÈs, le premier à l’égard de la Mo¬ 
rale , le fécond en ce qui regaî'doit la Foy, fans 
confultei; les Ecritures qui font les Oracles du 
Ciel. Sur quoy il eft bon de remarquer, qu’il 
y a tel renverfèment de mœurs plus pernicieux 
que certaines erreurs dans la Foy, puifque la fin 
eft neceffairement plus excellente que les moy- 
ens,& que le but principal de l’Evangileeft de 
corriger la perverfité dé la volonté de l’homme, 
Fffiij 


414 Opufeules Toflhumes 

en éclairant Ton entendement; Je vous écris ces 
chofes , difoit S. Jean, afin que vous nepechiez 
point. De maniéré que tout confideré, les 
loix tyranniques & anti-Evangeliques lefquel- 
les làppent le ChriftianiliTie par Ibn fonde¬ 
ment , qui eft la charité du cœur, font alfuré- 
ment plus oppolées au làlut que quelques lie- 
refies qui le terminent à la lèule contempla¬ 
tion. C eft pour cette railbn que dans l’Ecri¬ 
ture les doétrines Morales font plus évidentes 
& plus intelligibles que les dogmes purement 
Ipeculatifs. 

Au refte il ne faut pas s’étonner des duretez 
inhumaines de Theodofe, après les cruautez 
épouventables qu’il fit exercer dans la Ville de 
Theftalonique, par lelquelles il mérita les a- 
nathemes de S. Ambroilè. On objede qu’il 
ne paroît pas que perlbnne ait réclamé contre 
la rigueur de ces Ordonnances. J’avoue qu’el¬ 
les peuvent avoir été appi'ouvées par quelques 
lâches Courtilans efclaves de la feveur, & mê¬ 
me que la peur a pu fermer la bouche à plu- 
fieurs gens de bien, qui le contentoient de les 
détefter en lècret ; mais la pofterité eft en droit 
d’abhorrer hautement des loix qui ruinent cel¬ 
les de l’humanité & de la Religion, & qui ont 
terni pour jamais la gloire de cet Empereur. 


àe Gonfleur JÜenjot. îî. Part. 415 

Un certain chétif Auteur, lequel a vendu & 
vend encore tous les jours pour du pain là con- 
Icience & Ion honneur, le perlîiade avoir bien 
rencontré en écrivant que la leverité des loix 
de Theodole contre les hérétiques , avoit 
heureufèment empêché que les portes dEnfer Mmh.f 
neprévalujfent contre l'Eglïfe. A ce compte 
c’étoit fait de l’Epoulè de Jelus-Chrift làns ce 
bien-heureux fecours des PuilTances Inferna¬ 
les , & le Démon en fe propolànt d’une part la 
deftruélion de l’Eglifè, & de l’autre en inlpirant 
aux hommes des moyens oppoiez à ce delTein, 
lavoir d’en venir aux voyes de fait pour con¬ 
vertir immanquablement les Heretiques, le 
trouvoit divilé contre luy-même, ce qui ne 
s’accorde ny avec le raifonnement de Jelùs- 
Chrift dans l’Evangile touchant le Royaume Matt.iz; 
de Satan, ny avec l’habileté de cet ennemi de 
Dieu & des hommes, appellé dans l’Ecriture 
à caufe de là prudence & de là rufe, non hin- 
plement un Serpent , mais le Serpent Ancien. 

Remarquons en dernier lieu que de tels pro¬ 
cédez tyranniques & feroces, renverlènt éga¬ 
lement la politique & les bonnes mœurs ; car 
qui ne voit que h les Princes Catholiques en 
ulènt ainh envers leurs Sujets Proteftans, qu’en 
revenche les Princes Proteftans font endroit 


41’^ OpufcuksVofthumes' 
de faire un pareil traitement à leurs Sujets Ca-i 
tholiques, ce qui ferait mettre tous ; les Etats 
partagez en differentes Religions, dans une 
combuflion épouventable, dont les premiers 
boutefeux auroient été une petite poignée de 
Prêtres malhonnêtes gens & fort emportez. 
Ils répondent que l’Eglife Romaine en qualité 
de Mere commune des Chrétiens’, poffedefèu’' 
le le privilège d’employer le bras leculier, & 
l’autorité temporelle pour contraindre de vive 
force les Peuples à fùivre fà Religion. Mais 
quand ce droit prétendu de leur Eglifê lèroit 
audi lacré & inconteftable, qu’il ed impie & 
chimérique, tant y a que tous les Reformez é- 
tant perluadez du contraire, les Catholiques 
réfidans dans les Etats Proteftans, ne feroient 
pas moins expofèz que les Proteftans qui ha¬ 
bitent les Pays Catholiques, aux malheurs 
ff’une defôlation funefte. 

Tantum Rd'igiopoîuit fuaâcre maîorum. 


FORMU- 


de Monjîeuv Menjot, II. Part. 417 

*+* #* #*,** ** ** ^ ** *% *+ ** 

4: % 4; %* 4s . %* 4c 4^ 4: * *4« 

FORMULAIRE 


D'^ B JURATION TOUR LES 

Prétendus Reformez qui voudront emhraffer 
la Religion Romaine , conformement a lEx- 
pofitionde laDodrine de lEglfe Catholique 
Jiirles matières de Controverfes y faite par 
Monfieur lEvêque de Cbndom aujourdlmy 
Evêque de Meaux. 


AVERTISSEMENT. 

I L eft làns doute fort douloureux à Monfieui? 

l’Evêque de Meaux, de ce que ny Monfieur 
l’Archevêque de Paris Ion Métropolitain, ny 
la Faculté de Sorbonne, n’ayént pas voulu don¬ 
ner leur approbation à fon Expofîtion de la 
Dodrine de l’Eglilè Catholique fiir les matiè¬ 
res de Controverlès j mais ce qui eft principa¬ 
lement à remarquer, de ce que plufieurs làvans 
Théologiens de la R. Romaine, tant Séculiers 
*que Réguliers, fe déclarent ouvertement con- 



418 OpufcuîesPofthumeî 
tre cet Ouvrage, cju’ils prétendent n etre qu’un 
deguifement de la créance de leur Eglife, com¬ 
me fi M. de Meaux avoit honte de la Foy Ca¬ 
tholique fincere & toute nue. 

En efièt quelques-uns de la Religion Pré¬ 
tendue Reformée ay^t offert de fè faire Ca¬ 
tholiques fi on voulqdt fè contenter de leur fim- 
ple aquiefcement au Livre de Monfieur de 
Meaux, on a refuf^de les recevoir à cette con¬ 
dition^. Je ne d^fpere pourtant pas, non-- 
obftanfitçutes c^contradiélions, que les Offi¬ 
ciers iiiiportans dé Sa Sainteté, nommément le 
Maîtri du Sacré Palais, & le Gardien de la Bi- 
blioth^ueVatica^e, Ceft a dire les premiers 
Hommes de Rome en pieté & enfavoir^ que les 
Ev.êques, & Archevêques François & Etran¬ 
gers , que les DOCTES ET SAINTS Cardi¬ 
naux, & que le Pape luy-même qui ont foufi 
crit le Livre de ce Prélat, n’agréent auffi le 
prefent Formulaire d’abjuration qui en efl fi¬ 
dèlement extrait, & de plus qui s’accommode, 
félon la rencontre des temps & des lieux, à la 
Théologie Politique de delà les Alpes , fur le 
point de l’infaillibilité, afin qu’étant auten- 
tiquement approuvé , il puiffe en quelque fa¬ 
çon contribuer à faire rentrer adroitement & 
.fans violence, les Calviniftes dans le giron 


âe i^onjîeur Menjot. II. Part. 419 
de l’Eglile, avec laquelle ils ont fait fchilme 
pour n’avoir pas bien compris là Dodtrine 
dans le fond, & pour s’être laiffez féduire 
par de faux préjugez. 


FORMULAIRE D\ABJURATION 
pour les Prétendus Reformez qui voudront 
embraffer la Religion Romaine y conformement 
a l'Expofition de la Doêlrine de lEglife Ca^ 
tholique fur les matières de Controverfes y fai¬ 
te par Monfieur lEvêque de Condom aujour-^*ef^^ 
dhuy Evêque de Meaux. 

I. 

J E croy qu'il faut adorer un fèul DieuTere y 
Fils & S. EJprit , & quilfautfe CONFIER 
EN LU Y SEUL par fin Fils incarné ^crucifié y 
érreffufiitépour nous \ Et partant je renonce 
abfblument à toute confiance aux Créatures, 
lâns avoir égard aux adoucilfemens qu’on pre- 
tendroity apporter. 

1. 

Je croy que l'adoration qui eft dûè a Dieu y 
conjifie principalement a croire qu ilefileCrea^ 
teur & le Seigneur de toute chofi , & a nous 
ATTACHER A LUY de toutes ks puifances 
Ggg ij 



4 ^^ Opîifcuîes Pojihurnes 

de noire amepar làfoy , par hfperatice , é*par 
la charité. Ainfi je rejette toute attache Re- 
îigieufe à quelque Créature que ce Ibit, & 
fous quelque pretexte que ce foit. Car fi 
outre cette attache "a Dieu , il étoit aufiî per¬ 
mis de s’attacher aux Créatures, il n’eft pas à 
prefiimer que Monfîeur de Meaux, exad & fi¬ 
dèle interprète de la Dodrine Catholique, eût 
manqué d’en avertir icy les fidèles, autrement 
f^‘^'^° illeurauroitfôufi:rait une partie confiderable 
d U Confeilde Dieu. 

3 - ^ ^ 

Je croy que le Sacrifice ne peut etre offert 
’ epid Dieu seul , & je promets de n’offrir 
^ qiià.hiY(kulleSacrificede 7 nesloïianges, cefid 
«/. dire le fruit de mes Icvres , fans luÿ alTocier ja¬ 

mais ny Saint, ny Sainte, non pas même la 
Vierge Marie endilànt, loué f it Dieu & la 
Sainte Vierge , mais me contentant de dire avec 
l’Apôtre au commencement de lès Epitres, 
loué foit Dieu qui eji le Pere de notre Seigneur 
ffeJus-Chrifi. Je promets aufii de ne donner 
î’aumône & de ne faire des charitez, qui font 
des Sacrifices de honnie odeur devant Itiy , qu’uni- 
i8.‘ quement en Ibn nom ; Et de ne prelènter qu’û 
luy lèul mon corps en Sacrifice vivant , comme è- 
î'f'” '" tant le Service faint é" rai/otmabk auquel il 


de Monjteur Menjoî. II. Part. 421 
prendplaïfir \ bien loin de me conlàcrer aux 
Créatures pour làintes & excellentes quelles 
puilTeiit être, quelque diftin( 5 tion ou quelque 
exculè apparente qu 011 s’efforce de m’alleguer 
au contraire. 

4 - 

Je reconnois que tout culte Religieuxfe doit 
terminer d Dieu comme d fa fin néeefiaire^ & que 
fi llmneur rendu d la Sainte Vierge & aux 
Saints peut être appelé Religieux i ce lie fl qud 
caufe qtiil fe rapporte nécejfairement d Dieu. 
Je croy donc qu’il efl libre de n’invoquer que 
Dieu fèul au nom de fbn Fils Jelùs-Glirilî:, fans 
l’intervention d’aucun Saint, non pas à la véri¬ 
té aux Prêtres ( lefquels autrement ne pour- 
roient celebrerla MefTe, où il y a plufieurs 
prières addreffées aux Saints ) mais feulement 
aux Laïques, auquel cas ils font obligez, lorL 
qu’ils afïiflent à la MefTe, d’interrompre le 
cours de leur dévotion à tous les endroits du 
Service ou les Bienheureux font invoquez. Je p- 
confefTe que s’il n’efl: pas abfblument nécefTaire 
qu’il efî: du moins utile de prier les Saints félon 
lordre de la focieté fraternellequi nous porte d 
demander le fècours de nos freres vivans fir la 
terre. Ce principe pofé, il efl évident que les 
invocations addreffées aux Bienheureux & me- 
Ggg iij 


4it Opufcules Vofthumes 

me à la Sainte Vierge clans le Ciel, qui cho* 
Guent fi fort les Prétendus Reformez, font au 
fond de même genre que les prières que nous 
faïfons a nos freres vivans fur la terre , & qu’eL 
les méritent également le nom de Dulie Relù 
gieulè, puis quelles fi ^'apportent toutes deux 
nécejfaircment a Dieu comme a leur fin nécefiai-^ 
re. Je croy que ces prières étant de même eC. 
pece, peuvent être faites indifféremment tant 
aux Saints, qu’aux fidèles, & partant qu’il eft 
licite félon P ordre de la focieté fraternelle^ de 
dire a nos freres vivans fur la terre , les mêmes 
Litanies qu’aux Saints recueillis dans le Ciel, 
&: de demander également aux uns & aux au¬ 
tres, qii ils nous J auvent du nauffrage & de la 
pefie , quils nous défendent du Démon , & qu'ils 
nous reçoivent a l'heure de nôtre mort-, parce 
qu’encore que dans le langage ordinaire, ces 
demandes paroilTent abfblués, elles ne figni- 
fient pourtant autre choie dans la doélrine de 
l’Eglilè Catholique, expliquée parMonfieur 
l’Evêque de Meaux, finon que nous deman¬ 
dons loit aux Saints de Paradis, foit à nos freres 
vivans fur la terre , qu’ils veüillent en qualité 
de nos Médiateurs d’Intercelïîon, prier Dieu 
qu’il nous garantilfe des malheurs dont nous 
lomines menacez. Je croy fiir cette même 


de Mnfieur Menjot, II. Part. 4-13 
hypothefè, qu’on peut celcbrer des Meffes en 
i'iionneur de ms freves vivans [ùr la terre , de 
même qu’on en célébré en l’honneur des Bien¬ 
heureux regnans dans le Ciel, d’autant que 
l’honneur que mus rendons "a ceux-cy dans la- 
Bion du Sacrifice^ ne conjifte qud les nomînerv-^s^ 
comme de fidèles ferviteurs de Dieu dans les priè¬ 
res que nous luyfaifons y qtia luy rendre grâces 
desviBoiresquils ont remportées , & qud les 
prier humblement qtiilfe laiffe fléchir en notre 
faveur par leurs intercéjfions. Lelquelles con- 
-hderations ne conviennent pas feulement aux 
Bienheureux regnans dans le Ciel, mais aulîi 
d nos freres vivants fur la terre , qui ont remporté 
êc remportent encore tous les jours des vi¬ 
Boires lur les vices & lùr les erreurs qui ont vo¬ 
gue dans le monde. Mais j’eftime qu’on peut 
liir tout celebrer des Meflfes en l’honneur de 
ceux de nos freres vivansfir la terre qui ont le 
bonheur d’être, finon les Martyrs, du moins 
les ConfelTeurs de Jelus-Chrift comme fbuf- 
frans, ou ayant fbuffert conftamment pour Ibn 
Nom toutes fortes de peines & de flétrifïùres, 
iàvoir les priions, les bannilTemens, la confif^ 
cation de leurs biens, les amendes honorables, 
les Galeres, & telles autres çalamitez à l’exce¬ 
ption de la mort» 


4 î4 Opîtjcîdes Vojihmnes 

5 - 

JJ Je croy que les Saints par eux-mêmes ne ml 

noîjjentpas ms hefoins , ny même les defirs pour 
lefquels nous leur faifons de fecretes prières , 
mais que plufieurs milliers d’Anges en qualité 
de MelTagers prompts & fidèles, partent mceCi 
fàmment de tous les coins de la Terre, & tra* 
verlènt les elpaçes immenlès des Splieres Ce* 
leftes, pour le rendre en diligence au Ciel Em- 
piree, afin de donner avis aux Bienheureux de 
nos necefiîtez & de leur porter nos prières : Ou 
plutôt d’autant que les Anges qui nous envi¬ 
ronnent en cette vie ne peuvent pcnetrer dans 
le fond de nos cœurs pour en faire un jufte rap^ 
port, j’avoue qu’il eft permis de deviner que 
Dieu dans le Ciel communique aux Saints nos 
defirs par une révélation particulière , fi ce n’efi: 
qu’ils les apperçoivent d’eux-mêmes dans la 
contemplation de l'Efience Divine , qui eft infir 
nie & ou toute vérité eft coînprifè, puilqii’aufll 
bien, lèlon quelques Philofophes modernes & 
Iby dilànt grands dévots, l’Etre penlànt qui ell; 
immateriel & Ipirituel, ne làuroit même en ce 
monde connortre autrement qu’en Dieu les 
objets materiels & corporels. 

6 . 

Je croy que les Images lient aucune vertit 

que 


de Monjteur Menjot. IL Part. 41 f 
que celle d'exciter en nom le fouvenir des Origi¬ 
naux , & par conlèquent que pour le refTouve- 
nir de la mort du Fils de Dieu, ceux-là n’ont 
pas beloin du fècours d’un Crucifix, qui lilènt 
ou qui le font lire Ibigneulèment l’iiiftoire de 
l’Evangile , où Jeliis-Clirift eft portrait devant q^j 
leurs.yeux , comme s’il étoit crucifié en leurpre- 
fence. ' Je croy par cette même railôn, que 
c’eft l’effet d’une prudence pieulè, de voiler au 
temps du lâint Carême les Images qui font les 
livres des ignorans, à caulè des Sermons fre- 
quens qui font alors en ulàge. Je croy aulfi, 
quoi que les Images conlàcrées par les Evêques 
& élevées dans les Eglilèsjnon plus que les Sta¬ 
tués de Henry le Grand & de Louys le Jufte, 
placées au Pont-neuf & à la Place Royale , 
n'ayent aucune vertu que d'exciter en nous le fou¬ 
venir des Originaux y & partant quelles ne 
Ibient dignes d’aucun culte, non pas même 
inferieur & relatif, conformément à la prote- 
Ration Iblennelle de M. de Meaux, Nous ne 
fèrvonspas , dit-il, les Images , a Dieu neplaife. 

Je croy, dis-je, qu’il eft neanmoins fàlutaire 
au Peuple Chrétien de faire toucher lès Cha¬ 
pelets aux Images, ou même aux Châffes qui 
les contiennent, lîir tout lorlqu’elles font por¬ 
tées pompeulèment en Procefïîon , ^uilque 


42<^ Opufeules Tojîhmnes 

TEglifè ne s’oppole pas à une telle coûtume> 
pratiquée publiquement par fes enfans en pre- 
lènce de leur Curé & de leur Evêque, nonob- 
fiant que cette forte de dévotion ne foit pas du 
goût dépravé de nos hérétiques, lelquels en' 
treprenans par un elprit de contradiélion & de 
vanité de rafiner ûir la Religion, n’admettent 
qu’un Evangile entièrement Ipirituel dans tou' 
tes lès parties, tel qu’il étoit aux temps Apo- 
ftoliques, du moins à ce qu’ils alTurent ; comme 
fi on vouloit nous réduire aujourd’liuy à vivre 
de gland, parce que ç’a été, félon quelques Hi- 
floriens, la nourriture des premiers hommeS' 
qui ont vécu fiir la terre. 

7 . 

Je croy qu’il efl bon de rendre honneur aux 
Reliques des Samts^par taffeBion que nous avons 
pour les perfonnes dont elles font les reftes , & qu’il 
faut être perluadé fur la parole de Monfîeur de 
Meaux, que cet honneur rendu aux Reliques 
relatif à la perlbnne du Saint, a fa fource en 
Dieu même , & quily retourne , d’autant plus 
que par là Toute-Puilfance les Saint es Reli¬ 
ques Ibnt prelervées de corruption \ par exem¬ 
ple , que le bois de la vraye Croix depuis une 
longue Elite d’années eft exempt de vermoulu¬ 
re & de pourriture > & que le laid étant natiu 


de dMonJîeur Menjot. II. Part. 417 
rellement la liqueur du monde la plus prompte 
à le gâter, on garde toutefois depuis tantôt clix* 
lèptfieclesdulaiâ:de la Sainte Vierge, pen¬ 
dant que Dieu refulè par des railbns à nous in- 
connuës , la même prérogative d’incorrup¬ 
tion au Pain & au Vin Eucharistiques, qui font 
le vray Corps & le vray Sang de fon Fils. 

Je croy que nospechez nous font remispratinr p, 
tementpar ta mifericorde Divine^ a caufe de ‘Je-' 
fus-Chrifi y ét que nos œuvres ne peuvent ME¬ 
RITER cette grâce : Et cela làns prétendre 
m’oppofor à Tufoge pratiqué par certaines 
Communautez Religieufos , principalement 
par les Reverends Peres Jefoites, d expedier 
des Lettres d’alTociation à quelques particu¬ 
liers de tout âge, de tout foxe & de toute con¬ 
dition, par lesquelles iis font rendus participans 
des Mérités de l’Ordre. Mais principalement 
fins préjudicier à trois endroits du Canon de la 
Sainte Melfe, le premier où le Prêtre dit à 
Dieu, Oramus te Domine per MERITA San- 
Borum tmrum quorum reliquiae Inc funt , ér om- 
, nium Sanâorum ut jndulgere digneris omnia pec- 
catamea. Nous te prions, Seigneur.) par les 
MERITES de tes Saints dont les Reliques fon^^ 
de tous les Saints , que tu daignes fue par^- 
Hhh ij 


A vert. 


Marti. 

.» 7 - 


418 Opufcuîes Tofihumes 

donner tous mespecbez. Le fécond, Qnorunt 

MERITIS precibujqne rogamus ut in omnihm 
proteâioms tuee muniamur auxilio. Tar les ME^ 
RITES & les prières de [quels ( favoir des Saints 
dont le Prêtre avoit Élit le dénombrement ) 
mus te prions qu en toutes chofes nous [oyons, mu^ 
nis du fecours de ta proteSion. Le troifiéme, 
Ut Chrijîiana plebs fùb tanto Eontifice credulita^ 
tis fùa MERITÎS augeatur. fAfin que le 
Teuple Chrétien fous un[grand Vontife ( il en¬ 
tend le Pape)/^// augmenté par les JMERITES 
de fa crédulité. Et fi d avanture quelque chL 

caneur s’avifbit d’objeéter que les trois textes 
fus-alleguez de la Liturgie de la Mefle, fém- 
blent ne pas s’accorder avec la doélrine de ce 
Prélat fur le NON MERITE des œuvres, j’e- 
flime que pour toute réponfé il n’y a qu’à répli¬ 
quer à ce téméraire contredifànt, qu’il faut être 
extravagant au dernier point, pour s’imaginer 
qu’un grand Evêque ignore les féntimens de 
Ion Eglilé, & fur tout les Myfleres de la MefTe 
qu’il célébré tous les jours, ou qu’il fbit capa¬ 
ble de les déguifér, quelque intention qu’il 
puilTe d’ailleurs prétexter, d’attirer par cette 
efpece d’amorce plus facilement les héréti¬ 
ques ,& de devenir pefcheur d’hommes, puis 
qu’il n’efl jamais permis pour la plus grande 


de Mnjteur 3 fenjot. lî. Part. 419 
gloire de Dieu de l’ofFenfèr en diffimulant la 
-vérité, nefaifonsjamais de maux , dit S. Paul, 
dam l'efpevance quil en reviendra des biens : 
NunquidDeus indiget vejlrô mendaciô & pro ^ 
illo loquamini doks ? Je croy pour iàuver la iàin- ° ^ 

te Meiîe de contradiction contre l’injuile accu- 
iàtion des Heretiques, qn’un autre quatrième 
pafTage où le Prêtre Miiïiliant dit à Dieu, In- 
4 ra quorum nos confortium non iefiimattyr MERI-^ 

TI-, fèdveniæ^ quceftmus, largitor adjnittei 
■En la compagnie defquels ( s’entend des Saints 
& des Saintes dont il venoit de parler ) nous te 
prions de nous recevoir , en ne regardant pas au 
MERITE, mais ennous donnant la Grâce. Je . 
croy, dis-je, que ce texte n’eft nullement con¬ 
traire aux trois autres cy-devant citez. Mais 
qu’il eft évident que le nom de MERITE le 
prend icy en une lignification oppolee pour 
DEMERITE ; de maniéré que voicy le lêns vé¬ 
ritable & naturel de ce texte de la Sainte Melïe, 
n ayant point égard aux peines que MERT : 
TENT nospechez , mais en nous en accordant le 
pardon, 

' ■ ' ■ ■ 9. : 

J avoue que la mort de jç.I\xs-Ch.n{\:pleige^l^-t- 
de la nouvelle ^Alliance y & qui sefi donné joy- i -rim. 
même en rançonpour tous^ a parfaitement fatis- *' * 


43 » OpttfcüUî Ÿofthîméi 

fait à la juflice Divine., &(^uelleluy a paye â 
toute rigueur les dettes des pécheurs repen. 
Matth.' tans,retombalTent-ils dans le péché yifquà 
is.aa. Jeptfois fèptantefois. Mais qu’il ne plaît pas 
à Dieu d’accepter le prix infini deia Pafïîon de 
-fon Fils dans toute là valeur, fi ce n’eft à l’égard 
P 64. & ‘^es pechez precedens leur Bâtême, dont il ef. 
face la coulpe, & tout enlèmble leur en remet 
pleinement la peine j au lieu .que pour les pe^ 
chez que les hommes commettent après avoir 
été lavez par les eaux Baptifinales, Dieu y 
étant forcé en quelque maniéré par l'ingratitude 
de ceux qui ont ahttfé de fes premiers dons^ en 
Ote à la vérité la coulpemoyennant leur repeii?' 
tance, mais quant à la peine il ne leur en accoi> 
de pas un pardon ablblu & làns relèrve, mais 
quefe rendant plus difficile envers eux , il le con¬ 
tente de commuer la peine éternelle qu’ils ont 
méritée,, en une peine temporelle, laquelle ils 
font tenus de lùbir foit en cette vie par des 
macérations corporelles, Ibit après la mort 
par les tourmens du Purgatoire, d’où leurs* a- 
mes ne Ibrtent point qu’elles n’ayent payé, ou 
que quelque perlbnne charitable par fes œu" 
vrespetubles&laborwafesy n ait payé pour eh 
lesjuiqu’au dernier quadrain J lelon que les 
-Princes mondains ont de coutume d’en ufer a- 


de Monfieur Menjot. II. Part. 431 
vec leurs Sujets rebelles, lùr tout s’ils ont réci¬ 
divé, àulquels ils accordent une abolition in¬ 
complète en leur donnant la vie làuve, mais en 
lespunifTant d’autre part tres-griévement en 
^eurs libertèz & en leurs biens . Or encore que 
cette dodtrine forme dans mon elpiit une idée 
baiïe de la milêricorde Divine, & quelle me 
paroilîe formellement qppofée aux richelTes 
infinies des compaflîons de Dieu vantées fi ma¬ 
gnifiquement dans les Livres Sacrez, même 
dans le Vieux Teftament avant la venue de Je- 
fiis-Chrift; & quoy que les peines que Dieu 
envoyé icy bas à lés Elus, ne foient, ou que pour 
édifier, Ibn Eglilé par de bons exemples en met¬ 
tant en vue la patience de lés fidèles, ou que raq.r.ü 
pour leur foy comme tor eft éprouvé f^?oc.z. 

par le feu ^ ainfi qu’il paroît par l’exemple de 
Job; ou que pour la fortifier, de même que 
les exercices rendent les parties du corps plus 
robuftes, virtm cluritiâ extruïtur , mollïtiâ de- 
flrulturs ou enfin quoy que ces peines foient ^ ” ’ 
{\mp\tme.ntcaftigatoires &pour leur amende¬ 
ment comme celle d’iun pere qui par amour 
châtie lès enfans, & nullement 
comme celles d’un luge qui punit un criminel 
non pour le corriger mais pour venger i’infra- 
€l:îon de la Loyjufques-là que lumort même 


4 SI Opu/cîfks Tûfthumes 

nefl: plus un fuppiice aux fidèles , mais i\* 
ne faveur, & que de porte de l’Enfer qu’elle 
étoît j lefiis-Chrift l’a comme tranfportée de 
lès gonds pour leur être la porte du Ciel. Non- 
oblf ant, dis-je toutes ces belles moralitez, le 
joug m’étantiinpofë de m’en rapporter aux lu^ 
mieres infaillibles de l’Eglilè Catholique plû^ 
tôt que d’en croire mes foibles railbnnemens, 
je mets le doigt fiir la bouche & Ibufcris aveu¬ 
glement à ce quelle a idécidé fiir l’article des 
iàtisfadions, auffi bien que fin* tous les autres 
points de la foy J & cela làns m’inquieter du 
texte de S. Paul, Ilfiy a maintenant nulle cotu 
8 . damnation "a ceux qui fini . en Jefus-ChriJl, au 
lieu que les hérétiques prefomptueux explh 
quans l’Ecriture lèlon leur fens reprouvé, & 
pretendans que qui dit nulle n’excepte rien, 
oient étendre cette maxime de l’Apôtre fiir la 
condamnation temporelle & éternelle égale¬ 
ment. 

lO. 

l’ay crû cy-devant que l’Eglilè Catholique 
enlèignoit que les Indulgences regardoient la 
îuftice Divine qui ne relâchoit rien de lès 
droits, & qu’elles émanoient, comme de leur 
lôurce , des làtislâétions fiirabondantes des 
Saints ., ,en ee qu’aprés avoir exactement corn- 


de dMonfieurMenjot. II. Paît, 433 
pté avec Dieu tant des pechez par eux commis 
depuis leur Batême, que des mortifications 
par eux volontairement Ibuffertes depuis ce 
temps-là, le tout mis en balance, il y avoit du 
revenant bon, qui etoit mis à part & accumulé 
dansleTreforderEglile, puis de temps en 
temps diftribué par le Pape aux fidèles, en dé- 
duétion des peines temporelles dont ils Ibnt 
redevables pour leurs pechez à la Juftice Divi¬ 
ne , & qu’ils font tenus d’endurer, ou pendant 
cette vie, ou après leur mort. Mais à prelènt 
étant plus éclairé que par le palTé, je recon- 
nois conformement à la penlée de Monfieur p 
l’Evêque de Meaux, que les Indulgences ufitées 
aujourd’huy dans l’Eglilè Romaine, font de 
même ordre que celles de l’ancienne Eglife, 
laquelle fiiivant la régie de fa Difcipline, après 
avoir impofé aux pécheurs publics feulement 
des peines qu’elle appelloit Canoniques , non en 
payement de la Juftice de Dieu, mais en répa¬ 
ration des fcandales par eux commis contre 
leurs freres, diminuoit par fois pour bonnes 
confiderations, ou même revoquoit à pur de à 
plein ces fortes de peines, ce qu’elle nommoit 
Indulgences , fans toutefois prefùmer qu’elles 
dûffent s’étendre plus loin que la vie des pé¬ 
cheurs J & fans que la difpenfation s’en fît par 
I ii 


434 , Opujcuks Pojlhumes 

rÉvêquc: (le Rome feulement, & en certains 
temps réglez, mais par chaque Eglife parti¬ 
culière en tout temps indifféremment, félon 
que les occafions s’en prefèntoient. 

II. 

Je confeffequ’outre les fèpt Sacremens de 
l'Eglifè on en pourroit reconnoître un plus 
grand nombre ; par exemple, que la Prédica¬ 
tion de la Parole auroit autant ou plus de droit 
que le Mariage d’être mile au rang des Sacre¬ 
mens , fl c’eût été le bon plaifir de l’Eglifè d’é¬ 
lever , par fbn pouvoir Souverain, la Prédica¬ 
tion de l’Evangile à cette haute dignité : Et ce¬ 
la d’autant plus que le mariage cenfé Sacre¬ 
ment à l’égard des Laïques, efl réputé à l’é¬ 
gard des Clercs un fàcrilege plus puniffable 
quel’adultere même. 

12 . 

Je croy que les enfans morts fans Batême ne 
participent en aucune fine a la grâce de la Ré¬ 
demption , & ([liainfi mourans en ^datn ils 
n ont nulle part avec fefus-Chrifl j & j e ne puis 
concevoir qu’il répugne à la bonté de Dieu de 
punir éternellement de pauvres enfans nais 
dans fon Eglifè, qui eft fà famille, s’il leur ar¬ 
rive par la négligence de leurs parens, ou par 
quelqu’autre malheur, de mourir fans être 


de Monfiettr Menjot. II. Paît. 43 y 
batilèz. Je m étonné plutôt de la force d’eC 
prit de Meüîeurs les Religionnaires, qui fous., 
ombre de l’Alliance Evangélique, en vertu de 
laquelle les enfans des fidèles font faints , & en ,. cor. 
cette qualité ont droit 11 l’héritage des Saints y 7 
lè conlblent fi tranquilement de la mort de 
leurs enfans décédez làns Batême, lorlqu’ils 
n’ont rien omis de leur part pour leur faire con¬ 
férer ce Sacrement par un Pafteur légitimé. 


13- 

De tous les Dogmes controverfez entre les coiof.î; 
Chrétiens, celuy de l’Euchariftie, comme é- 
^ tant un des plus lùblimes & des plus incroya¬ 
bles , nécelfite principalement les fidèles à s’al- 
fiijettir humblement aux décifions fouveraines 
de l’Eglifè. Je croy donc, appuyé fur là fim- 
ple autorité, que le verbe efi , dans les paroles 
fàcramentales,fignifie efi tranjfiéfiantié 
obftant la nouveauté d’une telle fignification 
tout à fait inouïe dans le langage Divin & hu¬ 
main î & que voicy le lèns clair & net de ces 
paroles, cecy efi mon Corps. . Ce pain que je viens 
de prendre & de rompre en votre prefence y ér 
que je vous donne , neftpas fibfiantiellement du 
pain y mais je lay tranjjmflantièpar ma Toute- 
Tuiffame en mon véritable Corps y lequel efi ca- 


lii ij 


43 OpufcuksVofthmnes 

14 - 

Je croy partant que i’interieur & par manié¬ 
ré de dire la moelle de l’Euchariftic, eft le vé¬ 
ritable Corps de lefus-Chrift, apparemment 
& non réellement mort, auquel mus nhejhons 
pas de porter nos adorations, encore que nous 
n’en ayons dans l’Ecriture nyprecepte, ny e- 
xemple j Et qu’à l’égard de Ibn extérieur ou de 
ion écorce, lavoir de la couleur, de l’odeur, 
de la laveur, & des autres efpeces de la matière 
du pain qui ell anéantie, & s’il m’ell permis d’u- 
ferdecemot, défuhjîantiée, encore, dis-je, 
que ces accidens làns lu]et n’ayent en effet au¬ 
cun rapport ny de prés, ny de loin avec le corps 
de lelus-Chrift qu’ils dérobent à nos lêns, ils 
ne lailTent pourtant pas, félon le bon plailir de 
l’Eglilè, de nous le reprelènter tres-pàrfaite- 
ment j & qu’ainf la majfe ou le volume entier du 
Sacrement, confideré mtus & ïn ente, eft tout 
enlèmble & réalité, & figure. 

IJ- ^ 

Je croy que dans la confecration, ces deux 
propofitions cecy eft mon Corps , cecy eft mon 
Sang, étant prononcées lèparément à deffein 
de nous faire comme un tableau de la mort du 
ijo. Fils de Dieu, la parole & le glaive Ibrtant de la 
boudie du Prêtre ( à peu prés comme de celle 


de SîonjieuY Menjot. II. Part. 437 
du fidèle & du veriîahle mentionné dans l’Apo- 
caiyplè ) lequel en feparmt myftïquement le 
Corps & le Sang du Seigneur, luy ote la vie my- 
lïiquement. 

16. 

■ Je reconnois que de cette lêparation du 
Corps & du Sang du Seigneur, & par confe- 
quent de fa mort le glaive oralàu Prêtre Sa¬ 
crificateur , quoy que tout cela ne fe palfe quen 
myfiere , il en refùlte neanmoins un Sacrifice 
non fimplement myflique & reprelentatif,mais 
effeétif & réel, fans qu’il foit befôin que les 
'proprietez elfentielles de tout Sacrifice effeélif 
réel s’y rencontrent, lavoir la mort aétuelle 
& lànglante de la viétime, & l’excellence du 
Sacrificateur au delfus de la choie offerte ; Si p ,40-. 
bien que rien ne manque a lEuchariftiepour être J; 
un Sacrifice véritable , & même tres~veritabk , 

& tout enlèmble propitiatoire pour la remilïion 
des pechez des vivans & des morts. Arriéré 
donc l’erreur des heretiques qui ne regardent 
<^e Sacrement que comme un Sacrifice de com¬ 
mémoration & d’aéfion de grâce pour le béné¬ 
fice de nôtre Rédemption par la mort de Jelùs- 
Chriftjlèlon la lignification du terme d’Eucha- 
riflie , & qui rejettent toute autre oblation pour Heb. 10: 
éspechez que celle qui a été une fois faite 
lii iij 


43 8 Opufitdes Po^mmes 

Corps de Jefits-Ûmfi en la Croix, dont la ver¬ 
tu fàlutaire eft, à ce qu’ils difent, communi¬ 
quée aux fidèles par une lêrieufe repentance & 
par une vraye foy, làns l’aide du Sacrifice réel 
non lànglant de l’Autel, applicatif de la vertu 
deceluyde la Croix. Lequel Sacrifice Au- 
gufte de l’Autel n’eft, à ce que s’imaginent ces 
pauvres aveuglez, qu’une invention humaine 
tres-utile aux interets du Clergé, & tout à fait 
inutile au làlut des fidèles 5 de forte qu’ils oient 
traiter de verbiage embroüillé, & de vifions 
Scholaftiques éloignées des exprelfions & des 
dogmes de l’Ecriture, les dil'cours étudiez & 
les raifonsrtranfoendentes de nos Doéleurs, fii- 
btils & foraphiques, lorlque combatans pro 
aris&focis -, ils font les derniers efforts d’ef* 
pri t pour leur prouver la nature, l’excellence, 
& la necelîité du Sacrifice de la MelTe. 

17. 

Je croy que le Corps de lelùs-Chrilï n’a pas 
été une fois feulement envelopé après la- mort 
dans un linceul net, puis couché dans le mô- 
nument par les foins charitables & relpeélueux 
de lofoph d’Arimathée, mais aufii que par le 
minillere des Prêtres, le Corps glorieux de le-. 
fiis-Chrift, àprefentqu’iljoüit d’une vie im¬ 
mortelle dans le Ciel, fo trouve encore tous 


de 3 iohJteîirMenjot. \l.V2Lït. 439 
les jours fîir les Autels & dans les Ciboires, gi- 
iknt adueiîement Jom le tombeau myjlique des 
etruelopes Jàcrées , lâns fêntiment, làns mou¬ 
vement , & làns donner aucune marque de vie, 
non plus que s’il étoit frapé d’apoplexie ou de 
lÿncope. 

18. 

Je croy que la conlomption des elpeces, ou 
plutôt, pour ne me pas départir des exprelïîons 
nouvelles & élégantes de mon Dodeur Mom 
lieur deMeaux, que le dévelopement des enve- 
lopesfacrées qui le fait dans leftomach du com¬ 
muniant , elt comme le roulement de la pierre 
arriéré de la porte qui fermoir le lèpulchre de 
lelùs-Chrifl: ; de maniéré que l’obftacle de lès 
envelopes étant une fois levé, le Corps du Sau¬ 
veur fort de fon tombeau myftique , & qu’aprés 
cette reliirredion invifible, il remonte 
quement à la droite du Pere Celefte. Cepen¬ 
dant 0 Altitude des merveilles incomprehenlî- 
bles de la Ste Melfe, quoy que les eô’eces de 
l’Hollieconlàcréene fejournent qu’un inftant 
dans l’ellomac du Communiant, il ne faut 
pourtant pas douter que Dieu n’exauce le Prê¬ 
tre, lorfqu’aprés là communion il prie le Sei¬ 
gneur que fon Corps qu il vient de prendre , & 
que fonjangqu il vient de boire demeurent atta' 


44 ® Opufcutes Tofibumes 

chez a fis entrailles. 

19 - 

Je reconnois encore que quoy que les effets, 
foit lùr nos âmes, foit fur nos corps, de la man¬ 
ducation orale de la lacrée chair de leliis- 
Chrift, qui touche phyliquement ôc pour un 
moment la langue, le palais, le golier, l’cefo- 
pliage & la membrane intérieure de l’eftomac 
du communiant, ne nous Ibient pas revelez 
dans l’Ecriture, que le fidèle ell obligé nean¬ 
moins de manger de la bouche du corps la 
chair véritable du Fils de Dieu, puifque com¬ 
me me l’apprend Monfieur de Meaux, cette 
elpece de manducation a plus de convenance 
avec la manducation des vidtimes de l’ancienne 
Loy, que la manducation par la foy de la chair 
de lefus-Chrifl admifè par les Prétendus Re¬ 
formez , quelque réelle qu’ils la conçoivent. 
Ainfij’eftimequenos Sedtaires raifonnent de 
travers, lorfqu’ils enfeignent que la mandu¬ 
cation de la chair du Fils de Dieu fous l’Evan¬ 
gile , bien loin de devoir être corporelle par la 
néceffité d’une plus parfaite analogie avec la 
manducation charnelle des vidtimes Judaï¬ 
ques , comme le prétend Monfieur de Meaux, 
qu’au contraire elle doit luy être oppofee, ôç 
par çonfequent être entièrement Ipirituelle j 
d’autant. 


de Monjîeur Menjot. II. Part. 441 
d’autant, difent-ils, que fous l’Evangile tout 
y eft nouveau, tout y eft celefte, les Chrétiens 
étant rilraël de Dieu félon l’efprit, & les Juifs 
n’ayant été l'îfiaéldeDieu que félon la chair. ,.cor; 
Il en eft, fi l’on en croit nos Novateurs, coin- 
me de la Circoncifion, celle des Juifs étoit au 
dehors en la chair , au lieu que celle des Chré¬ 
tiens eft du cœur , en ejprit , en fecret & non point Rom. 2: 
en lettre. Meilleurs les Prétendus Reformez ^ 
dont les paralogifines n’ont point de fin, ajoû- 
tent de plus, que pofé cette conformité établie 
par Monfieur l’Evêque de Meaux entre les 
deux efpeces de manducation, l’une de la chair 
des viéfimes fous la Loy, & l’autre de la chair 
de Jefus-Chrift fous l’Evangile, il s’en enfui- 
vroitneceffairement que le Corps de I. Chrift 
devroit être mangé non entièrement & tout à 
coup, comme l’enleigne l’Eglife Catholique, 
mais fruftatim Sc par morceaux, à l’imitation 
des-Sacrifîces de Moyfe, félon l’imagination 
grofliere des Capernaïtes. Pourmoy fans m’a- 
lembiquer le cerveau de toutes ces difîicultez 
qui féntent la nouveauté & l’herefie, je m’en 
tiens docilement au jugement de Monfieur l’E- 
véque de Meaux mon Ibuverain Patron en ma¬ 
tière defoy, lequel ma engendré , comme un 
gutre Onefime, non pas dans fes liens, mais dans 
Kkk 


44 i Opufcukî Pojïhmnes 

•Ibn éclat & dans la pompe, 

20 , 

Or pour montrer icy ma parfaite & aveugle 
fôûmimon aux oracles de Monfieur de Meaux, 
quoy quejenelbis pas moins fortement que 
luy, & que Melfeurs les Janfeniftes lès tres- 
ehers confrères, attaché au Cartefianiliue, & 
qu ainli je ne doute nullement que par tout où 
ii fe trouve de la matière il n’y ait nécelfaire- 
ment de l’extenfion, & que par tout où il y a 
de l’extenfion il ell abfolument impolTible qu’il 
lie s’y rencontre auffi de la matière, puilque 
lèlon les Principes de cette Philolbphie il n’y a 
aucune différence entre la matière & l’exten- 
lîon, mais quelles Ibnt elfentiellement une 
lèule & même choie : Je ne lailTe pas, dis-je, 
nonobftant ces hypothefes de Monfieur Def. 
cartes, de croire pieulèment que l’extenfion 
du pain continue d’exiffer, quoy que par la 
conlècration là matière ait été réduite à néant 
pour faire place au Corps de leliis-Chrift. Pa¬ 
reillement encore que chez les Cartiftes la ma¬ 
tière & les accidens ne palfent point pour des 
entitez efifentiellement differentes les unes des 
autres, mais que les accidens ne Ibient au fond 
que des modes de là matière, dépendans des 
divers mouvemens & des differentes figures de 


de Sionfieuv dMenjot, II. Part. 445. 
fèsparties; jeflime neanmoins que dans Ja 
làinte Hoftie, les modes de la matière annihila 
de du pain, lùbfiftent làns matière modifiée , 
qu’ils lèrvent denvelopes Jàcrées au corps de 
lefiis-Chrift, 8 c que l’ellomac du communiant 
les ayant une fois reçus, il les digéré fiibitement 
par la faculté concodrice. Je croy de plus que 
la matière du corps de lefus-Chrift caché fous 
les modes du pain, non feulement y a perdu 
Ibn extenfion & quelle y eft indivifible, mais 
aufii qu’elle n’y peut Ibuffrir aucune modifica¬ 
tion pour pouvoir fraper les lèns extérieurs^. Je 
fiiis en un mot, par relped à Monfieur l’Evêque 
de Meaux, perlùadé de tous ces dogmes, quel¬ 
ques étranges qu’ils paroilfent à la raifon, en 
attendant qu’il s’élève un nouveau Dodeur 
Angélique profelfant la Sede Cartefienne, le¬ 
quel nous dévelope toutes ces difficultez, que 
quelques efprits rempans & railleurs regardent 
comme des contradidions burlelques. 

21, 

J’avoue que Jefiis-Chrifl: en célébrant la 
Cene commanda à tous les communians de 
boire leCalice, & quik en burent tous ; qu’en 
fuite Saint Paul'a exprelTement ordonné que , 
Vhomme après s être éprouvé fiy-même^ eut à 
manger de ce pamér'a boire de cette -soupe. Je 

K k k ij 


444 Opufcules 'Pofihtmes 

confeffe auffi que TEglifè primitive a obeï à ces 
préceptes, & a imité ces exemples, encore qu’il 
îbit moralement impoffibleque la concomitan¬ 
ce , les inconveniens fâcheux qui s’en peuvent 
enlùivre fi fortement aujourd’huy exagerez, & 
generalement tous les autres raifonnemens 
dont on a de coutume d’appuyer le retranche¬ 
ment du Calice, luy ayent été inconnus j Ce¬ 
pendant puifqu’en ces derniers & heureux lie- 
des, il afètnblé bon au S. Efprit & au ficré Con¬ 
cile Romain tenu à Confiance, entre plufieurs 
Decrets inconnus julqu’alors, comme de man¬ 
quer de foy aux Heretiques, d’ôter aufsi la 
Coupe aux Laïques, & même aux Clercs, à 
l’exception du Prêtre coniacrant ; je croy qu’il 
efl défendu à tous les Chrétiens, fbus peine 
de damnation éternelle, de s’infcrire contre 
une fi fâinte, quoy que nouvelle ordonnance, 
bien loin de la qualifier, comme font nos hé¬ 
rétiques emportez , du nom de Theoma- 
chie. 

22 . 

Javoîs cy-devant été affez fimple pour m’i¬ 
maginer qu’une véritable Eglife, en quelque 
Climat du monde qu’elle fût, pouvoir êiae 
difcernée par la pureté de fà dodrine, de lès 
Sacremens^ & defbn Culte, & que celafiif^ 


àe 3 ionJîeiir Menjot. II. Part. 44^ 
üloit pour fe reiiger dans fà Communion. Mais 
étant à prelènt mieux inftruit que par le palïé, 
je reconnois qu’aucune Eglilè particulière, 
quelque laine que Ibit la foy, ne doit être re¬ 
connue pour véritablement Chrétienne, dans 
laquelle on puilTe faire Ibn lalut, à moins qu el¬ 
le ne Ibit dépendante du Siégé Romain. Juf- 
ques à prefeiit aufsi les AlTemblées nombreufes 
des plus habiles Théologiens, n’avoient pro¬ 
duit dans mon elprit que des préjugez en faveur 
de leurs opinions, làns les reverer comme des 
décilions aulsi louveraines & aulsi incontella- 
bles que li elles étoient prononcées du Ciel j 
mais aujourd’huy je luis perluadé qu’un bon 
Chrétien & bien fournis, doit avoir moins 
d’horreur d’aquiefcer à des erreurs univerfelle- 
ment reçues, que de fe lingularilèr par des fen- 
timens non communs, quoy qu’orthodoxes : p- 
Et par complailànce pour Honneur de Meaux, 
je renonce à la liberté accordée à tous les fidè¬ 
les par l’Apbtre S. Paul, fi nous-?nême ou 
KÂnge du Ciel vous évangelifoit au delà de ce que 
mus vous avons évangélisé^ quil foit anathè¬ 
me. 

Je croy que toute lEcriture divinement in- ^ 
Jfiirée , ejl utilepour enjeigner , pour convaincre , f • r- 

üj 


44^ Opufcules Tofthumes 

pour corriger , &pour inftruire dam la jujiice , & 
tncoT:t que ces faintes Lettres foient capables de 
mus rendre ajfés favans pour parvenir au falut , 
qu’il eft toutefois neceffaire fi nous voulons être 
fauvez, d’alTocier à cette tradition divine deux 
autres traditions humaines (lans le fecours def* 
quelles un méchant plailànt a dit autrefois, que 
les Protellans feront quelque jour bien fùrpris 
de fè trouver damnez leur Ecriture fàinte au 
col ) l’une non écrite, qui eft comme une efpe* 
ce de pajjè-parole portée de bouche en bouche, 
fans s’alterer depuis les Apôtres, jufques aux 
Prêtres de l’Eglifê Romaine de tous les fiecles 
fuivans, à l’exclufion des Prêtres Grecs, Co- 
phtes, Abifîins, &c. L’autre eft une tradi¬ 
tion écrite par les Hiftoriens Ecclefiaftiques, & 
principalement par les Saints Peres ; Ou plu¬ 
tôt fans m’enquerir ny de l’Ecriture, ny de la 
Tradition, je croy que celle-là par lès obfcu- 
ritez impénétrables à chaque fidèle en particu¬ 
lier, &celle-cypar lès prolixitez prelqu’infi- 
niesj&parlès contradidions, quand même 
olles ne lèroient qu’apparentes, ne failànt 
qu’embarralTer les elprits, & caulèr mille dil- 
putes,le plus court eft de conlùlter fimplement 
ÎEglilè de Ion fiecle intérieurement dirigée par 
h S. EJprit qui luji efl donnépour Doâeur 5 c’eft 


àe ^donfieuYMenjot.W.Vzxt. 447 
à dire d’en croire bonnement fbn Evêque, Sc 
même fon fîmple Curé, qiieiqu’ignorans qu’ils 
•fôient dans l’Ecriture & dans la Tradition, puis 
qu’il n’eft pas poffible que l’Eglile demeure 
.continuellement afifemblêe en Concile pour 
ordonner à tout moment des choies de la Re¬ 
ligion. 

Aprelèntqueje me trouve dans l’enceinte 
de l’Eglilè Gallicane, voila ce que je confelfe 
touchant la queftion de l’infaillibilité, lui* la¬ 
quelle roulen t tous les articles de la foy. Mais 
Éj’étois delà les Monts J je ne manquerois pas 
de changer de créance, & làns m’arrêter aux 
Conciles Oecuméniques qui ne Ibnt pas tou¬ 
jours uniformes, & où fort Ibuvent les cabales 
régnent plutôt que le S. Elprit, juiqu’à s’inju¬ 
rier, le battre à coups de poings & s’arracher la 
barbe, comme il arriva au Concile de Trente, 
au rapport du Cardinal Palavicini fidèle Hifto- 
rien de ce Concile 5 & fins confulter mon E- 
vêque, Sc encore moins mon Curé, je déclare- 
rois avec la permiflion du Clergé de France, 
qu’il n’y a point d’autre leureté que de s’adrefi. 
Ier làns tant de façon à la perlbnne du Pape vi¬ 
vant , lequel en cette qualité ne peut non plus 
errer que lefiis-Chrifl: Ion Maître, dont il efl: 
Plénipotentiaire. Je ferois donc alors profef- 


44 ? Opufcuks Vofihumei 

iion de croire qu’il eft du devoir indilpenlàble 
d’un véritable Catholique, apres avoir protefté 
». Cor. qu’il emmene toutes [espenjées captives a tohéif. 

de la Sainteté, de luy dire en bailànt 
Sam. J.9 humblement lés pieds Apoftoliques, Parlez y 
Seigneur , car vôtreferviteur écoute. Seigneur 
que voulez^vous que j efaffe ? Car de méXne que 
Dieu le Pere lui* le lujet de leiùs-Chrift, a crié 
Matt.'i 7 du Ciel, celuy-cy efl mon Fils hien-aimé auquel 
J aypris jnon bonplaijir , écoutez^le , aullî le Fils 
de Dieu après là Reliirreélion, avant que de 
monter au Ciel, ayant dit julqu a trois fois à 
S. Pierre, & par confequent aux Papes les Suc- 
lean il. celfeurs , pais mes Brebis c’eft comme s’il a- 
voit prononcé cet oracle, Mon bonplaifir a été 
de choijir celuy-cy pour tenir ma place en mon 
abfence , en qualité de mon grand Vicaire & de 
mon Lieutenant General--y &j ordonne d mes 
Brebis de l écouter , ér de lefiiivre en tout & par, 
tout. Mais fi d’avanture le Pape étoit décédé, 
& qu’il y eût un Interrègne, en ce cas j’aurois 
recours au Sacré College des Cardinaux, au¬ 
quel, quoy que la création n’eiï loit que des 
derniers fiecles, bien loin d’être Divine, il 
faut pourtant croire que réfîde par entrepos, 
julqu’à l’éledion d’un nouveau P^ie, le droit 
<l’infailiibilité, laquelle ne peut loulFrir aucu¬ 
ne 


deMonfiewMenjot. ÎI. Pàrt. 44^ 
ne întei'ruption, autrement il n’y aüfôit plus 
d’Eglilè pendant ün certain temps , ce qui en- 
incompatible avec la promefle du Fils de Dieu 
à Ibn Epoulè. 

24. 

II y a plufieurs autres créances Romaines 
que Monfieur l’Evêque de Meaux n’a point 
touchées dans fon Expofition de la Dodrine 
Catholique, que je ne lailTe pourtant pas de 
croire par avance, en attendant qu’il luy plai- 
lê de les adoucir avec cette même lubtilité par 
laquelle il a fait déjà couler finement dans quel¬ 
ques efprits les principaux dogmes de l’Eglilèj 
Ainfi je croy le Libre-arbitre de l’homme fans 
avoir égard au paffage de S. Paulj C’^ ^ 

qui opéré efficacement en nom & le vouloir , ér le 
parfaire félonfon bon plaifir. Je croy les pèle¬ 
rinages d’un très-grand & tres-laint ufàge pour 
la pieté, quoyque lelîis-Chrift dans fon en-ieah4^ 
tretien avec la femme Samaritaine, ait déta¬ 
ché la dévotion des fidèles de toutes fortes de 
lieux, en déclarant qu à l’avenir les véritables 
adorateurs fans aller à Garizim ou à Jerufalem, 
adoreroient le Pere en efprit & en vérité. Les 
défenfès préciïes de S. Paul , nefiyez point fer fs « • 7 

deshommes , & que nul ne vous màîtrifè a fon 
plaijir en humilité iefprit ne m’empêchent 


45® OpufcuksPqfthumes 
pas d approuver l’autorité defpotique des Sui 
perieurs fur leurs Moines, & le vœu d’obeiÏÏàn^ 
ce aveugle des Moines à leurs Supérieurs. Je 
croy que le quatrième precepte du Decalogue 
rieft nullement une railbn pour ne pas oblêrver 
pendant le cours de l’année plufîèurs Fêtes 
chommables, outre le Dimanche, Ibus peine 
de péché mortel. Je croy làns m’arrêter au 
dernier Commandement de la Loy, que la 
convoiti'è non accompagnée d’une volonté 
ferme de la mettre à execution, ne mérité pas 
proprement le nom de péché. Je croy que 
le Sei'vice Divin le doit faire en langue Latine 
inconnue au Peuple, encore que félon S. Paul 
icor. unetelleprierefoity^w^T^*»//. J’elpere que 
H Monfîeur l’Evêque de Meaux en continuant 
là charité Paftorale, ne refulèra pas d’inftruire 
îu card. Metodo per cofi dire Géométrie a , le Peuple 

Bona. Chrétien lùr ces matières conteftées avec tant 
de chaleur entre les Catholiques, & les lèparez 
de l’Eglilè, pour confirmer ceux-là dans les 
vqyes du lalut, & pour y ramener eeux-cy, 
lelquels s’en lônt malheureulèment détour¬ 
nez. 

Je..... promets de perfifterjulqu’au bout en 
cette foy Catholique expolee par Monfieur 
de Meaux, que je reconnoîtrai toute ma vie 




âe MnjteurMejijot. II. Part. 451 
pour mon Pafteur, lequel d’ailleurs par les 
Joins officieux me fait repofèr doucement dans p£,, 
les pâturages gras & exceîlens de nôtre Mere 
Sainte Eglile, & étanehema foif par la frai-^^^p 
cheur défis eaux. De forte que je me lèns o- 
bligé de confiderer cy-aprés comme des Do- 
âreurs de menlônge, tous les autres Théolo¬ 
giens de cette même Eglifè, lelquels ont lùr 
les matières de Religion des lèntimens non 
conformes à ceux de ce lavant & venerable 
Prélat. 


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